B) CONSTITUTION PROPRE DU CAVUM
Nous diviserons la structure du cavum en 6 parois:
1° Une paroi antérieure : elle se confond avec les orifices postérieurs des fosses nasales ou choanes.
2° Une paroi supérieure et postérieure.
La paroi supérieure présente un amas de formations lymphoiïdes, qui, chez le nourrisson, sont assez développées. La constitution même du cavum avec sa surface plissée favorise une infection. Il est parcouru de bourrelets irréguliers, séparés les uns des autres par des sillons.
Le sillon médian, le plus accusé de tous, présent& fréquemment, à son extrémité inférieure, une dépres-
Mare
sion profonde « le recessus médian ». Venant encore augmenter la profondeur de ce recessus, vient s’ouvrir dans son fond un diverticule tubuleux : « la bourse pharyngienne ». Que de merveilleux réceptacles pour tous ces microbes si facilement entrés dans ce cavum ! Ajoutez à cela que les parois latérales du cavum forment aussi un excellent milieu de culture puisque là aussi se développe du tissu lymphoide sous forme d’amygdale tubaire de GERLACH.
C'est d’ailleurs cette amygdale tubaire qui, véritable repaire pour les microbes, se trouve située à l’orifice tubaire, et se prolonge même jusque dans la trompe d’Eustache.
Voilà, certes, un excellent chemin pour les microbes leur permettant de gagner l’oreille. Ajoutez que chez le nourrisson il n’existe pas de bourrelet tubaire qui pourrait former un semblant d’obstacle pour la trompe. C’est donc naturellement que les microbes pourront orienter leur chemin vers la trompe et l’oreille.
Enfin, en arrière de l’ouverture de la trompe, sur le bord postérieur de l’orifice tubaire se trouve une dépression profonde, lisse ou aréolaire : c’est la fossette de « Rosenmüller », en partie comblée, elle aussi par du tissu lymphoïde.
Ainsi le cavum, avec sa structure faite surtout de tissu lymphoïde, sa surface tout à fait irrégulière, constitue-t-il un brillant terrain pour le développement de toute infection. Faut-il ajouter que la moindre inflammation de ce tissu provoque son hypertro-
phie ?
C) ORIFICES DU CAVUM.
Du cavum partent deux orifices principaux :
L'un supérieur, l’orifice tubaire s’ouvre discrètement dans la trompe d’Eustache.
L’autre inférieur, l’orifice pharyngien s’ouvre directement à la partie buccale du pharynx.
1° Nous avons déjà vu que l'orifice tubaire du nourrisson ne présentait pas ce bourrelet tubaire si souvent rencontré chez l’adulte. Voilà déjà un premier obstacle levé pour l'infection chez ce jeune sujet indemne de tout anticorps.
Le rétrécissement isthmique de la trompe n’existe pas chez le nourrisson: C’est la même muqueuse qui tapisse et le cavum et la trompe et la caisse du tympan. Enfin, la trompe elle-même est beaucoup plus courte, en proportion, chez le nourrisson que chez l'adulte. Voilà, semble-t-il, qui suffit à expliquer la fréquence des otites chez le nourrisson. Aussi est-il indispensable, chez tout nourrisson faisant de la fièvre, de regarder ses oreilles. Le pus ayant ainsi facilement pénétré dans la caisse, il ne lui reste plus qu'un tout petit pas à faire pour gagner l’autre, car les deux cavités communiquent l’une avec l’autre à plein canal. L’aditus ad-antrum n'est-il pas, en effet, plus large ici aussi que chez l’adulte. Si la muqueuse de l’aditus est trop irritée, on a vu qu’il y avait hypérémie, hypertrophie, la lumière de l’aditus est réduite, il y a alors rétention de pus.
Ainsi de par sa situation et ses rapports, le cavum
est-il souvent très responsable de graves infections qui se manifestent même à distance, chez le nourrisson.
L’otite évolue comme une complication, s'aggrave à la faveur du mauvais état général du petit malade, et on a vite fait de ne considérer que l’otite alors que le cavum est infecté lui aussi.
Mais un examen est assez difficile, car il est impossible de faire une rhinoscopie postérieure chez le nourrisson, de même l'introduction d’un spéculum dans les fosses nasales permet assez difficilement d’apercevoir les végétations adénoïdes, De même certains conduits auditifs du nourrisson sont si petits qu’ils ne permettent pas toujours de faire ‘une interprétation exacte de l’image du tympan. Aussi le diagnostic entre rhino-pharyngite et otite peut-il se poser avec beaucoup de difficulté, et le curettage des VA. comme nous le faisons, peut servir alors de test diagnostique aussi bien que: thérapeutique. Si, en 48 h. la fièvre ne tombe pas, il faut intervenir sur l’oreille.
Ainsi pouvons-nous nous expliquer par l’anatomie comment l'infection peut gagner l'oreille, les poumons et le tube digestif après avoir débuté dans le cavum.
2° Il en est de même pour certaines affections pulmonaires et digestives. En effet, la partie inférieure du pharynx se divise en deux conduits: l’un antérieur le larynx qui conduit l'infection jusque dans les poumons et expliquerait la fréquence des broncho-pneumonies si souvent rencontrées chez les nourrissons au
La
cavum infecté ; l’autre postérieur, l’œsophage. Ce dernier conduit expliquerait la propagation de l’infection du cavum aux intestins. En effet, les mucosités pharyngées, le pus, descendent sur la paroi postérieure du pharynx et sont le plus souvent dégluties; et c’est cette pyophagie qui est responsable de troubles gastro-intestinaux sérieux, tels que : diarrhée, vomissements et, par suite, amaigrissement.
Aiïnsi le cavum, avec les orifices qui en partent, tant du côté de l’oreille que du côté de l’appareil pulmonaire et digestif, préside-t-il à de nombreuses infections dont le nourrisson peut être atteint. L’anatomie explique d’où peuvent partir en tous sens une multitude d'infections. Il nous reste maintenant à dépister l’infection du cavum lui-même afin de prévenir ensuite les complications qu’elle peut entraîner.
L’otite chez un nourrisson, dans la pratique courante, n’est jamais primitive. On peut affirmer, sans risques, que 95 % des otites de nourrisson sont secondaires à une affection du cavum. Il faudra donc s’efforcer avant tout de rechercher la rhino-pharyn-
gite.