CAMPAGNE D'HIVER
Nous allons voir, de noureau, des événements d'uoe ioiportance majeure, resserrés dans le plus court espace de temps possible ; nons allons nous con v a inËre encore, qu'à la fin du dix-huitième siècle , l'arl de la guerre était dans son enfance chez certains peuples de TF^irope. Il est inutile d'observer que j'en excepte tes Français, qui se sont écartés de la vieille routine , pour suivre de nouvelles combinaisons.
Je ro'Btlacberai àpronver qu'ils ont dà leurs succès il l'excelleat principe de la base d'opérations, et les Autrichiens leurs revers i l'ignorance de ce principe fondameDlal.
Je crois utile de rappeler à mes lecteurs quelle était la i>oRÎtion respective des deux armées, au moment de la reprise des hostilités.
Un premier armistice les avait fait cesser vers le milieu de Tété; c'était celui conclu, le 15 juillet, à Parsdorf, entre le général Lahorie et le comie de Dietrichslein.
Le général autrichien de Saint-Julien s'était rendu à Paris, oii il avait signé des préliminaires de pais. L'Empereur refuse de les ratifier, et se porte en personne à son armée, sur PInn.
Le 17 septembre, le général Morean , de son quartier général de Nyrophenbonrg , somme l'archiduc Jean , censé général en chef de l'armée iDtridilenne, de toi livrer des places de
sûreté, ou sinon lui déclare qu'il va recommencer les bostUîtés.
Le 20 septembre , l'Empereur cède Ulm, Ingolstadt, Philipshourg, et retourne à Vienne.
Les généraux Lahorie et Lauer signent, à Hobenlindên, une nouvelle convention, portant prolongation d'armistice de quarante-cinq jours, y compris quinze jours d'à vert iasement,
La ligne de démarcation fixée par la convention du IS juillet, est conservée pour base, sauf quelques modifications, détaillées par l'article suivant :
( Art. IX. L'armée fhinçaisc reviendra, et
> s'arrêtera sur les deux rivesdel'Iser; Tannée
> impériale sur les deux rives de Tlnn, cha-
> cune i une distance de 3,000 toises, soit
> de ces rivières, soit des places fortes snr
> leurs cours : il sera seulement placé une
> chaîne d'avant-postes sur la ligne de démar-
> cation fixée te ISjuillet. >
Le terme expiré, l'Empereur, contre toute attente, refuse encored'accepterlapaix offerte par le premier consul. Le général Horeau annonce à ses troupes qu'il faut montrer aux ennemis de ta France, combien il se sont abusés, s'ils espèrentquela rigueur de U saison pourra les arrêter.
Au lieu de courir droit devant eux comme des ignorants, de passer l'Inn h Passau , et d'entamer, sur le Danube, une opénUon mal-ha-
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bile , les Français , i l'oareriare de la campagne d'hiver, attaquent Wasserbourg , et chassent les Autrichiens de ce poste.
L'importance de ce mouvement bardj ne peut échapper aux yeui d'un observateur exercé. Par son heureux résultat, les Français dégagèrent leur flanc, premier but que doit se proposer tout général eu ouvrant une campagne, puisque l'effet en est immanquablement de prolonger la base.
Il y avait, dans celte circonstance, un motif de plus : l'occupation de Wasserbourg fraye le chemin de Sahbourg, point qui, à juste titre, fixait toute l'attention du général Horeau.
L'affaire de Wasserbourg eut lieu le 29 novembre : je n'en donnerai point les détails, parce que je ne m'attache ici qu'au résultat stratégique.
L'armée française , an commencement de la campagne, était habilement partagée en trnîs corps, chacun de trois divisions : l'aile droite , sous le général Lecouiite , observant le Tyrol; le centre, commandé parHoreau lui-même, sur la rive droite de l'Iscr en Bavière; et la gauche , sousie général Sainte -Suzanne , s'étendait au delà du Danube, vers la Rednitz. Je oe compte pas ici te corps franco-batave du général Augereau, qui opérait en Franconie.
Que firent, de leurcdté, les Impériaux? Suivireot^ls les conseils du général Uoyd, qui prouve que c'est en Tyrol , derrière l'Inn, et aux environs d'Inspruck, que doit se concentrer l'année autrichienne, pour défendre la capitale contre un ennemi, mailre de la Bavière ? Nous allons voir qu'ils firent précisément le amtraire.
Le général Uoyd conseille de menacer du Tyrol le flanc droit de l'ennemi : les Antnchien s envoyèrent le général Klénau sur le flanc ganchedes Français, ce qui ne pouvait mener à rien, car le général Augnvau était trop éloigné , pour qu'il fut important de le séparer de U grande année. Horeau parut peu inquiet de cette diversion , dont les généraux autrichiens se promettaient les pins gands résultats.
lia avaient commis une bien grande faute , le jour même qu'il furent débusqués de Wassertmurg, par les Français. Ils s'étaient concentrés à Hassing et à Neumarkt, et, par ce mouvement, s'étaient exposés à être coupés du Tyrol, 1 la pnaùin tentative de l'ennemi.
Le 30 novembre, la grande armée autrichienne marcha de Neuroarkt à Ampfing : l'avant-garde rencontra celle des Français, commandée par le général Ney, qui se replia dans la forêt de Haag.
Le général Ney avait une force peu considérable : les généraux auLrichiens regardèrent son mouvement rétrograde comme l'effet de lenrs savantes dispositions. Il est très-facile de se représenter quelle était alors leur manière de voir. ' L'ennemi, disaient-ils, est tourné à sa » gauche par le comte de Klénau ; ses derrières ■ sont menacés, il est coupé dn Danube et 1 d'Augsbourg. A sa droite, il a le Tyrol , oc- 1 cupéparnos troupes, et, delà, il peut même
> être pris à dos, tant que, concentré entre
> rinn et Munich, il fera front à notre grande 1 armée. ■
Ce raisonnement aurait été spécieux, 1* si les Autrichiens avaient été plus forts dans le Tyrol, ou avaient voulu y donner signe d'exil tence; 3" si les Français, par l'occupation de Wasserbourg, n'avaient débordé les AntrichieuB, et menacé lenrs communications.
Mais, dans l'état réel des. choses, il était extrêmement inconsidéré de conclure que le général Moreau n'avait plus d'autre parti a prendre que celui de la retraite, et qu'il allait s'apprêter à le poursuivre vivement.
Le jour suivant ne fit que confirmer bien plus encore les Impériaux dans leur funeste erreur. Leur armée s'avança sur troiscolonues, pour pousser devant elle cet ennemi que Tod croyait en pleine retraite. Elle rencontra les deux divisiousfrançaisestquis'élaient retirées la veille dans la forôtdeUaag: elles étaient avantageusement postées sur des hauteurs. 11 s'ei^ gagea une action assez vive , dans laquelle les Français abaDdùnaèrenl 3 pièces de canon, que les mauvais chemins ne permirent pas d'emmener. S'ils s'étaient follement obstinés à tenirplus longtemps, ils s'exposaient à se voir envelopper par les Aotridiiens, prodigieusement supérieurs en nombre. Cette affaire eut lieu le 1*' décembre.
Le 2 compléta l'illusion des AntrichieDs ; ib ne doutèrent plus de la victoire , et coururent à leur ruine.
Le général Horeau fit on mouvement rétn^ grade, partie pour rassembler ses divisjons, partie pour attirer l'ennemi dans les défilés de
DE lA CAMPAGNE DE «800.
Mohenllkdeo. Les ImpAriam s'avutcènot jo»qu'à Uaag, où arait é\é le quartier géoéral français; les denuères troupes françaises Vévacuèreut à S heures du matin , pour- se rassembler dans les covirons de Uab^inden, uù toute l'armée passa, aoua les armes, la nuit du 3 «u 5.
Noos voici parvenus à une jourDée, que ne duvent jamais perdre de rue les partisans des attaques d« front, et de l'enroncemenl du centre. J'y trouverai, au contraire, une nouveUe preuve en faveur de mon système des attaques de flanc.
Le 3 décembre, les généraux aatrichiens, enflammés d'une ardeur de poursuite, se remirent eu marche pour déloger les Français de la forêt de Hobeulinden, où ils avaient pris poste. Il est peu d'entreprises plus périlleuses, à la guerre, que celle de forcer un ennemi nombreux protégé par une forêt : le coup d'œil ne sert , pour ainsi dire I à rien, en pareille circonstance; il faut marcher en aveugles.
Nous ne nous arrêterons pas, dans Le récit de cette célèbre bataille de Hobeulinden, aux détails qui se trouvent communs à peu près k toutes les actions générales : nous bornerons notre attention aut traits caraetérisLiques , qui peuvent servir d'inslniction et d'exemples.
Le plusmarquant est extrait du rapport même de l'envoyé anglais, qui résidait auprèsdel'archiducJean, commandant en chef l'armée de l'Empereur, son frère. Il est dit, dans ce rapport, que la défaite des Impériaux doit être attribuée à ce que les ctdonnes de flanc restèrent en arrière , pendant que le centre , qui avait commencé l'attaque, était enveloppé par les Français.
Cette circonstance est confirmée par la relation que publièrent les Français eux-mêmes.
Toute personne, veraée dans l'histoire militaire des anciens, sera frappée des-U-aits de ressemblance qu'offre celte bataille avec celle de Cannes (i).
De même que les Romains à Cannes, lesAu- Iricbiens attaquèrent le centre de la ligne ennemie ; et, de même que les Carthaginois, les
(i) Deux Rulcnre moderius se ssdI livrés k de mvantes recherches eur la baUille de Cannes. Le premier est Folard: Commenlairei lur Polybe, lom. iv, liv. m, cbap. 24. Le second est le colonel Guischard. (Mifflotfff mtlidtint, lom. i**, chap. S), cité Movent par
Français les envdoppèrent de leurs ailes, et les taillèrent en pièces. L'habile manœnvredn gënà«l Horeau fut favorisée par la natnre du terrain boisé. Il paraît avéré que les généraux autridiiens avaient fixé pour point de rénnion de leurs colonnes, Hohenlinden même, qu'oocupait le quartier général français. Par suite de cette fiineste disposition , ces colonnes étaient écrasées i mesure qu'elles se présentaient : les Bavarois, qui arrivèrent les premiers, lurent aussi les premières victimes.
Je trouve encore une autre bataille fameuse dans l'antiquité, que l'on peut comparer i cell»-ci, autant, du moins, que les combats des anciens peuvent être assimilés à eeox des modernes. Je veux dire la bataille de Trasymène, où Annibal défit si complètement te consul FlaminiuB, qu'il eut l'art d'attirer dans les gorges étroites formées par le lac et les montagnes.
Il me semble que si les Autrichiens , renonçant à ce fatal système des attaques de front , eussent détaché leur aile droite dans la partie de Munich , le général Horeau , pour ne point s'ei poser i être cerné dans la forêt de Haag et les défilés de Hobeulinden , se serait probablement déterminé à un mouvement rétrograde. Le comte de Klénau, qui avait passé le Danube, était à portée d'appuyer ce mouvement, en se montrant sur les derrières de l'armée française, dont le front aurait été inquiélé, pendant ce tempe, par les escannouebes continuelles que lui aurait livrées le centre.
Après la sanglante bataille de HobenKndwit les Impériaux se retireront derrière l'Inn, dont les bords étaient retranchés. Quoique ayant perdu la rive gauche de cette rivière, il était encore temps pour eux de gagner le Tyrol; do là, il était en leur pouvoir de menacer l'armée française à dos , et, ce qui eût été bien plus efficace, de faire une prompte divemon dans la' Suisse.
Mais bientêt, les Français eux-mêmes passant l'Inn; et ici se présente une nouvelle preuve de ce que j'ai avancé plu»eurs fois : savoir, que les retranchements ne servent à
Fttderic le Grand, sous te nom de Quintut-lciUiu. Sa disse rUl ion, à ce wget, est d'aataat plus intéressante i lire, qu'il n'est point parfaitemeiit d'accord avec Folard.
{Nottdu TraAutmr.)