‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en RussieChapitre 26 sur 86 · En bases d'opérations · texte numérisé non relu

En bases d'opérations

La première est celle qui contiendra les dépôts de tout ce qui peut être nécessaire à Parmée pour faire la guerre, tandis que les secondes serviront de pivot et d'appui aox opérations. Dans Poffensive , on quitte la base

DE LÀ STRATÉGIE

des apinûvîaiOliiiemeiits pour atteiiidre celle desopératioDfty tandis que, dans la défensÎTe^ on atâiidonDe la deraière pour se replier sar la jNremière.

C'est ainsi qu'en 1813 Tannée de Bohème afait sa base d'ap{Mt>Tisionnemenl sur la Moldan, et eelle d'opérations sur TEger et les revers septentrionaux des montagnes de TErz. Le ma* lédialBliicliery dans lamémecampagne, aratt sa hase d'approvisionnement sur TOder et ses iMses d'qiératiotts ^temativement sur la Kalsbaeb» la Queiss et la Neisse. Dans la guerre que les Russes ont soutenu contre les Turcs eo 1828 et 1829, celte différence de. base devient plus palpable encore. Odessa a été la lined'approvisioonanent, tandis que l'armée opérait en Bulgarie , et plus tard en Roumélie.

La base d'approvisionnement étant celle qui alimente et soutient la guerre en général , doit eoDtenir les dépdts des munitions de guerre et de bouche 9 des armes , des habillements et néoie la masse des recrues qui coaaplètent les tnmpes. Gomme l'agent actif des opérations, Tannée, dénuée de toutes ces ressources, peut elfe facilement paralysée , il est tout juste de les mettre tellement à l'abri , que l'ennemi ne paisse y parvenir, ou même en atteignant ces <fifférenls dépôts , ne puisse s'en rendre msdtre. L'armée qui les dtfend doit songer à les soustraire aux désavantages du premier cas , tandis «pie le choix des points où se font les rassem- Uenenls doivent être à l'abri d'un coup de nuin, c'est-à-dire, dans des places fortes. Les forteresses se construisant c^inairement sur les grands fleuves, dont la masse des eaux offre à ces points défensifs beaucoup de stabilité et de facilité de communication , les bases d'approvisionnements sont, par le fait même , choisies ordinairement sur des fleuves fortifiés.

Le nombre de ces places doit être multiple poarposséder plus de lignes de communications avec l'armée et pour faciliter les transports.

Nous considérerons l'armée comme l'agent défensif immédiat de notre base d'approvision- Bemoit, et les secours de l'art comme le complément de ses propriétés.

Lorsque la base d'approvisionnement, renfopoée par Tart, se trouve aussi sous la protection immédiate de l'armée qui opère sur une ligne avancée, il est tout juste qu'une base pareille ttt à l'abri de toute atteinte. Même un ennemi

audacieux, faisant abstraction de toutes les considérationsqui doivent guider ses opérations stratégiques , se porterait-ii vers la base et s'engagerait-il dans un mouvement lointain, la punition suivrait de près. En se portant à dos des défenseurs ,. en masse ou avec une partie de l'armée assaillante , il est tout simfde que, dans le premier cas, il découvre tout à fait l'objet de sa propre défense et le livre aux atteintes de ses adversaires, et, dans le second, il affaiblit , en la disséminant , la masse qui le défend et met ses parties à la merci d'une défaite. Ces sortes de mouvements sont très-dangereux et souvent plus pernicieux qu'utiles.

Nous avons sous les yeux un exemple bien terrible : et, quoiqu'un exemple ne soit quelquefois qu'une règle exceptionnelle; mais le résultat en a été tellement immense et étonnant, qu'il peut servir d'indication pour ce qu'il faut craindre dans de pareils cas. C'est celui que nous othe la campagne de 1814 et le mouvement de Napoléon sur Saint-IHzier et JoinviUe. Il dissémina les troupes qui défendaient Paris, pour se porter contre la base des alliés , exposa l'objet principal des opérations en affaiblissant l'armée qui le couvrait, et mit ainsi ses fractions à la merci d'une défaite complète. Le résultat de ces manœuvres nous est connu.

Si la base d'aj^rovisionnement , dans la direction de laquelle se trouve ordinairement aussi l'objet principal des opérations, n'est pas renforcée par l'art, certes qu'une attaque des ennemis peut la mettre plus tôt en danger; mais, dans un cas pareil aussi, si elle se trouve sous la protection immédiate de l'armée, il n'est pas toujours convenable de risquer de ces grands mouvements de conversions pour s'enrapprocher, en laissant IVirmée défensive dans le flanc. Le plus avantageux est toujours de manoeuvrer de manière à déposler cette armée, de la rejeter dans un sens inverse de ses directions naturelles^ et de s'ouvrir, de cette manière, une voie sàre et facile vers la base de ses ennemis. Les résultats de pareilles manœuvres sont ordinairement très-grands , -et décident qu^uefois d'une campagne entière. La guerre que les Français ont soutenue contre les Autrichiens, en 1809, en oflBfe un exemple. Après la défaite d'Eckmnhl , l'archiduc ayant été re^ jeté en sen.v inverse: de sa direction naturelle

MÉMOIAES SUR LES PRINCIPES

et de ses bauses d'o|)érations et d*approvîftioiinemeotâ» se vit obligé de se jeter en Bobème pour atleindrè l'objet principal , Vienne , et ouvrît ainsi à ses ennemis des voies sures et faciles pour venir menacer la capitale, et pour se mettre en possession du foyer d'où rejaillis^ saient tous les éléments qui pouvaient soutenir la guerre.

Ces grands résultats sont, sans doute, iil&r ciles à atteindre, et il n'appartient qu'à un génie aussi transcendant qu'était celui de Nar poléon, de nous en donner un exemple.

Ce cas aussi n*est admissible, que lorsque la base d'approvisionnement ne possède aucune force défensive intrinsèque. Mais alors on doit cbercher à la défendre par d'autres moyens , et on y laisse de gros détachements, ou l'armée de réserve, s'il en existe une.

Si, auj^ntraire, cette base est forliCée , et par conséquent chacun de ses points ï l'abri d'un coup de main, les malheurs auxquels l'armée dépostée de ses directions naturelles pourrait être en butte, ne seraient que momentanés. En rejoignant sa base sur une autre direction, elle en ii*ouverait les points défensifs intacts, dont chacun servirait de pivota ses opérations et de soutien contre son adversaire.

La longueur de la base d'approvisionnement doitse déterminer par les points d'intersections qui servent de points de départ aux différentes directions. Gomme die doit alimenter la guerre, il est juste que toutes les lignes de communîcations qui partent des points d'intersections , doivent tendre vers les vrais objets des opérations; car, à quoi servirait-il d'étendre sa base, si sa ligne de communication mène en sens contraire de l'objet qu'on veut atteindre? Les Français, en se basant sur le Rhin pour porter la guerre en Allemagne, peuvent ne pas étendre leur base d'approvisionnement sur le flanc droit, plus loin que Vieux -Brisach, sur leur flanc gauche, plus loin que Coblentz ; car les communications qui partent des autres points d'intersections du Rhin , vont plulàt en sens divergent des lignes principales de jonctions qui conduisent vers Leipzig et la vallée du

Danube.

Tout ce qui regarde la configuration des bases d'approvisionnements, me parait être plutôt de l'idéologie et que l'expérience ne jus*

tiGe jamais. Que la ligne qui forme la base soit concave, convexe ou droite, oomme celte ligne ne se défend pas elle-même, mais se trouve sous la protection immédiate de Tannée active, toutes ces différentes configurations ne po^^ ront jamais la sauver, si les défenseurs sont battus, ni aggraver son sort tant que l'année se maintiendra dans ses positions. Avant de parvenir à la base , il faudra se mesurer avee les troupes défensives, et si elles résistent, elles pourront toujours empêdier les assaiUaflts d'atteindre les points de dép^. Si, au contraire, eUes succombent, alors la base peut être ood^ cave, convexe ou droite, elle finira par être envahie.

Une règle plus essentielle , c'est de ne pas établir de base d'approvisionnement sur des points qui suivit séparés de la q[ihère d'opérations de l'armée active, par des obstacles naturels, qui rendent pénibles ses lignes de jonc* tiens. Comme la base d'approvisionnement doit alimenter la guerre , il est tout juste que le pays par lequel l'armée doit communiquer avee die soit facile à parcourir; car les grands retards, surtout dans les munitions de guerre, paralysent tout à fait les facultés défensives et offensives des troupes.

Nous trouvons un exonple d'un choix aussi vicieux dans celui que nous offine la campagne de i800 des Français en Italie. Leur base d'approvisionnement se trouvait à Genève, séparée du théâtre de la guerre par des dilBcultés aussi grandes que la chathe des Alpes Pennines, ce qui rendait les communications difficiles et pea sûres. Cette base ne pouvant être transportée temporairement qu'à Milan, si le général Mêlas s'était trouvé, comme il pouvait facilement le faire, sur le Téstn, l'armée française aurait pu, ï la longue, ressentir une grande pénurie dans les munitions de guerre (i).

La base d'approvisionnement étant la ligne qui contient tout ce qui peut être nécessaire pour faire la guerre , chaque état , iM>ur être vraiment dangereux à ses voisins , doit cbercher à constituer ses fronti^^s de manlèie à ce qu'elles puissent servir de base d'approvisionnement. Dans ce cas , Tannée mobile, en s'y rassemblant dans ses places, prend l'offen-

(i) Je suppose que le pays aurait pu lui livrer pendant un cestaki temps les muaittoas ée boucke.

HE L\ STRATÉGIE

sîTe sur h ligne défenÛYe la plus avancée du temhnre, la quille pour entrer dans le pays efiMini» où elle va cliercher d'auUre^ appuis pour ses opéralioDS« Tel était, sous Napoléon » legruid avantage de la France dans ses guerres contre rAllemagne, La ligne du Rhin lui servait de base d'apjvovisionnement, et sa force était le gvant de ses avantages. En quittant ses places frontières, qui servaient de rassemblement à ses troupes et de dépôts» aux approvisioDiieiDents» il y prenait l'offensive, et portait fat guerre dans le pays étranger, ou il allait dôcher des bases pour les opérations.

La multiplicité des bases d'approvisionneneote est une règle sans réplique; car l'armée oSeasive, par exemple, en avançant dans le pays emiemi , pourrait tellement s^en éloigner <pie ses dépôts lui devinssent inutiles. U est tout naturel que ces nouvelles bases ne pour* ront jamais avoir la stabilité de la première et ne seront que des bases temporaires , dont Tint^lé sera mise sous la protection immédiate de ramée. Elles ne peuvent pas être mieux établies que sur les bases d*opérations sur le»* quelles Tannée offensive aura manœuvré et qu'elle aura abandonné pour s'avancer dans le pays «memi. Ces sortes de lignes, comme nouf le verrons plus tard , possédant des prérogatives que Tart ou la nature leur donnent, seront tMJonrs les plus susceptibles de répondre à plusieurs des propriétés des bases d approvi- HMmements, telles que les r^les Texigeot*

L'éloignement de ces bases temporaires entre elles, sera donc désigné par la nature même des bases d^opérations que parcourra Tarmée ofiensive, et que nous offre la configuration du terrain, ainsi que par les besoins que revendiqueront les troupes, lesquelles, engagées dans

des mouvements offensifs, s^éloigneront plus ou moins de leur base d'approvisionnement.

Nous en conclurons maintenant qu'une base d'approvisionnement doit avoir les propriétés suivantes :

i. Les points qui servent de dépots doivent être à l'abri d'un coup de main ;

â. La base d'approvisionnement doit être cbolsie de manière à ce que toutes les communications qui, des dépôts mènent vers l'armée, soient faciles, sûres et conduisent droit àl'objet dont Tarmée veut se rendre maîtresse. Voilà pourquoi de grands obstacles de la nature ne doivent pas séparer l'armée de la base ;

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