‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 29 sur 95 · Les grandes villes · texte numérisé non relu

Les grandes villes

â. Lee points qui dominent et qui livrent le passage des grands fleuves;

3. Les points qni nous ouvrent le passage des chaînes de montagnes et des défilés en général ;

i. Lespointsculminantsdesplateauxbydrogntphiqiies ;

3. Les pointa qui formenl les embrancberaents des grandes routes , qui nous livrent des directioos mntliples pour nos opérations ultérieures, et nous mettent aussi en état de menacer différentes sections de terrain également importantes pour les défenseurs.

Les Viltei sont ordinairement les entrepôts de tous ks prodoils de la cnllore des terres. Elles peuvent être envisagées comme tes dépAts des ressources qol alimentent la guerre. La somme des villes parsemées snr la surface du tbéUre des opérations doit donc être considwée comme son principe vital. En se rendant mahre d'une ville , on acquiert plus de moyens pour Cimenter la guerre, et oa ravit anx ennerais une partie de ceax dont ils poorrateot se servir poor la faire.

Les villes se présenteal souvent aussi comme des champs de bataîHe artificiels, d'un avantage palpable. Dans ce ras, les fortifications

qui les oootoumenl leur {notent leur-appui. Comme points de défense permanente, ils servent aussi de points de retraite aux armées battues et de lieux sûrs oij le rassemblement et l'oiganisation des débris peuvent te foire sans danger.

Les Fleuves, comme nonsavons déjà pu nous en convaincre par leurs [»Y>priétés intrinsèques multiples, sont, dans des pays de plaines, des lignes naturelles de défense avantageuses. Se rendre maître du point qui domine une ligne pareille et qui livre nn passage sèr, c'est faire une conquête importante. On surmonte un grand obstacle et on se met en possession d'une ligne de défense qui peut servir de pivot aux grandes opérations et qui couvre tout le terrain qu'on laisse en arrière.

Les Chatnet de monlagnei peuvent être envisagées comme des sections stratégiques de terrain. La tactique en retire ses plus grands avantages, en y trouvant un grand nombre de champs de bataille faciles à défendre et difficiles à aborder. Les points qui nous en accordent l'entrée , que nous devons envisager comme le premier terme de la possession de ces sections stratégiques , nous livrent les routes qui nous conduisent par les défilés aux différente champs de bataille , que la main prodigue de la nature y a accumulés, et dont la conquête est décidée par la tactique.

Ce rapport intime, ce secours réciproque que la stratégie et la tactique s'y prêtent, qui rehaussent les avantages de l'une et de Tautre, constituent quelquefois ces repaires en obstacles insurmontables. La nature y maintient les principes avantageux de sa fondation, la science y accpiiert uue efficacité réelle.

Les Pointt catminanti det plateaux hythogrO' phiquiM nons désignent les pentes des pays où les eaux vont déverser leurs tributs. Ils nous mettent en possession des communications qne la nature a tracées , et en servant de point de départ anx armées, ces pentes que suivent les assaillants, sur lesqnellesils restent toujours en possession des points dominants, leur accordent une prépondérance lactiqc non douteuse.

Les Point* qui servent de foyert aux grande* routei nous mettent en possession de directions multiples pour nos opérations ultérieures, et nons oSlrnt les moyens de pouvoir menacer différentes sections de terrain Clément ira-

|>orUnt«s fKiur les défenseurs comme pour les sMailUnts. En se rendant maîtres d'un point pareil, d'où on puisse se porter en masse sur plusieurs direclioos, on force quelquefois les adversaires, intéressés à opposer de la résistance sur chacune, de disséminer leurs forces et de s'affaiblir sur tous les points.

Avant d'achever cette dissertation, il aesi pas inutile de nonsacror quelques lignes à un dernier objet, que nous devons mettre dans la cal^orie des objets secondaires, c'est l'objet des opérations sLralégiques d'un champ de bataille. Sa possession influant non-seulement sur les modulations d'une affaire générale, mais aussi sur les suites d'uae victoire ou d'une débite, il est indispensable d'y fixer son attention. Cet objet est celui qui, du champ de bataille, nous mène vers l'objet secondaire ou principal des opérations des adversaires, par une voie plus courte que celle que les défenseurs ont à parcourir pour l'atteindre. La bataille de Bautzen nous eu offre un eiemple bien instructif. Les points de PreitiU et de Qleina (Ft^- S) étant plus rapprochés de Reichenbach, point de retraite des alliés, que ae le sont les points de Rreckvilz el de Klein-Jenkovitz, la victoire ne manqua pas de se déclarer en faveur des Français, du moment oîi ils se rendirent maîtres de ces deux postes.

Un procédé géométrique très-simple peut nous guider dans la recherche de l'objet stratégique d'un champ de bataille. Si même ce procédé ne nous sert pas d'une manière infaillible dans tousles cas, il nous sera d'une grande utilité dans beaucoup d'autres.

Soient A, B,C, D (Fig, 7), les quatre points qui désignent la première ligue de bataille; BE, la ligne de retraite. En joignant les points A, Det E par les lignes AE, AD et DE, nous formerons un triangle auquel je donnerai la dénomination de triangle stratégique d' un champ de bataille. Le poste E étant le point de retraite, l'objet stratégique devra donc se trouver sur l'extrémité de la ligne de bataille au point D; car la ligne DE étant plus courte que les lignes BE et AE sera la communication qui mènera au plus grand résultat, et D sera le point stratégique du cbamp de bataille.

En faisant l'application de ce procédé au terrain, en prenant pour exemple la bataille de Lutzen et la position de l'armée française,

MÉMOIRES suit LES PRIKCiPËS

le lecteur se convaincra lacilemenl qtw Totijct slratégiqw du champ de bataille était sur le flanc droit de la position Cnuaçai» , an poiat de SUrsiedel. En effet, ai les alliés , au lien 4e porter leur attention sur le centre el le flanc gandie des adversaires, avaient dirigé leun efforts contre l'aile droite, ils auraient padooner une tournure avantageuse à la bataille, en menaçant et en compromettant la l^pte de retraite des Français.

Ce procédé géMuétrique me panlt d'anlani plus utile, qu'il peut facilement s'appliquera tous Ipa champs de bataille , et sim^^fie nnt recherche essentielle que l'idéologie militaire rendait souvent abstraite.

L'influence que la stratégie a sur les saîtes d'une bataille étant très^rande, il est toujom^ plus avantageux , lorsque les objets strat^qve et lactique d'un diamp de bataille ne ae trouvent pas dans la même diredion , de diriger l'attaque primitive plutôt contre le pr«nier que contre le dernier , qnand même la possibilité de le conquérir exposerait à de grandes difficultés.

DE l'objet PASair pbihcipal.

L'objet principal est un point difficile à désigner d'une manière invariable. Le sort de la guerre dépend souvent de l'énergie de caractère du souverain ou de la nation. Les camp»gnes de Russie et d'Espagne en sont un tableau dont les teintes possèdent un caractère non douteux. Toutest relatif à l'égard de la recherche de ce point; je m'abstiendrai même de la soumettre à une désignation invariable.

Néanmoins, les rapprocbementsdesdifférwods éléments, surtout lorsqu'ils sont appuyés par des exemples, forment quelquefois, d'une chose vague dans son principe, un domaine oii les probabilités acquièrent un certain caractère de stabilité. 11 en est de même de la rechen^ de l'objet principal des opérations. La capUale est ordinairement le foyer où, par le contact de la nation entière et des pays limitrophes, se concentrent l'industrie, la civilisation et les richesses nationales et individuelles. Tds sont Paris pour la France, Vienne pour l'Aatridte, Berlin pour la Prusse, etc.

La concentration de tant de trésors forme de la capitale le point le plus cher et plus le

dbyGoot^lc

DB LA STRATÉGIE

esseDtiel de U naLkm. < En s'en emparant , comme l'adît on auteur célèbre (t), onfriitpe au cœur le principe vital > et le résultat d'une conquête pareille devrait être toujours d'un grvid avantage pour les vainqueurs, et destruclif pour les vaincus. Hais quelle difTérence de résultat n'avonftHaous pas vu dans les campagnes des années 1806, 1809, 1813 et 18U? La Prusse et la Russie conlîoiiirent la guerre , quoique les capitales fussent tiKiibées au pouvoir des ennemis ; l'Aulriche et la France firent la paix, du moment ouïes objets principauxdes opérations furent occupés par les adversaires.

Pour que les circonstances ne nous mettent pas dans la triste obligation de nous soumettre k ces désavantages, on devrait chercher à placer ces grands foyers, qui influeotsoavent d'une manière si vicieuse sur l'issue des guerres, en sensopposé des directions que la stratégie nous indique comme les plus sûres , ou les moins pernicieuses par leur position topographique.

Noos en trouvons un exemple en Russie.

Pétersbou^, foyer principal de l'industrie, de la civilisation et des richesses nationales et in-

(0 U cmte llalkiw Dum*.

dividoelles, adossé k la mer, entraînant les opérations dans des inconvénients trfe»-grands, ent loin d'être l'objet principal des opérations stratégiques. Le second , Moscou , par son éloignement des frontières occidentales de l'empire, ne peut servir d'appit qu'aux peuiries de TAsie.

Comme tous les pays ne sont pas favoriséB de même dans l'emplacement de l'objet principal des op^tions, il faudrait y obvier par d'autres moyens. Le seul qui reste au pouvoir des nations est d'accorder à la capitale tous les éléments d'une fmce supérieure , qui puisse réairter à celle des années ennemies et aux ressources de la tactiqne, et, ce moyen, nous le trouvons dans les rortificalions.

Mon avis ne pouvant être que d'un poids médiocre dans une discussion aussi grave, je ne puis mieux faire que de l'appuyer par les assertions énoncées par les maîtres de l'art. Tant de militaires distingués se sont prononcés en faveur des fortifications des capitales, leurs raisonnements sont fondés sur tant deimncipes st^Ues et profonds, que, je suppose, il se reste plus aucun doute sur l'efficacité d'une diqiesiliOH pareille.

NÉMOIUBS SUR LVS PRINCIPES

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