DIAGNOSTIC
Le torticolis mental peut présenter certaines variations suivant les sujets et on se heurte alors à de grandes difficultés pour en faire le diagnostic.
Le torticolis mental n’est caractérisé par aucune lésion organique, les contractions en général ne sont pas permanentes et sont de courte durée. Au contraire, les torticolis causés par des affections organiques, telles que des tumeurs, des lésions rachidiennes, des lésions des nerfs, seront facilement reconnus, car ces torticolis sont durables et permanents.
Avec les torticolis spasmodiques, le diagnostic est un peu plus diflicile à faire. Cependant nous savons que dans le spasme, la tête est généralement un peu penchée sur un côté, elle ne se tient pas tout à fait droite. On trouve une série de mouvements successifs en nombre variable, survenant sous forme de véritables paroxysmes ; ils sont très irréguliers. De plus, ces torticolis spasmodiques présentent deux caractères importants qui permettent d’en faire le diagnostic : ce sont, l'état de rigidité de certains muscles du cou et surtout l’état douloureux qui
accompagne cel état de rigidité, et qui fait défaut dans le Lorlicolis mental.
LL faudra donc examiner le malade avee le plus grand soin.
Peut-on confondre avec la chorée de Sydenham ?
Non, car il suffit de songer aux mouvements incoordonnés, bizarres que celle-ci présente. On a vu cependant des cas de torticolis mental compliquer une chorée, et Raymond a cité le cas d’une fillette chez qui une chorée de Sydenham se greffa sur une maladie des cs. Inversement Chatin parle d'une jeune malade de 17 ans qui, après plusieurs récidives de chorée, fut prise d'un tic absolument analogue au torticolis mental, le trismus mental !
Avec la chorée rythmée, le diagnostic sera plus difticile. Celle-ci peut être de nature hystérique ou symptomatique. Les secousses seront involontaires, systématiques, et l’on trouvera les stigmates de la grande névrose, dans le premier cas. Au contraire, dans le second cas, le système nerveux sera lésé, et on constatera un mouvement réflexe résultant de lirritabilité de Pare réflexe.
Il faudra également différencier le torticolis mental avec la maladie des tics, des tics convulsifs. Cette maladie de Gilles de la Tourette revêt deux formes : dans sa forme bénigne, elle est caractérisée par des tics proprement dits, el dans sa forme grave elle comprend en plus de l’écholalie, échokinésie, coprolalie. La volonté peut arrêler ces secousses dans certaines limites ; mais quand l'effort cesse, les secousses redoublent de plus belle et d'autant plus que la contrainte a été plus longue. Cette affection représente une forme clinique bien caractérisée, à qui il faut conserver son individualité. Mais on ne consi-
nee dèrera pas tous les autres lies et le torticolis mental comme des cas de cette maladie.
Le torticolis mental ne fait pas partie intégrante de lhystérie, épilepsie el neurasthénie, ce qui ne l'empêche pas loutefois de survenir chez ceux qui en sont atteints, car ce sont des déprimés. Il peut, dans certains cas, être rapporté à l'hystérie, mais ce n'est point un syndrome de celle névrose. Chez le liqueur, en effet, la sensibilité générale n'est pas modifiée, il ne présente ni anesthésie, ni hyperesthésie, ni rétrécissement du champ visuel. Si l’on consiale des anomalies psychiques des deux côtés, il ne nous semble pas loutefois que Fhystérie soit en jeu. Mais les hystériques peuvent devenir liqueurs.
Babinski (1) donne une définition de l'hystérie qui permet de bien la différencier du torticolis mental et des lies: « C'est, dit-il, un état psychique rendant le sujet qui s'y trouve capable de s'autosuggestionner. Elle se manifeste par des troubles primitifs et des troubles secondaires. Les troubles primitifs peuvent être reproduits exactemêënt par suggestion chez certains sujets et disparaissent sous l'influence de la persuasion. »
En effet, il semble difficile de reproduire un tie avec une exaclilude rigoureuse el la persuasion ne peutle faire disparaître complètement. Si ce moyen semble donner parfois une guérison, ilest souvent insuffisant. [l faut une véritable rééducation.
Peut-on confondre avec la neurasthénie ? Sans doute, dans ce cas, les malades sont des déprimés, des dégénérés ; mais on a alors de la rachialgie, des céphalées avec
douleurs en casque, de lasthénie, de l’insomnie. Isolé-
(1) Babinski. — Soc. de Neur. de Paris, 7 décembre 1901.
ment, on peut trouver un de ces symptômes chez un sujet atteint de torticolis mental, mais chez les neurasthéniques ils sont tous réunis.
Le torticolis mental peut accompagner l'épilepsie. L'état mental de l’épileptique, déjà bien faible, permettra facilement au tic de se développer, mais ici encore existe une différence.
L'épilepsie corticale, si parfois elle peut être arrêtée par une diversion, une fois commencée, suit son évolulion sans que rien ne puisse l’en empêcher. Inversement, l'accès du tic peut toujours être arrêté pour un temps plus ou moins long.
Dans l’épilepsie essentielle, son mode d'évolution parüculier suffit à la caractériser.
De plus il nous faudra différencier le genre de torticolis auquel on a affaire: {orticolis polygonal où bien torticolis mental à origine psychique supérieure. C'est ce dernier qui est le torticolis mental de Brissaud.
L'état d'intelligence et ses troubles permettront facile ment le diagnostic.