ÉVOLUTION ET PRONOSTIC
Le début du torticolis mental est ordinairement insidieux. Qu'il s'agisse de l'envahissement d'un üce de l'épaule, ou que la déviation de la Lête soit le phénomène le premier en date, le torticolis qui en résulte est d'abord peu fréquent et peu accentué. [Il ne se produit qu'un petit nombre de fois par jour et chaque fois la contraction ne dure que peu de temps.
Graduellement, la rotalion involontaire de la tête s'effectue plus souvent, l'attitude est maintenue plus longtemps. Mais il faut souvent plusieurs mois pour que le Lorkicolis mental soit complètement constitué.
Quelquefois le début est insidieux à ce point qu'il passe inaperçu du malade lui-même; ce sont des personnes de son entourage qui lui font remarquer son attitude singulière. D’autres fois il remarque qu'il ne peut redresser la tête sans l’aide de ses mains.
Il n'est pas rare de voir l'affection se localiser au début dans un muscle, l’abandonner ensuite pour s'attaquer à un autre, puis reparaître dans le premier muscle atteint. On voit même le torticolis changer de côté: la têle qui tournait d'abord à droite se met ensuite en rotation à
enr pe gauche. La forme de la convulsion peut aussi changer, et de clonique devenir tonique, au bout de quelques semaines ou de quelques mois. Au début, le torticolis mental est moins fréquent. Le malade peut passer des journées entières sans en êlre incommodé. Il arrive aussi que celui-ci ne se montre que dans certaines conditions bien déterminées. C'est ainsi que MM. Meige et Feindel citent le cas d’un torticolis mental à son début qui ne se produisait qu'à l'occasion des mouvements de l'écriture.
Au torticolis s'adjoignent parfois des mouvements de l'épaule, du bras, du tronc ; et même, lorsque le torticolis mental se prolonge pendant longtemps, on voit assez fréquemment survenir dans les membres des mouvements d’allure choréiforme ou athétosique, ou encore une espèce de tremblementirrégulier,arythmique (Meige et Feindel). Le geste antagoniste se montre quelquefois dès le début de la maladie. Mais, plus fréquemment, il apparaît plus tardivement, plusieurs mois, plusieurs années même après que l'attitude vicieuse est invétérée. Le torticolis mental, une fois constitué, reste extrêmement variable d'un jour à l'autre. Mais d'une année à l’autre il ne se modifie guère.
En résumé, nous dirons que c’est une affection longue el tenace, avec des rémissions temporaires d'assez longue durée, et d’autres fois des alternances, soit avec divers lies, soil même avec des troubles psychiques. Peut-on la guérir? C'est assez difficile, et il faut beaucoup de temps el de palience. Cependant notre observation III montre qu'on peul arriver à une complète guérison.
Le pronostic est bénin, on ne meurt pas du torticolis mental. Mais c'est toujours une infirmité fâcheuse, et si on l'abandonne à lui-même, il a tendance à s'aggraver,
à se généraliser. Il est d'autant plus tenace qu'il existe depuis plus longtemps. Il peut disparaitre spontanément pour être remplacé par un autre tie.
On a cité des cas de guérison complète et définitive, mais il faut toujours se méfier des récidives. Un sujet atteint de torticolis mental est somme toute un liqueur, et, s'il vient à perdre les bonnes habitudes de surveillance qu'il avait prises, il peut se trouver à la merci de nouveaux tics. Par contre, s'il a pris l'habitude d'une bonne discipline psycho-motrice, il sait se mettre en garde contre un retour offensif.
Il ne faut pas croire que le torticolis mental échappe à toute intervention thérapeutique et que son évolution ne puisse être modifiée ni enrayée ; l'inefficacité des moyens de traitement usités jusqu'à ces dernières années avait contribué à accréditer son incurabilité. La sévérité de ce pronostic s’est beaucoup amendée. On sait aujourd'hui que, dans la majorité des cas, un traitement approprié produit toujours des améliorations, dont la durée et l'importance sonten raison directe des efforts correcteurs exercés sur le tic. On peut même enregistrer des cas de guérison, et ceux-ci deviendront de plus en plus nombreux au fur et à mesure qu'un plus grand nombre de malades seront soumis de meilleure heure à un traitement rationnel.
Terminons en disant que, selon que le « torticolis psychique » sera à type polygonal ou à type psychique supérieur, variable sera son évolution ; et le pronostic, grave dans le second cas, sera bénin dans le premier.