OBSERVATION VII
(Observation recueillie par M. Levrat, chez M. Cruveilhier, à la maison de santé de Paris, en 1876.)
Marie X..., 26 ans, domestique, entre à la maison de santé le 25 juillet 1876.
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Il y a trois semaines, la malade qui était montée sur une table pour accrocher des rideaux, fit une chute dans laquelle la région de l'estomac porta sur l’angle de la table.
La douleur fut assez intense pour provoquer une syncope, et la malade vomit aussitôt le repas qu'elle avait pris trois heures avant ; mais elle ignore s’il y avait du sang dans les matières rendues.
Les jours suivants elle garda le lit, à cause d’une sensation générale de fatigue qu'elle éprouvait, et pendant ce temps, elle n'ingéra que du bouillon et un peu de soupe qui furent bien tolérés.
Le troisième jour, survint un abondant vomissement de sang rouge que la glace arrêta, mais qui se reproduisit les jours suivants ; sauf quelques boissons glacées, en petite quantité, aucun aliment n'était plus toléré et tout était immédiatement rendu par le vomissement. :
Cet état persista ainsi pendant trois semaines et détermina une grande faiblesse et un amaigrissement notable.
A son entrée à l'hôpital, on constata l'absence de toute tumeur à la région épigastrique. La pression en ce point déterminait une douleur assez vive, irradiant dans le dos; en outre, il existait une douleur spontanée, peu vive, avec irradiation en arrière.
Le régime lacté avec l'eau de Vichy fut mal supporté et ne put être toléré qu’à la condition de faire précéder l’ingestion du lait de l'administration de quelques gouttes de laudanum.
Grâce à ce traitement, les accidents semblèrent s’atténuer et disparaître ; plus de douleurs, plus de vomissements, un peu d’appétit.
Au bout de quelques jours, la malade voulut prendre du chocolat ; immédiatement les douleurs et les vomissements reparurent et on constata de nouveau la présence du sang dans les matières vomies.
La malade reprit alors le régime lacté, l'usage de l’eau de Vichy, le laudanum, et continua le traitement pendant quinze
jours, puis quitta l'hôpital pour aller à la campagne. Deux mois après, la malade revint consulter à l’hôpital. Elle nous dit qu’elle n'avait pas encore complètement cessé son régime
quoique tous les accidents fussent notablement améliorés. Elle avait engraissé, ses forces lui étaient revenues; elle avait ses règles comme d'habitude. Enfin, depuis trois semaines, elle pouvait prendre des potages, boire du vin, sans qu’il en résultât ni douleur, ni nausée, ni vomissements. Ceux-ci n'avaient pas reparu depuis plus d'un mois et, à cette époque même, ils ne renfermaient plus de traces de sang.
RÉFLExIONS. — Dans c:tte observation, il s’agit d’accidents médiocrement graves qui ont suivi une contusion de la région épigastrique et qui démontrent que l'estomac a subi les effets de cette contusion. Chez la mälade, en effet, une chute sur l’épigastre détermine des vomissements de sang qui disparaissent et, chose remarquable, reparaissent sous l'influence d’une cause en apparence insignifiante, l'absorption d’un peu de chocolat. Il est donc à présumer que, chez cette femme, le traumatisme aura déterminé une plaie stomacale qui, comme toutes les plaies, aura marché vers la guérison, mais dont la cicatrisation aura été retardée par la présence des sucs normaux sécrétés par l'estomac. La présence de cette lésion aura été le point de départ de toutes les douleurs, de l'intolérance de l’organe et des phénomènes d’adynamie qu'a présentés la malade, phénomènes qui, comme le prouve l'observation, se sont tout à fait amendés au bout d’un certain temps. En résumé, symptôme à la fois de gastrite subaïgüe et d’ulcère simple.