SUU LA DIVISION STRATÉGIQUE DU THÉÂTRE DE LA GUERRE
L*é(endue du terrain qu'on doit envahir pour atteindre l'objet dont la possession doit décider de la guerre , nous oblige souvent à partager le théâtre des opérations en plusieurs sphères. Deux objets limitent ordinairement les échiquiers stratégiques :
i. La possession du point dont Toccupation, en nous ouvrant des voies sûres pour atteindre le but principal , peut multiplier nos combinaisons;
2. Les accidents que la nature ou Tart opposent à nos mouvements offensifs qui, servant d'égide protectrice au terrain qui se trouve derrière eux , partagent le terrain en aections distinctes.
Cette division stratégique de tout le théâtre de la guerre , en sphères plus circonscrites, en simplifiant les grandes opérations, ne ravit en aucune matière à nos combinaisons cette marche synthétique qui régularise les éléments de la stratégie , mais , au contraire , nous mène plus systématiquement au but. En limitant le terrain, on saisit avec plus de facilité les propriétés des différenies sphères , et ce développement , en nous désignant la valeur intrinsèque de chacune d'elles , simplifiejaussi la recherche de l'objet le plus important vers lequel doivent tendre nos mouvements offensifs ou nos projets de défense.
En 1812, le but principal des opérations
était Moscou. Il était à 109 myriamètres de la frontière. Une distance aussi grande et la sévérité du climat , nécessitaient, de la part des assaillants , le partage de cet espace en deux sphères, pour pouvoir, d'après la rigidité du climat , calculer la continuation des hostilités. n fallait donc chercher, entre Moscou et les frontières, un objet intermédiaire qui répondit aux nécessités qu'engendre une interruption pareille. Les villes de Smolensk et deWitebsk auraient pu satisfaire à toutes les conditions. Dominant deux grands fleuves, couvrant les deux communications principales, ces deux villes auraient pu , dans un court espace de temps, être mises à Fabri d'un coup de main.
Smolensk devait donc être Tobjet qui aurait limité la première sphère d'opérations. Mailre de ce poste , on s'ouvre non-seulement une voie sûre et facile pour atteindre Moscou, mais encore des directions vers le nord et le midi de l'Empire, qui auraient pu multiplier les ressources et les combinaisons militaires.
Pour rhypothèse de la seconde catégorie, la Turquie d'Europe nous présente un exemple bien instructif.
Le Danube, qui partage la Valachie et la Bulgarie , la chaîne du Hœmus , qui sépare la Bulgarie et la Roumélie , nous offrent trois sphères d'opérations bien distinctes. Celle de la Valachie est basée sur la ligne du Danube,
DE LA STRATÉGIE
qoi est renforcée par quatre places fortes et sept forts, celle de la Bulgarie sur la ligne transversale oblique de Rouschtschouk, Schoumla et Varna 9 et sur la chaîne du Hœmus (i) ; enfin la sphère de la Roumélie se trouve basée sur l'objet principal des opérations, Gonstàntinople. Noos les indiquerons par sphère d'opérations du Dordy sphère mitoyenne et sphère du midi.
La force matérielle des Turcs étant bien audessous de celles des Russes , la sphère d'opérations du nord , quoique basée sur une ligne aussi forte que le Danube, ne possède pour eux qu'ooe force négative. Son intégrité ne pourrait être conservée que. par la prépondérance desforces physiques, et des victoires constantes seraientles seuls moyens que les Ottomans auraient pour s'y maintenir. Un cas pareil est loutàîait inadmissible, et ayant senti euxmêmes leur grande infériorité tactique, ils considèrent la ligne du Danube comme leur ligne défensive frontière.
La sphère mitoyenne défendue par la ligne da Danube vers le nord, par la chaîne du Uœmas vers le midi, et coupée obliquement par la ligne transversale de Rouschtschouk, Schoumla et Varna, est désignée, par la nature et Fart, pour être le vrai échiquier stratégique des Turcs dans une guerre contre les Russes.
Dans le cas de l'abandon de la ligne du Danube , Schoumla peut devenir le pivot principal
(i)Cette chaîne de monts» sur laquelle le simple voyageur n'a pu jeter qu'un regard furtif et d'une efficacité ii^li?e, qne les circonstances avaient soustraite jusqu'à présent aux regards attentifs du géologue ou du militaire observateur, où nous ne connaissons ni les iM>lnts culminants, ni les directions des vallées, ni leurs neods, ni les plateaux, ni l'entrée des différents défilés, >i leur étendue, ni les contreforts et les vallées transnnalesqui en proviennent, n'a été, jusqu'en 1828, qu'un chaos ténébreux , où tout nous éloignait d'un résultat efficice , par Fignorance du principe. Le passage de cette
des opérations défensives. Pouvant, avec facilité, contenir dans ses murs une armée respectable , adossée aux versants septentrionaux du Hœmus, cette place située à peu près à michemin de Rouschtschouk à Varna, peut favoriser les tentatives des défenseurs vers ces deux places flanquantes de la ligne transversale, et forcer les assaillants à observer avec attention Tespace compris entre les deux communications qui mènent à Rasgrad et Pravodi.
La sphère d'opérations delà Roumélie est le dernier terrain stratégique. Une fois que la Bulgarie est conquise et que la chaîne des Balkans est franchie, les grandes difficultés de la nature ou de Part s'aplanissent. Les rameaux du Tékir et de Slrandschea , oscillant dans une direction parallèle aux grandes communications qui conduisent de Schoumla et Pravodi à Gonstàntinople, offrent moins de difficultés à vaincre. Si le terrain compris entre les élévations est peu fertile , en revanche , les contrées avoisinant les deux mers sont assez abondantes et offrent plusieurs ressources.
Toutes ces considérations prouvent d'une manière évidente , que Péchiquier stratégique le plus important pour l'intégrité de l'empire Ottoman, est celui de la Bulgarie. C'est là que doivent se rassembler toutes les forces physiques des Turcs, pour disputer celle conquête à leurs ennemis.
chaîne par l'armée russe, en 18S9, nous a fiicilité les moyens d'en connaître tous les détaib nécessaires pour régler nos opérations dans cette partie intéressante de la Turquie d^Europe. Ce système de montagnes se dirige de Pouestè l'est, se sépare à Kapuli-Derbenl (porte de Trajan) du mont Rhodope , et oseille dans la direction de Pest par la partie septentrionale de la lloumélie, jusqu^à la mer r^oire, où cette chaîne aboutit au cap Emineh, après avoir laissé vers le midi les rameaux du Tekir et du Strandschea.
MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES