HISTORIQUE
L'aviation sanitaire correspond à des inspirations profondément huinaines qu’il est du devoir du médecin de faire aboutir. Son utilité peut se manifester en période normale ou en période catastrophique (calamités, guerre).
L'utilisation normale répond heureusement à la plus grande majorité des cas. Il s'agit soit de transporter le médecin ou le chirurgien près du patient, soit d'amener rapidement le blessé ou le malade à opérer, dans un service hospitalier ou une clinique où il pourra recevoir les soins que son état nécessite ou être opéré dans le plus bref délai possible.
Le transport du patient vers l'hôpital ou la clinique représente incontestablement le mode d'application le plus fréquent à prévoir. Un malade atteint d’appendicite aiguë, de perforation intestinale, de plaie abdominale ou thoracique, demande à être admis d'extrême urgence dans un service chirurgical. Le médecin traitant ordinaire peut prendre la décision et faire appel à l'aviation sanitaire.
Il est certain que l'utilisation de l'avion sanitaire — nous disons l'avion sanitaire d’une façon générale, car ce peut être aussi bien un hydravion — sera d'autant plus nécessaire que les facilités de communication seront réduites, les distances à parcourir plus longues, les centres hospitaliers plus rares.
Il a fallu cependant, comme nous le verrons, plus de vingt ans pour que l'idée de transporter les blessés par la voie des
Sn de:
airs, pour les soustraire aux cahots d’un pénible voyage, soit admise par l'opinion et que l'aviation sanitaire arrive à son organisation actuelle. Partie de France, l’idée devait connaître à l'étranger une très grande ferveur. — Il serait injuste cependant de ne pas reconnaître que c’est un médecin hollandais, le docteur DE Moov, qui le premier en 1911 avait indiqué quelques données rudimentaires. Mais c’est surtout une jeune fille, Mademoiselle MARVINGT, étudiante en médecine et aviatrice, qui, avant tout le monde, proposa des plans ingénieux pour utiliser l’'aéroplane au transport des blessés. Dans le courant de cette même année, elle fit des conférences remarquables et chercha à intéresser les chefs de l’armée à ce nouveau mode d'assistance aux blessés de guerre.
L'année suivante, le docteur DUCHAUSSOY met au concours la construction d’un avion pour le transport des malades et des blessés.
À partir de 1912, les projets se succèdent de plus en plus explicites. A la Société de Médecine militaire, en 1913, le Médecin principal UZAC discute d’une manière approfondie le problème. De son côté, JULLIOT étudie !” « immunisation » des avions servant à rechercher et transporter les malades ou les blessés et poursuit sa Campagne en faveur de la Croix-Rouge Aérienne.
Le Docteur RAYMOND, sénateur, emploie toute son autorité pour l'extension de ce mode de transport.
De 1914 à 1918 l'aviation sanitaire connaît une période d’éclipse. Comme tous les avions étaient indispensables à l'attaque et à la défense militaires, comme les blessés sur le champ de bataille étaient trop nombreux pour être efficacement secourus par des aéroplanes, il fut à peine question d’elle. Par contre, après la grande tourmente, elle rattrapa, pour ainsi dire, le temps perdu, et les guerres du Maroc et du Levant allaient accroître singulièrement son rôle. /
Il est juste, ici, de rendre hommage à la ténacité du Docteur CHASSAING qui put obtenir, après la guerre de 1014, que de nombreux appareils Bréguet fussent aménagés pour l'aviation de secours. C'est grâce à son inlassable activité et aux expé-
riences nombreuses auxquelles il s’adonna, que l'Aviation Sanitaire devait peu de temps après, au Maroc, rendre au Marécha] LYAUTEY les plus signalés services en même temps qu’elle arrachait beaucoup de nos soldats à la mort.
Cette utilisation de l'avion pour sauver les vies humaines n’est pas restée longtemps l’apanage de la France.
En Suède, il existe un service régulier d'avions sanitaires pour les secours à la population civile. Le début de l’organisation remonte en 1923 par un premier avion sanitaire (Aérochir Némirovski-Tilmant type III) rattaché à Boden. Les frais sont supportés par la Croix-Rouge suédoise et le transport des patients effectué gratuitement.
En Pologne, les avions sanitaires de l’aviation militaire sont mis au service de la population civile. Le prix de transport correspond à celui de 2€ classe par voie ferrée.
En U. R. S. S., divers modèles d'avions sanitaires sont en usage pour les secours à la population civile. l
Aux Etats-Unis, l'emploi dé l'aviation sanitaire se généralise de plus en plus et la Croix-Rouge a obtenu l'autorisation du Gouvernement de se servir des avions militaires, sanitaires ou autres, chaque fois qu’elle en a besoin pour le transport des malades. Er
En Colombie, le nouvel hôpital de l’Université a été construit avec un toit en terrasse pour perinettre aux avions de venir: s’y poser et des avions sanitaires restent en permanence pour pouvoir se porter rapidement au secours des malades et blessés.
En Australie, l'avion fut d’abord utilisé pour combattre l’épidémie de fièvre typhoïde du Mont Isa ; puis la Mission Presbytérienne fit l'acquisition d’un avion sanitaire. Depuis l'Aviation Sanitaire a connu une belle évolution.
Dans la Guyane Anglaise, les évacuations des paludéens sont effectuées au moyen d’un hydravion Fairey sanitaire.
Au Japon, l'avion a coopéré trés activement lors des tremblements de terre.
us GUN
Dans les Colonies Italiennes (Lybie, Cyrénaïque), depuis 1922 l'Aviation Sanitaire rend de très grands services. Des rapports fragmentaires indiquent, à eux seuls, plus de 400 évacuations de malades et blessés de 1922 à 1928.
En définitive, l'avion a connu en dix années une utilisation sanitaire et médicale de plus en plus. large. Cette utilisation repose aujourd'hui sur des bases solides mais son développement est, semble-t-il, encore trop lent.