III. — DE QUELQUES AGENTS MODIFICATEURS
En dehors de l'état fébrile et en même temps qu’une alimentation reconslituante, on donne quelques produits pharmaceutiques reconnus depuis longtemps comme de puissants modificateurs de l'organisme débilité. Ces agents sont l’huile de foie de morue, l'arsenic et les pré-
paralions phosphorées. Nous y ajouterons le chlorure de sodium et la glycérine.
L'huile de foie de morue est à la fois un médicament utile et un bon aliment pour les phtisiques apyrétiques qui peuvent la supporter. Sa composition est assez complexe. L’oléine et la margarine lui donnent les propriétés des corps gras. Elle renferme, en outre, du soufre, du phosphore, du chlore, de l’iode et des alcaloïdes. Ces derniers corps exciteraient l'activité du système nerveux trophique et augmenteraient l'appétit. Mais c’est surtout comme matière grasse déjà assimilée, et par conséquent très facile à identifier à l’économie, que l'huile de foie de morue est indiquée pour relever la nutrition partout où celle-ci est languissante. Au contraire, les huiles végétales d'olive, d'œillette, etc., exigent un travail de transformation préalable que l'organisme accomplit plus difficilement.
Parmi les diverses espèces d'huile de foie de morue, l'huile blonde ou ambrée est mieux assimilée que la brune. L'huile blonde est préparée à froid avec des foies frais : elle a peu d’odeur et de saveur. Les huiles brunes sont préparées à l’eau chaude et par compression; elles sont épaisses, d'une odeur el d’une saveur désagréables. Les brunes contiennent des acides gras et des principes biliaires. Leur absorption détermine parfois de l’urticaire et des éruptions cutanées.
L'huile de foie de morue bien supportée amène une augmentation de poids et améliore la nutrition. Elle est curative surtout chez les strumeux. On remarque qu'elle augmente le nombre des globules blancs et rouges. Elle agit surtout comme aliment hydro-carburé par les matières grasses qu’elle renferme et qui sont assimilées grâce à l'oxygène du sang.
Les produits minéraux lui donnent une action résolutive.
Il faut donner l'huile de foie de morue à doses suffisantes. On procède graduellement par ?, 4 cuillerées, et on arrive aux doses de 6 à 8 cuillerées à soupe par jour. On amène l'accoutumance progressive et on la maintient. Mais il faut respecter les répugnances ou les caprices du malade, en donnant l'huile aux heures qui lui plaisent le
se dé
ro mieux, pure ou associée à diverses substances qui peuvent en masquer le goût. Il vautmieux donner la quantité totale en une ou deux fois dans un verre aux parois préalablement mouillées, que d’en espacer les doses toute la journée.
On peut faciliter la tolérance en l’associant à du rhum, à du kirsch, à du café, à du jus de citron, qui en facilitent la digestion. Jaccoud conseille de la prendre avec 1 milligramme de strychnine en solution, ou IT à V gouttes amères de Baumé : la répugnance n'est pas écartée, mais la tolérance gastrique est favorisée.
Dans un but analogue, on a proposé l’éther: l’éther excite la fonction pancréatique et la digestion du remède est ainsi favorisée.
Les dyspeptiques et les fébricitants ne supportent pas l'huile de foie de morue. Certaines idiosyncrasies la rejettent d’une façon absolue. On reconnaît l'intolérance aux nausées, à la diarrhée, à l’anorexie. Il faut alors supprimer radicalement cette substance. Il faut la supprimer aussi pendant l'été, à cause de l’anorexie que provoquent les chaleurs. L'huile de foie de morue est d’une digestibilité lourde et lente. Il ne faut pas attendre que l'intolérance gastrique soit manifeste.
On à préconisé comme analogues les huiles extraites du foie de squale, de raie, etc., quelques autres poissons. Elles sont aussi riches en phosphore el en iode, mais contiennent moins de soufre que celle de morue.
Les huiles médicamenteuses fabriquées artificiellement sont plus nuisibles qu’utiles.
Comme succédanés de l'huile de foie de morue, on a proposé la glycérine, les corps gras salés tels que le lard, le beurre salé ou ioduré, le foie gras d'oie.
La glycérine est, comme tous les alcools, un aliment d'épargne; il a des effets reconstituants remarquables. Quoique moins irritant pour la muqueuse stomacale que les autres alcools, on ne doit jamais dépasser la dose journalière de 40 grammes, sous crainte de provoquer un empoisonnement chronique analogue à l'alcoolisme. Jaccoud la donne avec du rhum et légèrement aromatisée avec de la menthe. IL
SE Fr. Ne
est, en effet, utile de l’étendre dans une solution aromatique et de la prendre en plusieurs fois dans la journée, après les repas. Le goût est sucré, agréable. Elle cause un peu de soif. Elle causerait en outre un peu d’excitation névro-cardiaque.
Nous avons vu associer la glycérine au chlorure de sodium, la première fois, par M. le professeur Sarda, aux consultations externes. Il l’ordonnait de préférence aux rachitiques et aux strumeux. C’est une préparation très rationnelle, étant donné que le phtisique perd de notables quantités de sels minéraux par ses excrétions. Elle est en outre très stimulante. M. le professeur Grasset donne une préparation analogue à laquelle il ajoute de l’iodure et du bromure de potassium.
Le sel marin agit surtout comme condiment dans la nourriture. On le donne parfois sous forme d'eaux minérales. L'eau de la Bourboule a l'avantage, pour le phtisique, de réunir dans sa composition le sel marin et l’arsenic, celui-ci à de très hautes doses (28 milligrammes d’arséniate de soude par litre). On ne peut guère dépasser un verre et demi de celte eau par jour. Encore est-il prudent de n’arriver que progressivement à cette quantité.
L’arsenic exerce une influence favorable sur la nutrition. C’est un médicament d'épargne qui stimule l'assimilation. On constate facilement l'augmentation du poids du corps, peu de jours après avoir absorbé de l’arsenic. Mais il faut éviter de le donner aux malades qui ont de la diarrhée ou qui sont sujets aux hémoptysies. Ce médicament doit être donné par intermittences, une semaine par mois, par exemple. Il convient surtout aux herpétiques ou aux syphilitiques qui suivent en même temps un traitement spécifique dont les altérants sont la base. L'action stimulante de l'arsenic, quoique très réelle, cesse très vite; l'organisme s’y accoutume très facilement. On ne peut pas augmenter les doses au delà d’une quantité restreinte, indécise, car le malade a de l'anorexie avec un embonpoint, un bien-être factice; les üissus n’ont pas de consistance, le malade a des sueurs colliquatives, de la fatigue au moindre exercice.
L’arsenic peut donner un coup de fouet utile à l'organisme. On doit