‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 7 sur 95 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Depuis que le inonde eiisle, les hommes se

TooL la guerre; les plus antiques souvenirs sont les interprètes de cette vérité. Dès qu'on s'est convaincu que la base de la science de la guerre n'était pas le seul choc furieux des masses belligérantes, et qu'on a découvert d'autres principes que ceux delà tactique, à Taide desquels on parvenait souvent à de grands résultats, tout CD niénageanl le sang des bomines, ces principes furent médités, approfondis, développés et ramenés, autant que les éléments du sujet l'ont permis, à une doctrine systématique, que les sciences |)réparatoires ont consolidée et que l'expérience a cherché à épurer, en s'appliquant i'anéantir les abus et les écarts.

Cette science , que nous nommons tiralégie , a été néanmoins, pendant un long espace de temps, livrée aox données hasardeuses et peu positivesde la simple idéologie. C'était un domain« chanceux , où souvent , l'esprit guidé )iar son inspiration ou ses écarts, s'éloignait des vrais éléments parl'ignorance de leurs principes. Les auteurs militaires craignaient-ils de restreindre les élans de leur imagination expansive , et prérératcnt-ils les prestiges brillants de l'idéologie anx recherches froides et i que revendiquait une science aussi « que la slralcgie.

Après beaufHiup de temps et demédîtations, une grande partie de ses règles fut développée et approfondie; mais elle tomba alors dans uo

autre défaut non moins vicieux , celui de ne nous offrir qu'un chaos de principes épars, dans lequel ses parties immuables se mêlaient aux dogmes hypothétiques des éléments variables. Ce mode vicieux s'est maintenu pendant quelque temps , et cette série de principes qui n'était encore qu'une nomenclature assez embrouillée des lois de la stratégie , avait jeté un jour défavorable surcetle science.

Des règles dt^matjquement établies devaient nécessairement être la base de ce grand édifice , cl ce n'est qu'après avoir bien observé les propriétés de la surface du globe , qu'on pût procéder à la recherche des vrais principes de la stratégie. Ce sont justement les développements des rapports intimes qui existent entre cette science et la g<K)graphie militaire, qui ont échappé à l'invesligation de Bulow, dont l'ouvrage néanmoins parle d'une manière positive en faveur d'une imagination fertile et créatrice. Il crut pouvoir en faire un code indépendant en lui accordant cependant une tendance plutôt mathématique que géographique. Il voulut ramoner tous les principes strat^iques aux propriétés des lignes cl des triangles, et se laissa enti-aincr dans des écarts qui servirent au développement de celte partie de l'art militaire.

L'application des règles qu'il avait émise ayant mené à de faux résultats , prouva que Bulow était parti d'un faux principe. L'ana-

Ihëme AU pronoocé sur l'auteur el sur ton ouvrage ; mais eut-oo raison ou tort de lo condamner an lieu de le soutenirT Ne valait-il pas mieux lui démontrer, d'une manière péremptoire, que les principes de la stratégie sont basés, non sur les lignes qu'on peut tracer sur la carie , mais sur les propriétés intrinsèques du terrain où on se propose de manœuvrer? Peut^lre serait-il revenu de ses erreurs? Et qui sait s'il n'eût pas fait faire k cette science de grands et salutaires progrès?

J'ai trouvé dans l'ouvrage de H. Bulow plusieurs grandes vérités qui m'ont guidé à en rechercher d'autres. Je n'ai pas cru cependant, i l'instar de ce savant, devoir ramener tous les principes de la stratégie à des lignes et des triangles, mais je me sub appliqué k en consolider les rifles eo les basant sur les propriétés du terrain. Les guerres auxquelles j'ai pris part en 1812, 13 et Ji, et plus tard en 1839, m'ont guidé dans mes recherches. En m'appuyanl sur mon expérience , j'ai tâché surtout de séparer les élémeoU invariables de la partie hypothétique; et pour mieux connaître le mode qui doit nous guider dans l'étude de la stratégie, et simplifier les moyens de saisir avec justesse les caractères héLérc^ènes de ses difi&enles parties, j'ai partagé cette science en deux systèmes dont les dénominations dérivent des éléments qui en forment la base. L'un est le tyttème géographique, car ses principes sont fondés, en grande partie, sur les objets immuables que nous trouvons sur la surface du globe; l'autre est le tgtlème opératif, qui ne s'occupe que des grandes opérations des armées. C'est pourquoi, après l'analyse des objets primitifs qui forment la partie théorique de la stratégie, je suis passé aux éléments d'un ordre moins stable et par conséquent d'une combinaison plus compliquée.

Ayant cru reconnaître un caractère synthé-

tique dans le premier, j'ai cherché, autant que possible, de lui rester fidèle, et, pour pouvoir mieux saisir ses diffifrentes modulations . j'en ai soumis la classification i un ordre scientifique qui m'a paru se former en chaînon indisstduble. Cest k la suite de longues roédilatioDS que, soutenu par mon expérience , je suis parvenu à former mon ouvrage. Je ne l'envisage pas comme un système qui ne contient que des lois irréfragables ; maisje crois cependant être parvenu à développer les principes de la stratégie, sous un aspect plus nouveau. Peut-être serai-je assez heureux pour leur donner un certain élan qui assurera plus tard les progrès de celte science. Aussi, loin de vouloir me soustraire à l'examen des personnes qui étudient et qui cherchent à développer les connaissances militaires, j'en appelle à leurs méditations. Je ne forme qu'un seul désir , c'est que leur investigation ne soit pas une froide critique, sans résultats pour les progrès de la sciratce même ; mais un examen approfondi, propre k consolider ses principes et à en Caire, autant que le sujet le permettra, une doctrine définitivement arrêtée.

Puissé-Je ne pas trouver au rang de mes juges, une race impie d'écrivains polémiques, au lieu de collaborateurs généreux. Qu'ils ne s'envisagent pas comme des accusateurs désignés pour bouleverser mon échafaudage, sans offrir quelque chose de meilleur à sa place; mais qu'ils s'associent franchement k épurer mon travail, dans lequel j'ai appM^ un grand amourpour le métier que je professe, et l'intérêt bien prononcé d'avancer les pn^frès d'une partie aussi difficile el aussi importante que la stratégie.

Puissent-ils enfin sacrifier le vain Laurier d'une critique qui détruit au lieu de consolider , à ta gloire bien plus positive dont jouissent les propagateurs des sciences.

SUB ses RiPPORTS INTIMES AVEC LE TERRAIN.

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