‹ Considérations sur le rôle social du médecin de campagneChapitre 5 sur 17 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

J'écris cette thèse de tout mon cœur et avec toute mon espérance, avec tout mon enthousiasme et avec toute ma confiance dans la Paysannerie française.

. Je sais dès à présent les reproches qu'on n’adressera : ma Jeunesse ‘et mon manque d'expérience le parti-pris évident que j'ai crû bon de manifester souvent dans ces lignes.

La jeunesse et l'inexpérience ? Peut-on me reprocher vraiment d'être jeune et d’avoir l'avenir devant moi comme une -page à écrire ? Cela ne vaut-il pas mieux, après tout, que d’être vieux, et de n'avoir plus l'avenir devant soi, et d’avoir mal rempli sa page ?.… Je demande la faveur de n'être jugé qu'après avoir agi selon l'idéal que je me suis tracé.

Cette thèse est une profession de foi, toute de franchise qu'on en juge les idées et non l’auteur. J'ai, d’ailleurs, quelque expérience du milieu rural, en dehors même de la pratique médicale, et, peut-être n'est-il pas mauvais d’avoir connu, sans parti-pris professionnel, les hommes et le milieu, les travaux et la vie ! Et puis, mon peu d'expérience de la pratique médicale rurale n'est-elle pas compensée däns une certaine mesure par l'expérience des autres, ceux dont j'ai pris soin de prendre l'avis ? è

Le parti-pris ?. Ne convient-il pas d'en avoir et de défendre ses idées avec fermeté alors que les autres en ont tant eux aussi, de ce parti-pris que certains jugent avec tant de sévérité (peut-être parce qu’ils n'ont pas d'idées personnelles.) ? Estil si blamäble de partir en guerre contre les partisans du «laisser faire », les veules, les partisans de la médiocrité et de l'assurance contre le risque à tout prix (même au prix de la liberté...) ?

Peut-être dira-t-on aussi qu’il eût mieux convenu d'écrire sur un semblable sujet en se basant sur des faits existants plutôt que sur des projets ? J'écrirai dans vingt ans le résultat pratique de ce que j'avance aujourd'hui — je le promets, si Dieu me prête vie, et je promets aussi de dire la vérité, rien que la vérité, quitte à exposer noir sur blanc « les désillusions d'un médecin de campagne ».…

Un seul fait compte : la Santé de l'Homme est atteinte, et celle du Paysan en particulier, et, par delà, celle du Pays, de la Nation — Santé intégrale du Corps, de l'Esprit, des Biens matériels, de l’Ame. :

Le Médecin n’a pas le droit de se désintéresser de ce fait incontestable, et il doit s'engager à fond dans la lutte, sans réserve, dans tous les secteurs du complexe humain.

Avec une franchise dont je lui suis reconnaissant, le Professeur Joannon, auquel j'ai soumis mon texte initial, m'a invité à le nettement corriger sur certains points mais je ne suis pas sûr d’avoir poussé assez loin ce remaniement. M’en excuser auprès de lui ne suffit pas. Ma franchise à moi devrait consister à le libérer aux yeux du lecteur de toute responsabilité vis-à-vis des passages qu'il pourrait désapprouver ; dans ce but, le parti le meilleur me paraît être de réproduire ci-après les principales recommandations qu’il me fit :

« Pourquoi être agressif ou le paraïtré ?

»> Si vous manquez de place pour vous clairement expliquer, restez prudent. Discussion n'est pas querelle, Du moment que, faute de temps, vous ne pouvez essayer de justifier vos griefs, ne les formulez pas. Ce silence provisoire est sans fausseté. Attendez et désirez, provoquez même l’occasion qui permettra tout à * la fois, et aussi amplement qu'il le. faudra, la critique et la défense. La bonne tolérance, la constructive, le veut ainsi. Une alliance résultant d’un large débat et d’une loyale entente est excellente. Une alliance qu’on voudrait fonder sur des blämes et malentendus est impossible. Si elle était possible, elle serait d'ailleurs mauvaise et bien éphémère = très exactement, elle ne serait que proclamée, que simulée. »

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