IV
ment un des plus grand crimes de la politique moderne. Ce gouvernement comprit de brome heure qu'il fallait que l'Amérique fut pauvre et opprimée pour qu'elle fût toujours colonie; il se fit oppresseur afin c}e rester maître, et il ruina l'Amérique. afin de la posséder plus long-temps. Si dans l'origine , l'Espagne a porté la civilisation aux Indiens, elle. la leur a vendu cher : si elle leur a fait quelque bien , elle l'a fait pour elle et dans son seulintérêt; elle n'a jamais reculé devant la crainte de leur nuire, quand elle a cru que le mal qu'elle leur ferait lui tournerait à profit. Sans doute elle sentit le danger de l'asservissement des Indiens , quand elle vit que les conquérans devenaient en Amérique plus maîtres qu'elle- • même ; q$ elle protégea les Indigènes pour protéger sa propre cause, et non pour réprimer la tyrannie coloniale , car elle n'a pas manqué de se mettre à la place de tous ces petits tyrans , dès qu'elle a cessé de les craindre. »
Que ces pensées sont fausses, et que ce discours £st frivole et inconséquent! D'un coté 1 on veut persuader que le gouvernement espagnol ruina le Nouveau-Monde, non par ignorance, niais bien par le détestable et horriblç machiavélisme de l'appauvrir pour le dominer plus despotiquement, et le posséder plus long-temps; et d'un autre côté; on dit qu'il a civilise les Indiens, et les a protégés contre lesr violences» des co&quérans. La civilisation et la protection de la liberté des peuples conquis contre les violences des conquérons, est-elle conforme au système machiavélique de Iks appauvrir, à dessein et oar calcul pour les dominer plus despotiquement ? Mais le susdit anonyme M. A. ne pouvant pas nier le mérite de la civilisation et protection accordée aux Indiens parles monarques espagnols , veut le diminuer en disant que de tels bienfaits furent dispensés par le gouvernement espagnol moins pour fa-
— yj — voriser les Indiens , que pour éviter que ses sujets espagnols ne se rendissent les maîtres de cet immense continent , au préjudice de la métropole.
C'est ainsi que la rivalité et la médisance ont coutume de méconnaître et même de noircir les mérites les plus brillans, en accusant les intentions , quand elles ne peuvent nier ou confondre et obscurcir les faits les plus avérés. Et c'est encore ainsi que d'autres étrangers, soit par des motifs semblables ou soit par la négligence des Espagnols euxmêmes à publier une histoire philosophique de leur nation (i), se sont obstinés à la dé*
(i) Âuctme nation n'abonde en autant de livres de sa pfcopre histoire que la nation espagnole. Depuis le régna de St.-Ferdinand , .jusqu'à «elui de Charles £1 $ il n'est pas un de ses rois qui n'ait son histoire particulière; et Morales , Mariana , Zurita , Blancas , Moret , Ferreras sont très appréciés dafls cette branche de la littérature espagnole. Cependant, voici ce que disait le savant le-