‹ Considérations sur les Chorées chroniques: des relations cliniques possibles entre la Chorée chronique et la Chorée SydenhamChapitre 13 sur 14 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

Chorée chronique héréditaire

Eugénie Font..., femme Nié..., 39 ans, aubergiste, est née à Beaugé (Maine-et-Loire).

Les renseignements nous ont élé donnés par la malade elle-

mème et les membres de son entourage.

Antécédents héréditaires. — Is ont été rapportés à l'observation I. Grand-père choréique, mère choréique, un frère aîné

choréique, une sœur choréique.

* Antécédents personnels — La malade a eu une enfance pénible. Sans avoir jamais eu de maladie grave, sauf la rougeole à 8 ans, comme sa sœur (Obs. IT), elle a toujours été malingre, chétive. Jusqu'à l’âge de 9 ans, elle urinait au lit la nuit. Dans sa première enfance elle aurait eu des convulsions. Dentition tardive

et Jlaborieuse. Elle aurait marché très tard.

GORE Elle n'est réglée qu'à 16 ans passés. Elle à toujours élé sujette aux pertes blanches. Mal réglée, elle souffre pendant lépoque de ses règles, et perd beaucoup de sang. Elle perd quelquefois huit ou dix jours et abondamment.

Elle s'est mariée à 24 ans.

Elle n'a jamais eu d'enfant. | Elle a souffert à plusieurs reprises et plus fréquemment Fhiver de douleurs rhumatismales. Ses articulations du genou, et

les jambes ont élé enflées durant ces périodes.

Début. - Le début de la maladie remonterait à environ cinq ans. La malade commettait alors des maladresses fréquentes. Elle constate des mouvements qui se renouvellent souvent à son insu dans ses doigts et dans ses bras. Vers la même époque, les personnes de son entourage lui reprochent de faire des grimaces. Enfin peu à peu, les mouvements involontaires s'étendent aux bras, au tronc, aux membres inférieurs. La malade devient itritable. Son caractère devient insupportable. Elle adresse à ses voisins, à son mari des reproches continuels, est malhonnète à l'égard de ses clients. Elle ne tolère pas une observation. Ses maladresses deviennent de plus en plus fréquentes. Il ne se passe pas de jour où elle ne renverse en servant ses clients, soit un verre, soit une bouteille. Elle s'emporte alors violemment, pousse des jurons. \

Acluellement. - Les mouvements sont surtout fréquents aux membres supérieurs. [ls sont moins apparents à la face et aux membres inférieurs.

Les muscles de la face sont cependant atteints. La malade plisse le front, fronce les sourcils, ce qui donne à sa physionomie une expression méchante. La bouche prend part aux mouvements choréiques, tiraillée dans un sens ou dans l’autre. La langue également. La malade parle difficilement. Les mots sortent hachés, séparés par des intervalles relativement longs, mal

Os

prononcés. Il y a loujours une hésitation marquée pour les premiers mots. Souvent la malade semble ne plus trouver le mot pour exprimer sa pensée ; elle cherche, essaie de se souvenir, y renonce, cherche une nouvelle tournure de phrase. On n'entend pas de bruits buceaux, ni pharangés.

La malade tire facilement Ia langue, mais ne peut la maintenir au dehors.

Pas de mouvements des globes oculaires. Les pupilles sont égales.

Aux membres supérieurs Ja malade a des mouvements d'élé valion des épaules avec torsion des bras. Les avant-bras se ! ploient, se fléchissent, s'étendent. La main se tourne en supination, en pronation. Les doigts sont agités de mouvements qui rappellent la maladie de Parkensin, avec opposilion du pouce et des autres doigts, flexion, extension des deigts qui s'écartent et se rapprochent les uns des autres.

Au tronc, les mouvements se bornent à un balancement du tronc d'avant en arrière, balancement peu fréquent.

Aux membres inférieurs, les mouvements peu apparents quand la malade est debout.

Quand elle est assise, les mouvements se bornent à étendre puis à fléchir la jambe. Le pied se met en rotation externe. Dansles autres segments du corps, les mouvements sont les mêmes.

- Au lit les mouvements sont très allténués. Le sommeil les ferait cesser. Toutefois il est arrivé plusieurs fois à la malade de tomber de son HE.

La marche est peu troublée. Cependant elle heurte les obstacles même les moindres, et manque souvent de tomber.

Le diaphragme participe aux mouvements. Brusques interruptions dans la respiration.

Les mouvements ne sont pas modifiés sous l'influence de la

volonté. La malade exécute maladroitement les mouvements in-

Ares

tentionnels. Elle s'habille, se désabitle seule, mais avec beaucoup de temps et de maladresses. L'écriture est tuès troublée. Elle ne peut plus tenir ses comptes.

Les émotions augmentent les gesliculations choréiques. « Elle ne commet jamais autant de. maladresses, avoue-t-elle, que

quand elle est en colère ».

La sensibilité générale est normale. Elle réagit également bien des deux côtés à la piqûre. Les réflexes rotuliens sont exagérés.

Les urines contiennent de très légères traces d'albumine. Pas de sucre. Réaction acide.

Les sens spéciaux sont normaux. Les fonctions organiques s'accomplissent normalement, sauf toujours la menstruation.

Pas de troubles de Ia digestion. Grand appétit La malade ne parait pas amaigrie.

Sligmates de dégénérescence. Mauvaise implantation des cheveux et des dents. Oreille de Darwin. Asymétrie faciale sur-

tout apparente à droite.

Elat mental. — En dehors des troubles de son caractère la:

malade nous signale des troubles délirants ânalogues à ceux observés déjà chez son frère (Obs. 1}. C'est du délire de rêve. Tous les soirs, le malade à peur de s'endormir. Elle ne se

couche qu'avec anxiété. Dès qu'elle est endormie; elle rêve de

choses affreuses, ‘de crimes, d'animaux fantastiques qui vont

la dévorer. Elle tombe dans des précipices. Elle es® à ce mo-

ment, nous dit son mari, très agitée, se débat, pousse des cris, se réveille en sursaut, anxicuse, oppressée, se mettant à pleurer pleurer sans raison, demandant protection à son mari. Elle Sendort et se réveille certains soirs à trois ou quatre reprises différentes. Un soir elle s'est levée et s'est précipitée vers la fenêtre sans entendre les appels de son mari. Sans l'intervention

de son mari elle se serait peut-être jetée par la fenêtre.

troubles délirants. la malade joint un défaut continu

dd tention, s'occupe d'un objet, le Jaisse pour passer à

un autre, revient au premier, sans jamais Lerminer bien sa be-

É sognes Son jugement nous parait normal. Elle à conscience de sa colère irréfléchie, de ses mouvements. choréiques. La mé cmoire des faits ancie ens el oct n'a pas diminué. Seulement c'est l attention qui fait toujours défaut. Pour ses comptes, ses factures, s, elle les abandonne subitement pour s'occuper d'autre chose, y revient, ne se souvient plus de ce-qu'elle à fait précé- demment, d'où des erreurs fréquentes, et des disputes non

moins fréquentes à ce sujet. | =.

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