‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 3 sur 95 · PREMIÈRE ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ÉPOQUE

DEPUIS LE PASSAGE DE L'ABHÊE FRANÇAISE AU DELA DU NIËHEN, JUSQU'A LA JONCTIOIf DES DEUX ARIIÉES RUSSES.

Patiage de farmie françaùe au delà du Niémen. — Élaat parvenu à entraÎDer presque l'Europe enlière dans la guerre à outrance que Napoléoa se proposait de faire à la Russie, ei dont l'asservissemenlde lout le contlneot européeo devait être le résultat, il parvint à rassembler an mois de juin son armée immense fiur U rive gauche du Niémen.

NapoiéoD à la tête des gardes impériales (i) , du i" corps d'infanterie (Davoust),du2*(OudÎDOt), du 3' (Ney), du l"cofj>s de cavalerie (Nansouty), et du 2* (Montbrun), ces deux derniers sous les ordres du roi de Naples, s'avança dans U direction de Kovna.

Le prince Eugène ayant sous ses ordres le 6* corps d'infonterie (Saint-Cyr), le i* qu'il commaDdait lui-même, et le 5* de cavalerie, se dirigea de Harienpol sur Pilony.

Le roi de Westphalie, dont l'armée était composée du S* corps d'infanterie (prince Poniatowski), du 7* (général Régnier), du 8" (général Vandamme), et du i" de cavalerie ^Lalour-Haubourg) , dirigea le 7* par Tikoczin ■ur Bialistok, et s'avança avec les trois autres aur Grodno.

Le prince de Schwarzenberg , qui commandait le corps autricbiea et formait Teulréme droite, se dirigea de Lemberg par Lublin sur Drogyczin,

L'estrème gauche, sous les ordres du maréchal Hacdonidd, était composée du 10* corps et s'était rassemblée à Tilsit.

(i)Je reuToie le lecteur, pour la fonnstioB et U composition da tous cm différcnti corps, an tableau

Le 9' et le 11' corps d'infanterie (Victor et Augereau), formaient la réserve , et se trouvaient échelonnés sur la Vistule et à Berlin.

C'est donc sur un développement de iS myriamètrex que Napoléon franchissait U frontière de l'empire russe. Dans lout autre cas, oîi son armée n'aurait été que d'une force ordinaire, une extension pareille de ses forces aurait été mise, et avec justice, dans la catégorie des grandes fautes militaires; m^îs comme il disposait d'une force de 448,000 hommes sous les armes, renforcée par un train de 1,536 pièces de canon, et qu'il pouvait par conséquent opposer une résistance formidable sur tous les points où il aurait rencontré ses adversaires, ces mouvements étendus n'avaient plus aucun danger.

C'est le 12 — 34 juin que Napoléon frandût la frontière vîs4-vis de Kovno, à une demilieue au-dessus du village d'Aleiotcn , en dirigeant la majeure partie de ses forcessur Kovno et les environs.

Le vice-roi franchît le Niémen i Pilony.

Le roi de Westphalie à Grodno.

Le maréchal Hacdonald i Tilsit.

Le prince de Schwarzenberg à Dn^ciyn.

Potilion de* armée» ruuet, — A l'ouverture de la campagne, l'armée russe était répartie de la manière suivante:

Le 1" corps d'infanterie (comte de Wittgenstein) occupait Keïdany et avait un détachement qui couvrait sa droite à Rossieny.

■jnoptiqut (II) que noosallrré le marquis de r.faambraj imÊtimBUtoiredeVEirpédUiondiRut»ie,f édition.

dbyGoOt^lc

m LA GUERRE DE 1SI3.

ir.

LeS*C(Hpa (géséral Ba^ohuFwudt) setroi> vait eolre la SwenU et la Willia, s'appuyanl par sa gauche aa village d'Orgichki.

< Le 3* corps (géoéral Touczkov) avait pris position à Novoï-Troky.

Le i' corps (comte Scbouvalov) était à 01kéniki.

Le 5* [S. A. L le grand-duc Conslanlin) occupait Swentziany.

Le 1" corps de cavalerie (général Ouvarov) était en position à Wilkomir.

Le 3* corps (baron de Korf) se trouvait k

Le généralPlalov avec 7,000 Cosaques était à Crodno.

Le 6' corps d'infanterie (général Doklorov) qu'on détacha de la deuxième armée pour le réoDir à la première, occupait Lida.

Le 5* corps de cavalerie (comte de Pahleo} qui fut, ainsi que le 6' corps d'infanterie, réunià la première armée, était en position à Lebioda.

Toutes ces troupes étaient sous les ordres du général Barclay de ToUy, dont le quartier général était à Wilna.

L'année commandée par le prince Bagration, réunissait le 7" corps d'infanterie (général RaelTskoy) qui occupait Novoï-Dvor.

Le 8* corps (général Borosdin) qui éuit en position h Wolkovisk.

Le i' corpsde cavalerie (général comte Sievers) qui se trouvait à Zelva.

4,000 Cosaques se trouvaient entre Belsk el bvsULi to vskoy .

La 27* division d'infanterie (général Névérovskoî) étant en marche pour renforcer la deuxième armée, se trouvait dans les environs de Minsk.

Le quartier général du prince Bagration était à Wolkovisk.

La troisième armée, sous les ordres du général Tormassov, était composée :

Du corps d'iofanterie du général comte Kamenskoï, qui était réuni à Matzjov.

Du corps du général Harkov qui occupait Loutzk.

Du corps du général baron de Sacken , qui se trouvait à Zaslav et Staroï-Conslantinov ;

Et du corps de cavalerie commandé par le général comte de Lambert, qui était eo position à Lubomi et Kovel.

Enfin 4,000 Cosaques étaient dispersés entre

la 'frontière du gouvernement de Grodno et le poste de Jegorlik.

Le quartier général dii général Tormassov était à LouUk.

Une réserve qui était stratégiquement déployée en seconde ligne et qui réunissait 87 bataillons et 54 escadrons , montait à 34,800 hommes. Elle était répartie de la manière suivante:

5,600 hommes étaient à Riga et Dunamunde ;

3,400,àHitUu;

7,000, à Dunabourg;

3,200 étaient entre Walk et Nével;

500 hommes à Borissov ;

6,200, àBobrouisk;

5,300,àMoiyr;

3,500, i Kiev;

Et 1,600, àOlviopol.

L'armée de Moldavie, que la paix avec la Turquierendit disponible, et qui comptait plus de 50,000 hommes sous les armes, fut destinée primilivemenl pour une opération offensive en Italie, et devait se diriger par la Servie, la Bosnie el la Croatie.

Comidérationt. — L'emplacement des différentes armées russes nous démontre d'une manière évidente , que l'idée primitive des défenseurs était de suivre les grandes opérations dans les deux sphères. Cette idée éUit-dle bien adaptée aux circonstances et à l'emplacement des différentes armées à l'idée primitive? c'est ce que nous allons rechercher tout ï l'heure.

Les deux armées du général Barclay de Tolly et du prince Bagration, destinées pour manceuvrer dans la sphère d'opérations du nord , occupaient depuis Keïdany jusqu'à Novoï-Dvor, un espace d'environ 30 myriamètres. Dans le cas d'une invasion subite, les points déconcentration principaux ne pouvaient être, pour la première armée, qu'à Wilna; pour la deuxième, à Wolkovisk ou Slonim. Ces deux points étaient dans un éloignement de 16 à 17 myriamètres l'un de l'autre, et se trouvaient séparés par la vallée du Niémen, tandis que celle-ci, ainsi que la ligne d'opérations de Grodno à Minsk , n'étaient mainlennes que par 7,000 Cosaques qui ne pouvaient jamais résister à l'impulsion de l'armée du roi de Westphalie. En poussant sur Novt^rondek et défendant sur la rive droite les passages du Niémen à Hosly et Belitza, ce dernier ne forçait-il pas

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

le piÎDce Bagralion à remonter le fleuve par la rive gauche?

Dans cette occurrence, Lida aussi, oit cai^ tonnait le coq» du général Doktorov, ne pouvait pas élre euvisaigé comme écbeton stratégique. Quoique placé presqu'à mi-chemin de Wilna à Wolkovisk, ce coq» ne devait plus, à cause de sa faiblesse et de Véloignement des points centrais entre eux, entretenir une communication assurée entre les deux armées , ni empêcher que l'ennemi ne leur interposit des fwces assez majeures pour paralyser leur jonction. La position du corps de lida devenait, en un mot, une position isolée.

La jonction des deux premières armées d& vait être et a aussi été le but primitif dans leurs mouvements de retraite. Hais le mouvement excentrique de la première sur Swentziany n'a rendu cette jonction possible que sur le Dnepre. En voici les raisons :

En ne désignant que 7,000 Cosaques pour défendre la ligne d'opérations centrale de Grodno à Minsk, c'était vouloir abandonner volontairement la chance avantageuse de l'occupation de Minsk par la deuxième armée. Cette ville une fois tombée au pouvoir des ennemis, on anéantissait aussi tonte espérance pour réunir les années sur la Bérësina, et l'unique espoir qu'on pouvait encore conserver, se réduisait donc à faire cette jonction sur le Dnepre (i) ■ Faute capitale , qui engageait deux armées dont la réunion était indispensable pour la défense de l'État, dans desmouvementsconcentriques, dont le point de réunion était à fia» de SO myrtamètree des points de départ.

L'armée du prince Bagralîon aurait été mieux placée devant Grodno, ayant son quartier général i Kamionka. La position devenait plus avantageuse et plus assurée. En faisant manœuvrer les deux années dans l'entre-deux delà Willia et du Niémen, on donnait sans contredit plus d'assurance à leurs flancs et moins d'excentricité à leurs mouvemenls. Lida devenait alors, pour les deux années, un point de contact avantageux.

Même dans l'hypothèse de la marche excentrique de la première armée sur Drissa, la réu-

<i) Houvemenla sur loquets j'aurai TnccaMon d« revenir, et qvr Jp pourrai déveinpptr.

nion des deux, si la deuxième avait été placée devant Grodno, aurait pu se faire sans difficulté par Smorgony ou sur la rive gauche de la Bérésina, en prenant Lepell pour point de contact, sans que l'armée du prince Bagratïon fût réduite à /aire des marches aussi pénibles, et ne risquât de trouver son point de réunion même au delà de Smolensk.

La troiùème armée qui occupait la sphère d'opérations du midi, ne pouvait avoir que deux destinations :

i" De s'opposer à une invasion que l'ennemi tenterait de faire dans la sphère du midi;

3" De faire une diversion dans le duché de Warsovie.

La direction du corps do prince de Schwarzenbei^, qui s'était rassemblé à Lembei^ et s'était porté sur Lublin, avait démontré évidemment que les ennemis ne voulaient pas tenter d'opérations trop excentriques, et que leur projet était de manœuvrer dans la sphère d'opérations du nord.

Pour ce qui regarde le projet de diversion, les circonstances, je crois, n'étaient pas assez favorables pour en entreprendre une. Les Russes étaient réduits par l'infériorité de leurs forces physiques à la défensive, et ne devaient donc songer qu'à la défense de leur propre territoire, en remettant les mouvements offensib contre le duché de Warsovie, à des momeoLs plus favorables.

La position de la troisième armée, était donc vicieuse aussi, et sa rentrée dans la sphère d'tv pérations du nord, nous le iHt>uve suffisamment. En faisant occuper Wolkovisk par l'armée du général Tormassov, lequel, en laissant un corps à Staroï-Constantinov pour surveiller momentanément la frontièredela Galliuie.etmaintenir la communication avec l'armée de Moldavie , aurait pu disposer de 52,000 hommes, on l'assimilait aux opérations préliminaires des deux premières armées, et particulièrement à celle du prince Bagratïon, auquel ce secours aurait été d'un avantage tellement majeur, qu'il aurait pu donner une autre tournure an commencement des hostilités.

Les deux armées réunies auraient offert une masse d'environ 80,000 hommes sons les armes, tandis que le roi de Westphalie n'en avait que 60,000. Dans la direction de Grodno, la jonction desdenx arméess'effectuant parHosty,

dbyGoOt^lc

le prince Bagration pouvait tomber en pleine sétxirité sur son adversaire et l'écraser.

Retraite des detix armées rtittet vert ta Duna et le Dnepre. — La frontière Tut fhiDcbie sans résistance, eirabandon de Wiloa en Aille rësul- OL Hais il était tout aussi peu possible pour les Russes de défendre Wilca, que de s'opposer à l'invasion des frontières , et les raisons en sont toutes simples. Une frontière aussi étendue qne celle de l'empire russe , n'étant défeodue par aucun pointdéfensif permanent, devient accessible partout. Wilna, quoique point très-important,nepoDvaitpasètre maintenu; careolivrant bataille pour conserver ce poste, les défenseurs auraient marcbé à grands pas vers leur perte future.

Napoléon espérait qu'on lui disputerait la capitale delalilhuanie,carone5pèrelovijoun ce que l'on désire. 11 fit même ses dispositions pour l'attaque. Les Russes ne pouvaient réunir pour cette action, toutau plus que les deuxième, (roisième, quatrième et cinquième corps d'infanterie, et les premier et deuxième corps de cavalerie , ce qui aurait fait un total de 76,000 hommes. Quelles chances auraient-ils eues pour la victoire!

Au contraire, pendant que toutes les forces disponibles se seraient trouvées engagées avec les troupes qui formaient le centre de l'année française, les corps des ailes,ens'avançant dans le pays , auraient profilé de ce temps pour envelopper les flancs de l'armée du général Rarday de ToUy, et seraient peut-être parvenus à lui couper toute retraite.

L'abandon de Wilna ei la retraite des armées vers la Duna et la Rérésina , furent donc décidés.

Swentziany fut désigné pour être le point de cooceDtraliôn de la première armée , et la communication de Wilna par Swentziany, comme voie centrale pour le mouvement d'une partie des troupes , tandis que le reste se dirigea d'un cAté par Wilkomir, et de l'autre par Smorgony et Koliylniki.

Camp de Driua. — Le choix de la communication de Swentziany, comme voiecentrale, n'avait été faitqned'aprèsle but qu'on voulait atteindre , et qui était le camp de Drissa. C'est ici que se développe donc dans toute son étendue levicedel'assîetteducampde Drissa; Smolensk était toujours et dcvaitètre le point principal de

défense, et l'armée désignée pour le couvrir, en abandonnant volontairement aux ennemis toutes les directions les plus courtes et les plus faciles, allait s'enfermer dans on camp retranché , dont la position la mettait dans le danger imminent de perdre ses cmnmunications avec l'objet principal des opérations.

Conndériuion$ sur la retraite du prince Sagralion, — Ce mal n'était pas encore le seul anquel cette marche excentrique mettait en hutte. Tout en serepUantavecla première armée vers le camp de Drissa , on n'avait pas perdu devue que la réunion des deux années des généraux Rarclay de Tolly et du prince Ragration , était le but essentiel de la campagne , et ce dernier reçut aussi l'ordre de se porter sur le camp de Drissa,

Toutes les opérations des armées russe et française devaient donc se circonscrire dans le triai^te stratégique marqué par les points de Wilna , Drissa et Woikovisk ; car le jour de l'entrée de Napoléon à Wilna, 16 — 28 juin, le prince BagratioD se trouvait encore à Woikovisk.

En jetant les yeux. sur la carie, et prenant le compas pour guide, on verra à la moindre observation le pen de chances de succl« qu'on avait laissé au prince de Bagration pour cette réunion. Je juge donc l'homme d'après le fait, le prince Bagration d'après ses actions , et qu'il me soit permis de demander : Jamais général fut-il dans ime position plus critique, jamais militaire s'en acquitta-t-il avec plus degloireT

La marche excentrique sur Drissa décida, déprime abord, tout l'abandon du pays jusqu'à Smolensk. Le général Barclay de ToUy ne voulait pas, et avec raison, livrer de bataille décisive , avant que la réunion des deux armées ne fût effectuée; mais, d'après la position des deux armées, la direction qu'on avait donnée à la première , et les mouvements des ennemis, cette jonction ne pouvait se faire que sur le Dnepre et à la suite des grands mouvements de conversion. Je vais le démontrer d'après le calcul des distances et du temps sur lesquels doivent être basées toutes les opérations stratégiques.

Les points de Smorgony et de Radoschkov'itchy étant deux et jusqu'à trois fois plus rapprochés de Wilna (qui, comme nous venons de le voir, était déjà au pouvoir des ennemis ) que

Ifi

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

de WolkoTÏsk, le prince Bagration ne pouvait plus espérer de faire sa jonction en coupant «n l'un de ces points la ligne d'ojiéralions de Wilna à Minsk, qu'on a>'ait laissée au pouvoir des ennemis , sans même l'avoir fait observer. Supposons donc que le prince Bagralion en abandonnant de prime abord , à cause de son impossibilité , le projet de percer par Nov»f^udek sur Wileïka, comme il lui a été enjoint de le faire, se fût porté par le chemin le plus court, parSlonim, Mik, Novoï-Swergenn et Kaïdanov, sur Minsk, il aurait eu 93 royriamëtres ,à parcourir; quoique Minsk ne aoit qu'à 18 myriamètres de Wilna, je suppose cependant qu'en se portant à marches forcées, le prince Bagration soit parvenu à atteindre Minsk avant les ennemis : cet avantage aurait été trèsgrand sans doute ; mais le but principal n'aurait pas encore été rempli : il fallait se mettre en contact avec la première armée.

La ligne transversale qui pouvait servir au déploiementstratégique desdeux armées russes, était celle de Minsk par Dokschitzy et Cloubokoé. En quitUnt Wolkovisk le 17 — 39 juin, et en franchissant l'espace de 22 myriamèlres jusqu'au 23 juin — 4 juillet, le prince Bagration serait arrivé à Minsk en même temps que le maréchal Mortier à Gloubokoé, et deux jours avant que le vice-roi d'Italie n'occupât Dokschitzy. Les points d'interposition du déploiement stratégique, en tombant au pouvoir des ennemis, faisaient manquer le but de l'opération, ella retraite redevenait indispensable.

Napoléon, en calculant sur la poursuite rapide du iroi de Westphalie , qui avait occupé Crodno te 18 — 30 juin, ainsi que les forces dont il disposait, avait encore détaché le premier corps sous les ordres du maréchal Davoust, avec l'injonction de prévenir l'armée du prince Bagration à Minsk. Il voulait le mettre entre deux armées, dont le total aurait monté à peu près à 100,000 hommes, qui auraient aisément écrasé l'armée russe, qui ne pouvait compter, en y comprenant le corps de

(i) I.a diilanee de Wolkovisk i Minsk ot de 37 mj-v riamètrcset demi. Le prince Ba([raliDn quitta Wolkovisk le t6 — 28 juin, le marécbal Davoust n'occupa Minsk que le 36 juin — 8 juillet. Le prince aorait donc eu dix jours pour Tranchir cet espace, ce qu'il aurait pu Taire avec racIUtf.

(«1< ilnïlimpoKiiMedrinanmivr(>T)icrplu«di'ni,-tl-

Cosaques ia général Platov et le détachement du général Dorokhov, que tout au plus 50,000 hommes sous les armes.

Le prince Bagration se vil donc forcé de changer de direction , et se décida de nouveau à se porter sur Minsk, en passant par Korélitzy, Mik, Novo'i-Swergenn et Kaïdanor.

Le général Platov qui prit sa direction sur Iwié, subordonnant ses opérations, ainsi que celles du détachement du général Dorokhov, qu'il venait de recueillir dans sa retraite de Wologin , à celles de l'année du prince Bagration, tantôt flanqua sa marche, tantôt 6t son arrière-garde. Après avoir été l'un et l'autre prévenus par les ennemis à Wichnev, Wologin et Minsk , ils suivirent l'armée du prince Bagration par Bobrouisk, et plus tard, par Workalabov vers Hohîlev,

Si le prince Bagration n'avait pas été appelé à Drissa, sa retraite, qu'il aurait pu effectuer par le chemin le plus court, seseraitdu moins opérée sans diflicultés (i) , et il n'aurait pas été obligé de chercher dans des changements continuels de direction, d'échapper aux troupes du maréchal Davoust, ni par des marches forcées, que les contre-marches qu'il a élé obligé de faire ont nécessitées, à se soustraire à la poursuite de l'armée du roi dfc Westphalie.

Maintenant les chances venaient de changer. Le prince avait perdu pi usieursjÀurs de marche, et son armée pouvait être compromise.

Opêraliont de l'armée du roi de Wetlphaiie. — Ce n'est pas sans raison que Napoléon s'indignant contre la lenteur des mouvements de l'armée de son frère, lui en témoigna son mécontentement ( 3). Il était aussi diflicile de mettre plus de nonchalance dans des opérations d'une aussi grande conséquence. En voici une preuve évidente.

Le roi de Westphalie entra le t8 — 30 juin à Orodno. C'est juslemcot le jour où le prince Bagration était à Zelva. De Grodno à Novogroudeh, l'armée française n'avait qu'une distance de 13 myriamètres à franchir, jusqu'à

• fldreiise', lui 6crivgit-il, tous wrei uuse que Ba^-

• tion aura le temps de se retirer ; tous rn'aum Tait

> perdre le fruit des comfaiiiaisoos les pini habiles, et ta

• plus belleoccBsionqui pui ne M rencontrer dan» cette

> guerre, a échappf par ce singulier oubli des premlèm

• iiolînns de la guerre. ■

DE U GUERRE DE ldl3.

Korelicxa c'était deux iDyriMnètns de plus. De Zelra par NoTogroudek, Nikolaev i Koreliczi, direction qa'â suivie le prince Bagration , il j en a tout anlant. Les deux armées se seraient donc choquées à Korelicza, et dans tous les cas le sort de celle du prince de Bastion devenait périlleux. Acceptait-il U bataille que le roi de Westphalîe aurait dil lui offrir, il devait com* battre avec 17,000 hommes (dont U n'y avait que 40,000 de troupes régulières) contre S6,000. Parvenait-il à occuper Korelicza avant son adversaire, heureux s'il parvenait i gagner une jonmée de marche, il aurait été toujours poursuivi sans reliohe, et son arrière-garde n'es aurait pas moins souffert (i).

Arrivée k Novoï-Swergenn, ce qui se serait effectué le 26 juin — 8 juillet, l'armée du roi de Westphalie se mettait par Kaïdanov en corrélation avec le corps du maréchal Davonst, . qui avait occupé Minsk le même jour, et ils acquéraient l'un et l'autre la faculté de combiner leurs opérations (s).

Hainlenant le danger auquel le prince Bagralion pouvait être en butte pouvait devenir plus imminent encore.

La poursuite du roi de Westphalie jusqu'à NoTOî-^wergeno, était dans les r^es; mais courir par un mouvement excentrique vers Neswige et Sloutzk , en laissant la communication centrale, et par conséquent la plus avantageuse de Minsk, à gauche , était contre toutes les règles de la pure stratégie. C'était sacrifier le but principal i des chances imaginaires et même dangereuses. Imaginaires, car ayant échappé an désavantage d'ëtie prévenu sur sa ligne de retraite , et le terrain qu'il avait derrière lui étant libre , le prince Bragration pouvait rétrograder aussi loin que la retraite lui aurait été avantageuse , n'aurait pas reçu d'engagement à moins d'être sûr dn succès, et ne Faïu^it apparemment fait que sous les murs de

(i) C'est en vain que le gfoéral Allii ( Journal de» Seiatea militairei det Arméei de terre et de mer, année 1836, ulii«r de novembre) ■ cru pouvoir, parsa lettre, juatifier la condait« dn roi de Westidulie. Si jiBtification ne peut jainais étn vakUe; car n'ayant nlcult que d'après un mouvement non interroiopu de l'arméeduprïDceBa^tion, etnerifantpassulvieiacinnent danseeseontre-marcbes.il a dû nécessairement w trouver en début dans toi» sm calculs, qu'il a basés

Bobrouisk, où U aurait en toutes les chances

tactiques en sa faveur. Dangereuses, parce que le mouvement de l'extrême droite, dans la direction de ^outzk, menait l'armée du roi dans un pays marécageux et difficile, et étendait, sans but , le déploiement stratégique au deli de U distance que les forces physiques pouvaient comporter.

La première armée se trouvant du c4lé de Drissa, tandis que lé prince Bagration était rejeté sur Bobrouisk, la communication de Minsk à &n<densk possédait des avantages non équivoques :

1° Elle était la plus courte de toutes celles qui menaient vers l'objectif principal;

2* C'était une communication centrale;

3° Elle servait de base aux opérations, et de ligne de retraite aux troupes du maréchal Davoust dans leur mouvement vers Hohilev ; et

5° Le prince Bagration ayant échappé k la poursuite de l'armée du roi de Westphalie, le but principal devenait l'opération du maréchal Davousl, eti par conséquent, un mouvement excentrique avec ses troupes était une faute capitale.

En poussant sur la communication centrale de Minsk, c'était au cœur qu'on frappait; c'était l'opération favorite de Napoléon, un pendant de celle de Hentenolte. En garant du terrain au c^itre, on parvenait i séparer les deux armées rosses, sans espoir de jonction; les mouvemenis devenaient plus concentriques, les troupes de l'extrême droite de l'armée française se mettaient en corrélation avec celles du maréchal Davoust , et l'auraient soutenu dans son expédition sur Hstislav.

Les corps combinés, sous les ordres du roi de Westphalie et du maréchal Davoust , fi)rmaient un total au moins de 100,000 hommes. De Novoï-Svrei^enn , le roi de Westphalie devait donc changer de direction : abandonnant

tur le temps et le* espacea. Je crois avoir démontré d'au manière non équivoque que les deux armées devaient M chi>quer t Korelicia.

(■} Ce qui n'a pas dn tout été le cas. On remarque , an contraire, peu ou presque pas de corrtlatfon entre les opérations du roi de Westphalie et du maréchal DsToust. Était-ce jaloune ou Insouciance , le bit n'en est pas moins impardonnable, tant pour l'un que pour

dbyGoot^lc

mw ponnaite doot les résolUts , cMame noos venoiu de le voir, devenaient pnri>lémalique8, il devait se rabattre sur Hiosk. Tandis que l'un aurait marché snr Mc^iler, l'autre se serait dîrigésar Orcha et Snwdensk, et, après le combat de la Saltanorka, rien ne pouvait empêcher les généraux français de pousser snr Mstislav et de s'opposer même à la jonction des deux ar^ niées russes i Smolensk, sur quoi j'aurai encore l'occasion de revenir.

Combat de Sailanoolui. — En avançant vers llohilev, le prince Bagration apprit que la ville élait ocrupée par les ennemis. Il vit bien que le moment était arrivé de se fiiîre jour l'épée à la main. Il serait donc injuste de lut reprocher d'avoir livré le combat de la Saltanovka. Une raison majeure a dû L'y porter. II voulait s'ouvrir la communication parHohilevsnrMstislav, appréhendant avec raison que, s'il franchissait le Dnepre plus bas que Mohilev, le maréchal Davoust ne marchit sur HsUsUv, et ne Ini interceptât la retraite sur Smolensk.

Mais n'ayant encore que le corps du général Rae&koï qui pât prendre part au combat, car celui du général Borosdin était encore en arrière, il est jnsle de lui reprocher d'avoir fait attaquer le maréchal Davoust avant la concentration de ses forces.

Le 13 — 24 jaillet, toute son armée aurait pu être rassemblée. Alors, profitant du mouvement divergent de l'armée dn roi de Westphalîe , dont il pouvait calculer tontes les marches et connaître la direction, il aurait eu plus d'une chance en sa faveur. En battant le corps do maréchal Davoust, le prince Bagntion se rendait maître de Mohilev, et rejetant les ennemis sur Orcha , il se frayait par Mslislav une voie sûre et une jonction inévitable avec la première armée, k Smolensk.

Contidéntiotu tar Ut opératioiu de formée du mariekat Datmat. — Le maréchal Davonst, sous les ordres dnqucl Napoléon venait de ranger l'armée qu'avait commandée son frère , ayant été rejoint par le corps du prince Pooialowsky i Hobilev, devait se porter, après le combat de Saltanovka, sur Hstislav. Il y aurait tout aussi bien prévenu l'armée du prince Bagration, qu'il l'avait fait à Mohilev.

ITne division du corps du général Vandamme, et dont le général Tharreau avait pris le commandement, aurait dd être aussi dirigée sur

CONSIDÉRATIONS SUR LES OPËRATIONS

Orcha , pour y rriever le corps du général Groudiy , que le maréchal Davoust aurait attiré à Ini, tandis que Latoor^^laubourg, renforcé par la seconde division du 8* corps, se serait porté sur Rogatschev pour s'opposer à toutes les tenlativesde la garnison de Bobronisk et du corps de Mozyr.

La division- do 8' corps, renforcée par la brigade de cavalerie légère de Golbert, en se portant par Borissov sur Orcha, aurait (ait l'échelon intermédiaire de la ligne stratégique transversale de Mohilev par Kokhanov i Senno.

Mais ahondonnant même le sens de l'hypothèse que je viens de débattre, et ne prenant les choses que telles qu'elles ont existé, il est difficile de ne pas reprocher au maréchal Davoust d'avoir laissé échapper l'occasion de marcher sur Hstislav. Renforcé comme il l'a été par le corps du prince Poniatowsky, qndles pouvaient être ses appréhensions T Battu, il perdait quelques milliers d'hommes et ae r^ pliait par Gory sur Orcha, dont le point venait d'être éclairé par le 5" corps, et que Grouchy renforça plus tard. Vainqueur, il s'opposait complètement à la jonction des deux années, et prévenait même la bataille de Smolensk.

Cette opération ne pouvait non plus avoir rien de dangereux pour le générai DavousL En passant sur la rive gauche du B(»ysthène, il se trouvait, il est vrai, séparé par ce fleuve de la grande armée qui se portait snr Witebsk ; mais tes denx années russes ne l'étaient-elles pas de même! Les Français cependant conservaient en leur faveur l'avantage des lignes intérieures, oonlre les extérieures. Dans un cas pareil, le principal c'est que les parties, quoique séparées, aient des forces suffisantes pour s'opposer aux adversaires; et, d'après cet axiome, les deux années françaises avaient toutes les chances lactiques en leur faveur. L'éloignemenl du maréchal Davoust de la grande armée, commandée par Napoléon, et son isolement sur la rive gauche du Dnepre, n'avaient donc rien de contraire aux vrais principes militaires.

Si plusieurs auteurs justement sévères ont blâmé les opérations du roi de Westphalie, la partialité seule pouvait les porter k être indulgents envers le maréchal Davoust. L'un et l'autre me paraissent avoir mérité le même reproche. Si le roi laissa échapper le prince

DE U GUERRE lŒ 1813.

BagnUon à Koralien, le mnéclul DktoobI D^en

a pas mous bil ï MsU^t.

Le OMMiTemeat décisif àa nuiéchtl Davoaat par HsUBlav sur Smolensk, remplissait deux bats impoHuits à U fois :

f De rejeter l'armée do prioce Bagration mr Jdiûa;

3* Des'emparcr de Smolensk il dosderarmée du général Barclay de Tolly.

Comimtotitm det opératioiu de tarmée du général BarcUy de ToUy. — L'armée du général Barday de ToUy, quiseportaitsur tecamp de Drissa.y arriva le 29 juin — 11 juillet avec les 3*, 5', 4' et 5* corps d'iafanterie , et les 1"' et 2* de cavalerie.

La marche de l'armée vers Drissa était tout aussi victeose que son séjour dans ce camp aiuait pu élrc dangereux. Napoléon ayant prononcé BOB laouvenieDt par son centre avec les corps du général Saiot-Cyr et des gardes vers doùbokoé, et par la droite avec celui du viceroi , de Smwgony sur Wileîka , le général Bai^ clay de ToUy se vit obligé d'abandonner sa position pour remonler la Duna, afin de conserver ses communications avec Smolensk. 11 évacua le camp le 2 — li juillet.

Si rétablissement et la marcbe de la grande amée vers le camp de Drissa, étaient des butes graves , il n'est pas moins vrai que l'abandon subit de ses fortifications élevées i tant de Irais et au prix d'un temps précieux , lait le plus grand honneur aux combinaisons du g^ néral Barclay de ToUy. U avait saisi tes dangers de sa position, et évacua le camp.

Contidéralioiu tur lu grande» opérationtdeM armées fraaçaiut. — Le séjour prolongé de Napoléon à Wilna, etla lenteur ordinairedes mouvements, lorsqu'il se trouvai t absent de l'ariDée, n'auraientpu s'excuser quedans le cas oùl'avenir nous eût dévoilé des actes d'administration en faveur de la Pologne, et d«it la pacification ultéfienre eftt peut-être pu entraver plus tard le commencement de la campagne de 1813. Dans son séjour i Wilna, qui dura dix-buit jours, il semUa avoir perdu de vue la célérité et l'ensemble des mouvements, ne s'occupa qu'à recevoir des dépulations, et à nommer des intendants militaires , tandis qu'il ne devait songer qu'il pousser son centre et la droite sur Gloubokoé et Dokschitzy.

Ed cAtoyut la rive gauche de la Dana avec

son centre, par Oucbatcli, Oula, Beciienkovichy vers Wiidwk , tandis que U colone de la droite aurait poussé par Lepdl, Tschnc^iki, Senno et Babinovicty , il aurait pu prévenir le général Barclay de Tolly k Babinoviczy et Liosna , et le forcer de m jeter sur Poreciié. Hais alcws le chemin sur Smolensk par Bondnia , m pouvait lui être disputé que pat les troupes du prince Bagration , lequel apparemment n'aurùt pas osé recevoir nna lutte aussi inégale.

Cette route étant aussi beaucoup plus courte que celle par Poreczié, la première année eAt donc été prévenue à Smolensk et forcée de pousser sur Dookovtchina.

Ces mouvements auraient fourni le pendant du résultat de U bataille d'Eckmiihl, et la marche de U premik« année de Poreaié sur Doukovtchîna, semblable à celle de l'archiduc Charles vers la Bohême.

Prenons encore une fois le calcul des distances et du temps à notre secours.

Au lien de faire entreprendre à sa droite le mouvement excentrique sur Dévénicki (i) , pour couper la retraite au prince Bagration, qui avait Bsseï d'ennemis sur les bras , en faisant marcher le vice-roi par Smorgony sur Dokschîtxy, tandis que les corps de Saint-Cyr et celui des gardes se seraient portés , par Ilikalischky sur Gloubokoé , Napoléon pouvait facilement égaliser dans leur marche les têtes des différentes colonnes des deux ailes et du centre. Murât, qui conduisait la gauche, arriva, le Si juin — 3 juillet , i Swentiiany. A cette époque , le centre aurait pu tout aussi bim atteindre Kobylnicky, et la droite Kourgeneli. De Kobylnicky, il y a 7 myriamëtres et demi jusqu'il Gloubokoé, et de Kourgenetz 8 myriamèlres et demi jusqu'à Dokschitzy. Ainsi le centre et la droite pouvaient y élre très-facilement le 26 juin — 8 juillet Le maréchal Davoust occupa Minsk le même jour, de manière que les échelons stratégiques eussent été parfaitement établu.

Tandis que le roi de Naples, avec les corps, de Ney, de Nansouty , de Uontbrun et des trois divisions de celui de Davoust , aurait tenu le gén^l Barclay de Tolly en échec dans le camp retranché de Drissa, le vice-roi aurait pu

(<) Mouvement (katlf, qu'ancnne consldCratim ne peut

CICUMT.

GONSIDÉRATIOHS SUR I£S OnÊRATlQMS

MGwder plus de franchise k son mouTement d« la droite. De Drissa à Wilebsk il y a 17 myriamèlres et demi; de Glonbokoë à Witebsk UyaàpeaprèslSmyriamètres; deDokschilzy à Babinoriczy il y en a à peu près 19.

Ce n'est que trois jours après l'occupation de doubokoé et Ookscbilzy, par le centre et U droite de l'armée française, que les corps russes occopèrent le camp de Drissa, et ne révacuèrent que quafre jours plus tard. Je demande taiaintenant : le général Saînt-Cyr et le vice-roi pouvaient-ils prévenir l'armée du général Barclay de ToUy à Witebsk ou non ?

Pendant que ces mouvements s'opéraient entre la Bérésina et la Duna, le maréchal Da- Toost, qui avait occupé Minsk le 26 juin — 8 juillet, en détachant le corps de Grouchy et la brigade Colbert, pour éclairer sa gaucbe vers Orcha, non le 30 juin — 12 juillet, comme la i^ose a été exécutée, mais le 28 juin — lOjuillet, pouvait facQement atteindre Orcha en huit à dix marebes (la distance est à peu près de SO myriamètres) , de manière que ses troupes s'y seraient rendues au plus tard le 7 — 19 juillet. Orcha aurait donc pu ëlre occupée avant le combat de U Sallanovka, et, dans tous les cas, le général Grouchy servait d'échelon au corps du maréchal Davoust. Pendant que ce dernier , comme je l'ai proposé ; par uoe mai^ che de flanc, ce serait avancé sur Mstislav, Grouchy serait entré en corrélation , par sa gauche, avec le vicfrroi , par sa. droite, avec le maréchal Davousl , et en cherchant, autant que possible, à égaliser les têtes des différentes colonnes, les échelons stratégiques auraient été formés : sur la gauche, par les gardes, le corps de Saint<:yr et celui du vice-roi; dans le centre, par ceux de Grouchy , Tharreau et la brigade Colbert, et sur la droite, parles troupes du maréchal Davoust et du prince Ponialovrsky.

C'est dans cet ordre que toutes les lignes transversales stratégiques, comme celles de , Hohilev, Orcha et Babinoviczy , et de Mstislav, par Liady à Liiboviczy, auraient pu être occupées par une partie de l'armée française, tandis que le reste, sous les ordres du roi de Naples, en tenant les troupes du général Bar^ clay de ToUy en échec, aurait fait le rideau nécessaire pour couvrir tous les mouvements de la gauche des troupes mentionnées.

Retraite du général Bardai) de ToU^ mir Witebtk. — Après desmarchespéniblesetdaDgereu8es,cdtoyé par des forces supérieures, le général Barclay de Tolly parvint k échapper aux poursuites continuelles de ses ennemis, et atteignit enfin Witebsk, le 11 — 23 juillet 11 occupa la ville , et guérit radicalement tout le mal [que ta marohe excentrique sur Drissa avait pu causer.

Ayant fait franchir la Duna k la plus grande partie de son armée, il prit position en avant de Witebsk, et jela on gros détachement sur Babinoviczy, mesure de précaution qui remplissait deux buts importants.

1° Elle assurait une retraite sur &nolensk, en couvrant le point de Liosna;

9* Ce détachement servait d'échelon de contact avec l'armée du prince Bagration , que le général Barclay de ToUy supposait avoir percé sur Orcha.

Quoique la joDCtion des deux années n'eût pas encore été opérée, le général Barday d« ToUy se vit obligé de livrer pluùeurs combats sous Wilebsk; engagements qui turent nécessités par les circonstances , et que ces mêmes circonstances excusent complètement

Il livra, le 13— 2S juillet, le combat d'Ostrowno , pour protéger la marche des parcs de munitions et des pontons qui filaient sur sa droite , et pour donner au 6* corps , qui avait été laissé k Polotzk , le temps de le rejoindre.

Celui du 1 4 — 26 , près de l'auberge de Peozonka, pour recueillir le corps du comte O^ lerman.

Dans l'espérance de ne trouver k Witebsk qu'une partie des troupes françaises qui se dirigeaient sur cette ville, le général Barclay de Tolly avait eu le dessein de livrer une bataille décisive; mais un courrier dépéché par le prince Bagration ayant apporté une nouvdle avérée sur la marohe de la deuxième armée, lit échouer ce projet.

D'ailleurs, i quoi une bataille livrée sous les murs de Witebsk, aurait-elle pu mener T Que le prince Bagration fût parvenu à péo^ trer sur Orcha ou non, un engagement général de la promièro armée était toujours hors de saison. Supposant que la deuxième armée ait occupé Orcha , tandis que la première était à Witebsk, alors rien ne pouvant s'opposer à

DE LA GUERRE DE lSi3.

leur jonction , qui se serait effectuée par no mouvement rétrograde sur Smolensk, pourquoi donc livrer bataille avant d'avoir rétabli l'équilibre des forces physiques? Dans la secoitde hypothèse, un engagement général était d'autant pins inutile , qu'en supposant même que le général Barclay de Tolly parvint à renn porter une victoire complète , à quoi cette victoire pouvait-elle lui être utile (i) f Les ennemis ayant prévenu le prince Bagration à Or^ cfaa, le général Barclay de Tolty pouvail-il poursuivre son succès, et ne risquait-il pas, en prenant l'offensive du côté de WiLebsk, d'éLrecoupé de Smolensk par les corps des généraux Davoust, prince Poniatowsky , Vandamme et Grouchy, dont le total montait à plus de 90,000 hommes. Ces troupes n'étaientelles pas plus que suffisantes pour s'opposer i toutes les tentatives du prince de Bagration qai, comme le général Barclay de Tolly, ne pouvait pas l'ignorer, ne disposait que d'une Ibrce de 40,000 hommes sous les armes, pour s'emparer même de Smolensk, ou en poussant vivement sur Liosna ou Roudnia , d'inquiéter, du moins fortement, le mouvement rétrograde de la première armée f

Jonction de» deux armiti mue*. — Le cour^ rier dont j'ai fait mention, apporta \ Witebsk, des nouvelles de la deuxième armée. Ayant appris qu'elle n'avait pn percer par Mohllev sur Orcha, mais qu'elle se dirigeait parMstislav sur Smolensk, le général Barclay de Tolly se hAta de reporter son armée soas les murs de Smolensk. Il abandonna donc Witebsk le 18— 27 juillet, et arriva le 20 juillet— l"aoAt à Smolensk; le prince Bagration s'y rendit le 2Ï juillet — 5 août

Après des marches aussi pénibles que difficiles , ayant à lutter contre deux armées dont

(i) Le marquis de Cbambray, en discutant sur ce sujet (tom. l",pag. 336,3' édi(ion),IoiD'd'appuj«ru8 aaserlions sur quelques raisaniiciiicnU sdentiBqnM, seuls arbitres de pareillei diicuswons, n'a pris pour gnideqne le caleuldesrorces matérielles, et s'est trouvé en peine de décider ce que, dans l'hjpothèse d'une bataille livrée i Witebsk, l'année russe aurait pu opposer i la garde impériale française. Je crois devoir satlalaire à sa cnriodtt , en lui répondant, qu'on lui aurait opposé le noyau de eea mêmes troupes dont, à la bataille de Polotik, Z escadrons oat suffi pour vaiDcre un r^- ■cat de cavalerie (rantaise tX enlever 15 pièce* de

l'une le poursuivait, tandis que l'autre loi coupait ses lignes de retraite , le prince Bagration parvînt enfin à sauver son armée. C'est cerUinement au courage exemplaire, à la fermeté inébranlable et à la sagacité qu'il a déployés dans sa retraite, que la Russie doit l'équilibre qui se rétablit entre les armées belligérantes, et qui fut le précurseur des succès éclatants que les Russes remportèrent plus tard. La postérité impartiale ne balancera pas sans doute un moment, en ne jugeant même le prince Bagration que par ses dernières actions, de le mettre au rang des généraux les plus distingués des temps modenies, et sa retraite, pendant la campagne de 1812, au rang des plus beaux faits d'armes que l'histoire puisse citer dans ce genre.

Sans vouloir rien ravir au général Morean de l'éclat de sa haute réputation , qu'il me soit permis de demander ce que cette retraite, en 1796 , qui immortalisa le vainqueur de Hohenlinden, avait de plus beau que celle du prince Bagration en 1812T Je crois même, qu'eu suivant attentivement les chances désavantageuses auxquelles les deux généraux se trouvèrent exposées, le militaire impartial avouera francbementque lesdilBcuttés que le prince Bagration fut obligé de vaincre, étaient bien plus grandes que celles auxquelles l'armée du Rbinet-Moselle était exposée, et, par conséquent, le rêle de l'un était bien plus difficile que cdui de l'autre.

La cession du fort de Kehl avait diminué de beaucoup les forces que l'archiduc Charies se jiroposail de lancer à dos du général Moreau; ce dernier n'était poursuivi que par des forces bien inférieures aux siennes (i) ; et la victoire complète qu'il remporta à Biberach.deuxavantages d'une conséquencemajeurepourrésullat:

canon. Le noyau de ces mêmes IroiqKs, dont quelques régiments ont suffi , i Culm , pour battre et forcer un corps fruifals de 30,000 hommes 1 mettre bas les

Au reste, ajant salisfikit i la curiowté du marquis de ChambraT.je veux bien avouer que son ignorance ï ce sujet peutttreeicusable; car, comme artilleur, il n'a jamais été dans le cas de croiser ta baïonnette avec les troupes rosses.

(i) Le général Moreau avait 40,000 hommes sons In armes, tandis que le général Latour n'en avait que - S0,00O.

CONSIDËRATIONS SUR LES OPÉRATIONS

l'EUeledëbarrassadereonemiquilepour- ' suivait, lequel, après celte défaite, n'osa plus le saivre que de loin ;

i" Il se trouva assez fort pour lutter contre les troupes des généraux Petrasch et Nauendorf, combinées avec celles de l'archiduc, dont les positions isolées lui permirent de continuer sa retraite, à travers Neustadt et la forêt Noire, sans avoii' la moindre inquiétude pour ses communications avec le Rhin.

Le prince Bagration, au contraire, se trouvant entre deux armées qui marchaient en masse, dont la force de chacune était ponr le moins égale à la sienne , pouvait tout perdre à la suite du moindre mouvement mal calculé.

Opéraliomdttcorptducomtede Wittgetutetn.

— Sur leur droite, les Russes ont été plus heureux : le comte Wittgenslein , en marchant de victoire en victoire, parvint, avec son faible corps, non-seulement à arrêter tes tentatives de l'ennemi sur Pétersbourg , mais aprèsl'avoir Torcé à se renfermer dans l'enceinte de Polotzk, paralysa tout à Tait ses opérations offensives.

Ayant franchi la Duna à Drouïa, oii il fut renforcé par le détachement du prince Repnîn, le comte Wtttgenstein, après avoir manœuvré conjointement avec la première armée, fut enfin abandonné à ses propres forces an moment où le général Barclay de ToUy évacua le camp de Drissa. Il reçut l'ordre de couvrir la route de Pélersboui^. Sa ligne d'opérations fut désignée parSébège, Pskovet Novgorod. Son corps necomptaitque 95,000 hommes sous les armes. Ayant entrepris une opération sur la rive gauche de la Duna, qui devait le conduire à dos de ses ennemis, le comte de Wittgenstein s'était porté vers Drouïa; mais il fut bientôt interrompu dans son mouvement par la nou- Telle de l'arrivée du maréchal Oudinot à Polotzk. Celui-ci , après avoir démoli les fortifications du camp retranché de Drissa, remonta la Duna , laissa une division d'infanterie ( Herle) et une brigade de cavalerie légère à Disna, et occupa Polotzk le 14 — 36 juillet.

(i) Du nombre des troupES qui croisèrent effecUveiiKiil leurs annes avec l'enDemi k ce combat , furent les 23*, 34*. 3S' et 96' de chasseurs ; les régiments de llgiiede PeriH.llobUev, Sevok.Ealougailes balailloni deréHrvedesgreiiadien du Corps, de la Taurida, de Ekatérinoslav, de Patlonk , du' comte Araktchtiev , de

Accompagné de deux divisions d'infïnlnie (généraux L^rand et Verdier), d'une divisioo de cuirassiers ^néral Doumerc), et d'une brigade de cavalerie légère, le maréchal Oadiiiot prononça son mouvement oifensif sur la route de Pétersbourg vers Sébège.

Pendant que le comte de Wittgenstein, qaî se hâtait de revenir sur ses pas, se dirigeait par Kokhanovo et Katérinovo, pour r^agner la grande communication de Polotzk à Sébège, le maréchal Oudmot eut le temps de venir lui en barrer le chemin en s'étabÛssant à Kliastitzy , embranchement des rontes de Séb^ et de Kt^hanovo.

Instruit aussi de la tentative de MMdonald, qui s'était porté vers Jacobstadt, de vouloir franchir la Duna, pour combiner ses opérations sur la rive droite de ce fleuve , avec celles du maréchal Oudinot, le comte de Wittgenstein ne balança pas un moment de profiter de sa position centrale, et résolut d'attaquer Oudinot dans sa position de Kliastitzy.

BataiUe de £/i(utiUy.— La bataille de Kliastitzy est un fait d'armes superbe, qui fait te plus grand honneur au chef qui y commandait, et aux troupes rosses qui y ont pris part Celte lutte peut être envisagée comme le produit de la hardiesse, du génie, et d'une valeur exemplaire : Awiacei fortuna juvat. Avec 26 bataillons, 8 escadrons et 6 compagnies et demie d'artillerie, ce qui ne pouvait présenter tout au plus qu'un total de 16,500 hommes acUf^, le comte de Wittgenslein remporta une victoire complète sur une année dont les forces excédaient les siennes de près de la moitié (\). La victoire cependant ne resta pas un moment indécise , et l'ennemi , déposté de toutes ses positions, se replia bientAt sur Polotzk.

Tous les avantages de la position, comme bois et hauteurs, étaient cependant en faveur des Français ; mais les taillis ont été mal gardés et mal défendus, les élévations peu disputées.

Rien n'avait échappé au coup d'ceO péné-

Saint-Ptlersbeiirg ; ceui rtaois de la S* et 14* dividoB», etdN tl* et36'deeba3wnrs;ler<fiiDeDtd«bB»anb de Grodoo, H les compagnies d'artillerie légère, 9 et ST; de position , S et 37, et 6 pièces du 3S, ainsi que deoi compagnies d'artillerie i eheval, 1 et 3.

DE lA GUERRE DE 1812.

iraot du comte de WUlgrasteiD , pour rendre la victoire complële. Ayantune posîtion parallèle à la grande nmte de Polobk, seule retraite desennemis, tandis qu'il les pressait en front, il chercha à les tourner par sa droite , afin de les gêner dans leur monrement rétrograde. Il dirigea les régiments de Kalonga et le 24' de chasseurs, qui, dépostant les ennemis dn bois qui couvrait leur gauche, se rapprochaient toujours de la grande route de Polotzk. Cette brigade parvint enGn k triompher de ses ennemis; mais les Français, ayant franchi à gné la Nichtcba.et ayant eu le temps de couronner les hauteurs de la route opposée, cette brigade ne put venir sur la grande route qu'au moment où les ennemis traversaient la plaine derrière Klissiîtzy et se perdaient dans les bois (i).

Il est difficile de se rendre compte des raisons qui portèrent le général Oudioot à ne prononcer son mouvement offensif qu'avec 5 divisions et une brigade de cavalerie légère. Il aurait bien pu marcher concentriquemcDt avec la division Herie , en ordonnant à celle-ci de se porter par LosovVa sur Sivoscbino où la jonction se serait faite. Hais alors il possédait l'avantage d'avoir toutes ses troupes à sa disposition, et il est probable que le comte Wittgenstein aurait succombé à des forces aussi nombreuses. La position devenait très-critique, car, rejeté de nouveau sur Jakoubovo et Katérinovo, il n'avait d'autre moyen , pour reprendre ses communications avec Sébège.quede rabattre avec promptitude sur Osvel^; mais le général Oudinot avait beaucoup moins de chemin à faire pour le prévenir snr la ligne d'opérations principale k Lissinkovo. C'est sur cepointqu'auraitdù avoir lieu le second acle de la bataille de Kliastîtzy, où le général Oudinot aurait eu tout autant de chances en sa faveur qu'à la journée de Kliaslitzy, et cette fois-ci vaincu, le comte Wittgenstein se serait trouvé rejeté sur Lutrin I et tout à (ait en sens contraire de sa ligne d'opérations.

(0 J'ai vu RMi-mCmt l'arrière-garde rrancaise dispanitre dans l«s taillis, et la brigid« nu» arriva sur la grande route, même avant la cavalerie légère du giofnl Kouloev, qui parvint eepeadaat à m rendre mat- Iretse det tmgagei du général Oudinot, ce qui pronve que, parvenue une heure ^us lAI, la brigade tournante

Le lendemain, 20 juillet — l^août, la chance de succès avait cependant manqué de tourner an désavantage des Russes, et de flétrir ce beau laurier que le comte de Wittgenstein venait de cueillir la veille. Les généraux Sazonov et Koulnev , ayant été envoyés à la poursuite des troupes rétrogradantes, prisèrent mal le terrain qu'ib parcouraient, ainsi que les positions désavantageuses qu'un défilé continu leur offrait , s'opiniàlrërent à franchir la Drissa, et furent ramenés dans un assez grand désordre au delà du fleuve. Le comte Wittgenstein accourut avec le reste de ses troupes, rétablit bientôt le combat , et finit la journée par une nouvelle victoire. Mais il reçut un coup de feu à la tête , ce qui l'obligea , quelques jours plus lard , de quitter le corps.

Débarrassé pour quelques temps des tentatives de l'un de ses adversaires , le comte de Wittgenstein résolut de profiter de ce temps de relâche pour chercher à accabler la partie des troupes de l'autre, qui se trouvait près de Duoaboiirg.

n fila donc de nouveau vers Dranïa , et se préparait à franchir la Duna, lorsqu'il fut averti d'un nouveau mouvement olfenaif du maréchal Oudinot sur le chemin de Polotzk à Drissa. Le général français venait d'être renforoé par les 19' et SO" divisions, composées de troupes bavaroises, qui se trouvaient aous les ordres du général Saint-Cyr (i). Cette nouvelle paralysa l'exécution du projet du comte de Wittgenstein , qui se vit obligé de revenir sans délai reprendre ses communications avec Sébège et Pétersboui^. Il 61a par sa gauche vers Kokanoriczy, et les troupesyarrivèrentau moment où l'avaot-garde ennemie avait occupé la rivedrottede laSvolna.Le corps de bataille élaitrestésur la rive gauche; la réserve, composée du corps bavarois , au couvent de Wolyntzy.

C'est pendant cette marche vers Kokanoviczy que le comte de Wittgenstein fut obligé de quitter son corps. Ce fut un accident extrêmement fâcheux.

aurait l>eaueonp gêné la retraite des cDuemis, d'autant plua que la route est tracée parallèlement i un twis qui borde la rive gauche de la Nichtcha, et qnl n'est qu'i une petite portée de ttasîl dn chemin.

(i) Le général Mlnl-Crr arriva k Polotik le SS juillet — « aodt

Les FrançaiB furent attaqués, et, afirès avoir fait de vains elTorls pour se soutenirsur la rive droite de Svdna, leur avant-^arde. fut obligée de céder le champ de bataille à ses adversaires.

CoTtsidérationt. — L'engagement près de Svolna, peut élre envisagé sons deux rapports différeots, stratégique et tactique, comme uoe faute.

En arrivant à KokaDoviczy, le général commandant les troupes russes pouvait, à la faveur des replis de sa position, embrasser d'un coup d'<£il celle des ennemis, sur les deui rives de la Svolna. Les vices de cette position étaient palpables. L'ennemi n'avait osé fraodiir la Svolna qu'avec une partie de ses troupes; le corps russe , au contraire , était en masse près de Kokanoviczy, caché derrière les sinuosités du terrain, qui se trouvent en avant du château. Au lie» de tomber à corps perdu sur les ennemis qui avaient un fleuve à dos, dont les rivages escarpés et peu de points de passage rendaient la retraite très-difficile, et qui n'auraient pas pu résister à l'élan des forces supérieures des Russes, on perdît un temps ^récieux en vaines délibérations , dont le résultat fut cependant l'attaque dont j'ai parlé. Hais cette attaque n'a pas été aussi décisive qu'elle aurait dû l'être, et l'avant-garde ennemie parvintà regagner-la rive gauche de la rivière, où elle fut recueillie par le gros du corps qui avait couronné les hauteurs.

Sous le rapport stratégique , ce combat a été inutile, et ne pouvait servir à rien. Le but des grandes opérations était Polotzk : c'est donc vers ce but qu'on dev.ait tourner les yeux. La position des Français, sur la rive gauche de la Svolna, était tellement forte, qu'ils pouvaient la défendre avec un avantage marqué .jusqu'au moment où la fantaisie leur fût venue de l'abandonner. L'attaque en front était une chose impossible. Les Russes avaient une rivière non

(i) Après la jonction du corps bavtrois, le marquis de Cbambrajr n'actorde au mardehal Oudinat que i!i,000 hommei,cei[ui e«tdifflcilei croire. Lecorpidugioéral Saint-C]rr,compos£dcsdeuidivisioiudeWredeetDeroj, d'après le tableau syDopti[[ue présenté k la fin du 1" Tolurae, montait à 33,328 haimnes. SuppoMnt que l« géninl S>int-C;r n'ait amené que 30,000 bommea, eonimtnt peul-on supposer que le S' corps , lequel an

CONSIDERATIONS SUR LES OPÉRA'nONS

guéable à franchir, une position formidable sur la rive gauche à forcer, et un corps d'année beaucoup plus nombreux à combattre (i).

11 n'y avait qu'un mouvement de conversion qui pouvait nous la livrer ; cette conversion ne pouvait se faire que par notre gauche , afin de manœuvrer dans la proximité de notre ligne d'opérations naturelle de PoloUk, par Sébège sur Pskov. Voici le mouvement que le corps russe aurait pu faire :

Arrivé à Kokanoviczy, le général commaiH dant les troupes russes pouvait laire avancer une petite avant-garde sur les hauteurs devant | le château, position assez forte , et que l'en- j nemi , ignorant nos forces sur ce point , n'aurait pas tenté d'attaquer franchement, surtout dans une position aussi désavantageuse que celle qu'il occupait sur la rive droite. Cette avant-garde aurait servi de rideau au mouvement stratégique de conversion , lequel aurait dû s'effectuer par la gauche, en poussant de Kokanoviczy sur Sokolichtchy, et de là sur Polotzk. Les Russes auraient trouvé cette ville sans défense , et elle tombait indubitablement en leur pouvoir. Les renseignements que j'ai eu l'occasion de prendre plus tard des bâbitants de la contrée, sur les distances et l'état des routes, m'ont convaincu de la justesse de mon calcul.

La distance de la route qui, de Kokanovicay, par Sokolichtchy, mène à Polotzk, ne diffère de celle qui, de Svolna mène par Camselevo, à la même ville, que de 4 à 5 kilomètres. La route qui, de Kokanoviczy mène à Sokolichtchy, coupe aussi le vallon de la Svolna dans des endroits où elle est déjà guéable, et n'offre aucune difficulté pour la franchir.

Le monvementde conversion ayant été commencé pendant que notre avanl^arde aurait tenu l'ennemi en suspens sur nos vraies intentions, l'opération aurait été achevée bien

commCDCement des hostililés avait , d'après ia tablean du marquis de Cbambray lui-même, 5i,SS9 ranUasias, et en j comptant la division de cuirassiers de Donmerc, au moins 7,000 sabres, pu, après une Mule bataille dans laquelle la perte n'a pas éti éDormèment grande, Etre réduit à 15,000 hommes présents sons les annesT Le corps du comte Wlltgenstein avait tout an plus 30,000

DE lA GUERRE DE 1613.

svaat qne rcnnenii ne pAl se rapprocher de INrfotik.

Ce momement, aossi facile qu'avantageux , ne présenbit ancuo danger pour le général commandant tes troopes russes. Parvenu à Sokolîchtdiy, il revenait sur sa ligne d'opératioas nalnrelle, et supposant même (sans qu'il y ait une seule (diance de probabilité en faveur de la supposition) que le maréchal Oudinot parvint à gagner Polotzk avan t les Russes , les deux généraux commandants seraient revenns dans le même état dans lequel les corps belligérants se sont trouvés apr^ la bataille de Kliastitzy. L'opération rëusissait - elle (i), les avantages étaient incalculables; il ne restait au général français, dans celte occurrence, qu'un seul parti à proidre, c'est celui de repassa' sur la rive gauche de la Duoa , en la Eranebissant à Disna , pour venir, aussitAt que possible, s'opposer aux mouvements offensib que les Russes, maîtres de Polotik, pouvaient enti<e{M«iidre sur la rive gauche de la Duna.

L'avant-garde russe laissée sur la Svolna, ne courait aussi aucun risque ; car si les ennemis, asseï imprudents pour négliger l'objet principal des opérations, s'abandonnant ànnmoaveaient offensif aussi peu avantageux qu'intempestif, attaquaient notre avant-garde , sans recevoir un combat désavantageux , elle se serait repliée en toute sécurité par la route que le gros du corps lui aurait d^i frayée.

L'abandon subit de la position formidable que le maréchal Oudinot occupait sur la rive gauchit.de la Svolna, où il disposait de forces physiques bien supérieures à celles du corps russe, poor se rapprocher de Polotik, fait màne présumer qu'il avait appréhendé ce mouvement de conversion stratégique de la part du général commandant les trçapes russes; car, comme je l'ai d^a observé plus haut, jamais la position ennemie n'aurait pu être totcée de front.

Quant anx mouvements du maréchal Oudinot , ils trahissent une sorte d'hésitation dans ses opératîonB. Renforcépar les deux divisions bavaroises , supposant même , comme nous l'avance le marquis de Chambny, qu'il n'eât que 35,000 hommes sous les armes, quel but

(i) CMnme fl n'y a anmo douta.

(s) J'ai eu l'oecashia de ip'n comf ncn i la bataille

stralégiqueson mouvement de flanc vers Drissa pouvait-il avoirf La ligne d'opérations des Russes venait d'être dégarnie, pourquoi donc ne pas tenter une seconde fois de marcher vera un but aussi avantageux, que celui de couper ses ennemis de SébègeT

Le corps du général Saint-Cyr arriva le 2S juillet — 6 aoAl; en lui accordant d<»ic le temps nécessaire pour le repos, il pouvait entraprendre son opération sur Séb^ le S8 juillet—9 aoôt. Le comte de Wittgenstein se trouvait alora k DrouTa. En apprenant le mouvement itératif des ennemis, il serait volé i leur rencontre , et une nouvelle bataille pouvait seule le sauver de cette nouvelle crise. Hais le maréchal Oudinot n'avait-il pas les forces physiques en sa faveur? Il venait d'être renforcé par 2 divisions de troupes fraîches, l>ienaguerries,et d'un courage exemplaire {■). Les chances du succès auraient donc été pour lui. L'inutilité de son mouvement sur Wolyntzy, ne peut mieux se démontrer que par sa prompte retraite vers le point d'où il était parti. Le général Oudinot revint à Polotek le 1—16 août.

Le 3 — 14 août, le comte Wittgenstein, rétabli de sa blessure, rejoignit son corps.

Première balaiUe de Polottk, — U poussa vivement vers Pololik, et bloqua la viHe sur la rive droite; maisla position qu'il fit prendre i son corps n'était pas sans défauts. Les troupes se trouvaient sous le feu meurtrier de l'artillerie delà ville, il sentit même le vice d'un emplacement pareil, et se proposa de les faire replier au delà du défilé. La réserve avait déjà commencé son mouvement rétrograde vers Gamselevu, lorsqu'il fut brusquement attaqué par le général Saiat-Cyr, qui venait de succéder au maréchal Oudinot, qui fut blessé la veille.

C'est sous la protection d'une formidable artillerie que les troupes ennemies effectuèrent leur passage au delà de la Palota. Le 6 — 18 août, le général Saint-Cyr attaqua à peu près à l'improviste, avec une vigueur et avec un ensemble de mouvements dignes des plus grands éloges. L'attaque la plus vigoureuse du général Saiat-Cyr fut dirigée, et avec raison, contre

d« Pololzk, etjepDlsdirequgrinrinteriebaTarotseMt HK At9 phn bmvndel'Enrope.

dbyGoOt^lc

C0SSIDÉR\T10>S SUR LES OPÉRATIONS

la ferme de PreRniénitza ; car U possesHion de ce poste le menait dans le flanc gauche des troupes du centre. Cette attaque fui faite par les divisions bavaroises de Wrede et Deroy. Malgré le feu meurtrier croisé de cartouches à balles, avec lequel notre artillerie reçut ces S divisions, elles se portèrent sur noire gauche, qui malheureusement n'était pas assez fortement gardée, avec one impétuosité qu'on peut sans doute égaler, mats qu'il est difficile de surpasser. Les ennemis étaient, sur ce point, sans doute deux contre un : aussi malgré le courage exemplaire des troupes qui y défendaient le terrain, les Russes furent forcés de se replier.

Maître de Prcsménitza, le général tiaint-Cyr eut alors toutes les chances de succès en sa faveur. Le simple mouvement en front des Bavarois, les menaient à dos du centre. Tout mouvement offensif des Russes vers la Polola, fut aussi Idt paralysé.

Le centre du corps russe avait non-seulement résisté avec fermeté aux altaques réitérées des ennemis, il parvînt même à gagner du terrain. Le régiment des cuirassiers réunis de la garde impériale, fit des prodiges de valeur. Cet échantillon de l'élite de l'armée russe ofiWl, aux yeux de leurs compagnons d'armes, le plus beau spectacle qu'une troupe, dont la détermination passe les bornes de l'ordinaire, puisse offrir. Il aurait été difficile de décerner la couronne au plus brave, ils combattirent tous comme des héros. Après avoir culbuté une colonne d'infanterie, enlevé 15 pièces de canon, et mis en fuite un régiment de chasseurs à cheval ennemi, deux de ces escadrons s'avancèrent même bien en avant vers la Pointa , et frayaient ainsi le chemin de la victoire aux troupes du centre , auquel ce régiment appartenait. On fut cependant obligé de suspendre leurs efforts; la ferme de Presmënitza était tombée au pouvoir des ennemis, la retraite du centre et de la droite devenait donc indispensable. Après avoir effectué leur retraite, les troupes se rassemblèrent, vers les 9 heures du soir, à Gamselevo.

Les bois qui se trouvent entre les routes de Nével et de Sébège, arrêtèrent la poursuite des ennemis. Ne voulant pas s'engager dans des taillis épais, n'oSVant que peu de voies sàres , le général Saint-Cyr, n'osa poursuivre ses

succès sur son flanc droit, poursuite qui pouvait cependant lui rapporter de nombreux avantages. Cest h la lisière de ce bois que le feu fut interrompu, comme par une puissance magique. Après un feu des plus meurtrins, an moment où les Russes pénétrèrent dans les défilés, on n'entendit presque plus un seul coup de fusil.

La France a été redevable de ce beau fait d'armes au caractère de décision quele général Sainl-Cyr y a déployé , et en grande partie il la participation conrageuse et déterminée des deux divisions bavaroises. La ferme de Presménilza était la ctéf de la position russe, et ce sont les généraux Wrede et Deroy qui s'en rendirent maîtres.

Cette lutte interronipit pendant deux mois entiers les hostilités entre ces deux corps. Le comte Wiltgenstein seretira derrière la Drissa, dont il fit fortifier les approches, et rés(dut d'y attendre les secours qui devaient lui venir de Pétersbourg. Son avant-garde prit position à Béloé. Le général Saint-Cyr, de son càté, étant rentré dans Polotxk, s'occupa des fortiCcati<Mis de cette ville.

Opérationt de textrénu droite de» ituws, lur la batte Duna. — Sur l'extrême droite des Russes, malgré la supériorité marquée des Français, qui y avaient rassemblé un corps de 3â,S00 hommes, tandisqneles Russesn'eu avaient pas la moitié i leur opposer, les opérations ne présentent aucun caractère de décision ni de gravité. Le maréchal Hacdonald, après s'être approché des rives de la Duna, pris possession de Jacobstadt , et envoyé le général Gravert vers Htttau et Eckan , parut un moment vouloir lier soi opérations sur la rive droite de la Duna, avec celles du maréchal Oudinot; mais malgré toutes les chances favorables qui se pr^ntèrent à lui, il se contenta de n'opérer que sur la rive gaudie du fleuve.

En laissant le général Gravert, avec le corps prussien, devant Riga, le maré<^al Macdonald aurait pourvu suffisamment à l'inveslissement complet de la place. Accompagné de la division Grand-Jean, il pouvait se porter en toute sécurité, du moins jusqu'à Lntiin, d'oîi il lui était facile de pousser tantôt sur Sébège, tantôt sur Opotobka, et même inquiéter Ostrov. Cette posiUon imposante, dans le flanc de la

ligne d'opérations du comte Wittgeosleio, n^anrail pas manqué de paralyser les opérations ofTeBsives de ce dimier sur Polotzk ; car plus il se sarait rapproché de la Duna et de celte ville, dont la possession éuit Iv but primilir de ses opérations, plus les mouYenients offensifs du maréchal Hacdonald auraienl acquis de sûreté et d'avantage.

Le comte Wiltgenstein aurait été obligé de diriger un détachemeut équivalent en force à la division Grand-Jean, qui était renforcée par le régiment de hussards prussien n° I ; et alon, que de chances favorables une dissémination pareille n'aurait-elle pas offerte au maréchal Oudinot?

Ge mouvement offensif du maréchal Macdo* nald aurait pu aisément forcer le comte de Wittgenstein , qui était trop faible pour pouvoir disséminer ses forces en détachements d'observation, de se replier même jusqu'à Opotchka, de se couvrir par la ligne de la Vélikaia, et y poursuivre ses opérations , enoccu- |>aot une position centrale. Hais alors la corrélation entre les opérations des deux généraux ennemis n'aurait pas manqué de s'établir, et toutes les chances du succès auraient été en laveur des Francis.

Maîtres de Séb^e, la ligne de la Vélikala , jusqu'à Oslrov, se présente perpendiculaireraent an mouvement en front de la droite des Français, tandis que la gauche, en poussant de Lutiin sur Oslrov, forçait les Russes à se replier jusqu'à ce point. Ce n'est à peu près qu'à Ostrov, que les oscillations de la Vélikaïa présentent.une position défensive avantageuse, en forçant les ennemis à la forcer de front, et où le comte de Wittgenstein , en appuyant sa droite à la Scbtchénitz, couvrant son front par la Vélikaïa , et sa gauche pa^ l'occupation de la station de Sinskaîa, aurait pu disputer ce terrain avec quelqu'avantage.

Toutes ces chances de succès furent paralysées par la mollesse des mouvements du ma-

(i) Le capitaine Becker, témoin acttrdu eoniIwt,Dous a lirriniMdtscripliun trift-détailléeetlrèii-intérf^anle de ce combat, qu'il a fait suivre par la relation circon- (tanciée que le général Tormassor a préunttc h S. H. l'empereur Alexandre. Le parallèle qu'on peut établir cotre lea deui bulletîas, facilite beaucoup la connala- •aace des vrai* inouveoieiits et la recherche des causes ({ai aaMoirent un si brillant rtiullaL Le lecteur peut •

réchal Hacdonald. Les engagements dans cette section Je la spère d'opérations du nord, pendant la première époque de la campagne, se bornèrent aux escarmouches d'Eckau et de Grafeutbal.

Opératiotu de l'extrime gaucke det Ruues, en Volhynie. — Sur l'extrême gauche, les opérations comme ocèrent par le passage de l'armée du général Tormassov, de la sphère d'opérations du midi, dans celle du nord, en franchissant la barrière des marais du Pripet, du cAté de Brest- Litovskoy et de Kobrin. Le préliminaire de ces opérations fut le combat de Kobrin, où on força la brigade d'infanterie saxonne, commandée par le générai Klengel, de mettre bas les armes (i).

Après cette défaite , les deux généraux prince de Schwanenberg et Régnier réunirent leurs corps , en prenant l'oETensive , avancèrent hardiment contre le général Tormassov. Les deux armées se choquèrent à Gorodeczno, entre Proujany et Kobrin. La victoire fut valeureusement dispntée pendant toute une journée, sans qu'elle se décidât positivement en faveur de l'un ou de l'autre parti. Le mouvement de flanc à la Frédéric II (>) , que le général Ré- . gnier exécuta par sa droite , ne produisit aucun résultat décisif, car la défense fut aussi prompte et bien exécutée, que l'attaque était bien conçue.

Cette attaque aurait pu avoir des suites funestes pour les Russes; mais il aurait fallu y mettre plus de promptitude. La faute qu'on peut reprocher au général Régnier, c'est de ne pas avoir pressé ses mouvements offensifs. Dans des cas pareils à celui où se trouvait le général français, la célérité des mouvements, en ravissant à l'adversaire les moyens de parer le coup fatal , peut seule décider de la victoire.

La précision avec laquelle le changement de ftoMi de la gauche en arrière, que l'armée russe y exécuta , fut fait, dérangea le plan d'at-

aatisbire sa curiosité daœ le journal périodii(ue allemand, inlilulë ; ETivgigetchicMiehc nnd kringnuit- »eiucha[tliekt monographian , toni. i".

(«) Ce moureineni est absolumenl le même que celui queFrédtfic-le-GrandrouJutfaireexécuteri son année à Kollln; mail qui n'en fait pas moins honneur au général négnier, qui a «u l'adapter au tetrain et i la circoDstancc.

COiNSU^RATlONS SUR LES OPÉRATIONS

taque des eoneinu. et prouve tout autant en faveur du chef qui l'ordonna , qu'en faveur des tMupes qui l'exécutant. C'est une de ces batailles dont le résultat devait ra[^>orter de grands avantages pour le parti qui devait remporter la victoire. Halfaenreusemeot le géoéral

Tormassow était trop bible pour en avoir les chances en aa faveur; il (Vit obligé de repaaeer les marais du Prîpet, se relira jusqu'à Loutx, et prît position sur la rive droite do Styr, intentionné d'y attendre l'arrivée de l'armée de Moldavie.

DE lA GUQtRE DE 18».

Page 1