OBSERVATION IV
(Guibert. (1
M... André, cultivateur à S... (Vaucluse), est entré le 17 février 1891, à l'hôpital Saint-Eloi de Montpellier.
Les an'écédents héréditaires sont nuls, au point de vue névropa-
(1) Revue de médecine, 1892, p. 317.
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thique. La mère est morte de suite de couches ; le père, alcoolique, est mort subitement à l’âge de 55 ans.
M... n’a jamais commis d’excès et n'a jamais eu de maladies antérieures. C'est un homme fortement musclé, très actif et à la physionomie énergique.
Il y a quatre ans environ, en plein hiver, le malade, en sueur, entre dans un cabaret et resle pendant quelques instants à côté d'une porte ouverte, le côté droit de son corps exposé à un fort courant d'air. Il se produisit un léger malaise consécutif à ce coup de froid, et c'est environ quinze jours après que parurent les phénomènes que nous constatons encore aujourd’hui. Pendant le repos, la tête était brusquement attirée et tournée tantôt à droite, tantôt à gauche ; ces oscillations étaient assez rapides et s’'accompagnaient d'une pénible sensation de tiraillement sur les parties latérales du cou et de la nuque. Sitôt que le malade faisait un mouvement ou un effort les mouvements de la tête disparaissaient.
Cet état persisla environ un mois ; peu à peu survint une céphalalgie très intense, qui disparut au bout de deux mois. A celte époque, les mouvements se limitent au côlé droit, la lête attirée el fléchie vers l'épaule droite, le menton regardant l'épaule gauche. De plus, c'était surtoul pendant la marche que ces oscillations se produisaient avec le plus de facilité.
Ce malade fit alors construire, d’après ses propres indications, un instrument desliné à empêcher ou à modérer ces phénomènes, mais il dut bientôt renoncer à son emploi, l'ayant reconnu absolument insuffisant.
Cet élat persista jusqu'au mois de février 1891, époque à laquelle il entre dans nos salles.
Quant M... est couché, il peut remuer la tête dans toutes les direclions et jamais la flexion ou la rotation de la tête ne se produisent. Dès qu'il se met à marcher assez longtemps pour amener une légère fatigue (dix minutes environ suffisent), on voit brusquement la tête se dévier : l'occiput est attiré du côté de l'épaule droite, qui est, elle aussi, un peu soulevée, la face regardant l'épaule gauche : il semble, en un mot, que le malade hausse les épaules en signe de mépris ou de dédain. En même temps, la commissure labiale est légèrement lirée en dehors.
Cette déviation ne se produit pas assez brusquement pour que le
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malade, instruit el guidé par l'expérience, ne puisse quelquefois arriver à l'éviter ou à la faire disparaître en portant brusquement la main à sa lêle, comme pour lui donner un point d'appui ou la soutenir. Lorsque ce stralagème ne réussit pas, la rotation et la flexion se produisent avec une force irrésistible et durent rarement plus de cinq secondes.
À ce moment, le sterno-cléido-mastoïdien et le trapèze droit sont durs, Lendus; le peaucier du même côlé est Jui aussi animé de faibles contractions fibrillaires. En même temps se produit une pénible sensation de crampe el de fourmillement ‘occupant la région latérale du cou. Jamais nous n'avons noté de phénomènes analogues du côté opposé. Quelquefois ces contractions, ces crampes, se produisent avec une très grande fréquence, sept ou huit fois à la minule, mais {oujours pendant la marche et les mouvements volonaires.
La réaction électrique des muscles intéressés est parfaitement normale.
Il n'existe aucun trouble de la sensibilité et de la peau, ni aucun affaibl ssement de la motilité du côté droit, et nous n’avons jamais constaté chez notre malade l'existence de stigmates hystériques.
Le traitement employé a été des plus variés. L'antipyrine donnée pendant plus de vingt jours à dose quotidienne de deux grammes n'a nullement amélioré les phénomènes spasmodiques; le bromure n’a pas eu plus de succès; l'application de cataplasmes chauds préconisée par le docteur Krüger n’a pas amené de modifications visibles. Enfin les courants interrompus appliqués tous les jours sur la région postéro-lalérale du cou semblent seuls avoir donné quelques résultats ; sous leur influence, les crampes paraissent se produire moins fréquemment. M... a élé, en désespoir de cause, envoyé aux bains de Lamalou ; les renseignements que nous avons, depuis cette époque, reçus du malade Tui-même ne signalent qu'une amélioration des plus légères.