‹ Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence de la monarchie espagnoleChapitre 18 sur 48 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Désordres produits par la jurisprudence ultramontaine. — Insuffisance de l'imitation d'une autre coutume, française appelée la paix de Dieu , pour contenir Ifc

malheurs causés par l'anarchie.' — Confréries , ou ligues des peuples pour la sûreté publique', et pour la défense de leurs droits contre Poppression des* seigneurs. Influence de ces confréries sur la mode-» ration dans l'exercice des abus du gourer oem en t féodal

Il est certain que cette nouvelle jurispru-. dence au lieu d'améliorer les mœurs, les relâchait chaque jour davantage. La séparation d'Alonso et de Dona Urraca produisant la guerre civile , traîna à sa suite l'anarchie , résultat; inévitable d'un gouvernement sans accord et sans force pour se faire obéir et faire observer les lois. H n'y avait de sécurité ni sur les chemins ni dans les foyers , et^ce désordre est le

plus grand des maux pour une nation; car les hommes se réunissent en société, moins en-

core pour augmenter leurs richesses et leurs commodités, que pour se défendre et garantir mutuellement leurs vies contre les attaques des puissans, et assurer leurs propriétés et leurs moyens de subsistance.

Les évêques espagnols se flattèrent de pouvoir contenir ou diminuer les maux de l'anarchie, en imitant une autre pratique du clergé gallican, qui, dans de pareils cas d'anarchie décrétait et publiait la paix de Dieu ; c'est ainsi qu'on nommait la prohibition d'attaquer au milieu des chemins et des bourgs, de tuer, de voler ou maltraiter qui que ce fût, pendant l'avent, le carême, les pàques et autres jours solennels , et les ecclésiastiques dans toute l'année, (i)

En ii 24, le concile de Compostelle décréta aussi la paix de Dieu, et prohiba tous ces crimes sous les peines de l'excommunication , en accordant aux guerriers les mêmes indulgences

, (1) Ducange , Çlqs$ar.. ^medick et infirme latinitQUs ^ ▼erb. tregua.

dont jouissaient les croises (i) dans les expé* dirions de Jérusalem. La paix de Dieu ne remédia à rien , ou à très peu de chose: l'anarchie continua , et les citoyens sans défense se virent forces de suppléer à la négligence ou à la faiblesse du gouvernement, en s unissant et se confédéranten certaines confréries ouaffiliations pour poursuivre et châtier les malfaiteurs, et résister aux violences et à l'oppression de leurs seigneurs.

Voici comme un auteur contemporain rapporte l'origine de ces institutions, très remarquables par la grande influence quelles eurent

sur l'accroissement que les droits du tiers-état obtinrent depuis.

• « Dans ce temps, disait-il , tous les paysans , « les' laboureurs et autres prolétaires se réu* « nirent et conspirèrent contre leurs seigneurs , « dans le dessein de leur refuser tous les services ? qu'ils leur 'devaient. Ils nommèrent ces con- « grégations confréries 7 et ils publiaient dans « les marchés et dans les bourgs et villages ; ■ sachez que dans un tel lieu et tel jour

(i) Historîa compostellana , lîb. n, cap. 71.

« indiqué , la confrérie doit se réunir, et que « les maisons de ceux qui, ne voudront pas , « seront démolies. Ils se soulevèrent de tous « côtés comme des bâtes féroces centre leurs « seigneurs, leurs majordomes et leurs agenst « les poursuivant partout, violant les palais de « leurs rois ; renversant les maisons des nobles, « les églises de leurs évéques, les granges et k les dépendances de abbés, détruisant toutes « les choses nécessaires à la subsistance, égor* • géant les juifs qui tombaient entre leurs mains; « refusant à leurs seigneurs les droits de péage; « et les tributs ; tuant ceux qui s'avanturaient « à les demander; reconnaissant pour leur roi « et seigneur tout noble qui leur donnait fin « veur et aide de leurs épées, et ne s'en relâ- « chant quelque fois, que pour accorder le la* « bourage à leurs seigneurs, en leur refusant « tout autre chose. » (3)

' Les confréries se multiplièrent de telle sorte 5 qu'elles finirent par former une partie de la constitution politique de ces temps. Le gou*

(1) Histoire du monastère de Saftagun, par le père Es calona , Àppend. i.

vernement de la province d'Alava , fut une confrérie subdivisée en diverses affiliations dont on peut voir la description dans le Dictionnaire géographzco-fùstorique de l'académie d'histoire de Madrid. x ,

En outre des excès qu'on vient de rapporter, il s'introduisit dans ces confréries, l'abus de nommer des alcades ou juges particuliers poulies affaires des confrères; ce fut par ce motif que Saint Ferdinand prohiba toutes celles qui n'avaient pas pour objet unique quelques exercices de piété. Nonobstant cette prohibition , d'autres confréries se créèrent encore dans des cas semblables , et particulièrement pendant les minorités des rois, lorsque l'autorité momentanée des régens n'était pas aussi respectée que ceBe de la couronne.

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