‹ Considérations sur le transport par avion des malades et blessésChapitre 3 sur 24 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Quelques esprits s’étonneront, peut-être, que dans notre vieille Faculté de Médecine, où les cas spécifiquement médicaux ont toujours eu la. prédilection des étudiants, l'aviation puisse faire son entrée.

Pourtant, cette branche la plus récente des grandes créations humaines, et si jeune encore, s'annonce comme un élément d’une puissance extraordinaire pour faire passer l'Humanité à un stade nouveau de son évolution. Le médecin, à qui rien d’humain ne doit être étranger, doit prendre sa part de la tâche commune d'adaptation de l'Humanité à cette forme nouvelle de progression.

Qu'il nous suffise dans cette introduction de citer deux ensembles de faits :

Au Maroc, du 29 mai 1921 au 1°? janvier 1931, plus de 4000 blessés ont été évacués par avion. Or on peut admettre que cette évacuation, par avion, permettant une opération rapide, sauva la vie d’un tiers des blessés, c’est-à-dire plus de 1.300 de nos soldats que l'aviation sanitaire a enlevés à la mort.

Pendant la guerre du Levant, le Général DENAIN relate qu'à la suite d’un combat sur l’Euphrate, alors que la base sanitaire la plus proche, Alep, était éloignée de 400 kms du champ de bataille, l'aviation a pu évacuer en deux jours 80 blessés graves.

Le trajet par avion demande quatre heures, cinq jours par automobile, quinze jours par mulets ou voitures à chevaux ; de plus, la région à traverser était désertique et sillonnée de tribus hostiles.

Voilà le plus beau rôle de Ro celui qui intéresse le plus hautement le médecin.

L'objet de ce travail sera, précisément, d'établir un certain nombre de considérations sur le transport par avion des malades et blessés.

Nous devons avouer ici que la tâche que nous nous étions tout d’abord tracée et qui nous avait paru relativement simple, ne devait pas tarder à se manifester à nous avec une ampleur qui n’alla pas sans nous effrayer quelque peu. Quel ne fut pas, en effet, notre étonnement, lorsque nous avons constaté qu'aussi bien en France, patrie et berceau de l'aviation sanitaire, qu'à l'étranger, une foule d'expériences avaient été entreprises. Ces expériences intéressant les horizons les plus divers de l'aviation sanitaire, étaient, de plus, disséminées de par le monde, sans qu'aucune synthèse vraiment sérieuse, en dépit de nombreux et intéressants Congrès, n’eût été ébauchée.

L'état embryonnaire de la question et son manque presque total d'organisation internationale nous permettaient alors de nous cantonner uniquement sur le plan national. D'ailleurs, notre Métropole avec son immense empire colonial, n'est-elle pas tout indiquée pour servir de champ d'expérience à une œuvre conçue et entreprise par elle et qu’elle se doit de mener à bien ?

Sans doute, en période de paix, les métropolitains ne pourront-ils ressentir avec autant d'intensité que les coloniaux, les bienfaits de l'aviation sanitaire ; mais en temps de guerre le problème revêt une importance capitale. Il nous serait aisé, à cet effet, de citer les paroles d’un de nos ministres de l'Air : « Tout ce qui ne sera pas fait, dit-il, ne pourra être improvisé. Le commandement n'acceptera pas de diminuer ses forces dans un but d'humanité, dès que l'existence même du PAYS dont il a la charge sera en jeu. »

Cette étude nous amènera à envisager, après un historique

succinct, l'emploi actuel en France et aux Colonies, de l'aviation sanitaire dans le transport des malades et blessés. Ce chapitre nous entraînera naturellement à exposer les expériences qui ont été réalisées et à montrer comment elles ont dû souvent être adaptées aux régions les plus diverses du globe.

Ayant tout naturellement en vue le côté médical de la question, nous avons consacré un long chapitre à l'étude de l’influence possible de ce nouveau mode de transport sur l’organisme sain d’une part, et l'organisme pathologique ou sur les blessés d'autre part.

Enfin, après ces considérations purement médicales, nous ne pouvions passer sous silence l’avenir même de l'aviation sanitaire. C’est ici que la question s’est révélée sous son jour le plus complexe. Car, en effet, si le voyage par avion n’est aujourd’hui permis qu'à une clientèle injustement privilégiée, doit-on se borner à la période d'essais ou au contraire envisager la création d’une aviation sanitaire autonome subventionnée par l'Etat ? Ou encore peut-on concevoir une aviation sanitaire mixte avec le concours des pouvoirs publics, de l’armée et de l'aviation civile ? Autant de questions que nous avons envisagées succinctement. *

Nous avons volontairement passé sous silence tout ce qui a trait aux caractéristiques des appareïls actuellement utilisés pour le transport des malades et des blessés, ayant estimé qué cette description sortait du cadre de notre travail. Nous dirons cependant que l'avenir semble devoir réserver la priorité aux appareils à vol vertical, autogyres, aérogires, à cause de leur supériorité incontestable de « décollage » et d’ « atterrissage ».

Qu'il nous soit permis de remercier ici tous ceux qui nous ont aidé à recueillir les documents nécessaires à l'élaboration de cette thèse, ou qui les ont mis spontanément à notre disposition.

Le Docteur André LEDUC, en même temps qu’il nous a confié sa remarquable thèse, nous a donné de précieuses directives.

Madame la Baronne de VENDEUVRE, déléguée pour l'Aviation sanitaire de la section féminine de l’Aéro-Club de France et de la Croix-Rouge Française ; Mademoiselle MARVINGT, vice-présidente des « Amis de l'Aviation sanitaire » ; Monsieur le Docteur CHASSAING, président du « Comité central d'Aviation sanitaire »; Monsieur le Docteur Garsaux, chef du Centre d'examens médicaux et physiologiques du Service de Navigation Aérienne au Bourget-Dugny ; Monsieur CHARLET; Monsieur le Professeur CRUCHET ; Monsieur le Médecin-Major SILLEVAERTS, Médecin- Chef du «Service de l’Aéronautique Belge » et combien d’autres — nous aurions voulu les citer tous !! — nous ont encouragé à poursuivre ce travail. Qu'ils restent persuadés de nos sentiments reconnaissants.

De leur côté, les Sociétés de Croix-Rouge, française et étrangères, nous ont fait parvenir une importante documentation. Nous les en remercions bien vivement.

Nous avons enfin tenu à évoquer ici la mémoire des médecins tombés au service de l'aviation sanitaire, tels le Sénateur RAy- MOND et le Médecin-Colonel PIQUÉ, propagandistes infatigables et héros de la première heure.

Une autre grande figure de l'aviation française, qui pour n'être pas médicale, n’en est pas moins attachante, avait, en IOII, pensé que des ascensions de courte durée en avion, auraient pu amener une amélioration chez les tuberculeux au début. Nous voulons parler de l’aviateur ROLAND GARROS, notre compatriote. C’est à ce titre seulement que nous avons tenu à l’honneur de citer son nom.

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