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elle exige un travail moindre de digestion. On distingue les poissons à chair blanche, à chair jaune et à chair grasse. Les plus digestifs sont les poissons à chair blanche ; les plus nutritifs sont ceux à chair jaune. Les poissons à chair grasse sont à rejeter de la table du phtisique. Hippocrate proscrivait comme indigeste la chair du saumon, de l’anguille, de la carpe, de tous les poisons de vase. Nos goûts opinent dans le sens de ceux du père de la médecine.
Les poissons en général varient bien le régime par le goût, l'aspect et les diverses préparations culinaires dont ils sont susceptibles. |
Le caviar est un produit qui nous vient de Russie. Il est constitué par les œufs que l’on extrait de l’esturgeon au moment du frai, que Von prépare d’une certaine façon et qu'on conserve dans l’huile. C’est un aliment phosphoré, très nutritif, il est peut-être supérieur à l'huile de foie de morue comme agent analeptique. Mais c’est un produit très cher, en outre son usage ne peut être continué longtemps : il provoquerait des dermatoses. Un produit analogue au caviar, dont il ne diffère que par la préparation, est la boutargue, que les pêcheurs des Martigues fabriquent avec les œufs de certains poissons de mer. C’est un produit peu connu, qui n’a pas été expérimenté physiologiquement.
De tous les coquillages, il n’y a à recommander que les huîtres et les oursins, qui contiennent beaucoup d’iode et une chair légère et azotée.
Les aliments tirés du règne végétal apportent dans le régime la variété indispensable et tempèrent les inconvénients du régime carné exclusif. Ils facilitent et régularisent, par l’abondance des résidus, les évacuations intestinales, réduisent au minimum les toxines. L'excès du régime végétal peut provoquer la dyspepsie par surcharge et à la longue présente les résultats de l'alimentation insuffisante. Les phtisi- - ques doivent en user très modérément.
Les vécétaux renferment surtout des sels de potasse assimilables.
Les pâtrs alimentaires ont une valeur nutritive élevée, mais une digestibilité faible. Ils servent à préparer des mets ou des potages appréciés, dont la digestion est assez longue en raison de leur cohésion.
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Les fruits sont des aliments à peu près insignifiants. On les recherche pour leur fraicheur, leur parfum, leurs sucs abondants , ils étanchent la soif, facilitent la digestion. Ils doivent être consommés mûrs et en quantité modérée. Le raisin constitue un purgatif doux et reconstituant. La cure de raisin est très utile contre la constipation habituelle et la dyspepsie gastro-intestinale. Les effets sont plus intenses, si on prend en même temps de l’eau de Vichy.
Les fruits tirent leur utililité en partie du sucre qu'ils contiennent. Le sucre est un hydrocarbure d’une extrême alibilité : la preuve est l’absence de résidu excrémeniiel. C’est un excellent aliment adipogène qui convient aux tuberculeux. Pris en trop grande quantité, il peut produire de l’inappétence. C'est au sucre que les dattes, les figues, doivent leur propriété nutritive en grande partie. |
Le chocolat est une pâte alimentaire préparée avec des amendes de cacao, du sucre et quelques aromates, surtout la vanille. La fève de cacao, qui en fait la base, contient : 40 pour 100 de beurre végétal, 18 pour 100 d'albumine et 2 pour 100 de théobromine. Le chocolat à poids égal contient moins d’azote que la viande, mais cinq fois plus de carbone. Ses propriétés analeptiques, au point de vue de la graisse, sont donc très importantes. Cet aliment convient quand il est bien digéré, ce qui est le cas le plus fréquent. Le chocolat parfumé à la vanille est plus goûté et plus digéré que celui à la cannelle.
Le chocolat au lait est un peu lourd.
Le chocolat cuit simple à l’eau est très lécer.
On associe parfois le thé noir ou le café infusé avec le chocolat dissous dans l’eau. On a alors un aliment liquide à arôme fin qui sert de condiment.
Les farines de salep, de sagou, de maïs, le tapioca, rendent le chocolat plus nourrissant sans nuire à la digestibilité.
Le racahout est un analeptique léger et un bon aliment hydrocarboné. C’est un mélange de salep, de cacao, de fécule, de sucre vanillé. |
On conseillera donc au malade un régime qui satisfasse son appétit
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et ne fatigue pas trop son tube digestif. Il ne lui faut pas une cuisine trop recherchée, avec des sauces savantes. Les mets les plus simples seront les meilleurs. La fameuse soupe au choux et au lard, à l'odeur si appétissante et qui se digère si bien quand elle est convenablement préparée, satisfait souvent mieux les estomacs récalcitrants sous sa forme rustique que les mets les plus délicats. Notre cuisine française, surtout celle du Midi, est très riche en mets nutritifs. Les pâtes alimentaires se prêtent à beaucoup de combinaisons, depuis les nouilles à la franc-comtoise, jusqu'aux ravioli et aux caneloni farcis de hachis de viande. Le cassoulet de Narbonne est un plat de résistance, très nutritif : il est formé de veau rôti avec des haricots cuits, arrosés de jus de viande, assaisonnés de lard. La morue en brandade formée de morue bouillie, triturée dans de l'huile d'olive, jusqu’à consistance pâteuse, est très analeptique. La bouillabaisse est une soupe de poissons de roche, bouillis avec des herbes aromatiques : elle est très sapide et d'une moyenne digestibilité. Mais il faut éviter d'y mettre trop de safran, comme font les Marseillais. Le vulgaire ayoli de Provence est un plat complexe très aromatique, mais peu nutritif : il peut varier agréablement un menu hebdomadaire. Il est composé de pommes de terre en robe de chambre avec du beurre frais, des carottes, des escargots, de la morue bouillie. Au milieu de ce ramassis disparate s'étale l’odorant ayoli, espèce de sauce à base d'ail cru, pilé et trituré, qui est un excellent condiment. L’ail est un excitant dont le principe actif, le sulfure d’allyle, est une huile volatile qui s’élimine par le poumon: c’est aussi un puissant modificateur de la muqueuse bronchique. Il avait été préconisé jadis comme spécifique de la bronchite chronique.
On voit donc que le phtisique qui se sent appétit et qui n’a pas de complications gênant la digestion peut s’en rapporter à sa cuisinière pour avoir un menu varié.
Comme boissons, la meilleure est l’eau simple potable, filtrée. Outre son rôle physiologique d’étancher la soif et de restituer à l'écono-
mie la quantité de liquide perdu par l'évaporation et les sécrétions, l'eau est le meilleur véhicule des aliments : elle en facilite la diffusion et l'absorption. Elle séjourne peu dans l’estomac, se laisse absorber sur toute la longueur du tube digestif; elle ne s'accumule pas dans le sang et s'élimine promptement par les reins.
Comme stimulant gastrique, on peut prendre après les repas une infusion de café légère ou de thé, ou de toute autre liqueur faiblement alcoolique et aromatique.
Il faut éviter de boire et de manger en dehors des repas, d’abord pour ne pas troubler la digestion et ensuite pour ne pas s'exposer à l'anorexie par des habitudes d’intempérance. Le liquide absorbé hors de propos et en trop grande quantité dilue d’une façon inopportune les sucs gastriques.
Pendant les repas, on peut cependant tolérer un léger vin blanc qui est diurétique, ou bien du vieux vin de Bordeaux étendu de beaucoup d’eau. Ce vin, légèrement acide, a un bouquet agréable : 1l excitera la muqueuse stomacale. Avec le vin, on peut prendre de l’eau gazeuse ou de l’eau de Vichy au commencement du repas ; prises à la fin, la digestion est retardée.
Le malade qui est accoutumé à la bière peut continuer à en prendre à ses repas. La bonne bière renferme un élément digestif, la diastase végétale ou maltine qui agit comme ferment. La bière, même la plus faiblement alcoolisée, comme la bière brune de Munich, qui n’a que 4 à 6 pour 100 d’alcool, affecte beaucoup le système nerveux.
Les phtisiques doivent faire quatre repas dans la journée. Les aliments séjournent environ trois heures dans l'estomac. On peut ordonner un repas toutes les quatre heures. Mais, dans la fixation des repas, il faut tenir compte des habitudes, des coutumes locales, des exigences individuelles d’appétit. Le déjeuner et le goûter sont de simples collations. Le repas du milieu du jour sera le plus substantiel, celui du soir sera plus léger pour éviter la fièvre vespérale.
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On peut autoriser les enfants à faire un repas supplémentaire : ils ont une moindre capacité des voies digestives et il ont une plus grande activité organique. Mais il est très utile de régler leurs heures de repas.
De trop nombreux repas ou des repas trop espacés imposent au tube digestif un effort continuel par une digestion permanente ou une constriction épigastrique pénible lorsque l'estomac est vide.
Le matin de bonne heure, le malade prend du chocolat, du thé, du
café avec des tranches de beurre frais. Cette collation vient à point
utiliser les sécrétions gastriques préparées pour le repos de la nuit. On ne devra pas permettre de sortir le matin, en plein air, sans avoir pris une nourriture quelconque ou une boisson chaude.
Le régime ne doit pas pécher par excès d'aliments. Les résultats éloignés seront l’ectasie gastrique, la dyspepsie et par suite l'anorexie. Il ne faut bas de nombreux plats : potage ou entrée variée — un plat viande, un plat légume, un plat mixte, condiments divers — dessert assorti, surtout crèmerie ou confitures, fromages, fruits secs.
Il ne faut manger qu’à sa satiété et non par gourmandise ou par persuasion. Les besoins de l'organisme se manifesteront par l'appétit; sinon, on provoque l’appétit momentanément par les amers. On ne doit pas manger trop vite. Un aliment bien mastiqué, bien insalivé, sera plus digestible. La table d'hôte ou la table en société est très utile mn ce rapport, car on est incité à prendre part à la conversation. Le service se fait plus lentement, au grand avantage de l’estomac des convives.
L'appétit et la digestion se maintenant satisfaisants, il s’ensuivra une sorte d'entrainement alimentaire qui aura pour effet de réparer les pertes organiques et de récupérer les forces.
Le médecin s’enquerra de temps en temps de l’état général et local de son malade, surveillera le fonctionnement digestif, stimulera lappétit dès qu'il paraîtra languir. La guérison avancera petit à petit, si on a soin de faire concorder tous les éléments d’une hygiène ra-
tionnelle avec l'institution d’un régime approprié.
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Nous conclurons, d’une manière générale, que, tant que le traitement spécifique de la phtisie pulmonaire nous sera inconnu, la guérison du tuberculeux sera l’œuvre d’un long temps indéterminé. Cette guérison ne sera obtenue que par une hygiène sévère et surtout par un régime de vie spécial. La médication pharmaceutique devra seulement parer à quelques symptômes pénibles et aux complications.
Vu et permis d'imprimer: Vu et approuvé : :
Montpellier, le 11 mai 1894. Montpellier, le 11 mai 1894. ; / +
Le Recteur, Le Doyen, |