TROISIÈME MÉMOIRE
SDR LES PROPRIÉTÉS DE Là STRATÉGIE, EU RAPPORT AT£C CELLES DC TERRA|n.
La stratégie est la science du général destiné i commander des années, et plusieurs de ses éléments sont la partie purement scientifique de l'art de faire la guerre.
Avant que les armées actives se soient rassemblées sur le terrain qui doit devenir le théâtre de la querelle des belligérants, le militaire parcourra d'un œil avide et attentif cette partie du globe, que l'intérêt national, des raisons politiques ou d'ambition auront mis en litige, etoii, au moyen des chaînes de montagnes, des fleuves, des plaines, des routes, des places fortes et des armées, la stratégie lui enseignera les di^>osîtions les plus avantageuses pour s'opposer à son ennemi ou le dépoaler. L'œil attaché sur celte carte, qui lui représente d'une manière fidèle l'ensemble et plusieurs détails du terrain qu'il étudie, le Stratège cherchera à se pénétrer de tous les avantages et des difficultés que les contours, la grandeur et les formes des terres possèdent.
Les prérogatives réelles de la. stratégie sont en grande partie basées sur les propriétés du terrain, que son état d'immutabilité soumet si facilement à un examen systématique et ap- . profond!. Aussi, avant de procéder au plan général de la guerre, qui doit élro le tableau fidèle des propnélés du terrain, d'où jaillit à noe yeux la déterminatioa du but, le principe de nos mouvements et la combinaison des opiérations qui mettent en exécution ce que notre imagination, appuyée par la science, a cru devoir décider, nous commencerons par re-
chercher les ressources passives du terrain, pour pouvoir mettre ensuite en action les éléments mobiles de la guerre.
Le terrain et les armées sont les agents passifs et mobiles dont les avanUges et la force ne peuvent être /évoqués en doute. Ce ne sont pas de simples hypothèses près desquelles l'esprit fugitif de l'homme aime à se reposer; les ressources inhérentes à leurs natures en caractérisent la réalité. La stratégie est le guide fidèle et sûr qui nous apprend à profiter des propriétés de l'un, et à mettre en action les autres.
La réciprocité entre le terrain et les années doit donc être intime. La stral^e est la science qui établit et consolide celte concordance et fait rejaillir à nos yeus ces traits caractéristiques de valeur, auxquels se rattacbentces grands bouleversements politiques que l'histoire, avide de souvenirs, recueille avec empressement, et que la sévère impartialité de la postérité juge, excuse ou condamne.
Sans nous laisser donc distraire par qudques considérations qui seraient d'autant plus jiuisibles, qu'elles seraient secondaires, avant de mettre en mouvement nos armées, cotamençons toujours par interroger le terrain, dans les formes duquel nous ne manquerons pas de reconnaître en traits bien marqués tout ce qu'on peut en attendre , et tout ce que les ressources delà sciencie sont en droi td'en exiger.
La stratégie nous indique les roules qu'il faut suivre, les points qu'il faut attaquer; elle
désigne lea lipieB qni doos servent de p(H&t de départ ou d'abri contre un ennemi imiuiëtant et dangereux. La nature, prodigue de ressources, nous offre loua aes avantages, la stratégie en décide le choix. Une profonde connaissance du terrain est aussi indispensable pour la stratégie, que c«lle de la nature, des propriétés et de l'emploi des anneSi l'est pour la tactique.
Après l'examen t(^)ogra|ALqne des frontibvs qui servent de premier terme à l'invasion et à la guerre, dont les sciences géographiques auront évalué à leur juste valeur les propriétés, la stratégie y désignera lespoifits les plus avantageux pour le rassemblement des forces mobiles, ainsi que ceux où le passage devra s'efiêctoer. Après avoir exploité les ressources intrinsèques et les avantages des directions des routes, des fleuves , des cbatues de montagnes ; après nous être pénétrés de l'importance que les villes ou les points fortifiés qui nous ouvrent d'autres communications, et par conséquent un abord facile vers d'autres sections de terrain, possèdent dans l'ensemble du cadre, la stratégie prisera k leur juste valeur les points dont la possession, tout en consolidant les pai^ lies acquises , offrira les moyens d'en conquérir d'autres. Elle profitera des ressources que la nature ou l'art lui offriront pour indiquer ces lignes que nous nommons stratégiques, dont les directions transversales et perpendiculaires forment ces échiquiers plus ou moins réguliers où les armées sont appelées à manoeuvrer. Là , presque chaque case, protégée dans ses contours par quelques points on des sections de terrain, où la nature et l'art exercent leur puissance, et dont la science ne fait que rehausser la valeur, offrira des sphères où les armées trouveront des protections suffisantes pour leurs opérations.
Une bataille perdue paralyse , il est vrai, nos mouvements offensifs, en retarde l'exécution, et nous force quelquefois à des retraites désavantageuses; mais lorsque la guerre se fait d'après lesrèglesdelapure stratégie etque le plan de campagne a été coordonné d'après ses principes, tous ces désavantages se bornent quelquefois à la seule perte du temps.
Les mouvements rétrogrades se feront dans
ladirection des objets des opëralions, dont la
■ liaison fonoe des lignes de défense, sinon inex-
pugnables , du moins assez fortes pour rassembler sous leur protection les débris de la défaite. On les y constitue en masse capable de suivre de nouveau les directions du plan général , qui doit toujours nous conduire vers les objets qui décident quelquefois du sort de la guerre.
La désignation et l'appréciation des objets des opérations sont donc d'une importance majeure pour la science de la guerre. Si, d'un oAlé, leur possession décide du sort des querelles politiques des peuples , ils sont , de l'antre, les plus fermes appuis des opérations offensives et défensives des armées. Une fausse appréciation des objets des opérations, en nous entraînant par conséquent dans de faux mouvements, suffît pour donner à la guerre une tournure désavantageuse, dont les conséquences sont nuisibles, et d'où résultent quelquefob des maux irréparables.
Ces objets, revendiquant une défense solide, opiniâtre et d'un avantage réel, ne sont pas toujours des points que la science puisse désigner impunément. Elle doit renier tous ceux auxquels la nature ou l'art n'ont pas accordé quelques prérogatives, oudootlaposition,danB l'ensemble du cadre , ne protège pas quelques manœuvres dont la nature simulée puisse rapporter un avantage décisif.
Le devoir de la stratégie est donc de désigner d'avance les points qui se qualifient par leur position pour protéger les grandes opéralions , afin qoe l'art puisse accorder à ceux que la nature n'a pas favorisés, ces prérogatives sans lesquelles leurs avantages seraient trop précaires. Leur fausse appréciation, au contraire, loin de consolider nos mouvements, ne serait qu'un guide faux et perfide dont les indications ne serviraient qu'à nous induire dans de graves erreurs.
C'est en choisissant dans le cadre où les armées devront manœuvrer, les points dont les propriétés sont sûres et réelles que, par sa nature synthétique , ta stratégie les désignera pour être les buts généraux des mouvements.
Tous ces objets des opérations possèdent des qualités positives, mais passives, la force des armées, cet agent indispensable des victoires, leur imprime des propriétés d'une nature réelle. Le choc des forces mobiles nous donne en résultats ceque la stratégie nous ofiVe en principes.
Mous en conclurons donc, que les propriétés
se
HÉHOIRES SUR LES PRINCIPES
de la science slnt^ique consistent : à dérigner les places de dépôts qui alimentent la guerre , et que nous devons envisager comme la charpente qui étaie ce grand édifice ; les combinaisons que nous considërons comme les principes des mouvements des années ; les parties qui servent de subdivisions à la force mobile; les accidents de la nature ou de l'art qui consolident les grandes opérations; les directions qae les colonnes devront prendre pour entrer sur le territoire ennemi et en prendre possession; les places qui deviendront le but de sièges rëgaliers ou de simples observations; les manœuvres que l'armée devra entreprendre pour tourner les difficultés territoriales , qui se présenteront à une marche en front ou pour gagner un des fiancs de son ennemi ;, les champs où tes années
beUigérantes devront se rasaemUer pour vider par des combats généraux la cause tpù les divise , et enfin , décider sur ces champs de bataille le point stratégique à la possession duquel se rattachent ces résultats incalculables qui décident, qudquelbis, du sort des empires.
Quels dénoûmenta impérieux, quelles dispositions sérieuses, que de combinaisons profondes et maries, n'engendre pas une science qui, en décidant du résultat des guerres, rehausse ou abaisse l'honneur national , le bienêtre des peuples, l'équilibre politique des empires et l'énergie de caractère des armées et des nationsT Dans l'état de guinre, la stratégie tient la balance entre l'apc^^ de la gloire el l'aUme des vicîBsitudes.
□ igitizedbyGoOglc
QUATRIEME MÉMOffiE.
smt LES raOPRlÊTÉS DD TERRAIN, EKTISiGt COHHS BASE DES COMBINAISONS STB&TÉGIQUES.
Noas devons envisager le terraÏD comme la base de la stratëgie. C'est dans les ressources qne la nature nous offre , que la science militaire puise ses éléments. Les accidents du terrain senties principes d'où émanent tes combinaisons qui accélèrent les mouvements offcnsils et qai const^dent les opérations défensives.
Pour parvenir aux points que nous voulons occaper, dons choisissons, parmi les roules qui noas y mènent, la voie la plus avanlagense; pour s'opposer aux intentions hostiles de nos ennemis, nous commençons à nous couvrir par les difficultés du terrain , qui deviennent nos égides protectrices, tandis que nous profitons des avantages que leur configuration nous offre, pour arrêter les mouvements offensif de nos adversaires.
L'homme étranger aui grandes ressources du terrain ne trouve , dans cet ainas de fleuves, de lacs, de marais, d'exhaussements, de plaines et d^affaisseroents, qu'un chaos difforme et dénué de propriétés. Le militaire , au contraire , qui eu a médité les avantages, découvre dans la liaison de ces différentes parties d'une nataresi hétérogène, des principes vivifiants, qui donnent à la science , à laquelle ils servent de base, un caractère d'ordre et de stabilité , que son imagination ne fait qu'approfondir et que iwrfeclionner.
La stratégie, aussi bien que la tactique, se partage en deux modes de mouvements;
Jo L'offenûf;