‹ Considérations sur les fractures spontanéesChapitre 14 sur 28 · SAS · texte numérisé non relu

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vons pas dans l’état du squelette des causes suffisantes pour nous rendre compte de l'accident. Quelle est done la lésion qui fait du squelette entier un lieu de moindre résistance, à ce point manifeste que le plus léger traumatisme puisse produire d'emblée de pareils désastres ?

Ensuite, ne trouvant pas dans notre première investigation de cause suffisante, nous aurons à rechercher, planantau-dessus de toutcela, quelle est la cause première qui préside à l’éclosion des évènements. C'est du côté de la moelle ou des nerfs périphériques qu'il nous faudra poursuivre nos recherches. Telles sont les données du problème. De leur solution découlera la lumière et c'est seulement en les considérant l’une après l’autre que nous pourrons espérer trouver la clef du mystère.

A vrai dire, il s’agit tout simplement d'étudier les lésions locales d’une part et en même temps de préciser leur valeur pathogénique, d’où l'intérêt qu'il y a, pensons-nous, à réunir ici, au risque d'être didactique, dans une même étude l’anotomie pathologique et la pathogénie.

À. Altération du squelette, cause prédisposante locale. — La conformation extérieure des os tabétiques fracturés, pour si curieuse qu'elle soit, ne nous arrêtera pas. En eflet, les mille variétés d'aspect, de déformation, de bosselure, d’évidement, d'usure « comme à la meule » que présente l’ossuaire tabétique, pour emprunter l'expression de M. Charcot et dont la collection de la Salpétrière montre de si remarquables exemples, seront laissés do côté, parce que nous ne saurions espérer trouver, dans ces particularités macroscopiques, des raisons suffisantes de rupture, Au surplus, il suflira de lire la description qu'a donnée M,

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Féré (1) de ces os tabétiques. Ce que nous avons surtout à rechercher ici, c’est la nature même du processus ainsi destructeur ; or, deux facteurs interviennent qui contribuent à enlever à l’os sa cohésion. L'un creuse la substance osseuse elle-même par un travail d’ostéité raréfiante. E’autre prive les parties encore restantes de leurs sels. C’est dire qu'il y a deux ordres d’altérations, les unes d’ordre histologique et les autres de nature chimique.

Altérations hislologiques. — Charcot, Liouville, Joffroy et principalement R. Blanchard ont donné de bonnes descriptions de ces lésions ; voici ce que la lecture des coupes fait connaître : 1° dans une coupe transversale, les canaux de Havers sont considérablement dilatés par suite de la raréfaction du tissu osseux à leur pourtour. Cette raréfaction se fait d’une manière irrégulière, ne marche pas avec une même intensité sur tout le pourtour d’un canal de Havers, mais très irrégulièrement ; aussi en certains points les diverticules appartenant à un canal de Havers voisin. Il en résultera la formation d’une lacune creusée en pleine substance osseuse.

Pour bien voir cette dilatation des canaux de Havers, c’est dans le voisinage du canal médullaire central qu'il faut chercher, car c’est là que le processus de raréfaction est le plus accentué. À ce niveau, ils peuvent atteindre 500 1. de diamètre, et, par une raréfraction progressive, les différentes lamelles d’un même système de Havers disparaissent, le systéme n'étant plus représenté finalement que par la lamelle la plus excentrique. Aussi on peut voir celle-

(1) Féré. Archives de Névrologie, 1882.

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ci servir à elle seule de barrière entre la cavité centrale médullaire et le systéme de Havers ainsi évidé. Aïlleurs cette lamelle de séparation s’est brisée, alors deux cavités communiquent largement l’une avec l’autre.

En s’éloignat de la cavité ménullaire, les systèmes de Havers sont de moins en moins évidés. Ils mesurenent encore cependant 150 à 200 & au lieu de 30 à 60 comme à l’état normal et on n’y trouve plus que 3 ou4 lamelles concentriques. Quand le processus s'étend jusqu’à la périphérie de l'os, ce qui ne s’observe pas dans tous les cas, alors la dilatation des canaux de Havers,qui débouchent au dehors par de larges lacunes, donne à la périphérie un aspect déchiqueté et frangé, poreux, en forme de « piqûre de vers ».

Il faut maintenant étudier les élèments actifs, les éléments cellulaires, qui, normalement, remplissent les canaux de Havers. Ces cellules ont subi, dans l’immense majorité des cas, la transformation graisseuse. D'où l’augmentation de matiéres grasses relevées par l'analyse chimique. Cet état graisseux des éléments préposés à l’ostéogenèse a une grande signification. N’indique-t-il pas en effet que l'élément noble du tissu, celui qui a pour mission de secreter de la substance ossifiable, est frappé dans sa fonction ? On sait, en effet, que toute cellule, avant de mourir, passe par l'état graisseux qui décèle sa souffrance, puis elle disparaît jusqu’à ce qu’enfin les globules blanes emmènent ses débris. Vient-on à faire l'examen plus tard, on peut ne trouver que des globules blanes, parce qu'alors une nouvelle réviviscence se produit, les ostéoplastes renaissent, mais avant d'atteindre leur caractère définitif, ils passent

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par le stade embryonnaire. C’est ce qu’on trouva dans un cas de Richet, où, en fait d'éléments cellulaires, il n’y avait que des cellules embryonnaires.

Cette abolition de l’ostéogenèse, cette impuissance à fabriquer de la substance osseuse est encore éprouvée par l’action du carmin sur des coupes non décalcifiées ; on constate en effet que les systèmes de Havers, sur lesquels porte la lésion, ont pris une coloration rouge plus ou moins intense, le reste de la coupe restant incolore. Or, un os normal non décalcifié ne fixe pas les réactifs. Que signifie ‘donc la bordure de coloration qu’on observe ici dans les canaux de Havers, c’est que là la substance osseuse a perdu ses sels parce que, nouvellement secrétée par des ostéoplastes déjà malades, elle n’a pas été suffisamment élaborée pour devenir apte à s’incruster de sels calcaires ; elle n’est pas ossifiable.

.Telles sont les lésions, y a-t-il là quelque chose de spécial à l’ostéopathie tabétique ? Nullement, rien de particulier dans les altérations que nous venons de passer en

revue, c'est un processus banal d’ostéite chronique qui, comme toute ostéite, peut se traduire sous deux aspects

macroscopiques différents, suivant que, parmi les deux mouvements dont los est le siège, l’atrophie ou l'hypertrophie l'emporte. Ce qu’il faut seulement remarquer, ce sont deux particularités très importantes dans l’espèce, toutes deux relatives à la localisation, au siège primitif du mal. D'une part, le premier début, autour du canal central de la moelle, semble indiquer que là est le point de départ de l'irritation. quelle que soit d’ailleurs cette dernière dans sa nature (névrite périphérique etc.) D'autre part, c’est une

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