OBSERVATION Î
Personnelle)
(Remercions ici M. L. Rimbaud, chef de clinique médicale, qui a bien voulu nous donner de précieux renseignements pour cette observation.
B... entre le 10 novembre 1908, dans le service de M. le professeur Grassel, salle Fouquet, Hit n° 10.
IL s’agit d’un homme de 28 ans, cullivaleur-propriélaire, dont le père et la mère sont bien portants, une sœur en bonne santé. Il a eu lui-même des convulsions à l’âge de 3 mois, une rougeole à 15 ans el une nouvelle fièvre éruplive, mal caractérisée, à 20 ans.
A l'âge de 15 ans, peu de temps avant sa rougeole, el à propos d'une forle émotion, dit-il, le sujet a commencé à présenter quelques mouvements choréiformes dans la main et le bras droits; en quelques semaines ces mouvements ont envahi la main et le bras gauches el la partie droite de la face ; ils n’ont pas cessé depuis.
Ces phénomènes choréiques n’ont jamais été très accentués; le jeune malade à pu continuer à aller à l'école, où il est resté jusqu’à l’âge de 16 ans, suivant, sans difficultés, les mêmes cours que ses camarades. Celte chorée est restée stationnaire et elle a actuelle-
Vie 1e ee
ment les mêmes caractères que dans les premiers mois. Elle a valu la réforme à notre malade, il y a neuf ans,
Au commencement d'octobre, quelques mouvements ont commencé à se produire du côté de la tète qui, de temps à autre, était violemment projelée par secousses brusques du côté droit, Ces mouvements sont devenus plus fréquents et, au bout de trois semaines environ, la tête est restée fixée dans la posilion vicieuse qu'elle occupe actuellement. C'est la position classique du Lorticolis : la tête est complètement tournée sur la droite, la face regardant à peu près exactement le moignon de l'épaule et n'étant pas relevée en haut comme dans le véritable torticolis musculaire. Cependant le sterno-ciéido-masloïdien paraît êlre contracté. Les yeux sont portés à droite, l'épaule du côté droit légèrement relevée.
La tête laisse par moments celte position, et, par un grand effort de volonté, le malade peut la ramener en bonne position. Mais il la maintient à peine quelques secondes et elle ne tarde pas à reprendre en un mouvement brusque sa situation vicieuse.
Le côté droit de la face présente de petits mouvements choréiques: il s’agil surtout d'un tic de l'angle droit de la bouche. Les mains sont sans cesse en mouvement: ces mouvements sont de peu d'élendue, plus accentués du côté gauche ; ils obsèdent le malade plus qu'ils ne le gènent.
Pendant le sommeil, ces mouvements disparaissent complèlement ; la tête est en bonne position.
Du reste le malade a, comme tous les malades de ce type, trouvé le geste ou le procédé qui lui permet de reclifier son lorticolis. Quand il est debout, il glisse la main droile derrière sa Lèle et vient appuyer sur la partie gauche du cou ; quand il est assis, il lui suffit d'avoir les épaules appuyées pour que le torticolis cesse complètement ; iln'esi même pas utile que la lêle ait un point d'appui : assis sur une chaise, ou simplement appuyé à l'angle d'une porte, le torticolis ne se produit plus.
Comme dans la plupart de ces cas de lorticolis psychiques, les actes professionnels paraissent être intervenus chez notre malade comme cause déterminante de ce lic.
Comme cullivateur, il est surlout occupé à piocher et à porter des fardeaux. Étant gaucher, quand il soulève la pioche avec son bras gauche, sa Lèle se porte à droite (comme dans son torticolis)
[ porte le plus souvènt ses fardeaux de bois sur son épaule gauche. Dans cet effort, sa Lèle doit encore se porter à droite. Parfois, si le fardeau est plus lourd, 1l le met sur son dos. Or, dans cette attitude, il ne peut tourner la tête, elle heurterait la charge qu'il a sur les épaules; et il a, en effet, remarqué que lorsqu'il a un fardeau sur les épaules sa lèle est droite. De là, lartifice qu'il a trouvé pour maintenir sa têle en bonne posilion ; il lui suffit de sentir quelque chose contre ses épaules pour n'avoir plus son Lorticolis ; le coin d'une porte, le dossier d'une chaise, remplacent le fardeau.
Tous les réflexes des membres sont bien conservés. La sensibilité générale semble intacte, el aucune faiblesse musculaire à signaler.
Dès son entrée à l'hôpital, le malade commence son traitement selon la méthode de M. le professeur Brissaud ; c'est-à-dire des exercices d'immobilisation et de mouvements, le Loul fait devant un miroir. De plus, on lui fait subir un traitement électrique, mais celui-ci sans résultat.
Au contraire, dès le début, le trailement rééducateur avec le miroir produit le plus grand bien à B... Le malade commence à tenir sa Lêle normalement, mais pendant un Llemps très court.
En décembre, B... demande à sorür de l'hôpital. Il va beaucoup mieux, mais la guérison n'est pas encore complète. On lui conseille de poursuivre chez lui son traitement.
OBSERVATION Il
(MM. Rimbaud el Bonhomme. — Société des sciences médicales : Séance du 1‘ mai 190$) (1)
Torticolis mental
Jean-Baptiste N..…., cullivateur, 35 ans, de Chazeaux, canton de Blaymard (Lozère), entre le 18 avril 1908, à la salle Fouquet, n° 20.
(1) Montpellier Médical, ?1 juin 1908, n° 95.
2 Ut da
Antécédents héréditaires: Son père est mort de pleurésie el buvait un peu. Sa mère élait nerveuse: elle élail la cousine germaine de son mari.
Il a eu deux frères, qui ne sont pas mariés ; a eu deux sœurs qui sont mortes, l'une, l'année dernière, de pleurésie, compliquée de méningite : il a élé lrès affecté par celte mort ; l’autre est morte d'une affeclion pulmonaire probablement: elle était religieuse garde-malade. Aucun d'eux n'a eu de crises, mais tous sont nerveux.
Antécédents personnels : N'a pas eu de maladie dans son enfance ; est allé à l’école jusqu'à 17 ans ; aimait beaucoup à lire et à écrire ; aurait désiré être instituteur.
À fail son service militaire régulièrement.
Marié depuis quatre ans.
Il y a sept à huit ans, il se rendit à Lourdes avec le pèlerinage national; là, il fut frappé du nom « Manuel » qui se trouvait sur toutes les brochures distribuées aux pèlerins {il s'appelle « Nuel »). Aussilôt 1l songea à la magie, à l'électricité — à laquelle il n'avait jamais pensé avant — el à Loutes « choses dépassant l'esprit de l'homme ». De retour dans son pays, 1l eut une frayeur : un coup de mine éclata inopinément à ses côlés et blessa un ouvrier. Il eut alors pendant quarante-huit heures des crises de nerfs, se tordail, grinçait des dents. Il prétend qu'il ne perdait pas connaissance ; cependant il dit aussi qu'on le crut mort, et ne se réveilla que lorsque le prêtre approcha les cierges pour lui donner l’extrêmeonction. Ileut au moins un quart d'heure d'extase absolue avec visions, qu'il ne peut préciser, mais qui élaient en rapport avec une jeune fille de 22 ans avec laquelle il devait faire des expériences de magie. Il eut pendant ce temps des hallucinations de l’ouïe (entendait le Uintement des pièces d'argent). Comme traitement, on lui mit de la glace sur la tête : elle lui coula dans le dos et depuis celte époque il a été très sensible au froid dans cette région.
Au mois d'octobre 1907, il s’endormit dans un courant d'air pendant une heure et demie et se réveilla transi.
De plus, il avoua, puis nia, avoir vu dans les foires des gens ayant le Lorticolis. La maladie actuelle remonte à deux ou trois ans ; on lui fil remarquer, à celte époque, qu'à l'occasion d'un effort ou d’une contrariété il ébauchait son torticolis; mais c'était
très passager. Il a commencé à s'en apercevoir il y a un an; lorsqu'il lravaillait la terre, il n’y avait encore aucune contraction, mais lorsqu'il lisait, écrivait, ou avait une émotion, la tête se porlait en arrière el à droite, Son caractère se modifia : il devint très irascible el très violent, Il éprouve des frémissements dans les jambes sans qu'elles aillent pourtant jusqu'à se dérober sous lui.
Au mois de novembre 1907, à la suile du coup de froid mentionné plus haut, sa tête resta inclinée à droite pendant huit jours à peu près qu'il passa au lit dans l'immobilité la plus absolue. La tête revint peu à peu dans une bonne posilion, mais le tic était conslitué . Depuis trois mois, souffrant moralement et physiquement de son infirmité, le malade gardait le lit. Il ne fait pas remonter sa maladie aux visions qu'il a eues il y a sept ans, et il n’a plus repensé à l'électricité.
Aspect : La Lête est actuellement toujours en mauvaise position. L'occiput est presque à toucher l'épaule droite, le menton au-dessus de la clavicule gauche, par contraclion du slerno-cléido-masloïdien droit. Un doigt seulement appliqué sur la lempe gauche et qui, par conséquent, semblerait devoir exagérer le mouvement tiqueur, suffit à ramener la Lête en bonne posilion. Le malade se sert ordinairement d'un manteau posé sur la tête et dont le faible poids suffit à lui permettre de tenir la têle droite. L'épaule droite est relevée comme allant au devant de la lête inclinée. Le côté droit a Loul entier une atlitude raide et la contraclure s'étend un peu au bras, dans lequel le malade se plaint d'éprouver quelques douleurs.
Examen : Membres inférieurs : réflexes roluliens vifs des deux cô.és. Sensibilité conservée ; pas de faiblesse musculaire.
Tronc : Un peu d'hyperesthésie à droite.
Membre supérieur : Tous les réflexes sont vifs. la sensibilité est normale.
Cou : Anesthésie assez prononcée à droite dans la région correspondant au lrapèze el au slerno-cléido-masloïdien droit. On sent la corde dure du sterno contracté. Rien à gauche.
Anesthésie conjonclivale.
Anesthésie pharyngée.
Légère sensation de boule à la pression prolongée du flanc droit.
Le testicule droit est plus douloureux à la pression que le gauche.
Bon élal général. Rien aux autres appareils.