OBSERVATIONS
Au cours de notre année d’internat, dans le service de la clinique oto-rhino-laryngologique, dirigée par notre maître, M. le professeur Portmann, nous avons eu l’occasion d’obser-
ver deux malades à la même époque, présentant à peu près les mêmes symptômes et la même gravité; l'un d'eux a guéri, l’autre a succombé. Tous les deux ont été surveillés et traités par le même personnel : seules, les méthodes de traitement chirurgical ont différé. Nous tenons à mettre en relief ce fait pour appuyer nos conclusions au sujet du traitement des thrombo-phlébites du sinus et de la jugulaire. C'est devant Péchec d'une thérapeutique chirurgicale limitée et prudente chez l’un des malades, que fut tentée chez l’autre une intervention plus audacieuse et plus radicale.
Voici les observations de ces deux malades
OBsERvATION VIII.
V... 1.., 35 ans, entre à l'Hôpital du Tondu pour un écoulement de l'oreille droite datant d'un mois, et pour des céphalées persistantes.
Le malade à une région mastoïdienne tuméfiée et rouge, le pavillon est écarté, la région antrale est très douloureuse à la pression.
Bon état général : Température, 37°6: pouls, 72.
Intervention le 27 août 1925 (D' Moreau, chef de clinique); chloroforme.
Dès l'incision des parties molles, issue d’un flot de pus. Trépanation au lieu d'élection. Les lésions sont assez peu marquées à ce niveau, mais plus prononcées dans la zone sous-antrale superficielle et sous-antrale profonde : cellules vastes et pleines de pus avec des lésions d’ostéite allant jusqu’à la nécrose. C'est ainsi qu’en réséquant la pointe, toute une partie de la paroi du conduit auditif vient d’un coup de gouge : il s’agit là d’un séquestre en formation. On se dirige alors vers la partie postérieure et on tombe sur un magma de cellules vastes et pleines de pus, superficielles et profondes, périsinusales, gagnant très loin en arrière et en haut. Le sinus est mis à découvert sur ses deux tiers supérieurs. Lésions de périphlébite, spécialement à la partie supérieure. En terminant l’opération, on découvre encore deux ou trois vastes cellules pleines de pus.
On a été contraint de faire deux contre-incisions postérieures, en raison de l'importance des lésions dans cette région.
Suites opératoires. — 2 septembre : Le malade a eu un frisson la veille (Temp., 39 degrés). La suppuration de la plaie étant très abondante, on la désunit et l’on met en place des drains Carrel.
9 septembre : La plaie a bon aspect, on supprime les drains Carrel. Le malade a un bon état général.
12 septembre : Frisson avec température à 39 degrés; douleur le long du bord antérieur sterno-cléido-mastoïdien.
Hémoculture négative.
13 septembre : La douleur et l’empâtement de la région carotidienne se sont propagés vers la partie inférieure, dépassant la zone où l’on pourrait pratiquer la ligature de la jugulaire.
15 septembre : Frisson prolongé (une heure). Température, 39 degrés.
16 septembre : La région carotidienne et sus-claviculaire droite est beaucoup plus souple. La plaie mastoïdienne est en voie de bourgeonnement.
19 septembre : Le malade a un frisson quotidien avec temyérature à 39-39°5. Hémoculture négative.
Uroformine intraveineuse 1 gr. 50 par jour. Sérum glucosé rectal goutte à goutte.
22 septembre : Pas de frisson, mais le pouls reste rapide. La partie supérieure de la région carotidienne droite est empâtée, rouge, douloureuse. Le bord postérieur de la mastoïde est douloureux à la pression. Au cours du pansement, issue du fond de la plaie d’un demi-verre de sang jaunâtre. On suspend les injections d'uroformine.
24 septembre : Depuis le 20 septembre, la température et le pouls sont normaux. La région carotidienne droite et la région parotidienne sont tuméfiées et rouges. Par le toucher buccal on sent de l’empàtement. Trismus. Pansements humides.
25 septembre : Température et pouls normaux jusqu'à ce jour-là. Douleurs lancinantes dans la région parotidienne. Celle-ci est empâtée, on ne trouve pas de fluctuation. I vient du pus de la région inférieure du sinus. La pression du bord postérieur de la plaie fait également sourdre du pus de là partie supérieure, région correspondant à la projection du sinus. On pense à une thrombose purulente sinusienne avec périsinusite s'étendant au golle et ayant secondairement une réaction parotidienne.