‹ Considérations sur les animaux en généralChapitre 1 sur 13 · MAI · texte numérisé non relu

MAI

(Extrait du premier volume du Dictionnaire classique d'Histoire naturelle, qui s’imprime chez Baudouin frères.)

Le règne animal commence où fiait le règne :

végétal. S'il est difficile d'établir des limites plus précises , c’est que des nuances presque insensibles conduisent d’un règne à l’autre, c’est qu'il est des Animaux plus ressemblans à certaines Plantes qu’à des êtres du même ordre qu'eux. Ce ne sont point, comme on pourrait le croire , les plus parfaits des Végétaux qui ont le plus d’analogie avec les Animaux; ce sont au contraire les moins complexes.

Des Zovphytes ont été pris pour des Algues où.

pour d’autres Cryptogames , mais on n'a jamais confondu des Polypiers avec des Poissons, avec des Labiées ou des Repüles. Les corps organisés forment donc comme deux pyramides , intimement réunies à leur base, extrèmement divergentes à leur sommet.

Il faut que l'analogie de certains corps vivans de différens règnes soit bien grande, puisque l'il-

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Dificulté de poser des limites entre les deux ordres des corps organisés,

lustre Tournefort avait rangé parmi les Plantes des productions qui ont été reconnues pour des Animaux , et que Linné et Pallas ont depuis désignées par la dénomination justement équivoque de Zoophytes. Ces Animaux ambigus ont jeté la confusion sur les deux ordres de corps organisés : sans eux On n'aurait jamais pensé à distinguer le Végétal de l’Animal, tant ces êtres, vus de près ou de loin, eussent paru dissemblables.

Toutefois la plupart des naturalistes pensent, avec Linné et Buffon, que sentir est le caractère essentiel de l’Animal : mais les Animaux sont-ils tous et sont-ils les seuls êtres doués de cette faculté

Caractères at. Précieuse ? Si l’on regarde le mouvement comme l'expression fidèle de la sensibilité, ne devrait-on pas accorder cette faculté à celles des Plantes qui ont des mouvemens manifestes ? Est-il bien certain que la Sensitive ou l’Hedysarum gyrans soient moins sensibles que le Polype des Corallines ou l'Hydre de la Sertulaire ? Si les Polypes agitent leurs tentacules , s’ils saisissent ou s'ils attirent leurs ! alimens, s'ils semblent discerner ce qui leur convient d'avec ce qui peut leur nuire ou leur déplaire ; ne voit-on pas des Plantes diriger leurs feuilles vers les lieux les plus lumineux et les plus aérés , étendre 7 leurs vrilles accrochantes vers les Végétaux les plus robustes qu’elles savent se choisir pour appui, . envoyer leurs racines déliées dans les endroits les \ plus humides etles plus riches en engrais favorables ? On a coutume d'admettre pour distinguer ces

deux sortes de mouvemens , que l’un est volontaire

et l’autre absolument machinal; que l’Animal agit parce qu'il veut et le Végétal parce qu'il est irritable : mais pouvons-nous juger de la volonté d’une Volvoce ou d’un Vibrion, comme nous jugeons de la volonté d'un Mammifère? Si l’on n’admet de sensibilité que là où des nerfs sont évidens , comment supposer une volonte là où les nerfs sont invisibles et la sensibilité au moins douteuse ? Peuton concevoir une volonté sans sensations, non plus que des sensations sans nerfs ?

Remarquons d’ailleurs que le mouvemeut propre à l'Animal, c’est le mouvement de totalité, c’est la locomotion; or, le Mollusque et le Polype fixés à leur rocher, sont aussi immobiles que la Plante le plus profondément enracinée. L'Huître, qui déplace son ligament à mesure que sa coquille s'accroît, ne jouit guère de mouvemens plus sen-

sibles que la plante nommée Orchis, dont la racine

renouvelle et déplace un de ses bulbestous les prin-

temps, et semble ainsi faire un pas chaque année.

Concluons donc des faits précédens que la faculté de sentir est insuffisante pour caractériser l’Animal, puisqu'il est des Végétaux qui paraissent sensibles, puisqu'il est des animaux qui ne sont qu'irritables. Mais avoir des nerfs, des muscles et un estomac; sentir, se mouvoir et digérer, voilà ce

qui distingue du reste des corps organisés, les êtres un peu élevés dans l'échelle animale. Si ces grands

caractères ne leur sont pas à tous communs, s 1*

Vrais caractères distinctifs.

Parallèle,

ils sont du moins propres à eux seuls ; s'ils ne se rencontrent pas toujours réunis dans le même Animal, il y en a constamment wx de sensible sur les trois. Ainsi le Polype dont la sensibilité et le mouvement ne sont point manifestes , présente toujours une cavité digestive incontestable; les Animaux infusoires dont on ne connait bien ni l'estomac ni la sensibilité, offrent du moins des mouvemens de totalité aussi sensibles que ceux des êtres les plus parfaits et les plus compliqués.

Parcourons ainsi les principales propriétés des Végétaux et des Animaux, nous apprécierons mieux leurs dissemblances et leurs analogies. Commencons par la nutrition, c'est la fonction essentielle, elle est commune à tous, elle suppose la vie, elle alteste l’organisation ; elle est pour les corps organisés ce qu'est l’aflinité pour les corps bruts et sans vie. Mais elle s'opère bien différemment dans le Végétal et dans l’Animal : dépourvus de sentiment et de mouvement , les Végétaux ne peuvent chercher , goûter ni saisir leurs alimens. Ils n'ont point de racines intérieures comme les Animaux, ils en ont d’extérieures. Ils absorbent sans relâche et sans avoir préalablement digéré ; bien différens des Animaux, qui digèrent avant d'absorber et qui n'absorbent et ne digérent que par intervalles.

Chez l’Animal, un estomac exige et nécessite des sens pour apprécier les alimens, et des muscles nour les saisir; des vaisseaux pour absorber le fluide nourricier, et d'autres vaisseaux pour le distribuer

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à tous les organes. Sans doute une telle complicaz tion de machines et d'effets contraste évidemment avec l'extrême simplicité des Plantes; mais elle n'est point commune à tous les Animaux sans exception : les Infusoires et les Vers parachymateux ont une texture tout aussi simple que la plupart des Végétaux.

On dit ordinairement que les Animaux n'ont qu'une bouche, qu'un orifice du canal digestif, tandis que les Végétaux ont des pores innombrables, qui sont leurs véritables bouches; mais les savans qui ont nolé ce caractère , oùblhiaient les Fascioles qui ont deux bouches, les Tristômes qui en ont trois , et les Rhisostômes de Cuvier qui en ont un nombre infini.

Quant aux caractères chimiques , les Animaux sont principalement composés d'azote , et les Vé-. gétaux, à l'exception des Crucifères, le sont de carbone. Les premiers absorbent l'oxygène que les autres dégagent, et ils rejettent du carbone dont les Végétaux s’imprègnent. Il se fait ainsi un échange de principes entre les deux ordres de corps vivans; mais les Végétaux ne font que fixer, qu'organiser le carbone; tandis que les Animaux semblent transformer en azote , et l'air qu'ils respirent et les alimens dont ils se nourrissent.

On sait qu'aucune partie ne se reproduit dans les Animaux supérieurs , à l'exception des fluides et de tout ce qui participe de l’épiderme : chez eux

tout se répare et se renouvelle, rien ne se ré=,

génère ; mais il n'en est point ainsi de tous les Animaux : on a vu se régénérer des tentacules de Polypes et de Mollusques, des rayons entiers d'Astéries et même des membres de Salamandre. On a vu repousser des têtes entières de Limaces avec leurs tentacules. On voit aussi des Animaux se reproduire par boutures à la manière des Plantes : des Polypes divisés en plusieurs tronçons, se regénèrent et se multiplient à vue-d'œil, à peu près comme les poëtes le racontent de l’'Hydre fabuleuse du marais de Lerne. |

Mais le nombre des Animaux qui se reproduisent par boutures est infiniment limité; 1l paraît se borner à ceux dont les sexes sont invisibles. La reproduction sexuelle est bien plus générale; la faculté d’engendrer est ordinairement He nne de

Ja faculté de se nourrir.

La graine et le fruit sont à la Plante ce que l'œuf et l'embryon sont à l’Animal. Il y a plus , la graine est un œuf véritable, à cette différence près que le concours des sexes est nécessaire à la formation de l'œuf végétal, tandis que ce concours n’est indispensable qu'a la fécondation de l'œuf animal.

Les Plantes annuelles ne paraissent se développer AUÉPRORREES reproduire; pour elles la mort succède à la floraison. C’est en quelque sorte la même chose pour les Insectes; tous n’engendrent qu'une fois en leur vie. Il en est qui, le jour même de leur naissance, se reproduisent et meurent ; de

sorte qu'ils ne peuvent connaître ni ceux dont ils

Ga) ont recu, ni ceux à qui ils transmettent une si frêle existence.

Les Végétaux se terminent par des fleurs, les Animaux par des sens : comme si l'unique but des uns était d’engendrer, comme si l'essence des autres était de sentir.

Les Animaux subissent des révolutions annuelles à peu près comme les Végétaux : le temps de la floraison des uns est la saison des amours pour les autres. Si les Plantes vivaces perdent leurs feuilles chaque année, les Oiseaux renouvellent leurs plumes et les Quadrupèdes leurs poils et leur épiderme à des intervalles périodiques ; et tandis que le Platane quitte et renouvelle sa superficelle écorce , les Serpens et les Écrevisses se dépouillent de leur enveloppe dure et coriace.

Concluons donc, en dernier résultat, que les Animaux n’ont absolument rien de commun , ni organes, n1 propriétés, ni fonctions. Il n’y a qu'un tissu général dans les corps vivans, c'est le celluleux; qu'une propriélé à tous commune, celle qui donne et qui conserve la chaleur, celle qui résiste à l'influence des lois physiques; qu’une fonction double et fondamentale , celle qui préside à l’accroissement et à la reproduction : en un mot, naître et se nourrir, s’accroitre, engendrer et mourir, sont des caractères communs aux deux ordres de corps organisés ; mais les Animaux sont de tous les êtres vivans les seuls qui soient doués d'instinct et de mouvement volontaire, les seuls

Conclusion,

(8) qui sentent et qui se déplacent, qui digèrent et qui s’accouplent; les seuls qui possèdent des nerfs et des muscles, un tube digestif et du sang.

C’est de ces caractères propres à l’Animal et non communs à tous les Animaux , que nous allons maintenant nous occuper.

De fésiston [a vie des Animaux est beaucoup plus compliquée que celle des Plantes : leurs fonctions sont plus nombreuses, leurs organes plus diversifiés. Quatre tissus, le cellulaire et le musculeux , le ftbreux etle médullaire , isolés ou réunis, distincts eu confondus, suflisent seuls pour composer la substance de l'Animal le plus complexe.

Le tissu cellulaire j le plus généralement répandu, forme, pour ainsi dire, le canevas de tous

sw Jes organes et de tous les Animaux. Il est même commun aux Végétaux. Il sert à la fois à composer, à unir, à séparer les organes. Formé de lames entrecroisées dans tous les sens, criblé de petites cavités qui communiquent toutes ensemble, il se présente quelquefois sous la forme de membranes ou de vaisseaux. C’est dans ce tissu qu'il s’'accumule de la gélatine pour former des cartilages, qu'il se dépose des sels calcaires pour former des os; c’est dans ses mailles que s’amasse la graisse, que se distribuent les petits vaisseaux , et que se développe

la chaleur. Il forme la base des organes. «2

Le tissu musculeux, que la fibrine compose, jouit de la propriété de se raccourcir, de se con-

. tracter. C’est lui qui forme les parties charnues du

(9) | | corps. Des faisceaux de ses fibres s'entrecroisent pour composer le cœur, se roulent en minces.

tuyaux pour former les intestins et l'estomac. Il est l'agent des mouvemens.

Le médullaire ou le nerveux | composé de pulpe molle, albumineuse , est protégé par de puissantes membranes. Il jouit de l’admirable faculté de sentir, de comparer et de juger , de se rappeler et de vouloir ; il donne aux sens leurs propriétés spéciales, aux muscles leur force motrice.

Il est deux espèces de nerfs comme deux sortes de muscles : les uns, qui président à la nutrition, ne sont n1 symétriques dans leurs formes, n1 volontaires.dans leur action; les autres , qui pour caractère ont la symétrie, sont alternativement soumis à la volonté et au sommeil. Sentir est l’attribut des nerfs.

Le tissu fibreux , le plus résistant et le plus impassible de tous, est destiné à lier les os entre eux, et à tenir enchaînés les 6s et les muscles. 1] forme les ligamens, les tendons, beaucoup de vaisseaux, et quelques membranes résistantes employées à protéger les organes les plus importans. Sa composition le rapproche du tissu cellulaire, ses propriétés l'en éloignent : la résistance est son caractère. |

- Chaque tissu a donc sa destination spéciale : le cellulaire organise, le musculeux meut , le nerveux sent, le fibreux attache et résiste. Outre ces propriélés distinctives, tous ont en commun la faculté

Fluide nourricier.

Organes.

de se nourrir et celle de conserver leur chaleur. Un seul principe entretient les unes et les autres, c’est le fluide nourricier, si différent dans chaque Animal sous le nom de sang. Rouge, circulant, imprégné de chaleur dans les Animaux d’un ordre supérieur; moins rouge, moins chaud et moins chargé d'oxygène dans les Poissons et les Reptiles, ce fluide est incolore et encore circulant dans les Mollusques, sans mouvement dans les Insectes , peu appréciable. dans certains Vers, nul dans les Zoophytes. Il anime tous les organes , il préside à toutes les fonctions. La nutrition épuise ses principes , la digestion les répare : la respiration l’élabore et le perfectionne, le cœur le fait circuler. Il est à la fois la source où les organes puisent leurs. matériaux , et le réceptacle où se déposent leurs débris.

Tous ces élemens, unis et diversement combinés , composent les différens organes des Animaux, et du jeu harmonique de ces organes résulte la vie. Beaucoup de tissu cellulaire et de vaisseaux, c'en est assez pour composer les poumons. Plus de vaisseaux que de tissu cellulaire, et voilà le foie, la rate et toutes les glandes constituées. Des masses de fibres musculaires entrelacées dans différens sens , des lames minces et celluleuses appliquées en dehors .et en dedans : telle est la composition du cœur.

Si tous les organes résultent de la combinaison variée des tissus primordiaux, de son côté le sang

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