‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en RussieChapitre 51 sur 86 · Par les chocs tactiques · texte numérisé non relu

Par les chocs tactiques

En attirant les armées offensives dans l'intérieur du pays, et en les éloignant de leur base alimentaire, on soumet les approvisionnements de leurs munitions de gueri*e et de bouche, à un transport pénible et irrégulier, et on les expose à des privations très-nuisibles pour la guerre , comme l'exemple que nous en offre la campagne de 1812 et les désastres de l'armée française.

En utilisant les ressources de la tactique, parvient-on à vaincre son adversaire , on paralyse ses mouvements offensifs. La guerre que Frédéric H a soutenue contre l'Europe coalisée, nous en offre des exemples bien instructifs {%).

Un système de montagnes qui partage le théâtre de la guerre en sphères indépendantes, est une des plus fortes lignes de défense que la nature puisse nous offrir , et le plus ferme appui de la défensive. Abstraction faite des difficultés qu'elle offre pour s'en rendre maître, elle soumet souvent les assaillants , qui s'en seraient mis en possession , à un changement de base d'approvisionnement que les difficultés du terrain qu'on parcourt rendent quelquefois indispensables. Tel est le cas que nous offre les campagnes de d828 et 1829 contre les Turcs.

Tant que l'armée russe opérait en Bulgarie, la place (le Varna lui servit de base temporaire d'approvisionnement. Séparée de la Roumélie par la chaîne des Balkans, cette place perdit beaucoup de ses avantages du moment où les Russes franchirent la chaîne. La difficulté de charier les munitions de guerre et de bouche au delà de ces montagnes, les obligea d'en établir une autre sur les revers méridionaux , en prenant Missévri, Bourgas et Sizépoli pour dépôts temporaires. Ce changement put s'effectuer avec facilité, car la mer Noire était au pouvoir des Russes , et que les villes maritimes furent conquises par eux ; mais toutes les armées ne sont pas toujours aussi favorisées par les localités que l'a été celle de la Russie, et

res sur cette partie intéressante de nos opérations dans les considérations que remplacement de nos armées à cette époque m'a suggéré.

(s) A ce sujet, les militaires ne sauraient assez étudier l'ouvrage du général Jomini sur les grandes opéra* tions militaires.

DE LA STRATÉGIE

c'est alors que se développent toutes les entra* Tes auxquelles un changement de la base d^approYisionnement est soumis.

Le vrai esprit du système défensif consiste donc à ramener Fennemi sur un terrain où, à chaque pas , la nature ou Fart puissent lui offrir une entrave difficile à surmonter. En obligeant Tarinée offensive à vaincre de grands obstacles, on diminue la faculté impulsive de ses forces actives , et en compensant par là les désavantages de la défensive, on établit, entre les deux armées belligérantes, cet équilibre sans lequel un pays ne pourrait être ni défendu ni conservé.

Tout ce que nous avons dit dans le chapitre précédent sur le déploiement stratégique des différentes masses , se rapporte tout aussi bien à la défensive qu'au système offensif, avec la différence que , dans le second, Fennemi choiât à son gré le point d'attaque et prend par conséquent le plus vulnérable pour but, tandis que, dans le premier, les défenseurs doivent être ]Nréparésà résister à leurs adversaires sur tous ceux de la ligne qu'ils occupent.

Si les avantages intrinsèques de Foffensive mettent quelquefois les assaillants dans le cas de se permettre quelques licences dans leur déploiement stratégique , il n'en est pas de même des défenseurs, qui doivent être prêts à résister sur tous les points. Les règles qui nous guident dans l'occupation des bases d'opérations, doivent être plus scrupuleusement observées encore, c'est-à-dire, que les différentes parties qui forment le déploiement stratégique, doivent être placées de manière à pouvoir se prêter un secours mutuel et prompt.

Le déploiement stratégique du système défensif doit être toujours fait dans le sens des différentes attaques que les assaillants peuvent diriger contre la ligne, c'est-à-dire, si on se trouvait attaqué sur un des flancs, entre un des flancs et le centre , ou dans le centre même du déploiement.

Dans tous ces cas, la concentration des forces sur le point mis en échec , est toujours l'unique remède au mal ; mais ce remède peut , dans le cas d'une attaque sur une des extrémités de la ligne , à cause de Féloignement dans lequel se trouvent les deux flancs, être souvent tardif et insufifisant. Il en faut donc un autre plus efficace , et je le trouve dans Fclablissement d'une

sorte de réserve qui , occupant en arrière de la ligne du déploiement une position convenable, soit toujours prête à secourir le point que Fennemi aura mis en échec. Cette disposition ne pourra pas être mise dans la catégorie d'une dissémination désavantageuse des forces physiques, puisque cette masse de réserve étant une partie intégrante du déploiement, sera là pour soutenir le point attaqué. En nous offrant les moyens de pouvoir présenter aux assaillants une masse capable de s'opposer du moins au premier choc, pendant lequel la concentration du reste des forces pourra s'effectuer, cette réserve , au contraire , sera d'un efl^et salutaire. Cette disposition possède encore un avantage. Supposons qu'à la suite d'une opération bien conduite , Fennemi vienne se placer perpendiculairement sur le flanc de notre ligne stratégique. Un changement de front de notre déploiement devient indispensable; mais ce changement est un mouvement tardif, et , par conséquent, n'est qu'un remède d'une efficacité souvent douteuse. La masse de la réserve , d'après la disposition proposée, y remédie, sinon tout à fait, atténue du moins les dangers du premier moment. Se trouvant dans la proximité des deux flancs, elle peut, d'après Fexigence , venir au secours de l'un ou de l'autre, et en soutenant le choc des assaillants, elle pourra donner au reste des troupes le temps de se rassembler.

Les trois ordres de déploiement dont nous avons eu l'occasion de parler, dans lesquels on peut se trouver par rapporta la ligne ennemie, reposent sur les mêmes principes pour le système défensif que pour l'offensif ; les mêmes règles que nous avons établies pour le second, nous guideront donc aussi pour le premier.

Quoique le vrai but des opérations défensives soit la conservation des objets qui maintiennent Fintégnté de Féchiquier stratégique, comme les lignes de jonctions principales qui nous conduisent aux objets des opérations, les grands fleuves ainsi que les objets et les bases d'opérations, il n'en est pas moins utile et salutaire, pour pouvoir soutenir le système défensif avec efficacité, de chercher aussi à prendre l'offensive sur des points que Fennemi aurait découverts, et en les mettant en échec, de paralyser le mouvement offensif qu'il aurait prononcé sur un autre. C'est dans celte transition allQf-

MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES

native de la défense à Tattaque, qu'on trouve les éléments acliCs les plus avantageux du système défensif; car il est tout simple que, si on permettait à Tassaillant de conduire ses attaques en sécurité et sans interruption , protégé par les circonstances, comme il est à supposer qu'il doit Tétre, il n'y aurait pas de point qui, à la suite d'attaques persévérantes, ne unisse par tomber sous ses coups (i).

La supposition de prendre l'offensive dans une direction contraire à celle où on est réduit à une stricte défensive, nous dévoile remploi d'un principe qui n'est pas toujours compatible avec les désavantages intrinsèques de la défense; c'est une dissémination des forces physiques. Au reste, l'emploi de ce principe étant indispensable^ il est juste de s'en servir, mais on ne doit en user que dans un moment opportun , et ne le mettre en exécution qu'avec précaution, finesse et célérité.

Le calcul du temps, des espaces, et surtout une distribution analogue des forces physiques, pour pouvoir maintenir le point défensif et ne pas échouer dans l'attaque de celui qui sert de but à la diversion, doivent être soumis à une attention scrupuleuse, un examen approfondi , et fait dans le vrai sens des ressources territoriales , envisagées sous le point de vue des deux systèmes.

Pour mieux éclaircir mes idées, je crois devoir présenter au lecteur un exemple tiré des guerres modernes : je prendrai la campagne ile 1796, en Allemagne.

(i) Userait difficile d'offrir au lecteur une époque militaire plus riche en exemples que celle de la campagne de 1814, en France. C'est une mine inépuisable de règles, d*eiemples et de principes pour le système défensif, et le mililaire qui aime à approfondir son métier ne

Après les combats désavantageux que l'archiduc Charles avait livrés à Ettlingen et Néresheim , il fut rejeté sur la défensive et se replia derrière le Lech , tandis que Wartensleben prit position derrière la Naabe* Le gé« néral Nauendorf , avec 5 bataillons et 14 escadrons, se trouvait à Neumarck et formait l'échelon stratégique intermédiaire entre les deux armées impériales. Le projet de l'archiduc avait été de les diriger concentriquement vers Ratisbonne , afin de pouvoir se jeter, après leur réunion, d'abord sur l'armée de Sambre-etrMeuse, et, plus tard, sur celle de Moreau.

L'inaction du général en chef français après Faffaire de Néresheim et le mouvement offensif de Jourdan dans la vallée de la Pegnitz , avaient séparés d*une manière sensible les deux armées françaises. L'archiduc voulut profiter d'un moment aussi opportun pour reprendre l'offensive. Laissant le général Latour avec 37,000 hommes devant la position qu'occupait Moreau, il part, le i 6 août , des en vironis de Neubourg , avec trois divisions, et après avoir recueilli le général Nauendorf à Neumarck, il s'avance sur Amberg où, conjointement avec le général Wartensleben, il attaque Jourdan, remporte sur lui une victoire complète , et répare, par cette opération décisive, tous les désavantages que les échecs antérieurs- avaient produits. Nous savons l'influence salutaire que cette victoire eut sur l'issue de la campagne («).

saurait Tétudier avec assez d'aUention et de profondeiir. (a) Le lecteur ne saurait en étudier assez les détails dans les Principes de Stratégie, développée par VHiitoire de la campagne de 1796 en Allemagne^ que Tarchiduc Charles nous a livrés lui-même.

DE LA STRATÉGIE

DIX-HUrriÈME MÉMOIRE,

SUR LA PARTIE DESCRIPTIVE ET EXPLICATIVE DES DEUX SYSTÈMES DE LA STRATÉGIE ,

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