RESULTATS
Il n'est guère possible de comparer les statistiques des thrombo-phlébites non opérées, et des thrombo-phlébites qui ont été objet d'interventions rationnelles. Certes les observations sont nombreuses de guérisons spontanées obtenues grâce à un traitement uniquement médical. Malheureusement, on n'a pas également sous les yeux tous les cas mortels. Il faudrait pouvoir comparer les résultats obtenus dans des services où l’abstention est de règle et ceux dans lesquels on intervient selon les indications.
Cependant, il n’est pas douteux que l’on constate parfois des évolutions heureuses de thrombo-phlébites graves, guéries sans intervention. [l n’y a pas d'années où les auteurs n’en publient des observations. Reverchon et Worms ont communiqué, en 1922, à la Société de laryngologie, d’otologie et de rhinologie de Paris un cas de guérison par auto-vaccin. Au cours de la même année, John Mac Coy a publié une observation assez impressionnante. C’est celle d’un malade qui présente une thrombo-phlébite du sinus latéral du côté gauche. La ligature fut pratiquée et la guérison survint. Deux ans après, le même malade revint avec une thrombo-phlébite droite. On ne lia pas la jugulaire et la guérison survint de façon identique. En 1923, Aloin signale, dans la Revue de laryngologie, qu'il a eu à traiter 5 cas de thrombo-phlébite du sinus et du golfe. Dans 3 cas il pratiqua la ligature et les 3 malades moururent; dans 2 cas il s’abstint et la guérison fut obtenue.
On ne peut pas mieux juger des résultats obtenus avec les différentes méthodes chirurgicales. Quand on fouille les observations publiées, il est difficile de déterminer la forme et l'intensité de la complication phlébitique : forme septicémique, périphlébitique, phlébite pariétale, ou thrombose. Les résultats différents obtenus avec des lésions de degrés variés ne peuvent être mis en parallèle.
On ne peut comparer que des cas à peu près identiques tels que les deux observations que nous avons publiées. Or ici la conclusion n'est pas douteuse. C’est le malade chez qui on a pratiqué l'intervention la plus large, la plus radicale, qui a guéri. C’est devant le résultat désastreux de l’abstention chez son premier malade que le professeur Portmann a considéré qu'il n'avait pas le droit de rester inactif devant l’autre. L'expérience lui a donné raison.
Parmi les trois autres malades, un seul à guéri de sa complication phlébitique; il n'avait présenté que des lésions de périphlébite. Les deux autres sont morts. L'un d'entre eux a été emmené par sa famille, présentant déjà des signes d'une méningite, qui l’a emporté trois jours après. L'autre a succombé à une embolie pulmonaire.
Au total, il n'y a eu que deux guérisons sur 5 malades. L’autopsie n'a été faite que dans un cas (obs. VII). Elle n’a pas été possible pour les autres. On ne saurait donc déterminer quelle était chez eux l'extension des lésions et le bénéfice qu'ils auraient pu retirer d’une intervention.
En ce qui concerne les thrombo-phlébites du sinus latéral et du golle, les statistiques globales ont toutes le défaut de comprendre des cas différents ou des observations incomplètes. On ne peut guère en tenir compte pour condamner ou défendre telle ou telle méthode chirurgicale. Il arrive aussi que les malades atteints de thrombo-phlébite et opérés, succombent à une complication intercurrente telle que pneumonie, abcès du cerveau ou du cervelet. Nous donnerons les résultats des statistiques de ces dernières années
1° Phlébite du sinus latéral :
Lane : sur 18 cas, 8 guérisons; Macewen : sur 27 cas, 20 guérisons; Jansen : sur 13 cas, 6 guérisons; Blau : sur 104 cas, 57 guérisons.
2° Phlébite du sinus latéral et de la veine jugulaire :
KOtDer is nat: Avec ligature, 75 p. 100 de succès; Sans ligature, 50 p. 100 de succès; Poe ns. Avec ligature, 62 p. 100 de succès; Sans ligature, 53 p. 100 de succès; Ducellier. 52.7. Avec ligature, 68 p. 100 de succès; Sans ligature, 50 p. 100 de succès; PAT Ce au LL Avec ligature, 66 p. 100 de succès;
Sans ligature, 43 p. 100 de succès.
Castex a comparé les résultats obtenus dans les mastoïdectomies simples et dans celles qui se sont accompagnées d’interventions sur le sinus ou sur la veine jugulaire. à
1° Mastoïdectomies simples : 16 guérisons, 21 décès;
2° Ouverture du sinus avec lavage : 17 guérisons, 15 décès;
3° Lavage du sinus et ligature de la veine jugulaire : 31 guérisons et 18 décès.
Voici l’une des statistiques les plus récentes; c’est celle de Fraser :
Sur 7 cas de thrombo-phlébite survenus au cours d'une otite aiguë, il a obtenu 5 guérisons. La ligature de la jJugulaire avait été pratiquée chez 6 malades. Celui chez lequel elle n avait pas été faite est un des deux qui ont succombé.
Il publie 21 cas de thrombo-phlébite au cours d’une affection chronique. Sur 11 cas n'ayant pas présenté de complications, il y a eu 9 guérisons, soit 78 p. 100.
Sur 10 cas compliqués, il y eut # guérisons, soit 33 p. 100.
Dans l’ensemble, la statistique donne un résultat : de 64,3 p. 100 de guérisons.
En général la guérison complète était survenue dans un délai de deux à trois mois.
SL
Si en France aucun auteur n’a pu accumuler un aussi grand nombre de cas, cependant les chirurgiens les plus autorisés sont de fidèles partisans de l'intervention dans les thrombophlébites du sinus latéral et du golfe. Des observations publiées dans les services de Sébileau, Lemaître et Mouret, on peut conclure que la méthode interventionniste est celle qui rallie le plus de suffrages et dont on attend les meilleurs résultats.
Les cas de thrombo-phlébites étendues à la veine Jugulaire sont en nombre plus restreint, les observations publiées sont beaucoup plus rares, du moins en France. En particulier l’exérèse complète de la veine jugulaire a été peu souvent encore pratiquée. Cependant les statistiques parues jusqu'à ce jour sont très favorables à cette intervention. La statistique de Dench est particulièrement très éloquente : sur les 66 résections qu'il a pratiquées, il a obtenu 47 guérisons. Aussi l'opinion de cet auteur est-elle formelle. I] préfère la résection à la ligature simple. -
Le résultat que nous avons obtenu chez notre malade est du reste très encourageant. Comme nous l’avons vu, les suites immédiates furent bonnes. Le résultat éloigné est également très appréciable. Le malade sorti de l'hôpital depuis plusieurs mois est actuellement complètement rétabli. Il ne présente pas de troubles circulatoires, en particulier pas d’œdème de l’hémiface droite, ni de signes d’hypertension cranienne. Nous avons signalé, le lendemain de l'intervention, de la cyanose des lèvres qui disparut deux à trois jours plus tard. La suppression du tronc jugulaire ne semble pas exposer à plus d'accidents que la simple ligature pratiquée sur une veine devenue inutilisable et dont les troncs collatéraux:sont le plus souvent thrombosés.
La section de la tranche externe du spinal que nous n'avons -pu éviter au cours de l'opération n’a entraîné chez notre malade aucun trouble ni dans la statique, ni dans les mouvements de la tête. L’atrophie musculaire est très peu marquée. L'examen électrique avait du reste démontré que la motricité n’était pas complètement abolie.
Loue
Au point de vue esthétique, le résultat n’est pas plus mauvais. La cicatrice est à peu près exactement située dans la gouttière carolidienne et est de ce fait peu apparente.
Il apparaît donc que le traitement des thrombo-phlébites du tronc sinuso-jugulaire compliquant une oto-mastoïdite reste entièrement chirurgical. Certes, la thérapeutique médicale ne doit pas être négligée. Mais elle ne doit servir que d’adjuvant à la thérapeutique chirurgicale. À aucun moment, elle ne doit retarder l'acte chirurgical si celui-ci est indiqué. Les résultats sont en faveur des méthodes opératoires; celles-ci tendent chaque jour à être plus complètes. La chirurgie n'a pas perdu du terrain en ce qui concerne les infections veineuses d'origine otique. Au contraire, on a pu suivre les différentes étapes qu'elle a parcourues. On s’aperçoit que la plupart des auteurs interventionnistes tendent actuellement vers des interventions plus radicales, plus rationnelles. Le but n’est plus seulement de drainer le foyer infectieux, mais de le supprimer quand il met en danger le malade.