SUR LES GRANDES O^RATIONS DÉFENSIVES
Les principes qui doivent servir de guide aux opérations défensives peuvent, en grande partie, élre déduits de ceux que nous avons établis pour le système offensif.
Toute opération défensive a aussi deux buts essentiels à remplir :
1. De résister à Farmée assaillante, et de la battre si Toccasion en est favorable;
2. De garantir et de défendre le pays que Tennemi se propose d'envabir.
Le premier, comme je Tai déjà dit, appartient à la tactique , il ne s^agit donc ici que du second.
Le premier but dont Tannée défensive doit «oocaper, est la défense de la ligne frontière. Dans ce cas, remplacement préliminaire des armées influe sur les opérations défensives ultérieures, autant que le cboix du point des frontières qu'on prend pour but de l'attaque , décide des manœuvres offensives.
Les parties faibles des frontières ont -elles été mal appréciées , et les armées placées en sens contraire des points vulnérables, Tinvasion des ennemis n'est plus à éviter, et les opérations des forces actives deviennent, non-seulement gênées, mais pernicieuses.
Esclaves des mouvements de leurs ennemis, les défenseurs ne conservent plus la faculté de recouvrer, quand ils le veulent, les avantages
qu'ils auraient cédés. Ce n'est, quelquefois,, qu'avec une perte sensible de temps et de terrain qu'on parvient à rétablir l'équilibre ; mais le sacrifice du terrain devient, pour une armée qui manoeuvre déjà dans un système désavan* tageux, un mal irréparable.
Passons à un exemple, et prenons celui que nous offre l'ouverture de la campagne de 4842.
Les années russes, assujéties à une stricte défensive, s'étaient déployées sur la ligne transversale depuis Keïdany par Lida, jusqu'à Novoï-Dvor. La première formait la droite , la deuxième l'aile gaucbe. Les forces de ces deux armées se trouvaient dans un éloignement d'environ 50 myriamètres les unes des autres. Séparées par la vallée du Niémen, elles l'étaient encore par un espace qui était hors de mesure. On interposa, entre les deux masses principales^ deux corps qui devaient servir d'échelons de jonctions , dont l'un était à Lida et l'autre à Grodno. Ce déploiement était vicieux, car ces masses, trop faibles par elles-mêmes, étaient encore disséminées sur une grande étendue et hors d'état de se concentrer sur le point décisif, n arriva, ce à quoi on devait s'attendre: Napoléon, en jetant une force respectable entre les deux flancs, parvint à les séparer pendant un certain temps, et ce n'est qu'en sacrifiant une grande section de terrain, que les
MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES
généraux russes parvinrent à se réunir sous les murs de Smolensk (i).
La complication des éléments du système défensif en rend les opérations beaucoup plus difficiles que celles du système oflTensif. Obligée de protéger la directrice de la guerre, la base d'approvisionnement, et en général le terrain qu^elle défend, et de se moduler encore sur les mouvements de son ennemie, Farmée défensive se trouve souvent entre plusieurs alternatives qui rendent son rôle très-pénible. Toutes les ressources de la stratégie et de la tactique doivent être déployées avec subtilité et précaution, tous les avantages du terrain doivent être utilisés avec sagesse et discernement. L'individu qui saura maîtriser le système défensif, et en conduire les opérations avec sagacité et finesse, dominera toujours d'une manière prépondérante dans une offensive décidée.
Les désavantages inbérents au système défensif nous mettent aussi dans Tobligation, au défaut d'une force majeure active, de l'appuyer du moins par une autre passive : ce sont les places fortes. Elles sont appelées à y jouer un très-grand rôle, et ne pouvant être élevées en peu de temps, leur construction nous fait un devoir de nous en occuper de longue main.
Un des grands avantages d'un échiquier bien fortifié est , non-seulement de nous offrir dans ses objets d'opérations des points d'appui permanents, mais de nous ménager aussi plusienrs retraites qui nous mettent à même de manœuvrer dans différentes directions , et de paralyser les mouvements offensifs des ennemis, en nous portant sur une communication latérale qui offre une position de flanc.
Cette opération , très-avantageuse en effet, revendique cependant des apprêts préliminaires. Les a-t-on négligés, la manœuvre se complique et devient épinense , car on découvre l'objet principal des opérations.
Au défaut des places fortes, on ne saurait y suppléer que de deux manières :
(i) Ayant déjà eu Toccasioii de développer toutes les opérations de cette campag^ne, je prends la liberté d'attirer Tattention du lecteur sur mon ouvragée intitulé : Considérations sur Us grandes opértUions , Us batailles et Us combaU de la campagne de Russie en 1812 ( Pag. 55 à 62). 11 y trouvera tous les détails néccssai-
i . Par les grands espaces ;