OBSERVATION [II
Résumée)
Henry Meige : Les péripéties d’un torticolis mental. — Nouvelle Iconogr. de la Salpêtrière, t. XX, p. 461-507, année 1907.)
Au début de son observalion, Henri Meige s'exprime ainsi :
« C’est un Lorticolis mental observé pendant six années, très amélioré d'abord, puis récidivant, amélioré de nouveau, reparaissant encore, mais enfin guéri. De plus cette observalion est doublée d'une auto-observation : le palient, intelligent et instruit, a fail lui-même une analyse très exacle de son mal. »
Taurone a 39 ans, de petite Laille, mais vigoureux el en bonne santé. Sans hérédité ni passé palhologiques. Il y a une dizaine d'années il eut une sorte de « crampe des écrivains ». En juin 1902, Taurone ressentit un malaise singulier : [Il lui semblait que sa tête avait tendance à (omber sur l'épaule gauche. Il éprouvait comme une sensation de pesanteur à gauche. Signalons un détail impor-
EAN {ant : les deux yeux ne voient pas également bien ; le gauche est un peu myope el astigmate. Aussi, de longue date, Taurone a-t-1l pris l'habitude d'utiliser surtout son œil droit, et, pour cela, il tourne la tèle à gauche et il entendait moins bien de l'oreille gauche.
La tête de Taurone tourna davantage à gauche, le visage dirigé un peu vers le haut : rolation assez lente, suivie d’un retour et d'un lemps de repos, el bientôt le maintien de la tête dans la position droite ne put se faire qu’au prix d'un réel effort. A parlir de celte époque le malade commença à se préoccuper de son torticolis. Il s'était fabriqué une sorte de culotte, munie d'une attelle qui partait de l'oreille gauche et venait se fixer par une épingle sur l'épaule droite. Mais il renonça bien vite à cet appareil, les contractions des muscles s'exaspérant par celte résistance.
Au début, l'examen du malade montra que le se mastoidien droit était seul touché ; plus tard, le trapèze droit fut atteint à son tour, et son action eut pour effet d'ajouter à la rotation de la tête à gauche son renversement en arrière. De plus, le malade présente des mouvements convulsifs des muscles de la face el quelques mouvements rapides et successifs de flexion et d'extension des doigts de la main droite. Pendant la marche, la rotation de la tête à gauche s'accentue davantage : la lecture est presque impossible et l'écriture est très pénible. La sensibilité cutanée est normale des deux côlés, les réflexes patellaires sont égaux et normaux; le réflexe cubital du côté droit est un peu plus vif que celui du côté gauche.
Le malade est capable d'exécuter tous les mouvements qu'on lui commande avec correction, mais il ne peut obtenir qu'avec peine le relâchement musculaire complet. Le tonus musculaire est anormal, et cette anomalie se traduit par un excès d'intensité et de durée de la contraction. Un examen électrique montre que le sternomastoïdien gauche est plus excilable que le droit, aussi bien pour le courant galvanique que pour le courant faradique. Au point de vue mental, Taurone ne présente aucune anomalie ; il est seulement un peu émolif.
Le malade commence le traitement le 20 décembre 1902. Il fait des exercices d'immobilisalion et de mouvements; de plus des exercices de lecture, d'écriture surveillées : des exercices respiraloires, récilalions et narralions orales,
Tout le (raitement est fait devant un miroir.
Au début, Taurone éprouve un soulagement bientôt suivi d'une exagéralion des mouvements. Puis l'amélioration continue, les progrès s'affirment chaque jour et à ce moment le malade quitte Paris pour la campagne. A cetle époque, le torlicolis s'exagère el il se produit une forte rechute ; les manifestations convulsives sont aggravées et surexcitalion générale. Taurone quitte alors sa famille el fait une cure d'isolement et de repos au lil avec des exercices méthodiques de discipline psycho-motrice. Le malade reste dans un état presque stalionnaire pendant un mois, puis arrive une phase d'amélioration très sensible, qui est bientôt encore suivie d'une rechute. Le torticolis est devenu un rétrocolis que ne calme pas le repos au lil. Enfin à partir du 24 février 1904, commence pour le malade une ère d'amélioralion progressivement croissante. Les contractions diminuent de plus en plus et le torticolis pendant quatre mois semble disparaitre ; on constate seulement un peu de tremblement de la Lête; puis un peu de raideur dans les mouvemen's de la tête et du cou.
Taurone reste ainsi pendant qualorze mois, et le 7 janvier 1906 il ne reste plus de trace apparente de Lorticolis, sauf une légère raideur de la Lêle el du cou qui s’atlénue rapidement. Le malade est très salisfait du présent et confiant dans l'avenir. Le traitement est fini, mais il continue par habitude à exercer de lemps à autre la surveillance motrice dont il a pu apprécier les bons effets.
Au commencement de l'année 1998, Taurone con inue à se bien
porter.