DEFINITION DU « SOCIAL
« Mais urtout, ayez une charité persévérante les uns avec les autres, Exercez l'hospitalité sans murmurer. Que Le chacun de vous rende service aux autres selon le don qu'il a reçu, comme étant de fidèles dispensateurs des différentes grâces de Dieu. Si quelqu'un parie, qu'il paraisse que Dieu parle par sa bouche, Si queïqu'’un exerce quelque ministère, qu'il y serve comme n'agissant que par la vertu que Dieu lui donne, »
Saint PIERRE : Epitre I, chap. IV.
Large et humaine définition du sens social selon la conception chrétienne ! Quel gage de modestie dans l’action sociale ! Qui ne voit là une solution idéale au problème du paternalisme humiliant !
Quelle différence avec ces définitions étriquées dans leur neutralité stérilisante à force de ne pas vouloir être compromettantes. (1)
Fermons pour un instant les Evangiles et les Epitres de Pierre et consultons d’autres sources pour chercher une définition du « Social » plus conforme aux doctrines officielles.
Voici, par exemple, le docteur P. Theil qui nous parle, dans les « Annales de Médecine Sociale » d’une Médecine Sociale de soins, qui consiste dans l’application de l'Art médical aux malades -couverts par un tiers payant ou répondant, laquelle prend place à côté de la Médecine sociale préventive qui est une application de la science médicale et de la technique psychobiologique à la prévention des maladies, des accidents et de leurs conséquences... »
Ouvrons encore le petit « abrégé de Médecine Sociale et d’assistance » du professeur Sautet, de Marseille, chef d'œuvre de conci-. sion, résumant, au dire des gens qualifiés, tout ce qui peut intéresser la Médecine Sociale et l’Assistance selon la conception actuelle :
L'introduction nous prévient :
: (x) On trouve cependant d'excellentes définitions du « Social» dans Economie saine ou bienfaisance sociale ide Thomas SUAVET (Editions « Economie et Humanisme »,
« De plus en plus, nous allons vers une transformation dans le sens social et administratif. »
Voici les grands chapitres que nous trouvons ici :
— Organisation de la profession médicale,
— Oblügations légales du médecin.
— Responsabilité légale du médecin,
— Etc...
Tout ceci est très bien, indispensable même dans son essence (nous verrons pourtant ce qu’il convient de penser de l’Assistance par exemple, dans ses modalités d'application et les abus auxquels elle peut donner lieu). Mais on ne peut qu'être heurté par ie caractère impératif, aride, administratfi, de tout ce qui constitue la médecine sociale actuelle. Il nous semble qu'il manque quelque chose (oserions nous dire qu’il s’agit peut-être de l'Esprit même de la chose ?) à cette énumération de lois excellentes par ailleurs, pour donner l'impression qu'elles concernent des hommes et non des numéros matricules ou des dossiers... Et cette impréssion désagréable n’est pas fournie par la seule lecture d’un petit livre qui n’a nullement d’ailleurs la prétention de vouloir expliquer le pourquoi ou le comment de la médecine sociale. Cette impression on la ressent aussi et même plus vivement encore, lorsqu'on voit par exemple, à l’hôpital, la façon sommaire d'envisager la condition sociale d’un malade, d'où découlera la conduite à tenir à son égard du point de vue « Médecine Sociale » :
« C’est une A.M.G. !.… vous lui remplirez sa feuille, n’est-ce pas ! »
Cela procède évideminent du même désir de simplification, du même désir d’aller vite, qui pousse certains médecins ou chirurgiens à dire :
&« — Le « 15 », c’est ce « rein » dont je vous avais parié l’autre jour... »
C’est pratique. mais on ne peut s'empêcher malgré tout de penser que c’est un peu «sec», presque <inhumain» et qu’il faudrait quique chose de plus... Ce brave homme, après tout, aimerait peut-être être nommé autrement que sous ces diftérents vocables : « rein », « n° 15-», « A.M.G. », qui résument tout à la fois se malheurs pas, présents et à venir et sa condition sociale !
Il a un nom, cet homme! et une histoire, et surtout une âme, ce que beaucoup oublient !
Nos rapports avec autrui, avec le prochain, doivent-ils se réduire à une série de droits et de devoirs codifiés à l'extrême, condensés en une série de slogans accessibles à tous, à des
défenses (les prisonniers peuvent dire ce qu’ils pensent du mot < Verboten > !), des « primes », des « autorisations » ?… Ce serait à désespérèr du cœur et de lesprit humain. :
Le « Social » administratif, officiel, légal, a certes sa valeur propre, qu’il serait stupide de vouloir nier, malgré ses imperfections. Il constitue ce que M. le professeur Joannon appelle l’armement « couché ». Mais on ne peut nier non plus son caractère inhumain, fonctionnarisé, et tous les inconvénients qui en découlent. Il tend à ôter à l’acte d’entr’aide, de charité (nous ne voulons nullement parler de l’aumône qui n’est qu’une caricature avilissante de la vraie charité.) son caractère de spontanéité, de «gratuité», en le codifiant et en le rendant obligatoire.
« La charité miséricorde... en entendant miséricorde au sens évangélique et étymologique qui n’est pas le sens attiédi et dilué qu’on s’obstine souvent à lui donner, Dans miséricorde, il y a cœur et misère : l’état du cœur serré par la misère, la tension de la volonté pour rétablir la justice devant la misère imméritée. C’est une réalité profonde et suprêmement exigeante un engagement de l’homme tout entier », dit le Père Lebret, d’ « Economie et Humanisme ».
Obliger les gens à être « sociaux », n’est-ce pas, dans une certaine mesure, aller contre le but même que se propose laction sociale ?
: N’est-il pas permis de réagir, à ce propos, contre une intrusion trop grande de l'Etat dans le domaine privé ? L'extension abusive du rôle de l'Etat ne risque-t-il pas d’atrophier les fonctions sociales de chacun des individus ?. On s’insurge à juste titre contre les abus possibles du paternalisme — ne pourrait-on pa en faire de même contre l'abus du système des « Assurances » ? > |
Une amélioration considérable de la moralité publique et professionnelle, de la morale tout court, tendrait inévitablement à rendre inutile l « obligation » administrative et rendrait à l’homme (à celui qui reçoit comme à celui qui donne) son entière liberté. Même les hommes politiques qui se défendent vigoureusement de professer la morale chrétienne, pensent ainsi et le proclament haut et fort. Mais nous n’en sommes pas là, nous en sommes même très loin, et nous devons nous accommoder de limperfection des lois. Nous ne sommes plus, ou pas encore... à l’âge d’or ; nous sommes à l’âge de l'acier et de la bombe atomique. à ; À
Ne craignons point cependant (je serais même tenté de dire: au contraire) d'élargir à l’extrême Ja notion du « Social », quitte à essouffler certaines gens atteints d'insuffisance cardia-
que.
« Vous avez reçu plus, vous devez donner plus. » Ceci résume assez bien les devoirs sociaux des éducateurs. Nous envisageons dans les autres chapitres en quoi consiste ce «plus» pour le médecin. Une fois encore (ne nous lassons jamais de le répéter) cet enrichissement doit être total pour rayonner pleinement sur les autres : le corps, l'esprit, le « cœur » et l’âme doivent y participer. Les possibilités sociales d’un malade, et, sans même aller si loin, d’un faible physique, sont inférieures, toutes autres qualités étant égales, à celles d’un homme résistant. et sain, De même, il est évident que l’homme instruit peut plus pour aider son prochain que le sot ou l’ignorant (1).
Nous avons en nous deux moitiés, disait un de mes maîtres, soulignant par ailleurs l’arbitraire de ce schéma pourtant si pratique pour l’expression de la pensée — une moitié « Professionnelle » et une moitié « Sociale ». Ces deux moitiés ont des rapports intimes, sont étroitement dépendantes l’une de l’autre en tant qu’expression d’un ensemble humain indissociable. Elles ont, cependant, une indépendance relative quant à leurs points d'application. Plus le but de la profession est l’homme lui-même, plus il tend à son perfectionnement, plus les deux moitiés, sociale et professionnelle, sont et doivent être intimement liées, Ceci est particulièrement vrai (ce n’est malheureusement plus « évident » aux yeux de beaucoup) lorsque la profession est une vocation : comment dissocier, en effet, le « social » du « professionnel » chez le prêtre, le médecin, l’instituteur, l’artiste, le savant ? Ceci est peut-être plus aisé lorsqu’il s’agit de préciser leur rôle social ou leur rôle professionnel en fonction du milieu particulier où s’exerce leur ministère. C’est une des raisons — mais non la principale — qui m'ont incité à exprimer les quelques considérations qui vont suivre sur lexercice de la médecine en milieu rural.
Le rôle social d’un individu est fonction de l’homme en général et de la conception qu’il s’en fait, de l’homme pris dans son milieu de vie, et, par conséquent, de ce milieu lui-même et du « lieu » en particulier.
Il est bien évident que le comportement social d’un matérialiste athée sera différent de celui d’un chrétien, si toutefois le matérialiste ou le chrétien sont logiques avec eux-mêmes, ce qui n’est RADAR pas toujours vrai : les premiers sont
(:) Nous ne saurions passer sous re ici, l’'admirable réalisation sociale de la Communauté Boimondau, dont es compagnons et les compagnes sont rétribués à «la valeur humaine s.
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souvent des chrétiens qui s’ignorent ou ne veulent pas l’avouer et les seconds n’ont souvent de chrétien que le nom...
Je voudrais essayer ici d'exprimer ce qui-est l’opinion d’un grand nombre de médecins et de futurs médecins de campagne. Une comparaison des conceptions du « rôle social » du médecin selon les différentes convictions philosophiques ou religieuses, malgré ce qu’elle aurait de passionnant, n’est pas mon dessein. Je ne m’en sens nullement la compétence, hésitant déjà à donner ma très humble opinion, entourée de toutes les garanties d’orthodoxie requises, sur le « rôle social » selon la conception chrétienne de l’homme.
Le médecin de campagne vit et exerce son ministère parmi les paysans. Ceci semble une vérité de La Palisse qui demande cependant à être précisée.
Qu'aurions-nous à faire d’une thérapeutique qui ne tiendrait pas compte de l” « individu », ni du point de vue quantitatif, ni du point de vue qualitatif ?.… et pourtant !!! -
Nous allons donc envisager, le plus rapidement possible dans les pages qui vont suivre, le paysan et son milieu, point d'application de la doctrine sociale proposée.