Des villes ; •4. Des routes
Le stratégie exécutant tous ses mouvements hors de la sphère active du canon ennemi , et ne se trouvant qu'accidentellement en contact avec la tactique, ces différentes espèces de terrains ne doivent pas être envisagées sous le seul rapport des dangers auxquels un choc ennemi pourrait nous mettre en but, ou des avantages que la forme et la grandeur de ces sections engendrent pour y résister ; car, de cette manière, nous tomberions tout à J'ai t dans le domaine de la tactique ; mais nous les considérerons :
i. Sous le rapport des avantages que ces différents accidents peuvent offrir pour constituer une position stratégique offensive ou défensive;
2. Sous le rapport des moyens que leurs sinuosités nous offrent pour gagner un point stratégique ;
3. Enfin, sous le rapport des chances favorables qui en dériveront, pour tourner notre ennemi et le forcer à un changement de front, qui le rejette en sens inverse de sa direction naturelle.
La mer. Lorsque la mer baigne les côtes du théâtre de la guerre, le principal est d'avoir à son service une flotte considérable. Son devoir sera de paralyser tout à fait les forces maritimes des adversaires et de protéger la libre navigation des bâtiments. En lious rendant maîtres absolus du littoral, deux grands avantagés en sont la suite :
(i) Que le lecteur me pardonne si je reproduis sous la dénomination de Mer, les différentes sections de Thémisphère aquatique qui possèdent leurs noms propres. Je ne doute pas du crime de lèzc -géographie que je commets , mais si je me soumettais servilement à des défî-^
i. La faculté d^approvisionner aisément les troupes;
3. La facilité de les renforcer et même de faire des descentes à dos de l'ennemi pour compromettre ses communications, se rendre maître de sa ligne directrice des opérations, et paralyser ses mouvements offensifs.
Une reconnaissance détaillée du gisement des côtes , devient d^une nécessité absolue, et un port qui puisse recevoir les bâtiments e^ les trésors qu'ils portent , plus indispensable encore. Une place forte élevée sur la côte et dont on puisse disposer, comme Danlzick ou Varna, devient d'un avantage éminent. Pour rendre toutes ces prérogatives plus efficaces encore , il faut que la ligne d'opérations principales , qui sert de directrice à la guerre, soit parallèle à la côte. Si , au contraire , elle était perpen^ diculaire, tous les avantages dont nous venons de parler diminueraient , car , engagée dans un mouvement offensif, Tarmée, en gagnant du terrain, pourrait s'éloigner trop de la côte, par conséquent de ses ressources , et forcée à un mouvement rétrograde , elle finirait par être adossée à la mer ou obligée de faire changer de direction à sa ligne d'opérations, comme les Russes l'ont fait pendant la campagne de 1807. L'espoir de pouvoir compromettre les communications des ennemis , ainsi que de se rendre maître de sa ligne d'opérations , s'évanouirait de même.
Nous avons pu nous convaincre de tous les grands avantages qui se sont rattachés, pour les Russes , à la libre possession de la mer Noire, dans la guerre contre les Turcs en 4828 et 1829.*Odessa, base d'approvisionnement et entrepôt de toutes les richesses des provinces du midi , fournissait aisément à l'approvisionnement de l'armée , que Kavarna , Varna, et plus tard Bourgaset Sizepoli, pouvaient recevoir dans leurs murs. Les munitions de guerre se transportaient, non-seulement avec plus de célérité, mais aussi avec beaucoup moins de dépenses.
La possibilité de pouvoir opérer simultanément par terre et par mer , est un de ces
Ditions subtiles, je pourrais tomber facilement dans une prolixité de dénominations et d'explications qui appartiennent exclusivement au domaine de la géographie physique , qui ne ferait qu*embarrasser son esprit et qui ne sont d'aucune utilité à la science de la stratégie.
DE LA STRATÉGIE
grands avantages doni la jouissaiice n'est résenrée cpi'à peu de pays, et que la Russie aussi ne peut mettre à profit que dans une guerre eoBlre la Turquie» ou contre un ennemi qai aurait riqfiprudi^nce de porter ses forces nugeures contre Riga, et en dépassant la place, se porterait d'une manière inconsidérée sur Volmar et Dprpat.
En 1807, Danlsick, envisagée comme point de diver9ion,pouvait rendre de grands services à Tépoque du choc des années belligérantes à Preusd^Eylau.
Domaine exclusif de la marine, sans le secours de laquelle la mer devient un obstacle insurmontable, dans Thypothèse que nous avoBS débattue , elle sert aussi de ligne flan-* qoante d'un avantage très-marquant. Le prin-* dpal est depe pas s'exposer à faire un chan- HHment de front qui place cet obstacle à dos du déploiement stratégique; inconvénient funeste qui peut, comme nous venons de nous en convaiacre, avoir des résultats malheureux.
Les lacs. Nous devons partager les lacs en deux catégories : les grands lacs et les petits bcs. Les premiers, comme celui de Genève ou de Garde, doivent être envisagés comme de petites mers où des bâtiments d'une grandeur peu considérable peuvent naviguer. En occupuàt de grands espaces de terrain , ils peuvent souvent favoriser les mouvements dont on veut Cicher la connaissance à son ennemi , tandis <|tte leurs rives assurent les flancs des positions stratégiques et des lignes d'opérations. Dans b. campagne ^e 1796, le lac de Garde a joué îm rôle important dans les grandes opérations, et Napoléon ja inroGté de cet obstacle, justement dans k seins de ces différentes propriétés.
lies^p^iâslacsne méritent d'attirer Tattenlion du militaire topographe, que lorsqu'ils ^trassemUés en grand nombre sur une petite seclion de terrain, comme, par exemple, sur la rive gauche de la Duna , entre Wilkomir et QuDaboui|^,,ou entre Wischni-Wolotschok et Kii^^, où ces lacs, contournés par la Msta, ferment iune section de terrain dont on peut profiter avec avantage pour la défensive. En grande partie; liés entre eux par des sources marécageuses , ces bassins épars au milieu des terres, {«nnentides défilés d'une longue étendfli^t PU ks communications se croisent et en fM un dftmaine chanceux. Un terrain pareil
est avantageux pour couvrir une position stratégique , car aucun déploiement ne pouvant y être exécuté avec sécurité et avantage, les grandes opérations des assaillants pourraient recevoir, sur un théâtre pareil, des complications pernicieuses.
Les Fleuves. Les fleuves sont des accidents de terrains dont la stratégie tire beaucoup de ressources, car, conune nous l'avons déjà vu, ils servent non-senlement de lignes de défense , mais aussi de lignes de communications. Prenant leurs sources sur les points culminants des plateaux hydrographiques, les fleuves déterminent aussi les pentes des terrains qu'il déchirent et dont les commandements donnent à la tactique des avantages positifs. Sillonnant dans les pays auxquels ils appartiennent du midi au nord, de Touest à l'est, du nord au midi ou de l'est à l'ouest, comme les ex&nples que nous ofl^rent l'Oder, l'Elbe, le Danube, le Pô, l'Âdige et la Seine ; possédant des affluents dont les directions irrégulières se présentent parallèlement, obliquement ou perpendiculairement aux mouvements qu'on entreprend ; tantôt se rapprochant, tantôt s'éloignant des chaînes de montagnes, les fleuves agrandissent ou rétrécissent les plaines comprises entre ces grands accidents du terrain, et circonscrivent des sections d'une configuration différente qui, par conséquent, engendrent des combinaisons ^lement diflenentes.
Les points principaux qui doivent attirer l'attention du militaire , sont :
i . Les routes qui conduisent aux fleuves;
S. Les gués qui s'y trouvent ;
3. Les points, que la configuration du terrain qui l'environne et que les oscillations du fleuve désignent pour être les points de passage ;
4. La direction que le cours du fleuve prçnd par rapport à notre .ligne d'opérations principales.
Les Routes, en liant les objets des opérations entre eux , nous conduisent du point que nous abandonnons, vers celui que nous voulons atteindre. Le nombre des routes qui nous mènent vers les fleuves étant souvent très*grand , il est indispensable d'en choisir les moilleures, et surtout celles qui nous dirigent vers les objets les plus importants des opérations.
Les Gués, sont les passages naturels les plus faciles, qui nous dispensent de l'attirail de
là
HÉMOIRÏS SUR LES PRINCIPES
ponts , dont la oonstruclîon est toujours dîs^ pendieuse et soumet à de très-grands dangers devant un ennemi vigilant et hardi.
Ces gués ne se trouvent cependant que sur des fleuves d*une moyenne étendue et d^un volume d'eau peu considérable, ou bien sur ceux qui sont soumis à des crues périodiques, comme la Duna. Les grands fleuves, au contraire , coulent ordinairement dans des vallées très-profondes, et se trouvent . renfermés entre des massifs élevés qui , formant des pentes abruptes, en rendent les accès, très-difficiles. Nous en voyons des exemples fréquents sur le Rhin et le Danube.
La désignation clés points de passage des fleuves doit ôtre en rapport :
i. Avec la facilité que la configuration topograpbique nous offre ;
2» Avec les mouvements offensifs qui devront caractériser nos opérations, une fois que le passage sera effectué.
Lorsque aucun obstacle stratégique considérable ne s'y oppose, le premier cas se détermine par les courbures du fleuve et le commandement des rives. Un angle rentrant et une rive qui possède un certain commandement sur la rive opposée, sont toujours le point le plus avantageux pour le passage.
Le second cas, au contraire, doit être en rapport avec les forces dont on dispose , le contact dans lequel on peut se trouver avec d'autres et surtout avec Tobjet principal des opérations qui se trouve sur la rive opposée.
Les fleuves possédant, ordinairement, des points dont l'art a su rendre les accès trèsdifficiles, nous font une loi de prêter une grande attention à ces nuances. Nous trouvons dans la campagne de i8i3, dans le passage de TEIbe par le prince Bliicher , un exemple bien instructif, qui nous facilitera l'application de ces maximes. .
L*Elbe était la ligne défensive des Français. Les alliés occupaient, sur ses deux rives, les positions suivantes : Tarmée de Bohème était entre Toplitz et TEger, le maréchal Blûcher à Bautzeu, et le prince roysd d^ Suède devant Wiltenberg. L'objet principal des opérations des trois armées était Leipzig. (Planche 2.)
L'Elbe était l'obstacle que le maréchal Bliicher devait franchir. La section de ce fleuve comprise entre les positions des deux armées
de flanc, possède quatre points déCmsifs permanents : Konigstein, Dr^e, Torgau et Wittenbeif;. Les forces du prince de BIQcher n'étaient pas assez puissantes pour oser s'isoler et entreprendre, avec l'armée de Silésie seule , quelque opération sar la rive gauche de TEIbe. Il fallait donc effectuer le passage dans la proximité de l'une ou de l'autre armée, poer pouvoir ensuite opérer simultanément. Toutes les probabilités étaient contre sa jonction avec celle de Bohème. Konigstein et Dresde défendaient la section du fleuve où le passage aurait dû s'effectuer; la masse des troupes françaises se trouvait dans cette direction aussi, et enfin, étant même parvenu à franchir l'Elbe, les deux armées alliées se seraient encore trouvées séparées par la chaîne de'l'Erz.
En se portant vers la section de l'Elbe comprise entre Torgau et Wittenberg, c'était se trouver d'accord avec toutes les règles de la pure stratégie, et Napoléon lui-même se serait fait un honneur de concevoir un plan pareil.
Par ce mouvement, le maréchal Bliîcher se rapprochait de la plus forte des deux années, choisissait la section du fleuve qui offrait , il est vrai, deux points défensifs aussi, mais qui se trouvaient dans un grand éloignement l'un de l'autre ; une section , dis-je , qui ne pouvait être défendue que par les débris d'une armée qui venait de perdre une bataille générale trè»pieurtrière ; et enfin , le passage étant une fois effectué, le maréchal acquérait la faculté de diriger ses mouvements offensifs vers Tobjet principal, de concert avec la plus puissante des deux armées.
Quant aux directions que les cours des fleuves peuvent avoir par rapport à la ligne d'opéralion principale, nous pouvons les envisage»' sous deux aspects différents :
i. lie fleuve coule parallèlement à la ligne d'opérations , ou