‹ Considérations sur les chemins de ferChapitre 4 sur 66 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Depuis quinze ans les principaux états de l'Europe ont encouragé les améliorations intérieures, et sont parvenus, par un meilleur système de communication , à faire baisser les prix des produits du sol et des fabriques, et à donner de l'aisance aux classes ouvrières constamment employées aux travaux d'utilité générale. En Angleterre coryime en Belgique et aux États- Unis, les ouvriers paraissent rares, et leurs journées s'élèvent de 1 fr. 5o à 8 francs par jour, circonstance qui annonce une extrême prospérité.

En France, quinze millions d'habitans n'ont , .> pour satisfaire à toutes les nécessités de la vie, que 29 centimes, terme moyen , par tète et par jour, et la moitié de ce nombre, au sept millions einq cent mille sont réduits à #5 centimes (1) par tête et par jour.

(1) La, taxe des pauvres en Angleterre* qui est évaluée

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La misère des classes malheureuses, condamnées à la nourriture la plus grossière, privées même de pain , doit être attribuée à la difficulté des communications , à la rareté des travaux et aux obstacles qui s'opposent à l'intervention des compagnies pour leur exécution.

Les cantons les plus riches de France n'ayant pas encore d'aussi bons moyens de transport que les paroisses les plus pauvres de l'Angleterre et de la Belgique, le public éprouve plus de privations et n'a aucune chance d'entrer en concurrence avec nos voisins pour le commerce extérieur. Aussi nos relations diminuent- elles progressivement, tandis que celles des autres peuples croissent plus rapidement qu'à aucune époque.

De grands ouvrages ouvrages publics sont

à trois cent millions, en y comprenant les secours des associations pour les hôpitaux , les écoles et les établissemens particuliers de tout genre, donné près de vingt sous par tête et par jour à chaque personne des classes les plus malheureuses. Cependant les produits dès fabriques et de l'agriculture sont en général à meilleur marché en Angle-» terre qu'en France

donc indispensables pour fonder une prospérité durable, et pour assurer de l'aisance par le travail (i) aux classes malheureuses.

Mais l'exécution des grandes entreprises demande plusieurs conditions : des ouvriers, des capitaux , un emploi avantageux des fonds; une législation qui offre protection et sécurité.

Nous venons devoir que quinze millions d'habitans souffrent par le manque d'ouvrage ; on peut donc compter que deux millions d'hommes, de femmes presque oisifs, ou occupés de travaux mal rétribués, travailleraient sur les ateliers ouverts dans leur voisinage pendant deux cents jours chaque année. En portant leurs journées à un franc cinquante centimes , prix réduit, la somme annuelle de six cent millions par an, gagnée par eux, leur donnerait une grande aisance,

(i) La société ne vil que du produit du travail des classes laborieuses; elle doit donc, dans l'intérêt de sa conservation, faire une réserve sur ces produits pour secourir (es malheureux; elle doit surtout ne pas apporter d'obstacles aux travaux nécessaires à l'aisance et à l'existence d'une partie de la population.

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Ces deux millions d' habita n s et leurs 6nfans r maintenant misérables pur te manque d'ouvrage y dépensant cette somme à mieux nourrir, habiller et loger leurs familles, feraient prospérer les autres classes employées à satisfaire teurs demandes; et de proche en proche la prospérité deviendrait générale.

Mais le gouvernement et les département ne peuvent consacrer, chaque année, que quarantecinq millions au plus en travaux publics ; ils n'emploient doue que cent quarante-trois mille personnes au plus.

Il faut donc avoir recours aux capitaux dés particuliers pour l'exécution des ouvrages utiles.

Sur les quatre milliards de dette publique, oîi estime que deux milliards et demi appartiennent à des Français. Ces fonds et ceux des banques étrangères viendraient s'offrir à tout emploi également sûr qui donnerait la chance d'un intérêt plus élevé. On peut donc compter qu'on trouvera la totalité des fonds nécessaires aux grands travaux f lorsque leur utilité ou leurs produits auront été bien constatés. Ainsi ce n'est pas l'argent qui manqué aux ouvrages à faire.

La quantité des ouvrages nécessaires est de même sans limites, puisque chacune des quâ-^ rfmte mille communes du toyaume manque de bonnes communications ; et dans ce nombre il faut comprendre même celles du département de la Seine, dont îes chemins vicinaux restent impraticables six mois par an.

Mais les ressources dont oh peut disposer resteront improductives jusqu'à ce qu'une législation protectrice des associations vienne donner toute sécurité aux fonds engagés. Nous avons proposé de modifier -celle qui nous régit et de revenir au système <fabord établi eh Europe par Henri IV, depuis perfectionné par l'Angleterre et adopté aux Etats-Unis avec le même succès.

En supposant qu'on ait levé par une ordonnance nouvelle, ainsi (pie nous l'avons proposé, tes obstacles que d'anciennes ordonnances op+ posent maintenant à l'intervention dès compa* g nies, il resterait encore à montrer que des travaux publics procureraient en France un bon intérêt des fonds employés; tel est le but de cet écrit. Ce n'est donc point un ouvrage technique que nous présentons, mais un simple résumé

desdocumens publiés en Angleterre. Nous avons cherché à / montrer à l'administration qu'elle peut lever facilement , immédiatement, les. obstacles qui s'opposent aux améliorations, et nous tâcherons de convaincre les propriétaires et les capitalistes que leur intervention dans les entreprises donnerait du travail et de l'aisance aux ouvriers, de l'activité au commerce ,, de la tranquillité au pays» et à leurs richesses l'emploi le plus profitable et à la fois le plus honorable.

Cependant, comme les grandes entreprises exigent de principaux actionnaires , de la capacité, de l'expérience et une certaine hardiesse, il est probable que les ouvrages publics procureront de très grands bénéfices , jusqu'à ce que les succès extraordinaires qu'on rie manquera pas d'obtenir, aient excité l'émulation et déterminé l'exécution de travaux mal calculés ou moins utiles.

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