ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Dans les lésions traumatiques des ménisques du genou, ceux-ci se déchirent, puis peuvent ou non se luxer après cette déchirure préalable qui les a privés de leurs moyens de fixité habituels. La luxation n’est done que secondaire, et e’est elle qui va conditionner la manifestation symptomatique la plus caractéristique ; cette luxation peut manquer ou tarder à se manifester.
Les déchirures sont variables comme forme et comme siège. On observe les lésions suivantes :
1° Déchirure longitudinale (la plus fréquente) :
soit incomplète,( siégeant à la partie antérieure du ménisque ;
soit complète, donnant le meniscus bipartitus ; la bandelette latérale reste attachée à la capsule; la bandelette médiane peut s’écarter plus ou moins d’elle et peut remonter dans l’échancrure inter-condylienne ;
soit une fissure longitudinale qui passe au ras de l'insertion capsulaire : c’est alors la désinsertion du
ménisque.
2° Arrachement de l’insertion antérieure du ménisque (accident le plus fréquent après le meniseus biparlitus).
3° Rupture transversale du ménisque, qui peut être complète ou incomplète, soit unique, soit multiple, siégeant soit au tiers intérieur, soit au tiers postérieur, soit au milieu.
4° Arrachement de l’insertion postérieure du ménique.
5° Fissuration horizontale du ménisque, celui-ci étant comme dédoublé.
6° Laxité méniscale pouvant donner le genou à ressOTt.
Ces trois derniers cas sont rares.
L'évolution de toutes ces lésions n’a presque aucune tendance à la guérison.
Le genou droit est le plus souvent touché : les statistiques anglaises donnent de 78 à 95 % de déchirures à droite. Les deux genoux sont très rarement atteints ensemble.
Les lésions sont beaucoup plus fréquentes sur le ménisque interne que sur l’externe, parce que dans la sustentation les deux jambes travaillent en opposition comme les piliers d’une voûte: les pressions sont plus fortes sur le condyle interne que sur l’externe. Chez la femme, le genu valgum physiologique augmente les pressions sur le condyle externe, ce côté étant aussi souvent lésé que l’interne (Patel).
ETIOLOGIE
Tout effort violent, tout mouvement brusque, tout faux pas ou toute chute peuvent occasionner une rupture méniscale.
Rares avant 15 ans, les ruptures méniscales sont fréquentes à l’âge de l’activité professionnelle ou sportive. Les hommes y sont plus exposés que les femmes.
Certains métiers sont plus touchés : travailleurs des fabriques, manœuvres, cultivateurs, jardiniers, soldats lourdement chargés ; mais, de tous, ce sont les mineurs qui travaillent dans une position accroupie, en flexion forcée des genoux. Dans les statistiques anglaises, les mineurs sont touchés dans la proportion de 62 %,.
Chez les sportifs, ce sera surtout la pratique du ski et du football qui donnera le plus de déchirures ; viennent ensuite le patinage, l’alpinisme, la lutte, la gymnastique, l’équitation.
L’attitude de la jambe lors de l’accident sera généralement la demi-flexion et la rotation externe, l’extension et la super-extension dans le coup de pied à vide du footballeur.
Ces déchirures méniscales sont plus fréquentes en Angleterre et en Suisse.
SYMPTOMATOLOGIE
Le plus souvent, une lésion méniseale comporte un traumatisme du genou, d'intensité variable, qualifié d’entorse du genou, avec symptômes plus ou moins bruyants, douleurs, hydarthrose, qui masquent la lésion méniscale ; puis, par la suite, se produisent des incidents entrecoupés de périodes d’accalmie. Parmi ceux-ci, le blocage est le symptôme caractéristique.
BLOCAGE. — Si le blocage est un incident parfois tardif, il peut être un signe de début. Ainsi chez les sportifs : pendant le saut, une partie de football, de hockey, de tennis, de patinage, d’escrime, au cours d’un mouvement violent une brusque et très vive douleur se produira au genou et le joueur ne peut plus allonger la jambe.
Le blocage est donc l’accident qui survient à l’improviste, à l’occasion d’un mouvement anormal ou au cours d’une marche normale, mais rapide ; il consiste en une immobilisation brusque du genou qui se trouve tout à coup en légère flexion avec impossibilité d’étendre la jambe, la flexion étant conservée ; si le malade
cherche à forcer l’extension, cela est impossible et s’accompagne de douleurs.
Lorsque le blocage est fréquent, le plus souvent les malades savent réduire eux-mêmes leur luxation méniscale, par des pressions directes sur le genou, le membre étant dans une certaine position connue d’eux et variable selon les cas. La réduction se fait brusquement, souvent avec claquement, et les mouvements du genpu redeviennent de suite possibles ; mais parfois le genou reste douloureux et il se montre un peu d’hydarthrose. Mais ces blocages peuvent durer assez longtemps. Dans notre Observation I, le blocage a duré 7 jours ; dans l’Observation III, par deux fois le blocage a duré 8 jours, et, dans les deux cas, la réduction n’a pu se faire qu'avec le repos.
Les blocages se produisent de façons fort variées. Si parfois il est en quelque sorte instantané, il met, dans certains cas, des années à se produire. Dans l’Observation III, c’est au bout de trois ans qu’il apparaît. Selon les intervalles très courts ou très longs, il en résulte, soit une gêne légère, soit une véri1table infirmité, d’autant plus que les retentissements articulaires, douleur, hydarthrose sont d’autant plus pénibles que le blocage est plus fréquent. Rarement ces blocages disparaissent complètement, mais quelquefois les accidents deviennent de moins en moins fréquents, ainsi que les réactions articulaires ; la maladie devient plus tolérable.
La douleur et l’hydarthrose sont les compagnes habituelles du blocage, mais elles peuvent exister en dehors des périodes de blocage.
No P Le
DOULEUR. — La douleur est caractérisée par son siège ; elle est nette en un point très précis situé au niveau de l’interligne, entre le bord du higament rotulien et le bord du ligament latéral interne. Le point douloureux, spontané ou à la pression est au niveau de la corne antérieure du ménisque.
Cette douleur a souvent des irradiations plus ou moins violentes, plus ou moins lointaines ; elles sont rarement continuelles. :
HYDARTHROSE. — L'’hydarthrose est plus irrégulière que la douleur, son volume est très variable ; elle est plus ou moins fugace, parfois périodique ; elle peut manquer (Observations IT et IIT).
Les atrophies musculaires sont assez constantes dans les cas anciens ; rarement elles sont très considérables. Leur importance semble être fonction du blocage et de l’hydarthrose.
L’arthrite sèche est exceptionnelle (Tavernier).
Les lésions des ligaments de l’articulation du genou
NS
peuvent être associées à celles des ménisques.
RADIOGRAPHIE. — La radiographie ne donne rien, les ménisques étant transparents aux Rayons X ; mais elle peut renseigner sur des lésions concomitantes (arrachements osseux, fractures partielles, corps étrangers, décalcification).