‹ Considérations sur le torticollis mentalChapitre 2 sur 25 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Le mot torticolis paraît remonter au XVI° siècle, avec Rabelais qui, dans son immortel ouvrage, l'emploie à diverses reprises et dans des sens différents. Voici d’abord un passage, Justement célèbre, où l’auteur explique comment Epistemon, qui avait la tête coupée, fut guéri habilement par Panurge: « Adonc, netloya tres bien de beau vin blanc le col, et puis la teste, et y synapisa de pouldre de diamerdis, qu'il portoit toujours en une de ses fasques; apres les oignit de je ne sçay quel oignement : et les afusta justement vene contre vene, nerf contre nerf, spondyle contre spondyle, afin qu'il ne fust {orty colly, car telles gens il haïssoit de mort. Ce faict, lui fit à l'entour quinze ou seize points d’agueille, afin qu'elle ne tombast de rechief; puis mit à lentour un peu d’onguent qu'il appeloit resuscitatif. Soudain, Epistemon commença

Eine

respirer, puis ouvrir les yeulx, puis baisler, puis esternuer, puis fit un gros pet de mesnage. Dont fist Panurge : «À ceste heure est-il guery asseurement, ete...» Ce passage fait évidemment allusion au torticolis par dislocation des vertèbres ou « spondyles ». Dans le suivant, il s’agit plutôt du torticolis musculaire banal qui suit les fausses positions prises durant le sommeil: «EL puis l'on ne fait que rebecquer lorty colli fleuretant le dormir d'après disner. » Ailleurs, dans une tirade sur «le branslement de teste » qui est le signe de l'inspiration extatique, aussi bien des prophètes turcs et des mages, des devins et de la Pythie, que des prêtresses de Bacchus et des druides, Pantagruel conclut : « Dond ainsi est dicte, selon les antiques théologiens, car #5:554v signilie rouer, tortre, bransler la teste et faire le tork colli. » Enfin, en parlant, «des gens de bos estat» comme « cagots, caffards, hypocrites, chatemittes, patepelues, forticollis, barbouilleurs de papiers », Rabelais fait de torticolis le synonyme des cagots et des hypocrites.

Ces citations sont intéressantes parce qu’elles montrent que le mot torticolis représentait pour Rabelais lui-même la plupart des significations que l’on trouve mentionnées ultérieurement dans les dictionnaires français à partir du XVIII siècle:

Il faut croire, d’ailleurs, que le forti colli ou torty colly de Rabelais St peu frappé l'attention, puisqu'il n’est cité ni dans l'excellent ouvrage de Ranconnet et Nicot en 1806, ni dans le Lexique des étymologies médicales de Kraus, ni dans le Dictionnaire de l’ancienne langue française de Frédéric Godefroy. L'auteur qui semble plutôt avoir assuré la fortune du mot torticolis est Scarron, qui dans la première moitié du XVI siècle a écrit :

Mon pauvre corps est raccourci Et j'ai la tête sur l'oreille ; Mais cela me sied à merveille EC parmi les (orticolis

Je passe pour des plus jolis.

C'est à partir de celte époque que le mot torticolis semble avoir acquis droit de cité, mais on le gratifie de « mot bas » et la médecine l’ignore encore. Par exemple, voici tout ce que contient à son sujet le Dictionnaire de Furetière, en 1690 :

« Torticolis : qui n’a pas la teste droite sur les épaules, qui la penche d'un costé. Les fluxions nous rendent quelquefois {orticolli. Les cagotz affectent de faire les torticolis, pour faire croire qu'ils sont en quelque espèce d'extase. » La même et seule signification, en 1728, est donnée par Pierre Richelet, à torticolis (caput obstipum ferens distortum collum) : « celui qui a le cou un peu de travers el la têle un peu penchante. »

Le mot torticolis ne va pas larder cependant à entrer dans le langage médical. Le premier ouvrage de médecine où il figure est vraisemblablement la thèse de Jäger, soutenue à Turbingen en 1737. En 1741, dans son Traité d'orthopédie, Andry écrit au chapitre «col tourné ou roidi »: «c'est aussi quelquefois un rhumatisme ou torlicolis, qui oblige l'enfant à tenir ainsi le col. » En 1745, le Dictionnaire de Trévoux note que torticolis «se dit aussi de la maladie qui fait pencher la tête d’un côté. »

En revanche, en 1747, dans le Diclionnaire universel de Médecine, par Diderot, Eidous et Toussaint, le mot torticolis ne figure point, et au mot cervir il n'est ques-

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