‹ Considérations sur les contusions de l'estomacChapitre 12 sur 22 · OBSERVATION IX · texte numérisé non relu

OBSERVATION IX

(Duplay. Archives gén. de Médecine, 1881. Vol. IL, page 330.)

La nommée H..., âgée de trente-quatre ans, domestique, entre dans mon service le 3 juin 1879. Sa santé générale est bonne; sauf quelques crampes d'estomac, elle n’a jamais éprouvé aucun trouble des fonctions digestives. Elle a été attaquée le matin même de son entrée à l'hôpital par des malfaiteurs qui l’ont rouée de coups. La région épigastrique a été atteinte, mais la malade ne peut fournir aucun renseignement snr la nature du traumatisme dont cette région a été le siége. Un quart d’heure avant l'accident la malade avait déjeûné d'une tasse de café au lait.

Quatre heures après, la malade est prise de vomissements et rend du sang presque pur, dont la quantité est évaluée à un demi-verre environ.

À plusieurs reprises dans la journée, ces vomissements de sang se renouvellent. La soif est vive, mais les boissons ingérées sont immédiatement vomies, plus ou moins mélangées de sang (Morphine en injection hypoderm.).

Le lendemain il n'y a plus de vomissements, les boissons froides sont supportées. — Abstinence complète.

Le troisième jour, la malade essaie de prendre quelques ali- ments solides en petite quantité, mais leur ingestion détermine des douleurs épigastriques très violentes (Régime lacté).

Pendant plusieurs jours encore, les liquides ingérés déterminent des crampes très douloureuses et provoquent des envies de vomir, maïs sans résultat. Pendant tout ce temps la pression au-dessous de l’appendice xyphoïde et le long du rebord costal gauche, détermine une douleur assez vive.

Peu à peu la malade dont l'appétit revient de jour en jour, commence à prendre des aliments solides, et après quinze jours

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passés à l'hôpital, elle demande sa sortie, n’éprouvant plus de douleurs, ni aucun symptôme particulier du côté de l'estomac.

RÉFLEXIONS. — Nous trouvons dans cette observation un traumatisme de la région épigastrique ayant amené des vomissements de sang; il s’agit ici bien nettement de vomissements puisqu'ils ont eu lieu à l’hôpital, en présence du professeur et des élèves.

Les symptômes consécutifs ont été également ceux d’une lésion de la muqueuse stomacale et, joints à l’hématémèse, nous permettent d’affirmer l'existence d’une lésion de la muqueuse sans qu'aucun symptôme ait révélé une lésion péritonéale. La marche a d’ailleurs été simple et la guérison rapide.

OBSERVATION X (Du même ).

Le nommé L. P..., âgé de quarante-huit ans, est entré dans mon service le 3 décembre 1870. D'une bonne santé habituelle, n'ayant jamais présenté aucun symptôme gastrique, non diathésique, non alcoolique. Cet homme nous raconte qu'il y a six semaines environ, il a été renversé par une voiture et est tombé en avant. Dans cette chute, la région épigastrique porta violemment sur le sol.

Le malade avait mangé quatre heures avant l’accident. Il n'éprouva tout d’abord qu’une douleur médiocre, n'eut pas de vomissements et put gagner son domicile à pied.

Le l:ndemain matin, les douleurs à la région épigastrique

étaient plus intenses, mais il survint quelques vomissements renfermant du sang noir et coagulé.

Les jours suivants, les mêmes vomissements noirâtres se

pi Pl

reproduisirent ; il y avait de l'inappétence, de la soif et l'ingestion des liquides mêmes était douloureuse. Un vésicatoire fut appliqué à la région épigastrique.

L’inappétence persista et le malade ne pouva't prendre qu’un peu de lait et d’eau de Vichy. On lui prescrivit aussi quelques gouttes de laudanum pour calmer ses douleurs et empêcher les vomissements. Sous l'influence de ce traitement, un mieux sensible se manifesta et au bout de quinze jours les vomissements avaient cessé ; l'appétit était revenu et le malade recommença à travailler.

Cependant, sans aucune cause connue et sans que le malade ait fait aucun excès, les mêmes symptômes se manifestèrent de nouveau. L'appétit disparut peu à peu et, il y a douze jours, le malade fut repris de vomissements, mais ceux-ci ne renfermaiert d’abord ni sang, ni matières noirâtres.

Le lendemain de son entrée à l'hôpital, on examine les matières rendues par le vomissement et on y constate la présence en quantité notable de substance noirâtre, analogue à du marc de café. Ces vomissements mélaniques se sont reproduits à différentes reprises. En outre, le malade accuse des douleurs très vives qui le privent de tout sommeil, qui siègent à la région épigastrique, irradient dans le dos et ne se calment que par le décubitus sur le ventre.

L'exploration la plus attentive de la région épigastrique ne permet de découvrir aucune tuméfaction; elle ne provoque d’ailleurs aucune douleur.

A part les accidents gastriques, la santé générale est assez bonne ; sauf un peu de pâleur et d’amaigrissement, le malade ne présente aucun symptôme particulier, la digestion intestinale même s’accomplit normalement, les garde-robes sont faciles et régulières ; toutes les fonctions sont normales.

Le malade a été mis au régime lacté associé à l'eau de Vichy, et sous l'influence de ce tra tement simple, l'amélioration n'a pas tardé à se manifester. Les douleurs et les vomissements

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ont peu à peu cessé, l'appétit a reparu et le malade quittait l'hôpital, sur sa demande, après un séjour d'environ deux mois, dans un état très satisfaisant.

RÉFLEXIONS. — Les réflexions que nous pourrions faire au sujet de cette observation qui ressemble beaucoup aux deux précédentes, sont analogues à celles que nous avons faites sur ces dernières. Aussi nous croyons inutile de les répéter.

OBSERVATION XI (Personnelle).

(Recueillie dans le service de M. le professeur Ollier, suppléé par M. Levrat.)

Le nomméP'E""palefrènenr14ce de 30 /ans entre lerro juillet 1881, salle Saint-Sacerdos, dans le service de M. le professeur Ollier. Pas d'’antécédents héréditaires connus. Comme antécédents pathologiques, insolation en Chine pendant que le malade était militaire. [l ne présente aucun signe de diathèse scrofuleuse ou tuberculeuse, mais depuis longtemps, il est sujet aux douleurs articulaires.

Dans les premiers jours de juillet 1881, le malade reçut plusieurs coups de pied de cheval, l’un à la région temporale gauche, l’autre dans le flanc gauche au niveau du rebord inférieur des fausses côtes. Au moment de l'accident, le malade perdit connaissance et rendit par la bouche une assez grande quantité de sang. Application de six ventouses sur le côté malade. 1

Le lendemain, Le malade entre à l'Hôtel-Dieu; à ce moment il est encore dans un demi état de stupeur; il reste immobile dans son lit et répond à peine aux questions; toutefois, il ne présente aucun symptôme de fracture du crâne ou de commotion cérébrale.

À la région temporale gauche, on remarque une forte ecchymose de 6 à 7 centimètres de diamètre, avec une petite plaie linéaire à peine perceptible. Même aspect au côté gauche, aucun signe de fracture de côte, quoique le malade ait quelque difficulté à respirer. De plus il rejette, par moment, une certaine quantité de sang noir, non aéré, d’une odeur nauséabonde. Ce sang, d’ailleurs peu abondant, n’est pas rendu par la toux ; il n’y à pas vomissement mais plutôt régurgitation. Au dire du malade il lui monte à la gorge comme de la salive.

L'auscultation du poumon, plusieurs fois répétée, ne révèle rien. Du côté du cœur, pas d'hypertrophie notable, la pointe bat à sa place ordinaire; mais les battements sont peu prononcés et les bruits sourds. L’exploration de l'oreille ne révèle aucune lésion, pas de symptômes cérébraux.

Le malade quitte le service le 30 juillet, complètement guéri de ses contusions. Il continue à expectorer du sang.

Le 3 septembre il rentre de nouveau dans le service pour un coup de pied de cheval à la partie antérieure et supérieure de la cuisse droite. Toutefois, on ne trouve à ce niveau qu'une légère contusion, disparue en quelques jours.

Depuis sa sortie, les régurgitations de sang ont continué et elles persistent encore aujourd’hui. Néanmoins, l’état généra est bon.

RÉFLEXIONS. — Cette observation diffère des autres en ce que d’abord le sang n’a pas été vomi, mais régurgité ; ensuite parce que cette régurgitation sanguine est devenue chronique sans que la santé du malade paraisse altérée par ces pertes répétées. Il n’y a eu hématémèse, proprement dite, qu'au moment même du traumatisme : si nous admettons la lésion stomacale, c’est en l'absence absolue d’autres affections pouvant amener le rejet de sang par les voies digestives.

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