CHAPITRE V
ne L'EMPLOI DE l'artillerie dans les batailles.
L'emploi de l'artillerie, en rapport avec la question présente, doit élre envisagé aous ud autre point de vue que dans les cas ordinaires qui se présentent k la solution du tacticien , et c'est à cause de celte diversité qu'il doit être soumis à plusieurs principes indépeudanls de ceux dont nous avons déjà parlé daus notre Cours de Tactique, tant que le problème élail sans complication.
En jeUut un coup. d'oeil attentlT sur un champ de bataille occupé par deux années combattantes, il est facile de se convaincre des points Torts et faibles , de se rendre compte des avantages ou des difficultés topographiques qo 'engendrent les sinuosités du terrain, et de décider du point de la position ennemie oij, d'après les principes ci-dessus énoncés, UDO brèche peut être facile et avantageuse.
Le choix de ce point, et le terrain oti nous placerons notre artillerie, appartenant à la partie lapographique , sur laquelle nous avons donné nos idées dans le chapitre précédent , il nous reste à nous occuper maintenant :
1" Du r61c des différentes armes, envisagé comme préliminaire de l'action de la réserve;
3" De la manière la plus avantageuse pour amener le moment décisif.
Dans tout engagement , le principal est de
se former un but , et d'y faire tendre tous les mouvements. Dans le cas présent, l'arlillerie jouera le rAle principal , et je chercherai à en placerde80à 100 pièces pour faire une trouée sur un point choisi d'avance.
Cette opération étant une conséquence des combinaisons lactiques de la bataille, et non un fait improvisé qui puisse s'accomplir au commencement de la journée, il est juste que le commandant en chef ne perde pas un seul instant son projet de vue, et que tous les mouvements qui précéderont l'acte décisif soient en concordance avec l'idée primitive.
L'intégrité de la section de terrain d'où doivent partir les grands coups est, sans contre* dit, le tine quà non de la réussite du projet; aussi doit-on chercher à la garantir des intentions hostiles des ennemis. Ceci se rapporte à l'action tant individuelle que combinée des trois armes pour t'attaque comme pour la défense des différents accidents de terrain, thèse sur laquelle je crois devoir me dispenser de dire quelque chose ici, lui ayant consacré tant de pages dans mon Examen rationné. Pour résoudre une question pareille, il faudrait récapituler tous les préceptes que j'y ai relatés, et insérer tout un cours de lactique dans un ouvrage qui , comme celui^i , n'en forme
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qu^un épisode. Aussi pouvons nous aborder fraDCbenaent la quesliou sur la manière la plus avantageuse d'ameaer le moment décisif.
L'utilisation d'une masse de 80 i 100 pièces de canon, d'une manière inopinée, et le prêliminairo le plus favorable pour l'action des autres armes; car pour résister aux foudres d'une arlillerie pareille, il faut la combattre à éléments égaux de force , ce qui devient trèsdifficile. L'expérience a prouvé plus d'une fois que si on parvient à prendre de prime-abord une grande prépondérance sur les feux de son adversaire, qu'on en augmente l'inlensilé au lieu de la diminuer, ou l'écrase par un si grand nombre de cartouches à balles , d'obus et de boulets, qu'on l'empêche d'amener une nouvelle masse d'artillerie pour secourir les troupes qui se trouvent engagées et compromises, en lui faisant perdre, pendant le mouvement et l'occupation de la position , ses artilleurs et ses chevaux.
Pour accréditer mou assertion, je citerai l'exemple que nous livre la bataille de Borodino. Je la choisis de préférence aux autres, parce que je le tiens d'uQ témoin oculaire et très-compétent, du maréchal prince de Varsovie, et parce qu'on ne m'accusera pas de vouloir ériger en principe ce qui, aux yeux des autres, paraîtrait une assertion vaniteuse, si j'assurais que c'est l'artillerie russe qui a produit l'effet existant. Ici le cas est in verse; c'est, au contraire, celle-ci qui est devenue victime de celle des Français.
Au moment où le vice-roi fut rejeté de la grande redoute, dont il s'était emparé, i) réduisit le combat contre les troupes commandées par le prince de Varsovie, à une simple canonnade qui, acquérant do l'intensité, commença à le gêner fortement -en lui enlevant beaucoup de monde, et inquiéta d'autant plus le maréchal, qu'il remarqua dansle lointain un grand rassemblement de Iroupesqui présageait un grand coup pour le moment où l'artillerie française aurait produit TetTet qu'on éa attend ordinairement.
Sur ces entrefaites , le général Barclay vint sur la position occupée par la 26* division, Le priuce de Varsovie l'instruisit de ses appréhensions, des moyens d'y porter remède, et le pria de lai envoyer 60 pièces de canon pour pouvoir opposer à ses ennemis des feux équi-
valents. Le général Barclay , convaincu de la nécessité de cette mesure, fit avancer 4 batteries (48 pièces) ; mais comme elles n'arrivèrenl que par fraction , elles furent tellement foudroyées par les projectiles ennemis, qu'il fut impossible de placer plus de 12 canons en batterie.
Il est même à présumer que si les të pièces étaient arrivées en masse, il aurait été di^ cile d'en mettre plus de la moitié en pcHitîon, et par conséquent le prince de Varsovie n'aurait jamais pu prendre une sorte de prépondérance sur l'artillerie française qu'il taxai! à 60 bouches k feu. ,
Le lecteur veut-il un exemple plus convaincant encore? je lui citerai celui de l'assaut de Varsovie. L'artillerie [lolonaise avait été utilisée presque en totalité dans les redoutes; les pièces couvertes par lesparapetsy étaient plus à l'abri que celles qui se trouvent en rasecampagne. Eh bien! malgré ces remparts,, nous trouvâmes la majeure partie des affûts brisés, et par conséquent les pièces mises hors d'action.
Je crois pouvoir ériger en principe que, pour résister à une artillerie déjà mise en action, il faut en envoyer une masse au moias d'un tiers de plus; car on peut compter sur la destruction d'un tiers des pièces arrivantes avant qu'on les ait mises en posiliou. D'après ce calcul , il faudra i 30 pièces pour résister à nue batterie de 100 déjà agissante. En penlanl te tiers des canons dans les différents mouvements qui précéderont le tir, il n'en restera juste que ce qu'il faut pour opposer à l'ennemi une force équivalente.
Le rassemblement des 100 pièces étant un acte prémédité depuis le commencement de l'engagement, peut être mis facilement à exécution ; mais l'ennemi qui n'aura pas pris ses précautions d'avance, n'aura pas toujours à II fin du combat 130 pièces à sa disposition pour pouvoir les utiliser en masse et sur le même lioint. El, si même il les avait, je suis prêta soutenir que l'occupation d'une position déjà battue par 100 bouches à feu ne lui réussira ^pas toujours; je dirai même très-rarement, pourvu que les 100 pièces fassent leur devoir.
L'initiative et l'intensité des feux sont dune les choses primitive et principal^, et une fois qu'on a su s'en rendre maître, il faut tâcher de les conserver l'une et l'autre.
au
Vojtns miiatenant quels sont tes moyens les plus faciles et les plus araotageux pour raiii[dïr ces conditions.
Lee mouTeroents itanlysant les feux de l'artillerie, y faisant naître un moment d'inaction, et offirant k l'ennemi les moyens de se reconnaître et de ae refaire, nous chercherons à nous soustraire à ces incooTénients en mettant i 300 toises le maximum de la distance i laquelle l'artillerie de réserre prendra sa première portion.
Ce qae j'érige en principe n'est pasaneexigoice outrée. Je Tai vu exécuter par l'artillerie russe i l'assaul de Varsovie, et par cons^ qnent ce n'est pas de ma part un abus de mots, mais on effet de mon expérience. Je n'ai aucun intérêt d'abuser le lecteur ; qu'il n'oublie pas que ce n'est pas pour flatter Tamoui^propre de la nation russe, mais en faveur de la science qae j'écris.
Hais aussi qo'est-ce que cette artillerie aurait à craindre en a'appror.hant k une distance aussi minime? Rien, car elle arrive en grande masse sur un point où peul-éire l'ennemi ne peut pas même Lui en opposer la dixième partie, de manière qu'elle prend de prime-abord une prépondérance si prononcée que , dn moins a» GtMumencement de l'action , k peine nn boulet viendra U frapper.
Nous venons de voir de même que le moyen le plus sur de paralyser les feux de l'ennemi , et de loi ravir la faculté d'en opposer d'équivalents , étant celui de l'aceabJer par une înË- DÎIé de projectiles, nous adopterons pour principe : qa'au moment où les pièces seront &lécs des avanls-trains , on commencera le fea par demi^atlerie (i) , afin de pouvoir lancer ji l'ennemi on nombre assez grand de projectiles pour paralyser le monvemeutde l'artillerie qui viendraità son seconis.
KouB augmenterons ensuite ces feux , en portant leur vivacité à son maximum, et en nous rapprochant du dénuement nous réduirons k 150 l'espace des 200 toises dont nous venons de parier, en avançant par demi-battérie (a).
A cette dislance , les feux de notre artillerie
(i) Une batterie , en Ruaale , a 8 pièces. (a) J'avertis le lecteur que, dan» le cas présent, < parlant de deal-batterie, j'eniiage toute la somii
augmentant dtntenslté, et, par conséquent, de vigueur, deviendront nécessaironent foudroyants; car l'infinité de projectiles que nous lancerons ne pourra pas manquer de désorganiser les masses contre lesqu^es nous les dirigerons. N'oublions pas que k position qu'occupe notre ennemi n'est coupée par aucun accident de terrain qui puisse le soustraire k nos regards, et que, pour peu que nos artilleurs sachent pointer, pas uu coup ne doilétie perdu.
La diminution des feux de l'ennemi, la vacillation de ses troupes, ou mieux encore leur mouvement rétrograde , serviront de preuve évidente qu'il aura succombé sous nos coups, et de signal pour prononcer le mouvement offensif, afin de le désorganiser. C'est par cette raison que nous ne ferons aucune supputation pour la durée de la canonnade , et je ne hasarderai pas de dire qu'elle continuera pendant une demi-heure, pendant une heure ou deux; non. Or la prolongera atuanl qu'il léra néee^ taire pour jnUvériur tartUlerie ennemie, et pour ntuitfer te» tMtaiiioni au point de iet forcer à la relraile.
Tout doit être mis en oeuvre pour y parvenir : qu'on sacrifie le dernier artilleur et le dernier canon, et qu'on n'en ait pas seulement la bonne intention, mais qu'on l'essaie efiCectivemeiit. J'invite aussi franchement à porter de si grands sacrifices, parce que je suis inlimement convaincu que l'artillerie ne perdra ni son dernier homme ni une seule pièce. Je crois avoir démontré, d'une manière irrécusable, que l'initiative des feux la garantissait de ces malbeors. Hais il me faut cette volonté d'airain telle que le prince de Varsovie l'a déployée BOUS les murs de cette capitale, car elle décide de beaucoup dans les balaiUes. L'ascendant de l'arme termine ce que l'audace de l'hommeacommencéfCOmmeje vais le prouver tout à l'heure.
Al'assaut de Varsovie, notre grande batterie dn centre, composée de 130 pièces de canon, avait été mise depuis quelque temps en action, et avait diminué les feux des ennemis. C'est dans ce moment que le comte Toll , onyant à
des pièces qui se troaTaront en positiaD, qu'on aTanccra par 50 pièces.
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MÉMOIRE
ropportnoh^ du moment pour tenter res4uladfl âet forlificatioDs, demanda au maréchal la permission de prendre la réservedesgreQadiers, et d'envoyer les troupes k l'assaut. Le prince refusa cependant d'accéder i la proposition de son chef d'état-major, carilseconvainqnitque Si notre artillerie était parvenue & prendre de l'ascendant sur les feus ennemis, elle ne les avait pas paralysés tout a fait, et envoya an contraire ses aides de camp pour en faire redouhler la vivacité.
' Notre grande batterie sa trouvait alors tout au plus à 1 BO toises des fortifications ; Tordre da maréchal ayant été transmis , la canonnade devint, i lalettre, terrassante, et, dans l'espace fl'une demi-heure qu'elle dara encore, je puis assurer le lecteur que Taction de l'artillerie ennemie fut presque annulée, et que pas on seul bataillon n'osa se montrer pour venir an secours des redoutes.
Le silence à peu près total des batteries polonaises servit de signal il l'assaut, le maréchal l'ordonna, et le lecteur en connaît le fésulUt.
Si l'action s'est passée comme je'l'ai décrite, si notre artillerie a rempli les devoirs que je loi impose , l'ennemi n'y aura pas résisté , vu l'impossibilité de diminuer, encore nmins d'an< nuler nos feus. H suffit qu'elle se soit rendue maltresse de l'initiatiVe pour bouleverser tous les projets des adversaires; elle leur ravirait les moyens de remédier an mal, en opposant un nombre équivalent de pièces , parce que celles-ci seraient pulvérisées avant d'entrer en action.
Pour donner plusdevéracité il mon tableau, et prouver que ce que je présage à l'ennemi n'est pas une simple fiction , mais un résultat positif de l'Niga^ment, je vais récapituler les différents accidents de l'action des deux partis.
L'une a 80 jusqu'à 100 pièces de canon en batterie qui, à une distance de SOOàlSOtoises, par conséquent dans un espace où Tin^nterie ni la cavalerie ne résistent pas longtemps aux feux de l'arUllerie. lancent une infinité decar^ toac^es i iMlles , d'obus et de boulets , tandis que Tautre arrive avec une troupe qui ne peut
loi livrer da feux qu'après avoir parcoom on assex grand espace de terrain sous les projectiles de son ennemi {t) , et après avoir, même avant d'entrer en lice , perdu beaucoup d'hommes et de chevaux ; perte qui met de primeabord un grand nombre de pièces hors de service. Ce n'est ni la bonne volonté de s'opposer i leurs ennemis, encore moins le courage pour le faire qui manqueraient aux derniers arrivants; mais l'impossibilité de parvenir jusqu'à la position, paralyserait notre dévooemenl.
Le feu de l'ennemi est impuissant , le nétre a acquis le maximum de son intensité, ses bataiUons sncctmibent sous le poids des i»i>jectiles qui , à chaque trente secondes , enlèvent des centaines d'hommes, et étalassent tellement les rangs, que le militaire qui a a»sisté à ces scènes de carnage , avouera franchement qu'une heure d'un combat pareU suffit pour mettre plus d'une division hors de combat , et pour nettoyer un grand espace de terrain , en produisant sur le reste un eSet moral très-nuisible.
Les bataillons contre lesquels la masse d'artillerie aura été utilisée, ne peuvent plus se maintenir, le contact tactique des lignes est rompu jusqu'au moment où des troupes fraîches viendront rétablir l'équilibre en ]wenant position sur le point mis en échec ; mais le devoir du général en chef sera justement de profiter de ce moment opportun où l'^inemi , devenu impuissant, s'offre à ses coups, pour poursuivre le succès obtenu.
Quitloos pour un mcnnent nos battnies et leurs serviteurs pour aborder la seconde partie de la question , et discutons la néceûité absolue de préparer les troupes qui devront achever ce que l'artillerie aura commencé.
L'opération en général appartient nééessairement an troisième moment de la bataille , page 391 (i) , à celui du d^noâment , qui n'arrive que vers la fin de la journée, et par conséquent dans une époque où les troupes des lignes sont épuisées de fatigue. Ce serait donc une absurdité, et le meilleur moyen aodevant d'un échec, que d'employer pour le choc décisif des troupes qui auraient soutenu un combat menririer pendant des heores en-
(ij Examtn raisonné, etc.
Uères. Pour ériter cet iDconTéoient, Pons apprêterons use masse de troupes fraicbes sur le point ou le mouvement offensif devra se prononcer. C'est la réserve qui nous la fournira, et le commandant en chef fera ntlever d'avance la portion des troupes des lignes de bataille par celles qu'il aura désignée pour porter le grand coup.
Quant i leur action, nous l'envisageroas tous deux rapports essentiels :
1" Sous le rapport dn choix de l'Arme qu'on emploiera pour le choc ;
2° Sous celui de l'ordre de bataille dans lequel la troupe sera formée.
Pour le premier cas, il s'agit de savoir si c'est avec de l'infanterie, avec de la cavalerie, bien avec les deux armes combinées qu'on devra ponranivre son succès.
En se représentant l'état de désorganisation des troupes qui ont été victimes de l'effet destructeur de notre artillerie, la réponse la plus simple serait de dire : Jetez une grande masse de cavalerie dans la trouée, et achevés de mettre tout en déroute.
Rien de plus naturel que de le supposer; voyons cependant si l'exécution est aussi facile que le principe parait vrai. Recherchons si , par un moyen pareil , on ne s'expose pas à quelque autre danger ; si on remplit complètement toutes les conditions dn problème, et en mettant les différentes chances en balance, décidons à quoi au général en chef doit se résoudre dans une occurrence pareille.
Ne perdons pas de vue que, pour tirer profit de l'avantage obtenu par l'artillerie, il faut employer une grande masse de troupes ; car s'engager avec quelques bataillons et quelques escadrons dans un monvementoffensifquidoit décider d'une grande bataille, ce serait remettre volontairement en question une chose à demi décidée. Tai dit plus haut que la masse désignée pour porter ce qu'on appelle U coup de collier, devra être préparée d'avance; si nous employons de l'infanterie, il n'y aura qu'à rechanger les bataillons fatigués par d'autres tirés de la réserve, les ranger daus l'ordre le plus propre pour le mouvement et pour le choc, et les faire avancer au moment où Parlillerïe aura fini son rAle.
Le grand avantage de cette malation , c'est qu'elle ne jporte aucune atteinte à l'ordre de
bataille, mais au contraire la renforce en relevant l'infanterie .fatiguée par une autre plus fraîche. On reste fidèle aux règles de la grande tactique , qui ne permettent pas d'intncaler dans les lignes de grandes masses de cavalerie , et on acquiert non-seulemeqt la faculté de porter un grand coup, mais aussi celle de s'opposer aux tentatives de désespoir que l'ennemi voudrait faire pour échapper au malheur qui menace son armée.
Si, au contraire, nous nous décidions en &tveur de la cavalerie , il y aurait plusieurs pré-' liminaires à observer dont nous allons nous occuper, et qui nous indiqueraient jusqn'k quel point le choix de celle arme est acceptable pour la formation de notre masse olTensive.
Dans cette hypothèse, il sera indispensable de faire rétn^rader l'infanterie qui occupe le terrain, vis-i-vis du point où la brèche ^ fait, d'y placer une grande masse de cavalerie et de &ire à l'ordre de bataille une mutalion condamnée par les lois de la science militaire.
Les raisons, qui oui porté les grands tacticiens à prononcer l'anatbème sur l'inlercalation de la cavalerie dans le centre des lignes de bataille, sont asseipéremptoires pour qu'on soit d'un avis contraire. Premièrement, c'est une anne qui ne livre pas de feux et qui interrompt la contiguïté de ceux de la première ligne; secondement, elle est purement offensive^ elle, va chercher au loin ses lauriers et n'est pas susceptible de défendre une position, h moins que ce ne soit contre la même arme, de manière que, engagée dans quelque grand mouvement, elle abandonne sou poste, ou bien en succombant sous l'attaque de son eonemi , elle laisse dans les deux cas un vide pernicieux, qui peut devenir le préliminaire d'une défaite.
Prenons l'histoire pour guide , et nous nous convaincrons facilement que, depuis que la tactique a été perfectionnée, les annales militaires ne nous livrent pas un seul exemple d'une grande masse de cavalerie formant le centre des lignes de bataille.
Si le lecteur m'objecte que dans un moment pareil ji celui que nous discutons, il ne s'agit plus de feux , mais d'un simple mouvement offensif, prononcé avec vigueur, je lui répon-
drat : qu'en fait de «cteiice tortoat , il ne bat Junais interpréter les closes autrement qu'elles ne le sont ; i»arce que cett» interprétation pourrait être avantageuse.
Une conùdération trèe-importanle sur laquelle J'attirerai l'attention du censeur , c'est que la queelion, dans sa nature, n'est pas sim- |rie, mais compliquée. Elle doit se partager en deux parties , dont l'une comprendra la désorganisation définitive de l'ennemi qui défend celte portion de terrain où la brëcbe aura été faite; tandis que la seconde traitera de l'ovcupalion de la position abandonnée et des mouvemenls offensifs ultérieurs.
Cette seconde partie de problème ne se résoudra [H^bablemcat qae par les fenx de l'ar^ tillerie, et peut-être même par ceux de l'iulai^ terie; et , pour être conséquent , il ne faut pas abandonner i l'oabli aucun des incidents qui peuvent intlner sur l'heureuse issue de l'entreprise. Une attaque de cavalerie ne déciderait qu'une fraetÎOTi du but , et, pour l'atteindre complètement, il faudra que l'infaDterie soit anssi mise en action , car c'est l'arme qui occupe et défend le mieux les positions.
D'un autre cAté , gardons-nous bien de tomber dans l'exagération , et n'oublions pas que, si nous sommes parvenus , par l'intention de nos feux, à préparer une btiche, ce n'est qu'une trouée faite sur un point des lignes de bataiUe , et non une armée désorganisée et en fuite.
Cette désorganisation , cette ftiite , buts de nos désirs, peuvent avoir lieu une fois que nowt séparerons les deux ailes et que nous les rejelteroDs dans des directions excentriques; mais il faat,pourcela, commencer par se rendre maître du terrain neutralisé et s'y maint»' nir, et plus tard, marcher en avant, pour rompre tout à fait le contact entre les Oancs, comme Sonlt l'a fait à Austerlitz. -
La simple occupation des hauteurs de Pratzen a-t-elle été le principe des grands résultats que nous offre cette batailleT Je ne balance pas un instant pour répondre négativement. Les désastres ont été amenés par les raouve» ments des maréchaux Bemadotte et Soult vers Blasovitz et ViReuoTÏlz. Si, au contraire, leurs troupes étaient restées stationnées à Girzikovitz et Pratzen , quoique les alliés eussent été obligés d'abandonner le champ de bataille.
leur retraite n'aurait Jamais pu être aussi désordonnée ; il est même i présumer qu'ils auraient été encore asseï en force ponr livrer un autre combat b outrance quelques jours aprte, dont l'issue restera un problème sans solution.
Ce serait aussi tomber dans une grave erreur, que de croire que l'ennemi restera speiv lateur inactif de la débite de son armée et ne fera rien pour remédier au mal. Je suis loin de le taxer d'une indiflérencepareîlle,et, persuadé du contraire , voici ce que je suppose :
A l'approche du moment ou les troupes des lignes de bataille, foudroyées par nos projectiles , deviendront vacillantes , l'ennemi fera avancer sa réserve ponr soutenir le point menacé. Il s'agira donc : 1° De conÂattre les troupes qui viendront an secours de la position attaquée , et S" une fois qu'elles seront vaincues , de prendre possession du terrain battu par notre artillerie.
Intem^eons les préceptes de la grande tactique, et voyons quelle est dans un momoit pareil la chance la plus avanlagenseT C'est, sans contredit , celle de tomber à corps perdu sur les troupes déjà mutilées pour les rejeter sur celtes qui arrivent de la réserve, et de propager la confusion dans les unes comme dans les autres. La désorganisation des premières ne peut mieux s'effectuer que par une chai^ vigoureuse de cavalerie, et je m'y décide. Tout dépendra de l'utilisation du hkh menl, et c'est ici que l'œil du chef ne saurait être assez rapide ponr le reconnaître; qu'il tasse avancer anssilAt une masse de cavalerie qui tombera sur les balaUlons désoi^oisés et les rejettera sur ceux qui viendront les secourir.
Quant i la tâche tout anssi importante d'occuper la poution abandonnée et de^séparer les ailes, en poursuivant ce mouvement offensif, nous l'imposerons i l'infautnie soutenue par l'artillerie.
Dès que la brèche sera préparée, la muse destinée ponr le choc sera donc composée de trois armes, d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie; et nous allons nous occuper de l'ordre de bataille dans lequel elles seront rangées.
Je proposerai de former l'infanterie en colonnes par bataillon , sur le coitre et en
SUR L'AATILXERIE.
trois lignes , en. les plaçant fc distance de déploiement l'un de l'autre, c'est-Ji-dire, à 3S0 pas. La cavalerie composée de cuirassiera, parce qu'il ne s'agit pas d'escarmoucber , mais de rompre et désorganiser, sera en colonne d^escadron par petite masse de trois escadrons, que ooas placerons derrière les ioterralles de la seconde ligne. La réserve d'ioranlerie se placN^ sur les flancs derrière la cavalerie. L'artillerie restera dans la position qu'elle occupera pendant le combat.
Le dessia qui suit exposera mieux cette for> mation (i) et moo idée.
J'ai voulu donner k ces troupes une fonnalion conrorme & leur rôle, c'est pourquoi je les ai rangées dans un ordre de bataille qui possède tous les éléments de rindépendance, afin qu'il réponde k tous les cas et obvie à tous les inconvéniAits. le veux avoir , en un mot, tine masse à l'instar de celle des marécfaaax Bemadotte et Lannes i Ausierlitz, maïs rangée différemment e( pour cause (i).
Hes troisièmes lignes d'iaranterie et de cavalerie formeront ma réserve , qui complétera le succès ou réparera un désastre.
J'ai préféré placer mes 16 bataillons de réserve derrière les flancA de la masse attaquante, pour pouvoir en protéger les ailes dans le cas où l'ennemi voudrait paralyser son
(ij — — [nfanterie.i^eafalerie.
(t)Le général Hstbieu Dumu, dan son PréeU âet MiumenU mtIttetrM, nom dit que napoléon porta la pin forte muse de m cat akrli entre Pralien et BluoviU, qu'il la fit Muteoir par * dlrbionf d'ia&nterie des nuréchaui Bemadotte et Laiina, le tout rangé dans l'ordre cuivant : l'infanterie sur dcui lignes , dont la première en bataille, la seconde en colonne par bataillon ; la caralerie légère en avant do ttoOt, prol^jéfl par l'aKIllerie; la gnmt cavalerie
mouvement offensif, en manceuvranl contre la droite ou contre la gaucbe. De cette manière, je me réserve la faculté de porter une masse respectable d'infanterie sur le point menacé et d'avoir dans les deux directions assez d'éléments offensib pour m'opposer à toutes les tentatives de mon ennemi.
Cette réserve de 16 bataillons, placée derrière les flancs, m'offre aussi la possibilité de la faire avancer simultanément avec les escadrons de la cavalerie, si la nécessité l'exige, pour couvrir son mouvement offensif, en me servant de cette réserve comme d'uji échelon avancé qui sera un soutien ou un secours.
Quant au nombre des troupes qui formeront la masse attaquante, il pourra augmenter ou diminuer d'après lagrandeur de la brèche. Les 3i bataillons et les 37 escadrons ne sont tel qu'un exemple et non une règle sans exception. Un général en chef a-(-il une plus grande masse de cuirassiers k sa disposition , rien ne lui ravit la faculté de les utiliser, en augmentant la profondeur des colonnes de la cavalerie.
Dès que les troupes destinées pour le choc se mettront en mouvement pour occuper la position désignée , je proposerai de faire avancer la cavalerie en tète des bauillons qui relèveront ceux des lignes de bataille : attaquant la première, il est juste quela cavalerie prenne sa position d'avance. L'engagement des bataillons n'étant qu'une conséquence de celui des cuirassiers, il est juste que ceux-ci soient déjk sur place, pour nejpas laisser échapper le mouvement opportun,
A l'instant du choc, cette cavalerie s'avancera k travers les intervalles des bataillons, et pendant que les escadrons de la première ligne chargeront, les suivantes formeront la réserve et se placeront derrière la première ligne d'infanterie. La seconde ligne de la cavalerie se mettra en mouvement dès que la première en
formée sur plusieurs lignes en arrière de l'iafauterie. Le grand début de la fonnalion de la première ligne en bataille est le même qu'i Wagram, sur quoi j'ai déjà exprimé moo sentimeot. Je ne trauTe même aucane oéceaité d'aanùélir celte Infanterie k un désatantage aussi palpable, car si le cas se présentait qu'il fallût aToir en première Lgne des balaitlons rangés en bataille, je les fais déployer parlesdeui Qancs, et une minute suffit peur le lîifre.
HÉMOIRB
viendraaox mains, et la troisième qui formera la dernière niserro , s'il n'y ea a pas d'autres qui la suivent, ne seramiscen action que selon la nécpssit^ , et sera employée ou pour achever la désorganisa lion de l'ennemi , ou pour rallier les escadrons attaquants, dans le cas d'écbec.
L'artillerie qui, jusqu'au moment de cette action, aura rempli le râle primitif, doublei'a les pièces sur les points où la cavalerie devra pénétrer, et pendant que celle-ci renverse tout ce qu'elle rencontre, l'infaDterie avec son canon prend possession du terrain qu'on veut . occuper, et manœuvre pour séparer les deux flancs des lignes de bataille.
Ce mouvement oSensif ayant lieu pendant que les adversaires déjà désorganisés par notre artillerie sont écrasés par notre cavalerie, doit nécessairement réussir; il n'y a qu'à récapituler tous les antécédents pour se persuader que Tennemi ne pourra pas résister à la coïncidence de tant d'éléments destructeurs.
Il suffit que la cavalerie fasse son devoir, et qu'elle charge à fond pour que ta réussite ne soit pas douteuse, et que le but général soit atteint ; car il ne faut pas oublier qu'à la suite de cette attaque, nous en faisons une autre avec ane masse d'infanterie toute fraîche, secondée par une inébranlable artillerie , qui ne peut avoir épuisé ni ses forces physiques, ni •es gargousses.
C'est ainsi que, d'un cdté , nous aurons une masse capable d'exécuter un choc, et d'offrir une ligne de feux, si la nécessité l'exige, et que de l'autre nous resterons fidèle aux prindpes de la grande tactique qui impose à la cavalerie le devoir de compléter les engagements que l'infanterie ou la cavalerie auront décidés, et de rallier les escadrons battus sous la protection de l'infanterie.
Pour ne paraître cependant ni arbitraire, ni exagéré dans l'exercice de mon opinion, encore moins infidèle aux principes de la science, arrêtons-nous un moment et discutons les chances qui peuvent s'offrir à l'action des différentes armes.
Au moment ie porter notre jugement sur les succès de notre cavalerie, nous établirons les deux alternatives suivantes :
1° Ou les cuirassiers ne peuvent, dans aucun cas et sous aucune condition, remporter de victoire sur l'infaoterie ; mais alors ils de-
viennent inutiles, et U fimt les abolir, car ne
faisant aucun service en dehors des batailles, c'est une arme dont on pourra trèfr4>tensc passer; ou bien,
2** Après avoir suivi attentivwnent les circonstances qui ont précédé leur mouveonent offensif, noua pouvons le conaldérer comme ayant réussi complètement.
H nous serait impossible d'accepter le premier cas dans toute son extenqfon, car si la cavalerie n'est pas en étal de vaincre une infanterie encore intacte, et qui s'est apprêtée à soutenir le choc, il n'en est paa ainsi lorsque le moment de la charge a été bien amené. Pour s'en convaincre, U n'y aurait qu'à récapituler les hauts faits de l'immortel Seidliti; ceux-Jà nous offiriraient plus d'un triomphe éclatant que la cavalerie a remporté sur l'infanterie.
Quant à la seconde hypothèse, raiq>elons' nons que deux conditions essentielles contribuent au succès que la cavalerie peut obtenir sur l'infanterie : le terrain et l'opporlunilé du moment.
Je ne crois pas être en défaut sur le cranpie du terrain, persuadé comme Je le sais d'en avoir choisi un propice, puisque je n'ai pas même accepté les cas (chapitre III) oiï le point que nous battons avec nos projectiles soit parsemé de villages, d'enclos et de bouquets de bois.
Pour le moment, il me ser»t impossible d'en offrir de plus opportun, puisque c'est celui où l'infanterie ennemie, battue par nos projectiles, ne peut plus se maintenir sur sa position, qu'elle doit conmiencer son mouvement rétrograde, ou qu'elle attend avec anxiété d'être relevée par des troupes fraîches.
Que les tacticiens les plus sévères me jugent dans ces deux cas , je comparais volontiers devant leur tribunal, et je suis persuadé d'avance d'être absous.
Hais pour plus de conviction encore , discutons maintenant la chance la plus désavantageuse; supposons que la première et même la seconde ligne de la cavalerie sont repoussées. L'ennemi, en poursuivant les vaincus, arrive, mais en débandade , snr notre centre. La dei^ nière réserve delà cavalerie,.la troisième ligne, avance ; ce sont 9 escadrons en ordre qui chargeront un noyau informe. Ce combat aura quelque probabilité de succès en leur Eaveor. Ce-
sua L'ART1LI£IUE.
pendant, pour èlre tont k bit Inexorable dans ma discussion envers moi-même, et épuiser toutes les alterbatives qui peuvent avoir lieu , supposons que celte troisième ligne aussi a succombé et fuit avec les deux premières : dans ce cas , il faudra songer :
1<* A soustraire notre infanterie & TiDConvénient périlleux d'être entraînée par les escadrons dans leur fuite;
30 A opposer à l'ennemi un front capable de résister h son mouvement offensif.
Comme cette débandade aora lieu sur un e»pace d'à peu près SOO toises , il n'est pas & présumer qu'il se présente de grands noyaux de cavaliers devant chaque bataillon posté l'un de l'autre à distance de déploiement. Ces bataillonst que nous formerons pour ce moment critique , en colonne contre la cavalerie , d'après les principes que j'ai énoncés dans mon Court de Tactique (p. 179] , prêts à recevoir les vaincus et les Vainqueurs , étant les masses qui résistent le mieux aux charges de la cavalerie , n'auront qu'à présenter leurs baïonnettes aux chevaux des siens pour les arrêln' dans leur élan. C'est une formation qui ne aiccombe pas aux attaques d« la cavalerie, lors même que celle-ci fait son possible pour rompre les bataillons : comment ne serait-elle pas suEBsante {lour arrêter le simple élan des cavaliers rétrogradants (1) 1
]je lecteur m'objectera peut-être que l'infim- Icrie échappe à la défaite par ses feux, et que la nôtre ne pouvant pas s'en servir contre les siens, sera privée de son plus ferme appui. A cela je répondrai ; que le carré succon^ à la charge lorsque les cavaliers s'introduisent dans l'intérieur et prennent les fantassins à dos. Dans les carrés qui n'ont que trois hommes de profondeur, la fusillade est indispensable pour que l'ennemi n'y pénètre pas ; mais que le leoteur me dise quel moyen on pourrait prendre pour entrer dans l'intérieur d'une colonne , où le seul vide qui y existe est occupé par le chef de bataillon et son aide de camp?
( En un mot (1), la colonne employée comme
> moyen défensif contre la cavalerie, telle que
> je l'ai désignée , est à mes yeux semblable à
()) Je CTola avoiT^démoDtri d'nne manière irrérrigablc (E2am«nriiùofin/, pages 181 1 ISË), tous les avantages de la colonne contre la cavalerie. Aussi tuis-je
) un ouvrage de Eartificatlon qu'on n'enlèvs 1 .qu'au moment oit son chef se rend; car sa 1 défaîte n'est décidée que lorsqu'elle devient » tout entière prisonnière, ou bien quand le » dernier homme est tombé sous le feu de l'ar- > ttllerie ou le sabre de l'eDoemi. •
Comme il n'y a à craindre ici ni sabre, ni canon, le sort de notre infanterie oe sera pas très-alarmanl, d'autant plus que nos fuyards, loin de vouloir tomber sur leurs propres bataillons, ne chercheront qu'à se replier par les intervalles qui sont, ne l'oublions pas , de - 100 toises. En dernier résumé, quel sera le résultat le plus (àtalT c'est que les choses reviendront au même point où elles l'ont été avant l'engagement; la question restera indécise, il est vrai , mais aucun désastre ne s'ensuivra , et par conséquent on pourra len- Icr une seconde fois ce qui aura mal réussi la première.
Quant à la faculté d'opposer de la rési^ tance à l'ennemi qui voudrait poursuivre son succès , nous la trouverons à coup sur dans les 32 bataillons qui formeront notre masse oD^nsive , et dans l'artillerie qui reprendra son action du moment où notre cavalerie sera écoulée. L'expérience est là pour prouver que lorsqu'une masse imposante d'infanterie avec de l'artillerie s'est emparée d'ime position, et qu'elle n'a pas été mutilée par les projectiles ennemis, il sulSt que les chefs ne fuissent pas de disposition contraire à leurs propriétés et à leur action pour que ces deux armes se maintiennent dans leur poste en dépit de l'adversaire le mieux aguerri, à moins qu'il ne soit double en force.
Qu'on se figure maintenant ce que la troupe que je mets en action est en état de produire lorsqu'elle occupera une position aussi avantageuse que celle qui rompt la contiguïté des lignes , et d'où les armes combinées dirigeront leur action sur des parties séparées et hors d'espoir de contact.
Tout ce que je viens de dire sur les effets de rartillerie , la manière d'après laquelle je propose de la faire agir, et les résultats qui en dérivent, ne sont qu'un tableau Sdèle de l'ao-
pcrsuadâ qu'une inbnlerie formée d'après ma proposition , n'aura rioD à craindre de U cavalerie. (s) Examen raitoTMé, elc, page 183.
MÉMOIRE
tfoD temssBoto de cette arme et de nos bataillons à l'assaut de Varsovie. En comparant cependant celte balaiDe à l'engagcmenl tel que je viens de le décrire , je peuse bien que toutes les chances seront en ma faveur ; car à la première, notre artillerie n'a pas complété la désoi^anisation des troupes ennemies à cause du terrain que celleftH:i occupaient, et noire infanterie y a remplie ane ticbe bien plus difficile que celle qoe nous lui imposons mùntenant, car nous sommes loin de lui faire escalader 72 redoutes.
Je ne veux pas poser la plume sans ajouter à ma discussion quelques mots encore , qui serviront de réplique à ce que mes censeurs pourraient dire du tableau que je fais de l'engagemeDt des trois armes et des résultats auxquels je croîs être en droit de m'attendre.
Peut-être me contesteront-ils les succès dont je viens de parler, en objectant qu'on a employé plus d'une fois des batteries de 80 i 100 pièces de canon, sans en retirer les mêmes résultats.
A cela je répondrai que la différence qui existe entre ce qui a été et ce que je présage, glt dans l'action même de Tartillerie et le combat qui s'en est suivi. Si des défaites partielles, on même des désastres qui ont été autrefois les résultats des tentatives de rupture du centre des lignes de bataille, nous devons enrechei^ cher la cause dans la manière dont on s'y prenait pour atteindre le but.
On canonnait un peu, comme à Wagram, oîi on ne canonnait pas du tout, comme à Aspem, et on lançait l'infanlerie ou la cavalerie i l'attaque. Aussi qu'arrivait-il T L'ennemi n'étant pas assez ébranlé par l'arlillerie, se trouvait en état de résister à la force impulsive de son ennemi, comme il le fit à Wagram; on bien n'ayant pas du tout été entamé , et n'ayant à combattre qu'une arme dont les éléments offensifs sont plus faibles que ceux défensifs qu'il lui oppose, comme à Aspem, il parvient à se maintenir partout. En un mot, le défenseur combattait autrefois à éléments égaux et quelquefois prépondérants , et restait par consiéquenl vainqueur, parce que le centre étant le point le plus rapproché de la jtosilion des troupes présentes à l'action , est le plus tdt et le mieux secouru , et devient par cela même le plus fort de l'ordre de bataille.
Je sula loin de vouloir changer la nature de rartîlterie et lui accorder de plus grandes propriétés qu'elle n'en possède. Je répèle ce que j'ai dit depuis tant d'années, c'est nue arme préparatoire. Qu'il me soit permis cependaat de consigner encore une fois ici ce que j'a dit dans le deuxième chapitre : que pour résoudre le problème. Il faut savoir quelles sont la conditions de cette action préparaloire ; que peut-on en attendre ouenexigerT Quel ut son minimum et quelle peut en être l'apogée!
N'oublions pas que je commence i SOO toises, U où apparemment l'action de l'artOlerie des exemples passés finissait, et qoe cette seule différence doit en amener une immense dans les résultats. Que le lecteur se rappelle aussi que je fais durer la canoanade jusqu'à ce que l'artillerie ennemie soit poliérisée, et que ses bataillons soient réduits i i chercher leur salut dans une prompte retraite. | A un succès aussi décisif, si j'ajoute l'actioD ' de la masse offensive , je crois être en droitde compter sur de très-grands résultats.
Si nous interrogeons l'histoire, Doosmrons qu'à Wagram, à Lulzeo, l'artillerie, quoique égale en nombre h celle que je iufU en action, n'a pas été employée de la tnéiM manière, et que les autres armes odI agi différemment.
A la première bataille , Lauriston mit 100 pièces en batterie contre les troupes qui occupaient Aderklaa et qui trouvèrent dans ce poste un abri avantageux pour échapper au! coups destructeurs de l'artillerie franjaif' Suivant le récit que nous en fait le géni^ Valentini dans son ouvrage sur ta camjxi^i de 1809 (page 139), l'action de cette an« n'a commencé qu'à ia demi-portée du bouki de canon , par oinséquent , si je ne suppose pas le triple de la distance à laquelle je place mes batteries , je puis compter au moins sur le double.
Au lieu d'avancer, cette artillerie resta sUtionnaire, et l'attaque subséquente a eu lien avant que les bataillons impériaux aient pu être entamées; car les troupes françaises destinées pour le choc devinrent elles-ntèiim victimes de l'artillerie ennemie , ce qui prou»* que la canonnade n'a été ni d'assez loi^ durée, ni asses meurtrière. Enfin, celte attaque, an lieu d'être faite par la catakne.
SUR L'ARTILLEKIE.
et plus tard par l'infanterie , qui doivent »e porter vers le même but, s été exécutée au contraire, sur plusieurs points difléreute, et dans quel ordre 1 Je crois en avoir dit assez dans le premier chapitre pour devoir en parler encore.
A la bataille de Lutzen aussi , les 80 pièces françaises furent dirigées contre des villages (Kaja, Itahna et Gros-G<Erschen}, et après Faction de l'artilierie. Napoléon s'est coutenté d'occuper ces trois {miuls, el y borna ses conquêtes, tandis que les alliés opérèrent tranquillement leur retraite , en se pliant derrière les villages de Hobenlobe , Klein-CœrscfaeD et Huscbvilz. Aucune attaque subséquente n'a eu lieu contre les troupes mêmes,
et par conséquent, en mettant plus d'éléments destructif en action, je puis compter sur des résullaU plus positifs.
Je n'ai pas voulu passer sous silence la comparaison que je viens d'établir entre les faits de batailles antérieures et le système que je développe dans cet ouvrage. C'est en faisant remarquer au lecteur la gi'ande diiTéi-ence entre les moyens dont on s'est servi et ceux que j'adopte pour priucipe, qu'il pourra se convaincre que si autrefois aussi on a mis de 80 à 100 bouches à feu en action, sans en retirer les mêmes résultats , c'est qu'entre les moyens qu'on a employés el ceux que je propose, toulaéte dissemblable , excepté le nombre des pièces.
J NÈMOIUE SUR L'ABTlLLISmE.
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