SUR LES BASES D'APPROVISIONNEMENTS, ET SUR CELLES D'OPÉRATIONS
Le mot baser, pris dans son sens propre, signifie : appuyer sur une base solide. La base d^approvisionnement esl donc celle qui soutient les approvisionnements, d^où on fournit les choses nécessaires , tandis que la base d'opérations consolide les manœuvres.
La guerre est faite par l'armée, Tarmée est soutenue par les munitions de guerre et de bouche. Les opérations sont Fagent représentatif de la guerre, Tarmée est Fagent actif des opérations. Pour faire la guerre , il faut faire opérer l'armée; pour conserver la force mobile, il faut Tarmer et la faire subsister. Faire opérer une armée ou la faire subsister, sont deux éléments différents de la guerre, et se soutiennent à Paide de deux principes différents aussi. Il faut à chacun une base, dont Tune nourrisse Parmée et l'autre seconde ses opérations.
Si les grandes manœuvres ne possédaient aucun appui de la nature ou de Part qui leur donnât un trait caractéristique de prépondérance sur les éléments de la tactique , un choc général serait Punique but des mouvements, et une victoire sufiGirait toujours pour forcer Pennemi à abandonner le théâtre de la guerre.
Cette différence des bases et des propriétés qui doivent les caractériser^ me parait d'autant plus indispensable que , si nous voulions faire
de notre base d'approvisionnement , celle de nos opérations, nous tomberions facilement dans de graves inconvénients. La solidité de la base d'opérations étant souvent précaire , un revers inattendu nous obligeant quelquefois à l'abandonner pour aller en chercher une autre dans Pintérieur du pays : si , comme je viens de le supposer, notre base d'approvisionnement était aussi celle des opérations, en Pabandonnant au pouvoir des ennemis, nous saperions dans son fondement l'entretien de l'agent actif des opérations de Parmée, et nous finirions par la paralyser.
Voilé ce qui m'a porté à discuter les propriétés des bases sur lesquelles reposent les éléments de la guerre , sous deux rapports différents. Les bases d'approvisionnements et d'opérations me paraissent être fondées sur des principes , et tendre vers des buts si peu homogènes, que, pour ne pas leur donner des dénominations qui soient contraires au sens de Pobjet, j'ai cru devoir les partager :