‹ Considérations sur le transport par avion des malades et blessésChapitre 8 sur 24 · L'AVIATION SANITAIRE AUX COLONIES · texte numérisé non relu

L'AVIATION SANITAIRE AUX COLONIES

Le problème de l'Aviation Sanitaire change d’aspect, lorsqu'on quitte la Métropole avec son beau réseau routier, pour débarquer dans une Colonie. Cette fois, sans doute, on comprendra pourquoi les colons et les fonctionnaires des postes avancés de la brousse du Laos, de Madagascar ou de l’Afrique Equatoriale Française, éprouvent un sentiment de réconfort qu'ils manifestent volontiers en songeant au secours que l'avion sanitaire viendrait à l’occasion leur porter.

19 En Afrique.

a) MAROC. — Née au Maroc, l'Aviation Sanitaire y a pris un développement remarquable grâce aux points suivants qu'énumère le Colonel CHEUTIN :

1° Valeur confirmée morale et technique des pilotes et mécaniciens et, en général, de tout le personnel de l'aviation ;

20 Excellente qualité des appareils ;

3° Multiplication des terrains d'atterrissage qui a été le constant souci du Commandement ;

4° Concours éclairé et sûr du service de transmission qui a, ne toute la mesure du possible, assuré la priorité des communications téléphoniques ;

5° Confiance des médecins et emploi judicieux 4. ce moyen de transport des blessés.

à Aviation Sanitaire fonctionne au Maroc d’une façon régulière et sans incidents notables depuis le mois de mai 1921.

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Le nombre des malades et blessés évacués par avion jusqu’au 1° janvier 1931 a été de 3.306 se répartissant ainsi : En 10921, ‘84 ; en 1922, 194 ; en 1923, 819 (opération militaire de la Tache de Taza); en 1924, 198 ; en 1925, 987 (Guerre du Riff); en 1926, 398 (fin de la campagne du Riff) ; en 1927, 155 ; en 1928, 134; en 1020, 173; en 1930, 164.

La moyenne est donc, en dehors des années où l’activité militaire a revêtu une intensité particulière, de 170 évacués par an. Ce transport aérien demeure évidemment réservé aux blessés et malades graves qu'il importe d'amener aux hôpitaux avec un maximum de douceur et de célérité.

- Il est à remarquer que le front de l’insoumission du Maroc s'éloigne progressivement de la ligne des hôpitaux, puisque la pacification est progressive. Il en résulte que les distances moyennes parcourues par les avions sanitaires deviennent de plus en plus considérables. Elles étaient d'environ 80 kilomètres : en .1921, elles dépassent 250 kilomètres dix ans plus tard.

D'autre part, comme les insoumis se réfugient en haute montagne et dans le désert, il faut aller chercher les blessés et malades parfois à de très hautes altitudes, parfois aussi dans

des terrains extrêmement difficiles.

. Une expérience de dix ans permet les conclusions suivantes :

Au Maroc, ainsi d’ailleurs qu'en tout pays désertique ou de montagne à communications terrestres difficiles et lentes, où les troupes interviennent loin des hôpitaux convenablement organisés, l'aviation sanitaire a un rôle essentiel à remplir.

Puisque c’est le Maroc qui a donné à l'Aviation Sanitaire son essor, voyons la doctrine qui, actuellement, régit son emploi.

La formule qui semble bien devoir être définitive peut se résumer ainsi : le terrain est divisé en secteurs organisés et disposant chacun de formations sanitaires avancées pour les traitements d'urgence et l'évacuation. Le traitement se fait dans des formations sanitaires de base, sauf en ce qui concerne les spécialités pour lesquelles des centres particuliers fonctionnent au bénéfice de plusieurs secteurs. Les avions sanitaires relient le front aux formations attribuées par le plan d’hospitalisation

AOUES et d'évacuation au secteur où ces avions opèrent ; c'est là le mode de fonctionnement régulier. Qu'un incident se produise, embouteillage momentané, difficultés atmosphériques, des variantes sont aussitôt prescrites et les avions suivant les facilités du moment, se dirigent sur les formations sanitaires des secteurs Voisins.

b) ALGÉRIE. — En Algérie, et principalement dans le département d'Alger, il est à signaler qu'on n’a pas hésité à évacuer par la voie des airs des malades atteints de maladies épidémiques graves, comme le typhus exanthématique ou la fièvre typhoïde.

Le procédé n’est pas sans valeur du point de vue prophylactique et du point de vue du traitement, mais il exige de très rigoureuses précautions vis-à-vis du pilote et vis-à-vis du milieu qui va recevoir ie contagieux. Il ne faudrait pas que l'avion sanitaire soit susceptible de devenir un agent de propagation à grandes distances de graves maladies contagieuses. Dans le cas des deux maladies considérées, la mise en action des mesures prophylactiques efficaces permettrait de limiter au maximum le risque de contagion, mais ce transport pose nettement la question d’nue police sanitaire de l’air fonctionnant dans des conditions analogues à celle organisée pour les transports maritimes.

c) À. O0. F. — Rappelons que l'Afrique Occidentale Française est constituée par huit colonies : Sénégal, Soudan, Mauritanie, Niger, Haute-Volta, Dahomey, Côte d'Ivoire, Guinée, auxquelles il convient de rattacher, bien qu'il n’en fasse pas politiquement partie, le territoire sous mandat du Togo.

L'ensemble de ce groupe couvre une superficie d'environ 3.500.000 kms carrés.

Assez divers d’aspects et de climats, ces pays n’en possèdent pas moins un caractère commun : la dispersion et l'inégalité de répartition de leurs populations sur d'immenses territoires et, partout, l'éloignement des agglomérations les unes des autres.

Ce serait trop coûteux et sans résultat que de multiplier les

postes médicaux dans une région à faible densité de population ; ce qu'il faut, c'est porter au maximum la mobilité du médecin, pour lui permettre de secourir rapidement les malades des villages dispersés ou encore permettre aux colons et aux fonctionnaires des postes retirés de regagner rapidement une base sanitaire en cas de maladie grave.

Pour fixer les idées, citons quelques chiffres : il faut de huit à vingt et un jours selon la saison, pour se rendre, par voie fluviale, de Tombouctou à Bamako, centre hospitalier bien outillé et pourvu d’un laboratoire de bactériologie, et vingt jours à dos de chameau, plus une journée de chemin de fer, pour se rendre d’Atar (en Mauritanie) à l'hôpital de Dakar.

Supposons qu'il s'agisse d’un blessé grave où d’un malade (mordu par un chien suspect de rage par exemple) perdu dans la brousse, dont l’état nécessite des soins qui ne peuvent être donnés que dans un hôpital possédant des spécialités. Il faut avouer que sans l'avion, l'avenir d’un tel malade serait particulièrement sombre et l’on comprendra surtout pourquoi ce sont principalement nos coloniaux qui ont sympathisé avec l'aviation sanitaire dès son avènement.

Voici quelques chiffres donnés par te Médecin-Colonel LE FÈVRE, Attaché au ministère des Colonies

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