‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en Russie; des Mémoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 74 sur 95 · DES POSITIONS DE L'ARTILLBIUE · texte numérisé non relu

DES POSITIONS DE L'ARTILLBIUE

J'ai dit, page 373 (i) : Qu'il fallait considérer le» positions de l'artilleriR sous trois rapports différents, qui sont ;

1* Le terrain;

2° Us feux;

3° L'ordre de bataille.

La thèse que nous déballons n'apporteaucuD changement aux principes du second, h tout ce que j'ai déjà consigné dans mon Court de Tattique, ce qui n'est pas le cas pour le premier et le troisième, auxquelles nous allons consacrer quelques lignes.

Une considération majeure, sur laquelle je vais diriger l'attention du lecteur, c'estde conserver dans toute son intégrité le précepte énoncé, page 276 (i) , qui conseille de ne pas interrompre les feux de l'artillerie lorsqu'elle défend un point intéressant , et de rendre la position des batteries, tirées de la réserve, dépendante de celle dealignes. Nous la choisirons d'après le terrain déjà occupé, et l'emplacement des pièces mises en action.

Comme c'est le centre qu'on veut rompre, il sera difficile de se servir des feux d'enfi-

(i) Examen raitonni, etc.

(t) Examnt raitonni, elc.

Iad« (s) , et nous trouverons , - même dans les croisés , plus de moyens pour parvenir à notre but. Ceux^à résulteront, comme je l'ai dit, page 27S (t) , de l'emjdacement des pièces en arc concave.

L'action de très-grandes batteries étant la voie la plus sûre ponr obtenir la solution de mon problème, on admettra peut-être les sinuosités du terrain comme difficulté pour remplacement d'une nombreuse artillerie; mais c'est justement l'objection que je n'accepte pas ponr excuse, et voici pourquoi :

Les intervalles entre les pièces mises en action sont ordinairement de quinte pas. Hais pour concentrer plus de projectiles vers le même point, nous réduirons cette dislance à dix , et nous allons voir si la nature nous refusera l'espace nécessaire pour placer une grande masse d'artillerie.

Le minimum du rassemblement étant SO pièces, leur emplacement exigera 316 toises dedéveloppement. Que le militaire expérimenté jclle un regard sur les champs de bataille occupés par les armées du système de guerre

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moderne, et il arvneri que ce serait accuser à tort le terrain en assarani que sur l'espace immense qu'occupe une année de 100 jusqu'à 130,000 homnies, on ne puisse pas trouver 316 toises exemptes de sïauosUés ponr placer 80 pièces.

Je dirai plus : prenons les choses au maximum ; faisons le calcul pour une batterie de iOO canons, et nous verrons que 3% toises suffisent pour les mettre en position.' Ceci prouve que même le rassemblement d'une masse aussi formidable n'engendre pas de difficulté insunnoalable, et que les champs de bataille , où manoeun'ent des années aussi nombreuses que celles de notre époque , offrent toujours un lerraindeSOG toises, favorable pour l'emplacement de l'arlillerie.

La cooGguratîon des champs de bataille peut nous opposer d'autres difficultés bien plus grandes que celle-ci , qui entraveraienl l'exécution de notre projet, si nous ne vouliAns pas chobir avec discernement les points où la brèche peut être praticable, et si nous voulions baser la réussite de l'opéralion sur le seul rassemblement de 100 pibces en une batterie. Ces entraves sont : les sinuosités et les difficultés de terraiu de la position de l'ennemi , denière lesquelles il peut s'abriter, ou qui serviraient de point d'appui à ses troupes, comme élévations, vill^^, enclos d'une certaine hauteur, et bonquet de bois, même d'une petite cîrconrérence. Les raisons en sont toutes simpleset trës-péremptoires.

Noos De pouvons compter avoir fait une brèche dans les lignes ennemiesqu'au moment où, après avoir refoulé les troupes qui occupent le poste, nous en prenons possession. Cela posé, il est tout juste que l'actioD de l'ar- (illeriçn'ail qu'un seul bul : ce senties troupes adverses. A quoi cette action nous mèneraitelle, si nons allions dépenser inconsidérément nos projectiles contre des masses abritées derrière des difficultés de terrain qui leur serviraient d'égide protectrice? On atteint mal son ennemi , lorsqu'on ne le voit pas, et on ne lui fait que peu de tort quand on tire au hasard. Ces difficultés du terrain ont encore un autre inconvénient non moins important, c'est celui de rompre la contiguïté des lignes dans leurs mouvements offensifs. Une fois que la brèche est faite, el que les défenseurs sont obligés de

quitter leur position, il est nécessaire de faire avancer une grande masse de toute arme; 1° pour achever la désorganisation des bataillons rétrogradants ; 3° pour occuper le terrain abandonné. Engager la masse assaillante, dont tons les mouvements doivent être exempts de gène , dans un terrain difficile qui offre à l'ennemi tant defacilités de se refaire et de se réoi^^ niser, c'est risquer de remettre en question une cbosei pea près décidée, et aller au-devant d'un grand engagement dans un moment, el sur un terrain où l'on arrive en lignes brisées, qoï n'offrent par-ci par-là que des fractions peu susceptibles de combattre avec une prépondérance bien décidée. Ces difficultés de terrain seraient même des entraves pernicieuses, vu le mode do combat que je proposerai par la suite.

Nous devons recevoir, pour règle générale, de ne pas établir notre batterie principale de manière à ce que nos projectiles aillent frapper contre des sinuosités de terrain ou des difficultés élevées par la main de l'homme , et qu'ils ne touchent que rarement les troupes qui y sont abritées. Ce serait prendre la meilleure voie pour échouer dans son projet.

Je poserai, au contraire, en principe :

De choitir fOur l'emplacement de notre matse ttarlillerie u» terrain un peu dominant ta position de Cennemi , et qui n'ait devant lui ni village, ni enclôt, nt bouquet de bois.

Il faut que l'adversaire soit à découvert, pour que les artilleurs puissent bien pointer, afin que chaque coup ait un certain résultat.

S'il arrivait qu'une position aussi avantageuse se trouvitentre les terrains occupés par les deux années combattantes, ilTaudra l'observer, et ne pas le perdre de vue ; mais il serait imprudent de l'occuper avant le moment de l'action décisive. On risquerait d'éveiller l'attention de son ennemi, et on concentrerait le combat justement sur le point d'oîi il faut chercher à l'éloigner, pour que sa possession ne soit ni trop difficile ni trop meurtrière.

Un engagement à outrance sur le point choisi pour l'emplacement de l'artillerie serait inévitable, si l'ennemi prenait l'initiative de l'occupation. On ne trouve que rarement de ces points qui répondent aux conditions topographiques et militaires que j'ai énoncées, où la formation d'une brèche peut être entreprise avec espoir de succès; et les terrains où les

armées viennent vider leur cause sont si chicaneux, qu'ils ne nous en offrent souventqu'un seul sur un champ de bataille, et quelquefois pas du tout (i) . Il faut donc porter quelque sacrifice pour se rendre maître d'un poste d'où dépend la décision d'une bataille, et même le sort d'une nation.

Ne nous engageons dans une action de la nature de celle que nous discutons que tant que la position des ennemis et la configuration do terrain nous en offriront la possibilité et quelque chance de succès. N'oublions pas qu'une opération pareille entraîne dans de

(i) Que te lecteur ne conroode pas la difflcullt de trouver un point qui réponde au [.conditions topographique et militaire, arec la Tacililé de placer de 80 k 100 pièces de canon , dont j'ai parlé plus haut , et ne

grands sacrifices, qui se ijpmpensent, il est vrai , par les avantages immenses qu'on eu retire si elle réussit ; mais qui sont , au conlralre, des pertes inutiles et préjudiciables, si nous voulons nous jeter à corps perdu et sans réflexion , dans des entreprises périlleuses oii la topographie du pays et la position de l'ennemi ne nous laissent aucun espoir de succès.

Ayant énuméré les règles que nous devons observer pour le, choix du terrain où nom placerons notre masse d'artillerie, voyoos le rdle que nous lui imposerons pour mieux atteindre le but précité.

m'accuse pas de me contredire dans mes opioiODS. Le premier cas se rapporte k ta réussite de l'opéialion «a général; le second, à la seule possibilité de placer 80 pièces, ce qui établit une grande dilTérence.

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SUR L*ARTIU.ERIE.

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