‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 4 sur 95 · DEUXIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ÉPOQUE

DEPUIS L'OCCCPATION DE SHOLENSK PAR LES ARMÉES RUSSES. JUSQU'A LA REDDITION DE MOSCOU.

Mouvement offensif tur RoHània. — Du cAté de Smolensk les opérations prirent momentanément un caractère plus sérieux : ayant élabli son quartier-général à Witebsk, Napoléon eut rimpmdence de disséminer son armée, pour lui offKr, apparemment, plus de facilité d'existence. Les troupes étaient réparties de la manière suivante :

i" l«s gardes et une division du i*' corps étaient à Witebsk;

2" Deux autres divisions du 1" corps étaient I Polowiki ; 3° Le vîce-roi était à Sourage; 4<> Le niaré<^al Ney, avec le 5* corps, était à Liosna;

S" Le général Junol , avec le H" corps , était à Orcha ;

Q' Davoust, avec le reste de son corps, était sur le Dnepre , du cAté de Bérézynia;

7» Le roi de Naples, avecles l",4»et 5« corps de cavalerie, était h Roudnia.

Cette répartition des troupes françaises ëlait sans doute une grande faute, et méritait une punition. Napoléon n'ignorait pas que la jonctîon des deux armées russes venait de s'opérer, et qu'elles possédaient des forces respectables : la dissémination de ses corps pouvait donc Dacilement le rejeter sur la défensive, et ce désavantage n'était pas encore le seul. Ëtait-il attaqué à Pimproviste, i) mettait les corps avancés à la merci d'une défaite non douteuse ; se proposait-il de prononcer son mouvement otfensif vers Smolensk, il retardaitde plusieurs joon TcxécatioD du projet , à cause de la gran-

deur du mouTement de conversion dn flanc gauche, qui était i Sonrage.

Les Russes avaient conçu l'idée de profiter de la dissémination des ennemis, de tomber h l'improviste sur Boudnia, de battre et de disséminer du moins une partie des troupes du centre qui s'y. trouvait. Les deux armées russes avaient commencé leurs mouvements oO^nsifs et avaient déjà dépassé sor leur droite Prikaz- Wydra, sur leur gaucbe Nadva, lorsque le général Barclay de Tolly, appréhendant d'être tourné par son flanc droit, renonça au mouvement offensif projeté , et se prolongea par sa droite pour gagner la communication qui mène par Poreczié à Smolensk.

Ce mouvement offensif, qui promettait de si brillants résultats , mérite d'attirer notre attention et d'être développé avec méditation.

ComidéralionM. — Toute chose ayantses bornes, ce mouvement, tout bien combiné qo'il était dans son principe , avait ses limites aussi. Supposant que la marche des armées russes sur Roudnia restât un secret pour les ennemis, ce qui pouvait certainement arriver, on tombait sur les trois corps de cavalerie des généraux Nansouty, Moutbrun et Groucby. Ils auraient été en butte à de grandes pertes, et les auraient faites effectivement. Pendant qu'on se serait occupé à terrasser ces trois corps , Napoléon, instruit de cette attaque imprévue, se serait mis en mesure de rassembler ses troupes. Je n'ai pas l'orgueil de prétendre avoir deviné les idées de Napoléon, mais toutes les probabilités me font supposer que le point de

CONSIDÉRATIONS SUR l£& OP&UTIONS

coDceDtratioD aurait été désigoé, non derrière rOula , comme ua des auteurs de celte campagne a voulu le prélendre (i), mais à Bablooviczy, en voici les raisons :

Les corps avancés étaient à Roudnia, les réserves à Wilebsk , le danc gauche à Sourage, l'aile droite sur le Dnepre, le corps inlerm^ diaire entre tes corps avancés, et les réserves \ Liosna.

Le principal.dans cette circonstance, étaitde ne pas perdre de terrain , pour n'abandonner aucun avantage aux adversaires, en se laissant rejeter sur la défensive. Rassembler les troupes dans le point de Liosna, c'était abandonner pendant toute une journée tes trois corps de cavalerie, que le premier engagement aurait déjà passablement ablmë, ainsi que le corps du maréchal Ney, à la merci de toute l'armée russe, qui n'aurait pas manqué de les anéantir. Il aurait été impassible à Napoléon de faire firanchir à ses réserves, cantonnées i Wilebsk , l'espace de S2 kilomètres qui sépare cetle dernière ville de Liosna, en moins d'une journée et demie. Les troupes des deux flancs se trouvaient à peu près dans le même espace, tuidis que Houduia n'est qu'à Si kilomètres de Liosna. Par conséquent les Russes auraient pu attaquer les quatre corps français, qui se seraient concentrés à Liosna, vingtH]ualre heures avant qu'ils n'aient pu recevoir aucun secours.. Ce calcul prouve évidemment que le rassemblement à Liosna était pr^udiciabte. Le point de Witebsk n'olTrait pas moins de dangers pour les troupes du centre.

Babinoviczy, au contraire, était un point latéral qui uffrait plus d'un avantage pour la concentration des troupes :

4° Ce point est le plus centrât par rapport à la position des troupes françaises. Les corps de JuQot, de Ney, et presque tout le corps du maréchal Davovst (s) [ce qui aurait fait un noyau de 87,000 hommes (s) ], auraient pu

(i) CoRincDt pcat-on suppooer que Mipoléon eût cotrepiis un nouTomenl aussi peu cDUTenable pour U drcoiiBUiice;et pourquoi, d'après ta poeiliou respective d«i troupes, le point de coueentration devail-il ttre derrière l'OulaT Les corpi étant disséminés , l'auteur suppose donc que Napoléon les aurait fait rétrograder isoltmeot des différenls points qu'ils occupaient (Orcha, Wilebsk, Sourage, Liosna, etc.). Haisn'cst-ce pas vouloir chi^r sa nlputatiiHi militaire d'une (aule dont il

atteindre ce point dans un jour. En supposant que des trou corps de cavalerie il n'y eût que la moitié qui f&t parvenue à échapper, le nombre des troupes serait monté à 94,000 hommes, force assez grande pour s'opposer aux premières attaques des armées nisses ;

2* Ce point courre effcacement la ligne d'opération de l'armée française ;

50 U se trouve hors de direction de rim|Hilsion des forces des Russes, avantage certainement très-grand , de pouvoir rassembler les troupes sur un point où l'ennemi ne peut venir pour s'opposer à la concentration des forces ; et

4° U se trouve dans le flanc de la communication de Smolensk à Wilebsk, communication où les Russes voulaient justement percer pour séparer les troupes de deux ailes.

Arrivée à Liosna, l'année russe, voyant les troupes rétrogradantes se diriger sur Babinoviciy, aurait-elle osé se porter en avant vers Witebsk , sans savoir ce qui se passe sur son aile gauche? Et si, méprisant cette considération , elle eût poussé vers Witebsk , ou elle aurait trouvé peut-être le vice-roi venu de Sourage, mais qui n'aurait pas été assez audacieux pour recevoir le combat, que serait-elle cependant devenue, ayant laissé imprudemment à dos l'armée française , laquelle , pendant ce temps , renforcée par le reste des réserves , serait montée à un total de près de 130,000 bpmmes? Le prince Poniatowski, que Napoléon n'aurait pas manqué de faire avancer de Mohilev, aurait encore renforcé l'armée de 33,000 hommes.

Si, à Liosna, le général Barclay de Tolly faisait un changement de front vers Babinoviciy, il n'y serait cependant arrivé qu'an moment où toute l'armée française se serait concentrée, car de Kondnia , par Liosna à Babinoviczy, il n'y a que 3 kilomètres de moins que de Wilebsk au même point. Mais il faut

n'aurait jamais pu être capable ; car n'était-«e pas ti.ynx juslement aui Russes, qui marclulent en masM, tontes les chances du succès T Si la concentration de ses forces eftl été l'unique but de Napoléon, sans avoir égard aux moyens qu'il emploierait pour j parvenir, il pouvait tout aussi bien les rassembler 1 Witebsk.

(«) Eicepté la divi^on qui se trouvait à Witebsk.

(3) Je donne ici l'estimation des troupes franfabes d'apis celle du marqui* de Cbambraj, ton. i", p. SBT.

DE LA GIIEItRE DE 1613.

ausBÎ considérer qu'on marche beaucoup pins ieotentent loraqu'on & devant soi des eoDeniis à cMfeattre, que lorsqu'on marcfae par des chemins sûrs, comme l'étaieDl ceux de Witebsk^ et d'Orcba à Babinovioy.

Cet inconvénient n'aurait pas été le seul : si le général Barclay de ToUy eût poussé de Liosna vers Babînoviczy, Napoléon se serait trouvé, par Lubavîczy, plus près de Smolengk que les Rosses.

Que le lecteur cependant n'aille pas en conclure que je nie la beauté et l'utilité du mouvement offensif sur Roudcia, mon intention était seulement de discuter les probabilités et les bornes de ce mouvement. Au contraire, il est £h;^ux qu'il ne fui pas eiécuté avec décision; car les Russes n'avaient que des cbanc^ de succès en leur faveur. Les trois corps de cavalerie français n'auraient pas manqué de devenir la victime de cette opération, et quoiqu'il soil impossible de désigner les pertes auxquelles ils auraient été en butte, il est incontestable qu'elles eussent été Irès-grandes. En diminuant sensiblement le nombre de cavalerie que Napoléon possédait encore, ou acquérait nne supériorité tactique , qui n'aurait pas manqué de se décider dans les plaioes que l'armée mssese proposaitde parcourir jusqu'à Moscou,

Liosoa devait donc être le terme de la pom^ suite des Russes, par les raisons que je crois avoir démontrées assez clairement, et qui consistent dans la possibilité que Napoléon avait do rassembler son année dans la position latérale de Babinoviczy.

Pour ce qui regarde le mouvement de flanc parladroitequefitCarroée russe, iia été désavanlagenx et contre tontes les probabilités militaires qui auraient pu le décider. Désavantageux, parce qu'il fit manquer un coop éclatant; contraire à toutes les prohabilités, car jamais Napoléon n'aurait entrepris une opération aussi isolée, que celle de diriger le corps d«i vioc-roi d'IUtie par Poreczié sur Smoleu^. Un mouvement offensif vers Poreczié ne pouvait donc être qu'une vaine démonstration, ou

(i)1l«Bt tloimijitqu'unaiilUaiHausii estimable que U gfnital GouTgand , puisse dtaapprourer la position delà division NévéroYslioI àKnunoI. Dansaon Eiamgn critique de t'oavrage du comte de Ségur (pag. 149), il dît : I Hooa reocantrlmes, k Kraniol, le divitlon ruasc ■ de lUvtnmkol, que, l'on M Hit tnq» pourquoi, les

un poste avancé pour assurer la poeitit» dn 4* corps à Soorage.

Napoléon devait encore moins porter toute

son armée sur cette communication , car die était la plus longue, et que, pour le faire, il aurait été obligé de concentrer toute la masse sur sa gauche vers Janoviczy, concentration qui ne se serait foite qu'avec une perte de temps, tandis qu'il pouvait le faire beauconp plus promplement par un mouvement concentrique sur la communication centrale de Wi> tebsk par Liosna. Ayant l'équilibre des forces physiques en sa faveur, dans le cas d'un mouvement offensif de Napoléon sur Sntolensk , U communication sur Roudnia devenait d'autant plus avantageuse, qu'elle était aussi la plus courte.

Le général Barclay de ToUy pouvait tout aussi bien envoyer une division k Porecaié, qu'il en avait envoyé une i Krasnoî (i), et ayant ainsi assuré ses deux flancs par deux postes avancés qui awaient pu toujours prévenirune surprise , il devait tombera corps perdu sur les trois corps avancés des ennemis , et les poursuivre l'épée dans les reins; mais ne les poursuivre que jusqu'à Liosoa.

Mouvaaent offentifde l'armée {rançaite nr SmoUruk. — Une compagnie de voltigeurs, ainsi que la division SébasUani, surprise k inkovo, par l'avant-garde du général Platov, trahirent les projets des Russes. Napoléon repassant aussitôt de son inaction k une offensive décidée, dirigea toute son armée vers le Dnepre , dans l'iDlention de le lui faire franchir k Rasasna et Khomino. En s'avançant par la rive gauche vers Smolensk , il voulait surprendre cette ville k dos de l'armée rosse. CeVte opération , qui aurait pu être bien funeste pour les Russes , si le mouvement des Français avait pu coïncider avec celui des Russes vers Roudnia, dans l'état où étaient les choses, n'eut plus les résultats désirés, et prévint même beaucoup de dangers auxquels l'année russe aurait pu être en butte.

CotûidéTationi sur la opéroxioru devant Smo-

> Russeï avaicDt ainai plac^. > La répoDie est toute simple, et justiBera «•mplAtemeol la diapoiition : c'était un poste d'avertiKement. Celte division j (ùt placée pour observer la roule d'Orcba, d'où l'ennemi pouvait déboucber vers Smoleosk et inquitter noti* («udte.

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPtRATIONS

ieiuk. — lift l^m d'opëratMD des Rnsaes illût de ftnolensk par Wîasma k HosciKi. Ea itUqouil ses eonraoù sur la rive gauche, Napoléon pe leur abandonnait-il pas Tolonlairement eeUe ligne de retraite, laquelle , depuis l^nolensk jusqu'à Soloviévo, longe la rive droite dafieuvei Puisqu'une bataille décisiveelàoutrance était le but de toutes ses opérations. D'y serait-il pas mieux parvenu en forçant les Russes i l'accepter sur la rive droite? Le martial Davouat, qui fbnnait l'échelon le plus avancé de la droite, renforcé par le corps du général Junot, qu'on aurait hài avancer d'Oreha, aurait servi de pivot au cbangenent de fKtnt. Napoléon aurait été alors le maître de diriger de grands efforts par sa gauche, et de menacer l'interception de la seule ligne de retraite que l'armée russe ait pu conserver pour se replier sor Moscou. Cette attaque générale , dirigée par la rive droite , aurait aussi ravi aux Russes on avantage tactique dont ils ont pn^ fité les 5—11 aoùtj elle leur aurait Até la possibilité de livrer bataille sous la protection de la ville, et de couvrir leur retraite parla défense des fauboui^

Deux alternatives se présentent à nos réflexions :

1° Les Russes i«cevaient-ils la bataille dans une position paraime 1 la route de Péter»bourg, en appuyant leur gauche à la ville et au Itaepre ; vaincus, ils étaient obligés de se refdier sur Loubino, et la ville de Smolensk tombait intacte au pouvoir des Français;

2> S'opiniitraient-ils à se défendre sous la protection de la ville en se couvrant par les buboui^ alors, en portant le flanc gauche de l'armée française panllèlemeat à la grande communication de Smolensk à Dorogobonge, Napoléon forçait les Russes, en cas de retraite, de filer par leur droite, retraite qu'il aurait toujours pu inquiéter, ou de r^nsser sur la rive gauche en traversant la ville.

Les avantages tactiques dn terrain sur la rive droite, étaient à peu près égaux i ceux de la rive gaudie. L'armée française aurait pu appuyer sa droite au Dnepre, entre Sitniki et Doubrovka, en prolongeant sa gauche par Tchokina et Soloniki, vers Hoponowtchina. Napoléon pouvait rassembler sur la rive droite une force de 116,148 hommes, tandis que le prince Ponialowski, qui venait de Mohilevpar

Romanovo, «• povasant par KnawiS, aurait observé la rive gauche avec les SS,000 hommes qu'il avait sons ses ordres, et aurait été édie- Jonné par le 4" corps de cavalerie, qui, ayant quitté Rogatchev, s'avançait vers SaûdenÂ.

Observera-tMin que dans le cas où l'armée russe aurait été, i la suite d'un écbecetde l'interception de sa ligne de retraite, forcée de pasan sur la rive gauche, die aurait toujours conservé par Jebùa ses comrannïcatwiis avec les gouvernements de Kalooga et de Toula, je répondrai : qu'au moment où nous étions 1 SnAlensk, si celte retraite vers les provinces méridionales de la Russie, avait pu être plus avantageuse que celle sur Hoscon, les généraux commandants russes n'aqraieal pas manqué de l'entreprendre , d'autant plus qu'au moment de la réunion des deux aimées à Smolensk, tandis que Napoléon était enom k Witebsk , rien n'aurait pu s'opposer k l'exécution de ce {dan.

Que ces dernières réflexions n'aillent pas, cependant, servir d'accusation positive contre le mouvement de Napoléon, ce n'est qu*ane suppoeilion de ce qui aurait pu être pins avantageux dans cette circonstance. Napoléon avait cru que les Russes prendraient sérieusement l'oOnisive , les ordres donnés an roi de Naples et au marédial Ney le déuiontrent clairement. 11 supposait donc que l'armée russe étant engagée vers ftoudnia , U n'y aurait p^soune du cAlé de &nolen$l[, et que son mouvenmt de conversion, quoique d'une étendue un peu trop grande, réussirait complètement.

Si Napoléon était parvenu à s'emparer de Smolensk, pendant quelesarmées russes étaient ducAtéde Roudnia, les résultats n^aoraieotib pas été les nièmes que s'il avait attaqué par la rive droite! II se rendait maître de la vîDe et de la grande communication de Smolensk k Moscou.

Il avait essayé, et avec raison, découper les Russes de Smolensk, an lieu de les rejeter par un mouvement perpendiculaire dans la ville, et augmenter par ik le nombre de ses défenseurs. Quels résultats, et sans la moindre perte : sa victoire n'en aurait-elle pas été [dus belle T

Ayant effectué son passage sur la rive gauche , Napoléon se porta, avec toute son armée, vers Smolensk , ou les deux armées russes s'é-

im lA GUERRE DE i8t3.

Uieot conceaU^éesdans t'intenlimi de la défandre, mais ils changèrent bientôt de dessein; craignant de perdre leur coanBanication avec Moscou, ils préGËrèrent abandonner la ville an [wuvoir des ennemis. Comme leur retraite , cependant , ne pouvait s'effectuer en sécurité que tant que &uolensk resterait encore en leur pouvoir, cette raison péreniptoire donna lieu aux denx combats des 4 — 16, et S — 17 août.

BatailU de Smoienik. — Pendant que le général Barclay de ToUy , qui s'était chargé de la défense de la ville , taisait les dispositions nécessaires, la deuxième armée, a' éloignant de Smolensk, alla prendre position derrière If^ rivière de la Kolodnia.

Le général Barclay de Tolly ne laissa, pour la défense de la vlUe, sur la rive droite du Iteepre, que le corps du général Doktorov, la division Konovnitzin, S r^iments de chasseurs et une brigade de dragons. Le tout pouvait monter à peu près à SS,000 hommes (i).

Napoléon, an contraire, s'avança et prit position sons les murs de Smolensk, avec les corps des maréchanx Davoust , Ney et prince Poniatowsky, de la cavalerie du roi de Naples et de la garde impériale , ce qui faisait on total de 137,463 hommes.

Le 4' corps était resté sur la route de Krasnoï, tandis qne le 8* était en mardie vers Smolensk.

La position de l'année française était demicirculaire et s'appuyait, par ses deux flancs, au Dnepre.

La bataille de Smolensk , quant à la valeur que les troupes russes y ont déployée , doit être mise au rang d'un des plus beaux faits d'armes de celte campagne. Que le lecteur impartial jette un regard sur le nombre des assaillants et sur celui des défenseurs : 30,000 hommes ont résisté, pendant toute une journée, à l'impulsion de 100,000 (s).' Que de probabilités un courage aossi héroïque n'offrait-il pas pour une défense plus opîni&lre.

Les raisons qui onldécidé l'abandon de cette ville sont-elles péremptoiresT Arrétons-nousy uD moment.

(i) Ib hirnt nntoretu plm lard pir It diTistm du prince Eugèoe de Wiirtemb«rg>, et par Im SO' et 48* de dusMore, ce qui Bl monter te nombre de» défniMun 1 50,000 bonunef.

(t) Je tUs'ce calcul d'après le oonbrt dn troupes qui ont

Les deux armées belligérantes étaient séparées par le Dnepre; les Russes avaient leur ligne de retraite en lenr pouvoir, et le prince Bagration la couvrait avec 40,500 hommes. 11 y avait donc, dans et derrière Smolensk, 75,300

Tant que la ville aurait été au pouvoir des Russes, je crois que la crainte d'être coupés de la route de Moscou aurait été vaine, et les tentatives de Napoléon inCruclueuses. Il est tout simple que cette menace de l'interception de notre ligne de communication avec Moscou, n'aurait pu s'effectuer qu'en jetant une partie des troupes françaises sur la rive droite ; soit.

Deux hypothèses s'offrent i notre discus sion :

l" L'opération du passage pouvait précéder les attaques des 4 — 16, et 3 — 17 aoAt;

2° Napoléon pouvait l'entreprendra après avoir tenté l'assaut de la ville, c'estrà-dire, à la suite du combat du 5 — 17.

Faisons maintenant nos calculs, et récapitulons les positions que les différentes parties des deux armées belligérantes occupaient.

Les Franç-ais avaient rassemblé sous les murs de Smolensk, la garde impériale, les corps d'infanterie du maréchal Davoust, du maréchal Ney et du prince Poniatowsky, moins la division DouÂrovsky; la cavalerie était composée du 1" corps, de i divisions de cuirassiers du 3* corps (s), et du 3* corps (généra Grouchy), ce qui faisait un total de 131,860

Les Russes avaient sons Smolensk 116,900 hommes, dont 76,000 appartenant à la première année , et 40,900 i la deuxième.

Leurs positions respectives sur la rive droite du Dnepre restent les mêmes.

A l'instar du passage effectué le 7 — 19 août, Proudichtcbevo aurait été, sans doute, le point sur lequel les troupes auraient franchi le fleuve. Plusieurs raisons péremptoires le font présumer:

i" Parce qu'un mouvement de conver^cm dans le sens tactique, ne doit pas être entre-

prii unepartictiTeau corolMt.et qnlioDtleteorpadeima-

rMiani Davoust, Hej et ceint du prince PonlitAWikj.

(s) La dlfision Stlnatlani avait étt IdMée rar la rive

droite du Dnepre, pour observer les n

dbyGoot^lc

CONSIDÉRATIONS SDR LBS OPÉRATIONS

ftÎB à une trop gmtde digtaBoe de la muse des troupes ;

S° Parce qu'en TrandiiBBaDl le Dnepre plus banl que Proodicfatchevo , Napoléon isolait trop soD opération , et, en cas de nécessité , se ravissait les moyens de secourir les troupes employées au passage ; et

Z" Parce qu'en choisissant un point plus haut que Praudichtchevo , il s'éloignait volontairement da vrai but de l'opération , qui était la grande route de Snuilensk à Dorogobouge.

11 est difficile de désigner au juste le partage des troupes que Napoléon aurait fait pour cette opération épineuse; mais-comme le passage à Proudichtdievo ne pouvait s'exécuter que sous les yeux de U deuxième armée, laqudle aurait mis, sans doute, à profit toutes les chances favorahles pour s'y opposer, je suppose que l'armée française, conduite par un chef aussi illustre , n'aurait négligé aucune des dispositions que la prudence exige.

Tant que les Russes auraient encore été les maîtres de Smolensk, Napoléon aurait été oUigé de laisser une masse de troupes suffisante pour les empêcher de culbuter celle qui aurait cerné la ville, car un mouvement rétrograde des Français aurait trop compromis les citfps tournants.

Je suppose donc que Napoléon aurut désigné les 3* et B* corps d'infanterie, et les 1'^ et 5* corps de cavalerie, pour effectuer le passage à Proudicfatcbevo : c'étaitunemaseede 49,463 hommes, dont 39,030 fantassins et 10,445 cavaliers (i). Une pouvait même pas en employer moins, car le prince Bagration avait primitivement 40,900 hommes sous ses ordres , et les avantages de sa position étaient tels, qu'il pouvait même combattre avec supériorité un contre deux. Hais. comme on aurait pu aussi, sans dwger, le renfoncer encore parle i" corps de cavalerie, la force de son année aurait monté à 44,600 hommes , dont 30,000 fantassins, 14,600 cavdien , et 216 pièces de canon.

Après le départ des quatre corps, qui seraient allés cueillir leurs lauriers sur la rive

(i) Car l'eipéditioii sor la rive droite du Dntpn pr^ aealalt plu de chances EiTorablea pour la cavalerie. Du cMé it Smolensk, aa contraire, cette anue devait rester «nlnaetiou.

(i) Lanurqnii de Chambraj ne nous donne pas l'tva-

droiledu DuepM , l'année de Napoléon désigirfe

pour cerner la ville sur la rive gandie, aurait eu 83,007 hommes sous les armes, dont 79,431 fantassins et 2,686 cavaliers. Il est tout simple que ces derniers n'auraient été d'ancone utilité, car ce n'est pas avec de la cavalerie qu'on attaque et qu'on prend une ville d'assaaL

L'armée du général Barelay de Tolly aurait été composée des 2*, 3*, 4*, 5" et 6* corps d'i»fiutlerie, et des 2* et 3* corps de cavalerie, plus 2,300 Cosaques, ce que nous pouvons évaluer k 72,300 hommes.

Résolu de se maint^iir snr la rive droite dn Dnepre , et de conserver surtout sa communication avec Moscou intacte, le prince Bagration n'aurait pasmanquéde faire les reconnaissances nécessaires, et ses patrouilles auraient bientôt découvert l'établissonent des ponts sur le Dnepre. En filant par sa gauche, il serait vena s'établir entre Waloutin»^ra et Topovka. Le passage ayant été trahi, je m'en rapporte aoi militaires expérimentés, si 44,600 hommes sous tes armes, et 200 pièces de canon, ne sont pas plus que suffisants pour empêcher 49,463 de passer de vive forée. Que d'exemples ne pourraîs-je pas offrir au lecteur pour appuyer ma supposition? A quelles pertes énormes \'&^• nemi n'aurait-il pas été en butte, avant d'avoir fctfcé le passage, et supposant même qu'il l'eût forcé, dans quelle position vicieuse et avec combien de désavantages les premières troupes n'auraJent-elles pas été obligées de s'engagerT Le prince Bagration qui n'aurait pas manqué de cerner une partie du Bsrysthène , n'auraitil pas écrasé son ennemi avec facilitét

Maintenant reportons nos réflexions sur la seconde hypo^>èse.

Supposons que Napoléon n'eût tenté le passage qu'après avoir édioué dans la tentative du 5—17 août.

Les pertes des Français étant monté à 20,000 hommes (s), il leur serait resté 111,570. U 5 — 17,ausoir, ils furent renforcés par le corps du général Junot, ce qui a fait monter leors forces i 1 25,570 hommes.

Supposons mêmeqn'iia suite de l'échec re(ti

luatloa des perlea de l'arotée ft'siitaise ; nnii comme il ne contredit pu l'iMertiDD de l'antmir de l'Uietoireari- Utaire de U campagne de Russie en IBIS, je m'en wi* rapporté k cette donote.

t& U GUStRE DE 18ia.

le B — 17, Nip(dton voyant les Russes se disposer k défendre i« ville avec opiniâtreté , eiit fait aussi avaocerle corps du vice-roi qui était resté i Krasaoï. Ce corps n'aurait pu atteindre Smoleaslc que dans la soirée du 6 — 18. Pour ne livrar aucune chance au hasard , supposons que Napoléon n'eàt fait aucune tentative pendant toute cette jonmée, qui se serait apparemment écoulée de part et d'autre en préparalib et reconnaissances indispensables; la ibrce totale de l'armée française serait donc montée à 156,0iS hommes (i).

Lw pertes des Russes dans les deux journées sont montées à 6,000 hommes, il leur restait donc 110,900 hommes sous les armes. Supposant que les pertes des deux armées aient été ^[ales d'après le partage que j'en avais fait , il serait donc resté 69,300 hommes à la première année, et 11,600 à la deuxième.

Les pertes du 5 — 17 aoCkt ayant affaibli les 3* et S* corps, Napoléon aurait sans doute employé pour l'expédition au deU du Dnepre des troupes fraîches et en état d'entreprendre mie opération difficile; il y aurait désigné les ' i' et 8* corps, lesquels, soutenus par les débris du &• et les 1 " et 3' corps de cavalerie , auraient formé une masse de 66,636 hommes. Le reste de l'armée, qui faisait 88,389 hommes présents sous les armes, aurait cerné la ville.

Ce nouveau calcul et Taugmentalion des troupes françaises employées pour te passage, ne me fera pas changw d'avis sur les chances favorables que le prince Bagration avait en son pouvoir, et je soutiendrai de' nouveau que 41,600 hommes, présents sous les armes , sont suffisante pour battre une armée de 66,636, qui veut franchir on fleuve de vive force, et dont l'intention a été découverte. Le prince Bagration pouvait tomber avec des masses concentrées sur des tètes de colonnes , et les écraser l'une après l'antre.

Revenons maintenant à la défense de la ville même.

Dans la première hypothèse, la ville aurait été défendue par 7â,3O0 hommes, et attaquée par 89,007; dan» la seconde, le nombre des

(i) Tantes CM donnéca sont ntraltn de l'ourrage du ■narqm de Chambraj. E> «onparent )e complet dei corps présenta mub Smolemk, arec les liâtes de l'tlat des Innipcs an nooMnl de Yeat panage au deU du KléiMa.

défaiseors serait monté }i 69,300, et oeloi des

assaillants k 89,589.

La première année avait avec die un train d'artillerie de 468 bouches i feu, dCHit 156 pièces de position, 218 légères, et 96 à cheval. Les faubourgs de Kragnoï et de Racienka pouvaient être efficacement défendus par la coopération de batteries de position établies sur la rive droite. D'après le calcul que je viras de donner, on pouvait en placer 36 sur chaque flanc ; leur devoir aurait été de balayer les plaines devant les deux fauboui^. Abstractim faite des troupes désignées pour les défendre, l'artillerie, en prenant les colonnes assaillantes es flanc, aurait exposé les troupes ennemies qui se seraient avancées vers ces deux points, à des pertes tellement grandes, qu'il est facile de supposer que Napoléon aurait dirigé ses attaques primitives contre le centre, c'est-ànlirs, contre les bubourgs de Hstiglav, de Roelav et de Nikolskoï.

Indépendamment de ces 72 pièces , l'armée russe aurait encore eu 396 pièces à sa disposilion , pour défendre les approches de la ville sur la rive gauche. La position demi-circulaiie des Français embrassait un terrain de près de 10 kilomètres d'étendue, ce qui devait nécea* sairement leur ravir beaucoup de profondeur. Les Russes, au codtraire, combattant sous la protection des faubourgs et d'une nombreuse arlillvie , avaient encore l'avantage de pouvoir profiter de chaque point faible de l'wdre de bataille des adversaires pour y porter leurs réserves, et d'avoir sur chaque point où ils les portaient, une supériorité lactique décidée.

En jugeant d'après l'engagement du 5 — 17 août, et les forces avec lesquelles les Russes ont résisté à celles de leurs adversaires , il y aurait plus que des probabRités en leur faveur. Hais en supposant même qne les Français fussent parvenus à s'emparer des faubourgs, la ville ne nous suffi3ait-elle pas pour couvrir notre retraite T Elle se serait effectuée comme die l'a été le 6 — 18; mais nous aurions laissé sur le champ de bataille au moins quatre Français pour un Russe, prérogative dont nous aurions senti tous les avantages dans la suite. En

onestétonné de vur que, dansl'cspace de aeptseoaf neset demie, le dt&cit de ces cOTpsait moati i plot dfl 100^000

CONSIDËRAnONS SUR I£S OPËftATIONS

cédant mtme la ville, comme les Russes l'ont fait te 6 — t8aoùt,1eurcommuaicatiDnavecMoscoun'élaît cependant soumise à aucune entrave, et c'était justement le but de mes réfleiions.

Si oa avait fait de Sraolensk, comme je Tai ditdans les réQexions stratégiques, page 9, une place qui pAt du moins soutenir un siège , et qui contint des approvisionnements suffisants, que d'avantages l'armée russe n'en aurait-elle pas recueillis ? Maîtresse des deuT rives du BoryslhèDe , elle aurait pu manoeuvrer avec facilité sur l'une ou sur l'autre. Les opérations auraient pu se soutenir sur ce fleuve assez longtemps , pourqu'à cause de la sévérité de la saison, l'expédition contre Moscou devint inexécutable. L'armée de Moldavie aurait eu le temps de se rapprocher du théilre de la guerre; la corrélation une fois établie , les armées russes , en abandonnant Smolensk.'y auraient laissé une garnison en état de défendre la place , et en se basant sur Kiev, TschemigDvetKoursk{i}, auraient pu manœuvrer sur Mobilev. Napoléon se résolvait-il à hiverner en Russie, que d'avantages la position de Mobilev ne rapportaildle point aux troupes russes? Napoléon n'aurait pas osésouffrirun ennemi aussi formidable dans son flanc, et cette positition menaçaole l'aurait forcé d'abandonner tout le pays conquis jusqu'à !a Bérésina , de se concentrer sur la rive droite de ce fleuve, et de rendre nuls tous les sacrifices qu'il avait faits. Malheureusement le manque de préparatifs I Smolensk ne nous permettait pas de nous y arrêter assez longtemps pour gagner le temps nécessaire d'entrer en corrélationavecrarmée de Moldavie.

Les armées russes n'ayant pu être soutenues par aucun point défensif permanent, ont été obligées de prendre et de garder l'attitude désavantageuse de la défensive. Tous les plans qu'on aurait pu fomer et entreprendre, ne présentaient que des résultats douteux, à cause du manque d'équilibre de forces physiques. La ruine de l'ennemi ne pouvait s'opérer qu'en l'attirant dans le fond du pays, et à une distance hors de mesure de toutes ses ressources.

Évacuation de SmoUntk. — Smolensk lut

(i) Il l'entcad de loi-méiiM qut tout mirait Hé prévu i'mace pour bcilittr i l'armée le changemciit de sa bâte, et que ce changement aurait éticalculÉ, 1° sur le ■naiDticn du point permanent de Smoleiuk,et 2* d'après

évacuée, et, dans la soirée du fi — 18 août, la première armée commença son mouvement rétrograde en deux colonnes : l'une se porta par Zakalîno, Poïklovo et Soutchovo à Proudichtchi; la deuxième par Krakotkino . Gorbounovo, Joukavo, Jabino, Kochaevo et Loubino à Bredikino. La proximilë dans laquelle la route de Moscou se trouve de la rive droite du Dnepre, et la possibilité que les Français possédaient d'inquiéter le mouvement rétrograde de la première année, en établissant de fortes batteries sur la rive gauche , nécessita ce mouvement momentanément excentrique.

Ney, qui passale premier le Dnepre, poussa en avant par Stabna et Gorbounovo. Il fut suivi par la cavalerie du roi de Naples. Les Français firent de vains efforts pour pénétrer par la route de Moscou et couper nos troupes qui se retiraient par Poloniévo.

Combat de Loubino. — Le 8" corps franchit le Dnepre i Protiditèhtchevo pour tourner notre gauche ; mais n'ayant pas reçu d'ordres directs de Napoléon, d'engager ses troupes tout de suite après le passage, le général Junot resta spectateur inactif des efforts réitérés de ses compagnons d'armes , dont les mouvements offensifs furent paralysés par la persévérance courageuse de la première armée. Enc*re une fois, les Russes combattirent un contre deux , et cependant leurs efforts furent couronnés d'un succès complet.

Malgré les remonslrances de plusieurs généraux, qui possédaient toute sa confiance. Napoléon résolut cependant de pousser jusqu'à Moscou, n'ayant égard ni à la longueur du temps dans lequel cette expédition devait l'entraîner, ni à la sévérité du climat de cette époque. Le roi de Naples, assure-t-on , lui promît d'entamer l'armée russe dans sa retraite , et décida par cette promesse la continuation des hostilités. Si même Murât le promit, une promesse pareille ne pouvaitétre qu'une ostentation de sa part. En poursuivant l'armée russe avec vigueur, il pouvait peut-être entamer l'arrière-garde ; mais pour en faire autant avec le gros de l'armée , il fallait, ou menacer ses

les avantages de la jonction des deui pr«niéres Kwtis avec celle de Holdavie, dan» le liane de la ligne d'opéntionidcs ennemis.

DE L\ GUEBRE DE iSH.

derrières, ou au mpins tomber sur un des flancs en l'assajéUssuit à une lutte déuvantagêuse. Hais quels moyens le roi de Naples aiirail-il employés pour parvenir à son butT Ce n'est certes pas en se portant sur Dooehowschina on Jelnia , pour les prévenir à Dorogobouge, car ce serait suivre l'arc, tandis que les Russes en parcouraient la corde. Était-ce à un homme comme Napoléon auquel on en imposait par un verbiage sans fondement? Avouons plutôt que le mouvement offensif «ir Moscou flattait les idées de Napoléon, et il fut enchanté de pouvoir s'appuyer sur une promesse pareille pour continuer sa marche.

Depuis le 7 — 19 jusqu'au 17 — 29 août, les mouvements des Russes n'offrirent qu'une retraite continue. Les reconnaissances qu'on fit fairesurles derrières pour trouver une position avantageuse , n'ayant rapporté aucun résultat satisfaisant, on fut obligé d'abandonner successivement Dorogobouge et Wiasma, ainsi que tout le terrain derrière celte ville , jusqu'à Tzarevo-Zaïmichtche, où le général Barclay de Tolly ayant trouvé une position avantageuse, s^y arrêta dans l'intention de livrer une bataille décisive.

Ce passage de l'armée russe de Smolensk à Wiasma a été le sujet de graves commentaires. On a reproché au général Barclay de Tolly de ne pas avoir changé de ligne d'opérations, en se portant vers les provinces méridionales de la Russsie ; mais les censeurs n'ont pas calculé toutes les entraves dans lesquelles un changement pareil entraîne , et se sont refusés de peser toutes tes circonstances du moment, pour s'assurer s'i un semblable changement était pas-> sible ou indispensable. Je crois que pour décider si cette opération , qoi eut demandé des préparatib préliminaires , puisqu'elle reportait la guerre dans des provinces qui, d'après les premières suppositions, ne devait pas être le théâtre des grandes opérations,' pouvait s'esécnierdans ce temps, il fondrait puiser dans des sources qui nous sont restées inconnues et sur lesquelles le général Barclay de Tolly ne nous a rien dévoilé. Audiatur et altéra part.

Je ne me permettrai qu'une seule réQoiîon à ce SDJet ; en changeant de ligne d'opérations.

(OKanoQvra^ étant plutûtscicntifiquequ'hUtwiquc, je croie que les disnusiorM que je me propose d'olTrir au

le général Barclay de Tolly aurait-il osé laisser la grande roule de Moscou tout à fait sans défense? Je ne le crois pas; car la défense de la capitale étant le but primitif des opérations, il aurait été dangereux d'abandonner cette ville à la merci d'une excursion ennemie. Le général Barclay de Tolly se serait donc mis dans la cruelle nécessité de disséminer ses forces. Hais un morcellement pareil n'aurait-il pas aggravé le désavantage de la stricte défensive à laquelle ses forces T astre ignai en t ? J'ajouterai encore qu'avant la bataille de Borodioo , la reddition de Hoscou n'était pas encore une chose inévitable, par conséquent, si ce changement de ligne d'opérations pouvait avoir lieu, il ne devait donc s'opérer qu'après un engagement général, et, ni entre Smolensk et Wiasma, ni entre Wiasma et Gjadlzk, mais de Hojaisk sur Borissov.

Contidératioiu tur te chatigement det ligna ifûpérationi. — Ces changements de ligne d'opérations ont été, depuis cette époque, sujets à des commentaires bien abusifs. Cette opération , la plus épineuse de la stratégie , car en changeant de ligne d'opérations on découvre le but primitif de la défense , fut considérée souvent avec une légèreté blâmable , et l'on poussa cet abus de jugement réprébensible, jusqu'à ériger le changement des lignes d'opéralioos en règle générale , et de l'offrir comme un remède radical. Tel est le défaut dans lequel est tombé l'auteur de VHUloire militaire de la Campagne de Rtittie en 1813. Je crois donc devoir le relever, dans l'intérêt de l'art (i), ayant , en faveur du changement des ligues d'opérations, poussé l'abus jusqu'à attenter à l'intégrité des bases et des lignes d'opérations, je crois devoir prévenir tous les maux que son assertion peut causer, si son ouvrage tombe entre les mains de jeunes militaires , lesquels sauvent, hors d'état déjuger par eux-mêmes des combinaisons stratégiques, se croient obligé» de s'en rapporter aveuglément aux ouvrages militaires dans lesquels ils supposent pouvoir puiser leurs connaissances.

Ce crime de lèse-slratégie est conçu en ces termes (tom. i", page 201 ) : i Dans cette cir- > constance (sa retraite sur Wiasma), les gé-

lecleuT, ne seront pM déplacées dan» une production pareille.

dbyGoOt^lc

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

> nénux nuses perdirent de vœ que l'on cou-

> iTentieuxuDpoiDtdoaiiépir anmouvemeot 1 latéral, que par une retraite perpendiculaire 1 dirigée directement sur ce point. > En décomposant la phrase, nous verrons qu'elle contient nn principe et son application. Comme une application ne modifie pas une règle, lorsqu'elle est, comme celle-ci, (urésentée sous l'aspect d'une règle générale .j'abandonne l'application et ne m'en tiens qu'au principe. Celui-ci porte : « On couvre mieux un point t donné par un mouvement latéral, que par * une retraite perpendiculaire dirigée vers ce

> point. iPriacipegéDéral.quejesuisendroit d'appliquer à tous les cas, permission dont je prendrai la liberté de faire usage plus tard.

Je suis d'avis qu'il y a deux moyens de couvrir où de défendre un point donné, c'est-àdire, d'une manière directe et indirecte. Dans le premier cas, l'armée défensive se replie perpendiculairement sur le point désigné, dans le second, elle se place de manière à pouvoir menacerlescommunicationsdesoDMlversaire.

La différence de définition prouve aussi qu'il doit nécessairement y avoir une différence de principe, et qu'on n'est pas en droit de les appliquer tous les deux à tous les cas indifféremment. Comme il ne s'agit maintenant que du second, j'entame ma dissertation sur celui-ci.

En changeant le mouvement perpendiculaire en mouvement latéral, on change nécessairement de communication, et, par conséquent, de ligne d'opérations. Si noua supposons qu'un simple changement pareil soit toujours suffisant pour forcer l'ennemi à rétrograder, toutes les difficultés s'aplanissent, et le remède devient radical; on profile du mouvement rétrograde deradversaire,eton fait revenir l'armée sur sa ligne d'opérations naturelle. Mais un cas oe faitpas une règle, et si un principe a réussi dans l'un, n'en concluons pas qu'il soit applicable à tous. Si notre changement de communication n'a été fait que pour détourner l'enii«ni de sa marche perpendiculaire vers l'objet des opérations , pour ne pas entraver notre auteur dans se^ combinaisons , je suppose un adversaire soumis et obéissant, lequel abandon-

(i) Car l'ennemi lupposé vainqueur se gardera bien de ODulaliaer opirer un mouvement de flanc par notre droite ou par notre gauctte, pour revenir

nut Htéme tovtn las chaDCCS &v«^et qui pourraient par hasard s'offrir à lui, el qu'il pourrait puiser tacilement dans la configontion du leirain ou dans la supériorité de ses forces physiques, pour ne pas laisser soa ennemi dans le flanc de sa ligne d'opé^liona, abandonnant la communication qui le menait droit vers le point principal, ne scKigera qu'à le poursuivre, et fera un diaugement de front dans le sens stratégique.

Je suppose maintenant qu'établis sur noire nouvelle communication, nous sommes attaqués, battus et forcés par conséquent de cantinuer notre retraite, en poursuivant ta nouvelle voie (i), qui devra être constituée eu ligne d'op^tions. Mais chaque communication estelle susceptible de constituer une bonne ligne d'opérations, et sommes^mus en droit d'eu changer impunément, el par conséquent de basef Ces deux olqels sont^ls donc d'une conséquence si vaine, que noua puissicms abandonner indifféremment ceux que les circousUnces, lesap[M^tsde la guerre, la configura)i<m du terrain et la position topographiqne el mily taire du pays où on fait la guerre, ont désignés, sans que la punition ne s'ensuive tout de suite après ? Celles , il ne faudra pas aller très4oin pour trouver des exemples, que l'application du principe que nous débattons rendra suffisant pour en prouver toute la fausseté, et, ce qui plus est, son danger. Prenons la bataille de Smolensk, elles mouvemenls qui s'ensuivirenl.

Le lendemain d'une affaire aussi sanglante, surtout lorsque les circonstances nous obligent d'abandonner le champ de bataille, n'étant pas le moment le plus propice pour résister à un ennemi hardi et entreprenant par la force des armes, devient plutAt celui où l'on doit avoir recours aux manœuvres. Gomme la meilleure et .la plus avantageuse pour défendre un point donné, est une marche latérale à notre ligne d'opérations naturelle, pour prévenir aussi l'effusion de sang du combat de Loubino, et le danger de perdre le corps du général Baggohufwudt et l'arrière^rde du général Korf, qui pouvaient être facilement coupés, et sur-

tigne d'opérations que, d*nf beaucoup de cm, en agiïnnt d'après In principes stratégiques de notre auteur, nous regretteroD* ccrtalotoienl d'sTOlr alxndonnée.

tout ponr défiendfe efficacemenl les points qui se trouvent sur la grande ronte de Smolensk à Moscou , et la capitale elle^néme, et enfin pour ilre d'accord avec les principes stratégiques de notre auteur, nous préférons une marche latérale â celle perpendiculaire sur Wiasma. 11 s'en présentait une du cdté de Pôreczié ; soit : voyons maintenant à quoi un diangement p»reil de ligne d'opéraliona aurait conduit ra> mée russe.

La règle exige , et celle-ci est invariable , qu'en changeant de ligne d'opérations, on changeaussi de base. Heureuseotent les Russes Taisaient la guerre dans leur pays, et pouraient encore s'en procurer une : celle-ci aurait été , sui^MMons, à Novgorod, Tikvin, etc.; celle des Français à Wilna, PoloUk et Witebak. La capitale offtïitaux Rossesdes débouchés faciles du c6léde la mer,comni6 du càlédes provinces orientales, ce qui aurait Milité les approvisionnements , si toutefois cette partie de l'empire pouvait en livrer suffisammeat. Ce changement de front aurait donné une autre face! la guerre. L'armée nisse aurait été séparée , sans espoir de retour, de ses provinces méridionales, quoique leur défense devait être, d'après l'avis de l'auteur lui-même, l'objet constaot des opérations des Russes, et leur occupation celui des Français. Aussi le voyons nous porter sur Naptdéon .une accusation , au reste très-juste (tome t", page 389), de ne pas avoir, en quittant Hojaisk, changé de direction en poussant par Wereïa sur Podokk, pour se rendre maître dee routes de Toula et de Kalonga ; ( car, par cette manoeuvre, dit-il, il au-

• rail complètement réussi à couper les corn- » municatioié de l'armée russe avec les pro-

■ vinces du midi, et l'aurait forcée d'exécuter

■ une retraite précipitée sur la route de Wl»-

> dimir, où elle se serait trouvée dans un état

> d'isolément qui ne lui eâl point permis de

> se refaire facilement. *

(i) Car il asÊun (tome i", page 304) • que si K>p«Uon

> edt pu p«DSKr na corps jusqu'i Moscou , mnt que

• l'arraée rnsse At en meaure de lui livrer une batiiUe

• géotrale , la consternation eût été k «on comble , et

■ b nation décoonigie aurait peut-être regretté les

> ncriBcca qu'elle devait hin a son indépendance :

> l'opioloD génirale eAt été, ajoule-t-il, qu'on avait

> ItvTé la Russie entre les mains de la trahison et de

> l'impéritie. •

(s) L'aotaor sera peut-ttre étonné, et même indiqHMé,

En ramenant cependant mon lecteur sur le champ de bataille de Smolensk , je veux lui faire observer qu'au temps où nous en étions alors, ce n'était pas les routes de Toula et de Kalouga qui étaient le but de nos opérations, mais bien Moscou. Un mouvement latéral couvrant mieux un point donné qn'une retraite perpendiculaire, pour ne pas indisposer aussi la nation et l'année, lesquelles , d'après la description' de notre auteur, tenaient l'une et l'autre à la conservation de la capitale (i) , j'ai choisi justentent le moyen le plus efficace pour couvrir la capitale, et j'ai porté l'armée russe sur une conmiuuication latérale, celle de Pôreczié , plutôt que de la laisser sur celle perpendiculaire par Wiaama et Hojaisk à Moscou ; Pétersbourg devienl donc le but de la défense. L'armée russe se serait vue obligée, peut-être, de se replier devant un ennemi double en force, et l'aurait fait autant que les circonstan* ces l'auraient exigé. < Haiscomme les troupes

• qui croyaient fermement , ajoute notre an-

> leur (tom. i", pag. 504) , que la conserva-

> tion de Moscou (capitale pour capitale , j'y

* substitue Pétersbourg) était un de leurs 1 premiers devoirs , et ne se seraient point

> résignées sans murmures à de nouveaux

> mouvements rétrogrades dont l'abandon de 1 lacapitaleeàtétéle résultat; ■ l'arméerusse aurait, comme à la bataille de Borodino, tenté le sort des combats, et, si la victoire lui eAlété infidèle, se serait trouvée rejetée daos la partie septentrionale de l'empire , pays offrant peu de ressources , et , par conséquent, à la merci d'un sort dépforable (s).

Le corps du comte de Wittgenstein, qui défendait la communication de Sd>ège et de Pskov, dans la crainte de voir sa ligne de retraite interceptée,' aurait été aussi obligé de suivre le mouvement rétrograde de la grande armée rosse, et aurait facilité le mouvement concentrique des troupes commandées par Na-

de voir que j'ai coaduit l'armée russe dans la partie septentrionale de l'empire, qni est, comme 1) le dit luimême ( tome I" , page 969 ); * entièrement hors do la ■ ligne Importante du centre et de toute liaison avec le»

> prorlncM lértlles du midi. ■ Ihds comme j'avais k cour de défendre efflcaeement les points qui conduisent à Moscou, j'ai cm de mon devoir de choisir le mojen le plus elHcace pour j parvenir, celui qu'il propose luimême ; de prendre enfin une marche latérale, j^ntôt qua de continuer une retraite perpendiculaire.

dbyGoOt^lc

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉR&TIOCfS

poléoQ en personne et par le maréchal Oudinot, et celle nagmenlation de forces phy^ques aurait rendu les opérations des enuemi^ plus dangereuses encore pour l'empire.

Si l'auteur déduit sou principe de la marche des Russes sur Kalouga, et des alliés, en 1R13, sur Schweidnitz , il devait , en nous l'offrant, ne pas oublier d'en énoncer les modifications; car jamais deux cas isolés ne peuvent être érigés en règle invariable. Si, en 161 3, la marche sur Kalouga a pu no pa.s être Faite contre les règles de la pure stralégic, c'est que les riches contrées de la partie méridionale de l'empire pouvaient offrir les moyens de subvenir aux approvisionnements de t'armée; i laquelle.bat sée sur Kalouga, comme l'auteur le dit lui-

* même (tom.ii, pag. H7), tirait sa subsis-

* tance des magasins de cette ville, facilement » alimentés par les ressources des gonveme- > menls les plus fertiles de la Russie ; > et, par conséquent , sa nouvelle ligne d'opérations se présentait naturellement. Si, en 1813, après avoir abandonné le champ de bataille de Bautzen, les alliés quittèrent la communication qui mène de Dresde à Breslau, c'est qu'ils pouvaient facilement changer de ligne d'opérations en se basant sur tes places de la Silésie, qui avoisinent les défilés de la Bohême, et qui auraient mis les munitions de guerre et de bouche à couvert. L'espérance de l'alliance avec la cour d'Autriche facilitait aussi ce mouvement; car , sans tontes ces ressources, que seraient devenues les années alliées , si elles s'étaient volontairement acculées i des frontières ennemies, et par conséquent sans espoir de retraite f

J'en conclus donc qu'un mouvement latéral peut souvent défendre plus efficacement un point important, qu'une retraite perpendiculaire; mais ce n'est que lorsqu'on peut changer de ligne d'opérations et lorsque ce changement entraîne celui de la hase (i), ce qui ne peut se faire que très-rarement, eln'en reste pas moins ' une opération très-épineuse, qu'on ne peut exécuter que soit dans son propre pays, soit

(i) L'tvacualion du camp de Driisa prouve suffisamment en bveur de mon assertion. L'assiette de ce camp ftait un point latéral à la grande coromuni cation de Wiliia à Smolenik ; tout avait été prévu pour la défense et rapproTi^oDDement de l'armée, et cependant on fut forcé de l'abandonner k la suite du mouveoienl que Car-

dans un pays allié, oit le matériel et les subsistances de l'armée sont à notre dispontion, où les rassemblements et les direclions sont subordonnés à notre volonté. Dans une conltée ennemie, l'opération devient souvent impossible, car on ne peut y changer i volonté de base d'opérations.

Par conséquent, pour ne pas nous offrir an principe hyperbolique et dangereui , noire auteur devait porter sa sentence de la manière suivante : < Dans cette occasion, les généraui

> russesperdirentdevuequetouteslesfoisque

> les circonstances, et surtout les apprêts de

> la guerre , permettent de changer de ligne » d'opérations, on couvre mieux un point donnj

> par un mouvement latéral que par une re-

> traite perpendiculaire dirigée but ce pomU > Une explication pareille, sans généraliser tons les cas, modifiera le principe et le rendra admissible et susceptible d'être employé avec avantage.

Si le général Rogniat, dans ses Coiuidèrationâ turtartde la guerre (chap. xiv), propose aussi aux années défensives de prendie des positions latérales, au lien de s'opposera son ennemi de front, il ne faut pas oublier tous les préparatifs dont il fait précéder le commencement des hostilités, pour rendre toutes ces positions avantageuses et sans danger pour l'armée défensive. 11 commence par fortifier les lignes défensives en les hérissant de places fortes, augmente la force intrinsèque de ces places en établissant quatre forts autonr de chacune d'elles , et prépare , par conséquent , de tons lescâlés i l'armée défensive des bases d'opérations temporaires, et des communications capables de constituer de bonnes lignes d'opérations. En prenant pour base de nos combinaisons stratégiques un théitre de guerre fortifié d'après l'idée de l'auteur français, et en le suivant attentivement dans toutes les ressources qu'il accorde à l'armée défensive > qu'il place dans le flanc de l'armée offensive, pour empêcher celle dernière de pénétrer dans l'intérieur du pays, en faisant faire à la pre*

mie française prononçait sut Glonbokoé, niouTCiiieiil qui nous mettait en danger d'tire toumt par notre gauche, et d'être coupé de notre ligne d'opérations natarelie sur Smoleitsk, au moment où nous ne pouvloDS pas même songer i en adopter une autre.

mière un monrement laléral plutAt qu'âne rctraîteperpendicnlaire, nous adoptons volontiers son idée pour ce qui regarde ces mouvements; car les mesures essentielles y sont toutes observées, c'est-Wire, l'intégrité des bases et des lignes d'opérations y est restée intacte. Lorsqu'un pays est fortifié comme le général Rogniat le propose, en trouvant des bases d'opérations temporaires de quelque côté que nous nous dirigions, noua facilitons par \i à notre année défensive tous les moyens de changer de ligne d'opérations à chaque cii^ constance dans laquelle ce changement peut être de quelqu'ntilité, et c'est justement ce que l'auteur de VHittoire militaire de la Campagne de Rttstie de 1813 a négligé d'observer , et ce qui a mis son principe en dissidence avec les règles de la pure stratégie.

Revenons maintenant aux opérations des ar> mées que nous avons laissé rassemblées sur la position Ae Tzarévo-Zaïmischtche , prèles à livrer une bataille décisive.

Le prince de Koutousov, qui avait été investi dn commandement en chef de toutes les années russes, venait de rejoindre l'année. Ayant trouvé la position de Tzarévo-Zaïmischtche trop faible , il ne voulut plus s'y arrêter plus longtemps, l'abandonna le 19 — 51 août, et occupa le 23 août — 3 septembre celle de Rorodino. BataiUe de Borodino. — Celte bataille mémorable 8 fait , à juste titre , époque dans les annales militaires. Elle a été trës-opiniitre, car un des partis la cherchait depuis son passage au deli an Niémen, tandis que l'autre a cru le moment arrivé de la recevoir.

Le 32 août — 3 septembre, le gros de l'armée russe occupa la position de Rorodino, sur (a configuration et les propriétés de laquelle il n'est pas inutile de jeter un coup d'œii.

Detcription topographûfue du champ de ba taiUe. — Ce champ de bataille, que les Russes avaient choisi d'avance, était limiléà droite par )a Moskva ; la Kolocza qui coule parallèlement à la grande roule de Smolensk jusqu'au village de Borodino, en nes'eoéloignaDlquedeSOOàSfiO toises, découvre une partie du centre et toute la gauche de la position des Russes. De Borodino, ce ruisseau, en changeant subitement de direction, se porte vers le nord, tombe dans la Hoskva près de Staroé, et couvre tout l'espace de terrain compris entre la Hoskva et Borodino.

Cette partie du centre, découverte par la Kolocxa, se dérobe cependant aux regards des ennemis par un bois, lequel, appuyant à la rive droite de la Kolocza, se prolonge à peu près jusqu'au village de SéménovdCoïé. Depuis ce point jusqu'à la vieille route de Moscou, qui faisait pour les Russes la limite de leur aile gauche, ainsi qu'au delà du village d'Outllaa, le terrain n'offre pour le front de l'ordre de bataille aucune difficulté marquante à surmonter. Plusieurs ravins profonds, quelques filets d'eau et plusieurs taillis de différentes grai^ deuTS, sont les accidents qu'on y rencontre et qui peuvent protéger, mais non appuyer avet: décision, les mouvements lactiques.

Depuis la rive droite de la Hoskva , dans les environs de Gorochkovo par Gorki, Séménovshoïé et Outitza, jusqu'à Artenaki, où se trouvait unegrand'garde de Cosaques, lechamp de bataille embrasse à peu près un espace de 10 kilomètres. Celte distance, si la configuration du terrain était telle que l'armée russe, qui ne comptait même avec ses milices que 1 31 ,300 combattants , fût mise dans ta nécessité de l'occuper dans toute son étendue, aurait été certainement trop grande; mais le terrain qui se trouve sur la rive droite de la Kolocza, entre la Hoskva et Borodino, remonte vers Gorki, avec un f^carpement tellement rapide, qu'il en rend les approches très-difficiles, et constitue cette partie de terrain comprise entre la Hoskva et le village de Gorki , en position purement défensive.

Tout cet espace, dont l'accès est presque inabordable, ne nécessitait pas une trop grande masse de troupe pour le défendre, et, par conséquent, la mineure partie des forces pouvait être concentrée sur l'espace compris entre Gorki et Outitza.

Deux routes twnbent perpendiculairement sur le front de la position, et qui sont : celle qui va de Gjatzk à Hojaisk, et qui coupe le champ de bataille en deux parties à peu près ^ales; et la seconde, qu'on appelle ta vieille route de Smolensk, laquelle, passant par Jelnia , aboutit à la même ville.

Depuis les points de Borodino et d'Outilza, ces deux routes aboutissent concentriquement à Hojaisk, et leur étendue, depuis ces deu^ villages jusqu'à la ville, est à peu près d'une ^ale grandeur. Hais le chemin qui va par Bo-

dbyGoOt^lc

CONSlDÉRATlOiNS SUR LES OPÉRATIONS

rodino mène vers le ceolrc de la position, et oSn des défilés Irès-diflÎGiles à Granchir, tandis que la route de Jelnia se trouvant sur le flanc de la position, qui est ordinairemenL le point le plus faible 'de tout ordre de bataille, oSn aussi moins de difficultés topographiques à snrraonter. Une partie de la Kolocza sépare les deux roules. L'ennemi, cependant, éuat obligé de les occuper l'une et l'autre , cet obstacle paralyse celte facilité de corrélation qui doit toujours exister entre les colonnes de manœuvres. Napoléon y obvia en faisant établir plusieurs ponts sur la Kolocza.

Sur la rive droite de la Kolocza , au-dessus de Gorki, le terrain , en s'écariant des bords de la ririëre, acquiert toujours plus de commandement. Parvenu à peu près vers Doronino, il forme , en comparaison de celui qui se trouve sur la rive gviche , un amphithéâtre assez élevé, et augmente les difficultés des mouvements de fianc que les troupes françaises pouvaient être dans le cas d'entreprendre, tant par les descentes rapides, que par les escarpements à surmonter.

Quatre villages, celui de Hasslovo, de Gorki, de SéménovskoTé et d'Oatitza, formant entre eux UD arc convexe, marquaient la première ligne de bataille des Russes. Celui de Knioskovo, \ 500 toises en arrière, était situé entre les villages de Gorki et de Séménovskoïé, et formait un échiquier avec ces deux points. Deux autres villages, de Chéwardîno et d'Aleksinki , situés k 1,000 toises en avant de la premièreligne de bataille, défendus L'un et l'autre par un ravin , servaient de postes avancés de la gauche. L'espace de pins de 1,000 toises, compris entre les villages de Chéwardino et d'Oulitia, était, au contraire, tout à fait ouvert, et ne présentait qu'une undulatiou peu sensible. L'ennemi pouvait y pénétrer sans obstacle.

Le village de Rorodino, situé sur la rive gaudie de la Kolocza , défend l'entrée du défilé au delà de la rivière, dans ta direction de Gorki. Plusieurs redoutes, consiruiles sur les points qui dominaient le plateau, devaient

(i) ht fMU d« Gorki ouvrait égaleioent la rooto de Moscou , et «a ponMdon avait aussi l'avantage de s^rerles deui ailes; mais la position de ce point était telle , que les ennemis ne pouvaient pai t'en na-

augmenter les difficullés des accès de la pnmOrv ligne de bataille des Russes.

Celle esquisse prouve suffisamment que le vrai point tactique du dtamp de bataille était le terrain qui s'étendait depuis le vQlaige de Chéwardino à gauche vers OutiUa. Le point stratégique était le village d'Outitza ; car, ouvrant aux ennemis la vieille roule de Moscou (i), et favorisant aussi un mouvement de conversion, la droite en avant,la possession de ce point forçait les défenseurs à abandonner aussi Séménovskoïé, et i s'éloigner des redoates établies devant la pmuière ligne de 1»laille, et qui constituaient la force de leur front depuis la Kolocza jusqu'au delà de Séménovskoïé.

Dùpotition dei troupet dan» t'ordre de bataille. — Dans la matinée du 36 aoilt — 7 s^k tembre, les deux armées belligérantes avaient occupé le champ de bataille de la manière suivante : le i' et 4* corps d'infanterie russe for- .maient leur droite et s'étendaient depuis à peu près Masslovo jusqu'à Goriti. Le corps de cavalerie du général Korf était en troiaièaie ligne. Celui do général Onvarov, plus en arrière encore, s'appuyait à la Uoekva, entre lesviUagcs de Masslovo et Ouspenskolé. Pins à gauche de celui-ci , sur le chemin de Gorki à Ouapenskoïé , se trouvaient 9 régiments de Cosaques , dontplusieurs avaient été détachés sur l'extrême droite.

Entre Gorki et Séménovskoïé on avait placé les corps des généraux Doktorov et Raeffikoi; ceux de cavalerie des généraux Pahlen etSievers, se trouvaient en troisième ligne. Eki arrière de ces troupes, entre les villages de Knia»kovo et Tatarinovo.étaientplacéesles réserves, réimposées de l'infanterie de la garde impériale et de la division de cuirassiers du général Depréradovitcfa. Les divisions des généraux comte Worontxov et Névérovsky, s'appuyaient, par leur droite, à Séménovskoïé ; celle de grenadiers du prince Charles de Meklenbourg, était portée derrière ces deux, et plus en arrière «Kon se trouvait la division Douka.

La vieille ronte de Smolensk à Moscou était

dre maîtres sans j apporter des sacrifices iscakulables. Le poste d'Ontitia, an contraire, étant sur le flanc de la position des Russes, pouvait être pris avec phis de facililé.

dëfeodue par lex divisioDs d'infanterie des gé* néraux KonOTnitzio el oomle Strogonuv, qui éuient placées en arrière d'Oulitza; elles étaient flanquée* sur leur gviche par des régimenls de Cosaques, et avaient en arrière la milice de Hoflcou.

Plusieurs régiments de ehasseurs étaient débandés deranl le Tronl de la première ligne de bataille, et occupaient les broussailles.

Ëo nous rappelant la topographie du champ de bataille, les avantages que ces diiTérenls points offraient aux Russes, et les difficultés qu'ils présenlairat à surmonter pour les ennemis, il est diflBcile de œ pas remarquer quelques vices dans la disposition des troupes; disposition qui ne doit jamais se faire que d'après les avantages el les difficultés du ter-

D^uis le confluent de la Kolocza el de la Modiva, jusqu'au ravin de Gorilskoï, la rive droite de la Kolocza offrait, comme nous l'avons vu plus hautfUne position purement défensive. Les approches de ces sortes de positions sont telleinent difficiles, qu'elles ne revendiquent ordinairement, de la part des défenseurs, que peu de troupes pour les défendre et s'y main* tenir.Nons voyons cependanlcet espace occupé parlnHScorpsd'înfanterie, trois corps de cavalerie, par une masse de Cosaques et les réserves. Depuis la rive droite de la Hoskva, jusqu'à Gorki, le seul point paroii l'ennemi pouvait forcer le défilé, était le chemin qui , de Borodino, conduit à Gorki. Tout ce qui élait à droite de cette route était, pour les ennemis, des défilés difficiles à traverser et qu'ils n'auraient pu franchir qu'au ^ix de très-grands sacrifirâs. Jamais les Français n'auraient osé s'aventurer au delà de la Kolocza , entre Zakharino et Staroïé, car ils risquaient d'être pris en flagranl délit entre la Hoskva et la Kolocza.

C'est donc à Gorki que devait être placée la droite des Russes, tandis que l'espace entre Corki et la Hoskva aurait été patrouillé par ces partis de Cosaques qui faisaient l'exlréme droite de l'ordre de bataille. De cette manière, les Russes resserraient leur champ de bataille el pouvaient donner jjus de profondeur lactique à leur ordre de bataille; disposition qui n'aurait pas manqué de leur rapporter les plus grands avantages pendant l'engagement, en leur of-

frant les moyens de {dacer des forces miyeives sur tous les points décîsifk.

La disposition des troupes russes, dansl'ordre de bataille, aurait eu peut-être la suivante.

Le 2" corps d'infanterie, à cheval sur la grande roule , aurait occupé Gorki en s'étendant vers la droite, autant que les différents replis du terrain l'auraient exigé. A gauche , au delà du ravin de Goritskoï , le corps de cavalerie du général Korf, ayanl détaché un faible parti de cavalerie pour seconder l'extrême droite, aurait été placé en arrière de l'infanterie, devant Knioskovo. La masse des Cosaques, qui se trouvait placée sur la droite de Gorki à Ouspcoskoïé, ainsi que la milice de Moscou, qui ne pouvaient cependant, contre des troupes aussi disciplinées que t'était l'armée française, que servir à donner le change aux ennemis sur la force présente sons les armes, el l'occupation des diCTérenls points de l'ordre de bataille, auraient été beaucoup mieux utilisées su i- l'extrême droite.

Le i' coiT>s d'infanlerie aurait occupé l'espace compris entre le flanc gauche du 3* corps et Séraénovskoîé ; une division du 4* corps d'infanterie, placée en troisième ligne, lui aurait servi de soutien.

Le reste du corps de cavalerie du général Korf, et celui du général comte de Pahlen , en appuyant leur gauche derrière Séménovskoïé , auraient fait la troisième ligne de bataille.

Le 7' corps aurait prissaplaceàgaucbe deSéménovskoïé, tandis que la seconde division du 4'corps d'infanterie se serait placée eu arrière.

A gauche du 7' corps on aurait placé les divisions du comte Worontzov el Névérovskoïé. Ladivision de grenadiers du prince Charles de Mekienbourg, aurait servi de réserve à ces deux là. Le corps de cavalerie dn général Sievers aurait bit leur quatrième ligne de bataille.

Le 3" corps d'infanterie aurait occupé le village d'Outitza , et autant de terrain à gauche que les replis du terrain l'auraient exigés.

Le reste de la cavalerie aurait été distribué de la manière suivante :

Le i" corps de cavalerie dn général Ouvarov, qiù ne pouvait dire que d'une utilité négative sur l'extrême droite , aurait été beaucoup mieux placé en arrière du 5* corps d'infanterie, en appuyant sa gauche à la vieille roule de Smolensk,

CONSIDÉRATIONS SUB LES OPÉRATIONS

Le flanc droit de la position ayant été favorisé par la nature, les troupes qui y étaient plaujcs , ainsi que les redoutes qui en protégeaient les approches, étant suffisantes pour s'opposer aux progrès des ennemis , les réserves, auxquelles on aurait encore ajoaté la division de cuirassiers de Doukà, auraient dû être placées de manière à pouvoir porter un prompt secours au centre et à h gauche, et auraient pris place derrière les mamelons et en avant du village d'Atchiukovo , en échelon avec le premier corps de cavalerie.

Les Français firent de leurs troupes un partage plus convenable, quoique pas exempt de fautes. Les deux routes de Smolensk devaient être occupées, et elles le furent; maisles points Kti-atégiques et Uctiques du champ de bataille n'étant pas sur la rive gauche de la Kolocza, Napoléon ne Qtavancer, vers Borodino, quels corps du prince Eugène, qui était composé des divisions Lecchi, Delzons et Broussier, ain.si que le 3* corps de cavalerie du général Grouchy, qui tous, à l'exception de la division Delzons, qui resta à Borodino, repassèrent aussi sur la rive droite. Le reste de l'année Tut placé sur la rive droite de la Kolocza , où devait nécessairement se porter les coips décisifs.

Leur flanc gauche ne s'étendait à peu près que vis-à-vis de Gorki , de manière que les troupes russes, qui occupaient l'espace compris entre Gorki et la Moskva , n'avaient pas d'ennemis devant elles. Au moment de l'engagement, cette disposition vicieuse fut sentie par les généraux russes, qui cherchèrent à y remédier en déplaçant les corps des généraux Baggohufwudl et Osterinann, ce que nous verrons plus lard.

L'ordre de bataille des Russes était convexe, et s'il possède l'avantage de pouvoir faire manœuvrer les réserves avec plus do rapidité dans l'espace intérieur des lignes de bataille, il a, d'un autre côté, le désavantage d'avoir des feux excentriques.

Passons maintenant à l'engagement.

ConsidératioTit tactique». — Les Russes

(i) J'ai eu l'ocMïîon de ïisiter plus tard le champ de bataille de Borodino, où mon temps m'avait permis de m'arréter asseï longtemps pour faire les observations nëccsMJres. Je rne suis donc convaincu que tout l'espace de la Kolocia, compris entre les viiiages de Slarolé et

avaient le désavantage de recevoir la bataille et de se tenir sur la défensive. La position qu'occupaient la droite et une partie du centre, démontre clairement leur intention. La disposition des troupes dans l'ordre de bataille n'ayant pas été conforme aux propriétés de la position , les obligea Jk fair e des mouvements d'un flanc à l'autre, pour venir secourir les points les plus menacés; mouvements dont le retard nous oblige quelquefois à enfreindre le principe de l'engagement des différente troupes qui forment l'ordre de bataille. C'est ce qui arriva justement au moment où les mouvements offensifs des ennemis prirent un caractère plus décisif. C'est .à peu près an commencement de la bataille que le prince de Kouloosov fut obligé de porter une partie de sa réserve vers Séménovskoïé , tandis cpt'il avait sur sa droite deux corps d'infanterie, lesquels, apparemment , auraient pu rester pendant toute la journée l'arme aa bras, si on ne les avait pas fait Hier vers la gauche.

Les deux corps des généraux Baf^ohaTwudt et comte Oslermann reçurent alors l'ordre de revenir sur la gauche; mais ces déplacements ne se firent que dans des espaces de tonps bien différents, et n'y étaient amenés que pour redresser les affaires sur les points oii l'ennemi parvenait àprendre de l'ascendant. C'était donc le meilleur moyen de se faire battre partiellement.

Le vice de la disposition des troupes en ordre de bataille ayant été reconnu, il fallait plutôt y remédier dans le même instant , eo portant les 2' et i" corps d'infanterie, «i les I'"' et 3° corps de cavalerie vers la gauche , el en faisant mardier la milice de Moscou vers Gorki. Le corps des Cosaques du général Platov n'aurait eu qu'à avancer, et les Russes, quoique ayant des troupes irrégulières sur leur flanc droit , y auraient montré aux ennemis des masses imposantes, et c'était l'essentiel {i). L'ordre de bataille anrait pu, à quelques modifications près, être celui que J'ai proposé. Que ces quatre corps dussent être inutiles sur le flanc droit, était une chose

Borodino, Alait presque inattaquable. Lb milice de Mascou, qui serait peu t-£tre succombée dans une position moins avantageuse, aurait pu difendre cette jûrtledc la rive droite de la Kolocia avec une prépondéninre nuirqu^.

DE LA GUERRE DE iSti.

ÏDcontestable, et la poaïtioD dea ennemiB le prouvait évidemment Leur gauche était i Borodino, et par conséquent toutes ces troupes D'avaient point d'ennemis devant elles. Le déplacement des troupes rosses se faisant sur un espace d'environ 3 kilomètres, ne demandait que peu de temps pour l'exécution ; il ne fallait que leur faire entreprendre le mouvement an moment ou les intentions des eonemis se furent prononcées clairement , et on pouvait s'en convaincre i peu près au commeocement de la bataille. Les troupes déplacées auraient donc pu retrouver leur place avantqnfl l'engagement n'eût acquis un caractère sérieux sur toute la ligne de bataille.

Hais tous ces débuts (ureut , en grande partie , réparés par le courage des troupes. Le mépris de la vie s'est-il jamais prononcé en traits pins disUncts, que sur le champ de bataille de Borodino ? Ces fameux Grecs, morts dans les d^és des Thermop^les, ou cette poignée de braves ensevelis sous les cendres de Hissolunghi , peuvent-ils l'emporter par la beauté de leur dévouement et de leur in^ranlable courage , sur ces deux années formidables s'arrétaot sur le champ de bataille pour vaincre ou pour mourir. Le sang de 60,000 héros venait d'humecter cette plaine devenue sacrée pour les braves de tous les pays, sans pouvoir affaiblir leur courage ou diminuer cette ivresse morale qui se métamorphosa en soif sanguinaire.Cesdeux colosses semblaient vonloirs'ensevelir sous leurs propres débris, et auraient fini par oflHr à l'Europe consternée l'exemple unique de deux armées qui s'exterminent en se disputant la victoire, si les chefs effrayés euxmêmes de ces monceaux de cadavres que leurs regardSTencontraient partout, et qui effrayaient sans doute leur propre conscience , n'eussent lait arrêter la lutte.

Que d'édatantes actions ne se sont-elles pas perdues dans ce chaos de sang et de carnage I Ces martyrs du patriotisme ont payé leur dette aux pays qui les ont vus naître; ils l'ont rachetée par le sacrifice de leur existence , et ont imposé à ceux qui leur ont survécu la tâche sacrée d'honorer leur mémoire, au niveau de la grandeur avec laquelle ils se vouèrent tous 3 la mort.

' Celte balaillc ne peut pas être appelée, rommc celles d'Eckmiihl, de Wagram, etc.,

une bataille de manœuvres. Les deux armées (e sont abordées sur tous leurs fronts, se sont attaquées et défendues sur toute l'étendue des ligne.s de bataille, et après s'être battues pendant la moitié de la journée, elles ont couché sur le même champ de bataille, et à peu près sur les mêmes places sur lesquelles l'action a commencée. La valeur des années combattantes étant égale, les résultats tactiques furent nuls, les pertes en hommes immenses. C'était, en un mot, une bataille parallèle et de choc.

Se reposant sur les forces morales de son armée, que la conBance qu'il avait en elles relevait à ses yeux. Napoléon négligea de manœovrer et laissa la victoire indécise, tandis que son rdie offensif pouvait peut-être luien accorder une décisive, et au prix de beaucoup moins de sang. Il fut infidèle à sa maxime favorite , celle d'occuper l'ennemi sur son Aront et de le tourner par un des flancs. Cette fois-ci, au contraire, il prit, comme on dit vulgairement, le taureau par les cornes ; il attaqua les redoutes qu'U devait faire tourner, épuisa ses troupes par des attaques infructueuses et souvent réitérées, et fit des pertes immenses et sans résultais.

Celte bataille, au contraire, devait être pour Napoléon une bataille manœuvre. Les points faibles du front de ses adversaires ayant été fortifiés, pourquoi négligea-t-il de manœuvrer pour tourner la position de ses ennemis, et préféra-t-il sacrifier ses valeureux soldats en les astreignant à des attaques en frontT Les Français devaient nécessairement livrer cette bataille dans l'cffdre oblique, la droite en avant, et chercher à manœuvrer avec cette droite de manière à la placer dans le ffanc d'Outitza.

Le partage des troupes en colonnes manœuvres et les directions des masses, nous prouvent évidemment que l'idée de Napoléon n'avait pas été de faire de celte bauille, comme il auraildù le faire, une bataille manceuvre. I«s forces majeures de son armée furent concentrées dans son centre, et l'engagement du corpc du prince Poniatowski, se présente comme une opération plutôt secondaire que primitive. Toute l'attention du chef fut absorbée par la lutte meurtrière que les corps des généraux Ney et Davoust avaient à soutenir, tandis que leur engagement en front n'aurait dû être qu'un corollaire des manœuvres du prince Poniatowsky.

L'infanterie de rejUrème droite devail for* mer l'échelOD avaDcé de l'ordre de bataille, tandis que les corps des maréchaux Davoust, Ney et du général Junot, aurtient siÙFi grar dueltouent le mouT«inent offensif du corps du prince Poniatowslc^.

Ayant franchi les bois qui environnent Jelnia, pendant que rinfaDterie de l'estrénie droite se serait portée vers OuLitza, la cavalerie de cette aile (i) aurait dû se déployer sous la protection de cette in&nterie, vers sa droite. En s'efforçanl toujours à gagner du terrain vers Arlemki, d'où il lui aurait été si facile de pousser vers Mychina, le débordement de l'aile gauche des Russes aurait pu s*ellectuer «ans difficulté.

C'était aussi le seul moyen de faciliter au maréchal Davoust la tâche qui lui était tombée ea partage; car en gagnant du terrain dans le flanc de la vieille route de Smolensk, l'ennemi serait parvenu à précipiter la retraite du centre des RuAsea, et lès aurait forcés d'abandomter le champ de bataille.

Un des auteurs de cette campagne poussa plus loin ses combinaisons, et crut pouvoir prophétiser que les Français seraient même parvenus à rejeter toute l'armée russe dans l'angle forrné par U Hoskra et la Kolocza. L'auteur se taitsur les moyens que le général en chef français aurait employés pour y parvenir, et il a bien fait de gardn* le silence sur une chose qu'il est impossible de démontrer. Je vais, au contraire, lui offrir plus d'une raison pour lui prouver que sa prophétie est diamétrâlement opposée à toutes les combinaisons qui auraient pu amener nne pareille catastrophe.

Les (rois points de Gorki, de Séraénovskoïé et d'Outilza, forment trois échelons de l'ordre de bataille de l'armée russe, dontle jrfus avancé est le dernier. Leur flanc droit et leur centre étaient par conséquent plus près de Hojaisk , que ne Tauraîent été les troupes ennemies qui se seraient dirigées sur Outilza. Supposant même, comme le propose notre auteur, que Napoléon eût renforcé le corps du prince Poniatowsky , et qu'il fi^t parvenu à culbuter le

[OQui, BU reste, ne pouvait pas être nombreuse, car lu grande quantité de taillis et de buissons, dont ce cOté était parsemé, en paralysait les moayemenls offensifs.

a»iSIDÉRATIONS SUR LES OI^RATIONS

Oanc gauche des Ruiaes, j'y oonseo»; mais les troupes qui le composaient, rangées en bataille i cheval sur la roule, au lieu de filer vert la droite , se seraient sans doute r^iées par la grande route , puisque leur destination était de la défendre. Le ntonvement offensif des ennemis nue fois prononcé avec décisioq , le prince Koutousov aurait fait de deux choses l'one : il aurait cherché à renforcer le général Touczkuv, pour le maintenir dans une position d'où dépendait le sort de la journée, ou bien, s'il avait remarqué que ses etfbrts fussent vains, et que reuoemi poussait avec vigueur sur une des lignes de retraite, il aurait ordonné la retraite de U droite et du centre, d'autant plus que la comnaunicatioD qui mine de Gorki à Hojaisk était en son pouvoir.

Le flanc gauche de l'année russe, poini stratégique et tactique de la position, et par conséquent ou devait se décider la victoire , ayant été dégarni, si l'ennemi avait su profiter de cet oubli , les Russes auraient été mis, il est vrai, dans ta cruelle alternative de céder le champ de bataille, ou de se voir coupés de leur ligne de retraite à Mojaisk ; mais, connue il n'aurait dépendu que d'eux de rétrograder avec leur flanc droit et leur centre, pour se soustraire au péril que l'auteur leur prédit , ib auraient, sans doute, embrassé encore à temps ce parti. Nous voyons donc que le moyen dont se sert notre auteur, pour parvenir à la réalisation de ses combinaisons tactiques, est insuQisant.A moins que les Russes n'aient, en cas d'échec, filé volontairement et toujours vers leur droite, ce qu'ils n'auraient pas consenti de faire (a) , jamais leur armée ne se serait trouvée enfennée dans l'angle fondE par les deux rivières. ,

Supposons même un moyen plus elKcace que celui que notre auteur propose; non une attaque en front contre le corps du général Tooczkov , qui occupait Outitza, mais un mouvement de conversion opéré entre Outitza et Artemki. Cette opération même, tout en obligeant le maréchal Koutousov, après un combat opiniâtre, k évacuer le champ de bataille, n'aurait

(») Car pour en rermerl' armée russe dans l'angle formé par ces deux rivières, il fallait commencer par rejeter le Banc gandie sur le centre , et ces deui sur le IIidc droit.

DE lA GUERHE DE 1813.

cependant jamaiB été suSunle pour «Dtermer t'ariuée russe entre les deux rlvitree. La retraileëtant inéritable, le général en cheraunitt sans doute , renforcé le corps de Tonczkov par sa réserve primitive , dont ta composition était un sAr garant d'une défense opiniâtre et avantageuse. C'est soin la protection de l'engagement à ootranoe da flanc gaitche, engagement qni n'aurait pas manqué d'attirer l'attention des deux commandants en chef, que la retraite aorail pu s'effectuer en échelons par le flanc droit. Cette retraite aurait ottert an maréchal Koutousov la possibilité de renforcer successivement son flanc gauche par les troupes qui se seraient trouvées disponibles , et de se maintenir sur le point qui devait servir de pivot au mouvement rétrograde.

Une dernière raison , qui parlera contre la possibilité d'exécuter Cette opération, c'est que, pour la rendre vraiment aussi décisive que la prédiction le porte, il aurait foUa porter le d^ sordre dans toute l'armée nuée, et, pour 7 parvenir, il am^t fallu rassembler la majeure partie de la cavalerie française à droite d'Ontîtza, laquelle, attentive aux progrès du désor> dre que ta retraite aurait produit parmi les troupes russes , eût été prtte k. tomber dans le flanc des masses plus ou moins informes, et achever de tes désoi^niser. Hais nous avons vu que, de ce cAté là, le terrain s'opposait aui mouvements offensih d'une grande masse de cavalerie. Le tout se serait donc réduit ii tin combat très-opiniitre d'infanterie , dans lequel les ctiances des forces physiques auraient été, il est vrai , en bveur des Français. Ces chances auraient bien pu- avoir la retraite des Russes pour suite, mais le combat le plus décisif de l'infanterie n'entratne jamais le parti adverse dans une désorganisation totale.

Je répète donc, qu'en renforçant sa droite et en opérant un mouvement de conversion entre Outilza et Artemki , Napoléon serait parvenu à la victoire pins tôt, plus facilement, et au prix de moins de sang, mais ne serait jamais parvenu à rejeter l'armée russe dans l'angle formé par la Hosltva et la Kolocia, et l'assertion de notre

(i) Le marquis de Cbaaibraf,daiisKiD£zp^[It(iimd« RHtrit (tom. Il, pag. 58, S* idit.), n'; renfertiie du moiusqu'une partie de t'arinte, accordant apparemment nue libre retraite au reste. Uilgri les tscertions des deai aatduts, ma cmviclion n'en reste pai dmîds la même. Je

antenr possédera, sans doute, un sens anagogique aux yeux des uns, et, à mon avis, n'est qu'un abus de mots (t).

Examinons maintenant les engagements des diOerenles armes.

L'artillerie est t'arme qui a eu le plus à flaire dans cette sanglante journée, et tes pertes énormes qui ont été faites de part et d'autre en attestent les bons eifets. Le rassemblement des bouches i feu en grandes tutteries, comme celles des généraux Pernetty, Foucher, Sorbier; celles des Itusses, du côté de Séménovskoïé, fournies par la réserve, et celles qu'on opposa à l'artillerie du vice-roi, du côté de B<»odino, ainsi que les résultats avantageux qu'elles ont produits, prouvent en faveur de leur emploi judicieux. En se décidant i attaquer le front fortifié des lignes de bataille de ses ennemis , Napoléon dot se reposer sur l'effet de SOS artillerie , et il le 6t Les dispositions qu'il fit la veille de la bataille le démontrent d'une manière évidente. Ces dispositions ne s'occupent principalement que du rassemblement des masses d'artillerie.

L'infanterie des deux armées, dont le rôle se borna à prendre et reprendra les fortifications , qu'on avait hérissées de bouches & feu , et dont les efl'ets ne manqufe«nt pas d'être meurtriers , eut im rôle difficile k jouer; mais elle le remplit avec une persévérance courageuse. Ses perles ont été en proportion de la difficulté de son rôle, elles ftirent énormes; elles te furent encore plus par la négligence de combiner les mouvements offensif^ de l'iufaiy' terie avec ceux de l'artillerie , et de faire de l'action de l'une le corollaire de l'autre. Les masses d'infanterie, dans leurs mouvements ofi'ensifs, ont été rarement précédées par de fortes batteries ; mais abandonnées i leur propre force impulsive, elles se trouvaient écrasées par les projectiles de leurs adversaires. Telles furent les attaques de la division Morand, qui fut écrasée par l'artillerie russe, tandis que cdle des Russes fut foudroyée par la batterie du comte Sorbier, etc.

Pour es qui T^arde les combats de la cava-

dirai mbneplii«:ensnppaMnt([uecelttt 150,000 brebis qu'on roalât enrentier dans ce réduit, je parie qu'il j ea «□rait eu plus de la moitié qui seraient parveoues k

GONSU^àTIONS SDR LES OPÉRATIONS

lerifi, comme let momenU où on fit ag^r c«tte arme furent opporluns, la plupart de ses engagements furent couronnés d'un succès complet; mais n'étant que partiels, ils n'eurent aucun résultat décisif.

Quant au mouvement de conversion entrepris par le général Ouvarov , quoique ce fût un mouvement trës-hasardé, il n'a pas manqué d'être três-avantageux. L'exécution en était très-dilGcile , et, par conséquent, les résultats douteux. La cavalerie russe fui obligée de francbir une rivière et descendre d'un plateau (rès-élevé dans une plaine, mouvement qui ne pouvait pas manquer d'embarrasser beaucoup sa marche. Ce n'était pas le seul inconvénient auqud elle se mettait eu butte , ce même terrain resta à dos de la troupe , et , en cas d'é* diec-, les difficultés de le repasser se seraient multipliées. Ce mouvement de cavalerie n'eut pas tout le succès qu'on en attendait en l'entreprenant; mais il fit di) moins naître une sorte d'irrésolution dans les opérations offensives du centre des ennemis, hésitation dont les Russes profitèrent pour reformer leurs masses lignées (i).

Mais si, en général, les Russes essuyèrent des ^hecs momentanés sur plusieurs points de leur champ de bataille, il faut puiser le principe de ces désavantagea dans la distribution vicieuse des troupes sur les points les plus imporlaots du champ de bataiUe. Qu'imporlaît-U que les Busses aient été à peu près égaux en forces, tandis que, sur les points décisifs, ils étaient inférieurs à leurs ennemis î A l'exception de la division DeUons et de la brigade légère du général Omano , qui restèrent sur la rive gaudie de la Kolocza , nous avons vu que

(i) ie tient ce bit d'un giotral qui commandait une divisioB d'iDbnterie qui prit one part tr^-active à cette ftnMDBe bataille. 11 m'anura qu'on remarqua un relldiement sensible dans la vigueur d«s moaremenU offenjtft de Ni^ltoQ, dont on ne put, dans le premier mo-

Napoléon avait concentré toute son armée dans Tespace compris entre la rive droite de la Kolocza et la vieille route de ^olensk , tandis que celle des Russes s'étendait depuis le village de Masslovo jusqu'à celui d'Outitza. Les premiers, n'ayant occupé qu'un espace de près de 5 kilomètres et demi , avaient pu donner i leurs lignes de bataille une profondeur avantageuse; les seconds, au contraire, étendus sur une distance de 7 kilomètres, ne pouvant offrir à leurs adversaires que des lignes sans profondeur, avaient tous les désavantages tactiques de leur côté.

Les corps des généraux Baggohufwudt, comte OstennaDDetKorf,D'arriv{»«nl que l'un après l'antre sur les points décisik, et ne s'engagèrent aussi que successivement ; leurs opérations ne furent que des pdliatife, qui ne rapportèrent que des résultats d'une conséquence négative. C'est de cette manière que les Fraitçais, massés sur une moindre étendue de terrain, eurent sur tous les points décisif Tavantage des forces physiques en leur faveur. Depuis Séménovskoïé jusqu'à Gorki, les Russes eurent à lutter, sur tous les points, contre des forces doubles.

Les pertes dei l'armée russe furent de nature à ne plas pouvoir recevoir d'eng^emenl le lendemain, engagement qui n'aurait pas manqué d'avoir lieu; car les Français avaient encore conservé une réserve qui n'avait pris aucune part à la bataille, et qui aurait été sans doute d'un secours décisif pourTariBée française. Le maréchal Koatousov ordonna donc la relr^te, et, le lendemain matin, abandonna ce champ de carnage au pouvoir de son adversaire.

ment, dèmïler les vraies raisons. On se convainquit plus tard que ce relicbement dans le centre n'était qu'on résultat des appréhensions que le mouvement de converrion du général Ouvarov avait fait naître.

DE lA GUERRE DE 1813.

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