II. — DES CLIMATS D'ALTITUDE. — SANATORIA
Les climats d'altitude ou à basse pression barométrique sont fortifiants et stimulants. Les types les plus parfaits en Europe sont les stations comprises entre 1,200 et 1,800 mètres. Cependant les stations descendant jusqu’à 500 mètres ont une action fortifiante et reconstituante qui rappelle beaucoup celle du climat de montagne.
Ces stations présentent des différences qui font varier l'intensité de leurs effets, ce qui permet de répondre aux indications individuelles. Les climats d’altitude conviennent surtout aux prédisposés ou aux phtisiques commençants qui sont apyrétiques. Ils ne sont pe contre-indiqués aux malades qui portent une caverne limitée et qui sont sans fièvre. Ils ne conviennent pas aux phtisiques qui ont habituellement la fièvre, à ceux qui ont des lésions étendues, ou qui ont
A RE des localisations tuberculeuses au larynx ou dans l'intestin. Les malades qui sont à la phase consomptive confirmée où qui ont en mème temps des affections rénales ou hépatiques doivent rester chez eux. Les arthritiques ou les sujets atteints de phtisie fibreuse, d’emphysème, de maladies de cœur, ne doivent pas aller dans les montagnes.
Les climats de montagne, par la raréfaction de l'air résultant de la basse pression baroméirique, activent beaucoup la respiration, par suite augmentent l'appétit. Il s'ensuit que l'expansion inspiratoire des poumons et du thorax est accrue d’une façon permanente et inconsciente. La circulation cardio-pulmonaire est plus active. Jaccoud admet que, par suite de la raréfaction de Pair, l’évaporation pulmonaire doit être accrue, d'où une réfrigération proportionnelle et une tendance à la dessiccation des muqueuses.
Dans les altitudes, comme à Davos, qui est à 1,500 mètres, ou à Saint-Moritz, qui est à 1,800 mètres environ, l'air est sec, d'un froid vif, d'intensité peu variable, rarement troublé par les courants atmosphériques. Il stimule, excite la sensibilité, fla circulation à la peau et aux muqueuses avec lesquelles ilest en contact. Les échanges organiques sont favorisés dans ce milieu non souillé de miasmes. Tout l'organisme se ressent de celte excitabilité périphérique. Tous les sens sont éveillés. Pour suflire à la dépense, l'appétit aussi réclame une alimentation proportionnelle. Si l'assimilation se fait bien, la nature se charge de distribuer l'élément protéique régénérateur là où, faute ou insuffisance de l'élément actif, domine l'élément morbide. Celui-ci, qui ne vit que de la faiblesse du tissu sur lequel il végète, regressé, est éliminé peu à peu à mesure que l'élément vital fortifie les tissus: la guérison s’ensuivra petit à petit.
Mais le climat d'altitude n'a pas seul la vertu spéciale de provoquer cet eflort curateur de la nature, comme le prétend Jaccoud, lorsqu'il dit: « C’est l'altitude qui fait le remède. » D'après ce précepte, il devrait conseiller aux phtisiques de vivre en ballons à de grandes hauteurs dans l'atmosphère. Les ingénieurs en emménageraient dans ce but, avec un confortable suffisant.
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Le grand avantage des altitudes paraît être de provoquer l'exercice physique et une suralimentaltion naturelle physiologique par la stimulation de l'air ambiant. Mais il faut que l’affection soit en voie préalable de guérison. « Le résultat est d'autant plus prompt et d’autant plus solide que la maladie est moins avancée et moins ancienne, ajoute Jaccoud, après avoir dit que la meilleure condition de guérison était des lésions circonscrites et atones, »
On recommande de faire l'acclimatement des pays d'altitude en mai ou en Juin, c’est-à-dire à la belle saison. Cet acclimatement en Suisse est facile à cause de la position, du nombre et de la bonne installation des stations hygiéniques. A la belle saison, le malade monte progressivement jusqu'aux plus hautes stations. Il peut commencer par exemple par Gliou, qui est à 750 mètres, et monter jusqu’à Saint-Moritz, qui est à 1,850 mètres, Cet entraînement a pour limite la tolérance de l'organisme. La descente doit être de même progressive, à l’automne, de façon à passer l’hiver dans les stations basses, Jaccoud conseille beaucoup à ses malades le séjour assidu, prolongé, dans les stations d'altitude, jusqu’à la guérison complète. De cette recommandation, il en fait une condition fondamentale de succès du traitement.
Analogues aux stations d'altitude, existent des établissements spéciaux pour les phtisiques aux lésions plus où moins avancées, appelés sanatoria. Ce sont des hôpitaux spéciaux dirigés par des médecins spécialistes dans des régions de moyenne altitude, dans de bonnes conditions d'hygiène. On traite les phtisiques au repos et au grand air en permanence, nuit et jour, avec une alimentation spécialement substantielle. Le médecin les a sous son observation continuelle; il peut apprécier chaque jour leur état par des pesées, des notes individuelles. Comme modèles du genre, on cite le sanatorium de Gobersdorf, en Silésie, dirigé par Brehmer, à une altitude de 560 mètres; le sanatorium de Falkenstein, en Saxe, dirigé par Dettweiler, à une altitude de 450 mètres. En France, existe le sanatorium du Canigou,
situé à 620 mètres d'altitude, dans la station thermale du Vernet (Pyr.-Or.), dirigée par le docteur Sabourin. Ce dernier établissement ne reçoit des malades que l'hiver à cause de la faible altitude, sous une latitude où les chaleurs estivales sont assez intenses.
Les résultats ont été très satisfaisants. On a constaté de nombreuses améliorations et quelques guérisons positives. Ce sont d’ailleurs des établissements de fondation récente : on n’en peut tirer que des conclusions restreintes.
Mais la cure à l'air libre et en repos peut être faite partout, sauf au voisinage des grandes aggiomérations humaines et des lieux bas et insalubres. Elle est beaucoup plus facile à réaliser dans les régions où la température ne présente que de faibles oscillations, où le soleil pénètre largement, où l'air est pur, sans brouillards, et où le sol est sec.
D'après ces vues, on a essayé de former des hôpitaux phtisiques ouverts aux malheureux qui, non favorisés de la fortune, ne peuvent choisir le climat qui leur conviendrait, faute de ressources nécessaires à leur entretien. À Paris et à Lyon, on a créé des hôpitaux de convalescents dans la banlieue: les malades s’y trouvent dans de meilleures - conditions de restauration organique. À Paris même, on a essayé d’utiliser l'hôpital Tenon, comme un sanctuaire, pour les phtisiques. Cet hôpital, de construction moderne, est élevé sur les hauteurs de Belleville. Les environs sont complantés d’arbres. Mais les cours, quoique bien aérées, ne sont pas assez spacieuses. La ventilation des sables est insuffisante. Puis, et peut-être surtout pour ce motif, les émanations de la grande ville, la fumée et les détritus volatiles des fabriques, des usines, des maisons qui entourent l'hôpital, vicient l'air. Les résultats ont été médiocres : ils variaient peu des résultats obtenus dans les autres hôpitaux de Paris.
Nous connaissons particulièrement deux hôpitaux qui nous ont paru répondre aux desideratas du sanatorium du phtisique. C’est d’abord l'hôpital suburbain de Montpellier, qui passe, à de nombreux points
Ou
de vue, pour un hôpital modèle. Cet hôpital, récemment construit, est établi à un kilomètre et demi environ de la ville, dans un endroit très salubre, légèrement surélevé dans la plaine, isolé de tout groupe d'habitation. Un bois, qui sert d’abri contre le vent froid nord-ouest, des plantations de vignes et de vergers, le circonvoisinent. Le sol légèrement en pente est très sec, formé d’une roche calcaire. Les bâtiments
consistent en deux séries parallèles de pavillons isolés, à un étage
sur piliers à intervalles ajourés: les pavillons sont reliés, pour la commodité du service, par deux corridors perpendiculaires à un corps central de bâtiment dont la partie antérieure constitue la façade à orientation du midi. Nous n’en ferons pas la description. Nous constaterons seulement que les salles très vastes, à forme ogivale, ont été emménagées pour avoir à l'intérieur une aération permanente par divers artifices de construction et une température de 15° à 20° par un chauffage à l’air chaud, à foyer unique. Aussi, depuis deux ans que nous sommes à Montpellier, avons-nous été surpris de certains résultats thérapeutiques obtenus, résultats un peu indépendants, nous nous permettons de le dire, d’une antisepsie rigoureuse, de la science et de l’habileté des maîtres, et des soins donnés aux malades. Les plaies cicatrisent rapidement, sans complications ; les convalescents reprennent vite leurs forces. Mais ce sont surtout les maladies chroniques qui sont remarquablement améliorées, les phtisiques en particulier. Nous, doutons qu'on obtienne de meilleurs résultats dans un sanatorium d'altitude. En tout cas, ce n'est pas au vieil hôpital Saint-Éloi, qu'on aurait eu des guérisons si profondes et si fréquentes. Les hôtels-Dieu de Marseille, de Lyon, de Paris, pour ne citer des hôpitaux connus, malgré toutes les transformations récentes qu’ils ont subies, et l’application d'une savante hygiène, ne provoquent sûrement pas de telles transformations salutaires dans les organismes. débilités. L'air ambiant, le milieu, en un mot, n’est pas un élément curateur que l’on puisse produire artificiellement.
Montpellier jouit, d’ailleurs, d’un climat doux et régulier qui convient l'hiver aux débilités. Nous passons sur les autres avantages ma-