‹ Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence de la monarchie espagnoleChapitre 24 sur 48 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

Plaintes des Carte», contre les abus des papes dan* tes élections aux bénéfices , ecclésiastiques de la CastHle. — Séquestre mis par Henri III sur les rentes des bénéfices possédés par des étrangers , en vertu des nominations des Papes. — Loi très sévère de ce même souverain pour appréhender et pmrir treux qui désormais présentement des bulles pour de tdles élections.

L* clergé espagnol ayant dû 1 augmentation de ses richesses et de ses immunités à la nouvelle jurisprudence, fut moins sensible à ses empiéteraens; et les rois dirigés par des juriconsukea imbus jàe ces mêmes doctrines, et jouis* sant eux-mêmes du tiers, des dîmes , avaient ces motifs pour tolérer les nouvelles amplifications qui s'introduisaient dans la juridiction ecclésiastique, et dans les droita des pontifes.

Par cotte tolérance 9 la cour de Rome abusa te&œ&nt de son pouvoir» tfu'u&e très grande opposition se.«aaiiesta comte elle* par les

Gortès de Guadalaxara en i3go. « Il fut en outre « .remontré au roi, dit la chronique de Jean 1er, « partouslesgrandsduroyaumeetlesprocureurs « des villes et bourgs, qu'on se plaignait beau- « coup du Saint-Père; que de tous les princes « chrétiens le roi de Castille était le plus offensé « et le plus injurié , à raison des demandes du « Pape; qu'on se plaignaittle ce que pas un sujet « des royaumes de Castille et de Léon ne jouit « d'aucun bénéfice grand ou petit* soit en Italie, « en France et en Angleterre, soit en Portugal « ou en Aragon; pendant que les sujets de tous « ces royaumes et pays avaient des bénéfices et « des dignités dans les royaumes de Castille; « qu'il résultait de cela pour le roi et pour le « royaume, des dommages, des pertes et peu * d'honneur; par deux motifs, le premier, parce ^que ceux qui étaient étrangers aux royaumes « de Castille n'y résidaient pas et n'avaient pas la « volonté d'y résider, et qu'ils emportaient toù- « tes leurs rentes hors du royaume, en or et en « argent, et enlevaient ainsi la bonne monnaie. « Le second , parce que les églises du royaume « étaient mal desservies, que leurs plus grandes « et leurs çieilleures dignités étaient données par

le pape à des hommes qui n étaient point naturels du royaume,, d'où résultait une grande offense envers Dieu, parce que les églises étaient sans desservons, et qu'il était contre toute raison que ledit royaume possédant des clercs naturels et des personnes suffisantes pour le service divin, vît des étrangers emporter les produits et les rentes pour s'en servir, et honorer par elles les églises des

royaumes étrangers Ilsdirent encore au roi

que S. M. savait bien que dans toutes les Cortes elle avait été priée de supplier notre Saint- Père le Pape, d'amender ces dispositions afin que le royaume de Castille ne souffrît pas plus d'injures et dédommages que lesautres royaumes de la chrétienté ; à quoi le roi répondit qu'il lui convenait aussi que le royaume envoyât à cet effet ses ambassadeurs espagnols au Pape ; ceci toutefois n'ayant pas eu lieu pendant la vie du roi , ne reçut pas son accomplissement. (1)

« Don Juan I étant mort, et sonufils Henri III, voyant qu'on n'effectuait pas lés réformes* que

(1) Chronique de D. Jean I, chan. zn , ap. iû.

les Gortès avaient demandées, mit embargo sur iesTevanus des dignités et des bénéfices que les étrangers possédaient dans son royaume. C'est pourquoi l'éveque d'Albi lui fut envoyé par le Pape pour l'assurer qu'il s'abstiendrait désormais d'un tel abus d'autorité, sur quoi fe roi fit lever l'embargo, mais Benoît XIII, ayant manqué à la promesse faite par son prédécesseur, ledit roi, d après le conseil et l'accord des £ortès, ordonna comme loi perpétuelle que personne ou personnes aucunes du , monde, fussent-elles même cardinaux, n'ob* tiendraient des archevêchés, des évécbés ni autres dignités, canonicats, pensions ou autres bénéfices quelconques dans tous ses royaumes, si elles étaient étrangères, et que les revenus et les rentes qu'elles possédaient auparavant seraient donnés à ceux que le roi nommerait, pour les appliquer à la réparation et an service des églises, et le surplus pour les travaux nécessaires aux places, châteaux et frontières des Maures.

* « Et, disait-il, pour que la dite loi et or- « donnance soit durable et ferme à toujours, « sans changemens ou obstacles en aucun temps

* et dans aucoite chose, que je consacre ainsi,

■ tant pour le service de Dieu Çue pour mon « bien, mon honneur et celui de mes royaumes « et de mes sujets, j'ordonne et je défends aux

* archevêques etévêqucs, doyens et chanoines, « abbés, prieurs, et autres prélats, clercs et or-

* donnés , ou personnes quelconques, de rece- « voir dorénavant aucun d'eux, ni autres car- « dinanx, ou leur» procureurs, ou autres en leur « nom ou au nom d eux, aux archevêchés, évê- « chés, dignités, eânonieats, pensions et autres

* bénéfices quelconques, soit dans tous mes « royaumes, soit dans une partie ou aucun de « ces lieux, mais au contraire de les garder en

* total et parties entières , sous peine de perdre

* tous les biens temporaires et rentes ecclésias-

* tiques ou séculiers dont ils. jouissent ou joui-

* raient dans mes dits royaumes ef seigneuries ;

■ je défends ferorement à, aucun de mes sujets « ni autres qui ne seraient pa* mes sujets, d'oser

* étte Içur* message?** procureurs ou écrivains,

* ui de présenter ou porter des lettres , ou des « procès des citations , appellation* ni autres

* actes ou écrits quelconques desdits cardinaux « «rangers, soit deux ou de quelqu'un d'eux,

• par soi ou par tout autre , soit en public ou en « cachette , ni leur, rendre aucun service de « quelque manière que ce soit, tant pour cela «- que pour autre chose, à quoi je mets empé- « chement , à l'exécution des lettres fermées ou « messages qui ne seraient point préjudiciables « à mes sujets où à quelqu'un d'eux , ou con- « traires en tout en partie à cette dite ordonne nance ou loi ; voulant que les délinquansysils « sont prêtres, soient appréhendes au corps, ren- « fermés dans de grandes prisons, et retenus ainsi « prisonniers juqu'a ce que j'en sois instruit pour « les faire exiler ou ordonner à™ eux au mieux de « rnon service; les condamnant h perdre tous « les biens et rentes qu'ils auraient dans mes « royaumes , voulant que la moitié de ces biens « soit donnée aux accusateurs ou dénoncia- « teurs , et Vautre moitié réservée à ma munifi- « cence, afin que les dits prêtres ne possèdent » plus , ni honneur ni biens quelconques en tout « ou partie de mes royaumes ; que si les dêlin- « quans sont laïques , j'ordonne qu'ils perdent « avec la vie tout ce qu'ils possèdent dans k « monde* »

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