‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en RussieChapitre 55 sur 86 · APERÇU GÉNÉRAL DES TROIS ARMES · texte numérisé non relu

APERÇU GÉNÉRAL DES TROIS ARMES

Le perfeciîoDnement des sciences et des arts est presque toujours en rapport réciproque a?ec la civilisation des siècles et des pays, et il est parfois le résultat de Tintérèt immédiat que les nations recueillent de leur emploi. Voilà aussi pourquoi nous les voyons souvent cheminer d'une allure tardive , et* se développer aussi lentement que cette même civilisation d'où ils dérivent.

Chaque branche du code scientifique possède

a vertu spécifique ; mais son apogée d'éléva-

I lion et de gloire provient souvent de l'impor-

' tance que les circonstances accordent à Tune

l^elle, et des conséquences qui s'y rattachent.

De là vient aussi le perfectionnement de Tart

militaire. Si autrefois les guerres étaient aussi

> fréquentes que dans le dix-neuvième siècle,

i leois résultats n'étaient ni aussi grands, ni

aossi dangereux pour la prospérité des peuples.

Ces grands bouleversements , des couronnes

perdues ou acquises , ayant été plus d'une fois

h conséquence d'une défaite ou d'une victoire,

il était juste que l'art qui nous fait gagner les

batailles acquit une importance qu'il ne possé-

^it pas jusqu'alors.

Le temps et les méditations des guerriers ont augmenté le nombre des découvertes, tandis que l'application des principes innovés arrêta le choix de ceux qui devaient servir de base à l'art militaire.

Dans aucune branche de cet art, les découvertes n'ont été aussi fréquentes et aussi nombreuses que dans la tactique. L'infiniléd'articlcs différents qiii la compose en est Tunique cause. La formation des troupes, leur ordonnance, leurs évolutions et leur action adaptée ata avantages du terrain, sont autant de vastes' sphères dans lesquelles l'imagination humaine s'estplue à travailler, et qui devinrent autant de nfines inépuisables pour l'exploileur attentif et assidu.

Le choc des assertions différentes» d'où jaillit l'étincelle, rectifia les erreurs et agrandit la sphère des innovations, tandisqaeiexpérienee fixa remploi des prineipes dont Tutilité devint incontestable.

C'est ainsi que se formèrent ces traités scientifiques qui nous servirent de lisière dans la voie toujours épineuse qu'on parcourt encore en écolier, et qui ne cessèrent d'être nos guides

"lu

EXAMEN RAISONNÉ

pendant les moments oit les travaux de la guerre demandèrent remploi des principes de Tart militaire.

c L'objet de la guerre, dit Montesquieu (i), 1 c'est la victoire , celui de la victoire la con- 1 quête, celui delà conquête la conservation, i En admettant, et avec justice, la bonté des troupes comme une des grandes causes des victoires, et faisant abstraction de toute idée d'envahissement, je dirai, sans risquerde tomber dans le défaut deThyperbole, que la sécurité des trônes, comme le bien-être des nations, tiennent au perfectionnement des trois armes différentes, TinDamterie, la cavalerie et Tartillerie, par des noeuds indissolubles. Elles forment ce bouclier sous la protection duquel les peuples conservent leur sécurité sociale et politique, les pays leur intégrité. En les envisageant sous ce rapport si essentiel, que de soins ne doit-on pas leur accorder pour les rendre capables de remplir avec dignité le rêle qu'elles sont appelées à jouer I

Ces mines précieuses dont les militaires, dans les temps anciens, ignoraient l'exploitation , ne livraient que des trésors bruts et incapables de résultats aussi surprenants. Ce n'est qu'en perfectionnant l'organisation , l'ordonnance, et, en général, la tactique des trois firmes; c'est en apprenant ensuite à profiter de leurs propriétés et à les emjdoyer au moment opportun , que le militaire marcha d'un pas terme' et assuré dans ce dédale de combinaisons , idont le réseau a été si bien conçu et les dilBoultés si bien développées pendant les guerres moderne».

Cest^'en grai^ie partie à N^K>léon qu'appartient eeite gloire. C'est à lui que les armes, dont je me propose de discuter les propriétés, doivent leur éUvaiioa , ainsi que le dévelop-

(i) EiprU des Lou.

(ft) L'enthousiasme religiéai ^a) ou l'amour de son souverain et le vrai patriotisme l(à), ont rendu quelqoefolt des troupes Jeunes eneora tout«à fait inexpéri- ■MMlta, iNtti<tables à leurs ennemis, et par là<ont rangé tous les moyens, qu*OB emploie ordlnainmeot pour rendra une armée guerrière , dans une catégorie seeondaira ; maïs œs exemples sont rans et ne doivent

(a) Lm eaMpayiMtdTEapagM.

(S) Lm milicw hhm «t pniifiMM pettéant ftflcmnpagiief d« ISia, laiSrt 1SI4.

pement des forces inhérentes à la nature de chacune d'elles. Jetant un regard attentif et hardi sur les défauts qui jusqu'alors avaient existé dans l'organisation et la tactique des différentes armes, et dont l'expérience lui avait démontré les erreurs, ce savant militaire, si hardi dans ses conceptions, si fécond dans ses productions, était semblable à ces météores bienfaisants, souvent terribles dans leur essence, mais si favorables par leurs effets , qui dilatent un air chargé de parties hétérogènes et lui rendent toute sa pureté.

Ennemi de ces idées minutieuses semblables à ces enjolivements d'un édifice sans solidité, qu'un seul accident peu détruire, et dont les ruines attestent lamMiocritédeses fondateurs, ce profond militaire considéra la nature et les propriétés des trois armes sous leurs rapports purement scientifiques , et sacrifia volontiers l'aspect agréable d'une armée composée de soldats peliU^maitres , à l'utilité de posséder des phalanges que leur sage organisation et leur bonté rendaient inébranlables, et qui assuraient la sécurité de leur pays en frayant toujours le chemin de la victoire (a).

C'est à son génie hardi et entreprenant que nous devons en général la régénération de l'art militaire. La campagne de 1796, en Italie , nous prouve suflSsamment que son esprit vaste avait déjà, même avant d'entrer en lice , embrassé la sphère étendue des nouvelles combinaisons; car nous le voyons franchir avec intrépidité les limites dans lesquelles beaucoup de (^néraux^ qui ravalent précédé , aimaient à se restreindre » et que la crainte de s'égarer, en s'écartant des institutions établies , leur présentaient comme inviolables (s).

Ses dernières armes, il est vrai , nous offrirent des actes de témérité impardonnables; les suc»

pas nous faire négliger les vrais principes de Tédacatien du soldat.

(s) Toute armée de plus de 50,000 hommes, disait Turenne, est incommode pour celui qui la commande et pour ceux qui la composent. Mais n*avoo»-DOus pas \ii Napoléon manier avec des succès incroyables des masses quadruples, sextuples et même décuples de celles que le héros du dix-septième siècle avait désignées comme le maximum de celles qu'on pouvait mettre en campagne. Quel parallèle senlt-il donc possible d*établir entre le perfectionnement de l'art militaire du siècle de Turenne et celui de Napoléon, et qui poomil calculer tous les progrès qui s*y sont frits.

DES TROIS ARMES

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ces rayaient rendu improdeni el sourd à la Yoii de la raison , il voulut dépasser les limites que rhomme ne firanchit jamais impunément; inais il suffit d*ètre humain pour ne pas être infaillible. Au reste» ces actes de témérilé qui bouleversèrent ce colosse de puissance, que cent victoires avaient établi et qui paraissait reposer sur des bases inébranlables , ne doivent être envisagés par ses descendants que comme des expériences salutaires pour Tart militaire, et qui nous indiquent» d'un côté, tous les dangers des hasards démesurés, et annulent deTautre ces prétentions exclusives et souvent futiles auxquelles Tancien système était assujetti*

Il est fâcheux de ne pas pouvoir en dire autant de Frédéric le Grand. Ce génie» quoiqu'universel» se laissait facilement éblouir par de Irompeuses» mais d'agréables apparences, et même Texpérience de tant de victoires et de défaites» et dont personne. mieux que lui n*a pu expliquer les vraies causes, n*a pas anéanti son amour démesuré pour la tactique élémentaire.

Philosophe stoîque sous tant de rapports , sous celui de Féducation de ses soldats» Frédéric ne possédait pas cette vigueur mâle de caractère d'oïl émane cette force motrice qui nous fait sacrifier l'agréable à Tutile. 11 suffisait qu'une idée fût enfantée par lui, pour qu'il s'opiniâ- Irât à la conserver et à la mettre en exécution; car nous avons vu le vainqueur de Rosbach et de Leuthen être aussi peu en état de vaincre les préventions, que le général qui allait faire ses premières armes dans les plaines de Molir vitz.

Voici comment Borenhorst, ce digne écolier de son maître (i) , en parle dans ses ConêidératUms sur la Guerre (%) : c 11 n'appartenait pas > àlacombinaisondesesidées, dit-il» d'envisa- 9 ger les soldats comme des êtres possédant 1 une volonté et des (acuités spiritudles; leur

(i> Bewhofit it UDS partis 4a la guem de sept ans TétatHoalor du prinee Heaii de Prusse, et fut, ra 1700 , nommé aide de eamp de Frédéric le Grand.

(s) Belraehtunifen wber die Kri$gêkiÊ$ui , Uber fdre FànUkrUie, ikre Wiedersfriàehê tmd ikre Zwerloêm^fuU. (Toro. ii, page 173.)

(s) Oa'il me lott permit de renvoyer le lecteur i Tour vmie de Beresborst que je viens de citer, et de lui indiquer les deui chapitres, dont Tun traite de lècole prussienne, et Tautre des mancBUvres de l'automne. U

1 image ne s'offirait à lui que aousPaspeetili»- » mains auxquels la contrainte el la teneur » seules donnaient une siirte d'existence. En

> un mot» Ions ses eCarls ne tendaient qu'à 1 former des automates rotdis, loumant leurs

> têtes à droite ou à gaudie, et qui observas-

> sent strictement la cadence du pas (s). • Quoiqu'enUHiré de gens de mérite, FiédMc

avait cep^idant à ses càtés des flatteurs ppX cherchaient à lui cacher la vérité, s*ils supposaient que cette vérité était contraire aux principes adoptés par le roi. Saldem (4), et son esprit inventif, étaient semblables à un msra vais génie , dont la force irrésistible asservissait tout a ses lois. Quoique sous tous les rapports inférieur à son maître, Saldem posséda au suprême degré le don de l'enchanter. A la fin d'une manoMivre d'automne à laquelle- le roi avait présidé luinaiême» dans l'épanehenent de sa joie» le souverain a'npprocha de son lieutenant, et lui dit : c Sahkrn, il faut que tu fii nissesr car cela surpasse tout ce que Ton peut » faire en tactique, > liais Saldem avait au su« ^4me degré le défaut d'êlre rainsitieux. Voici le portrait qu'en frit {hmnhoist : c SaUem ,

> dii-il, était riche en idées, intarissable en 1 moyens; mai^ il était tourmenté par lafièvM

> des bagaMIes» et son esprit acoordalt une • trop grande attention à la place d'exerclca,

> ainsi qu'aux i^amps et eux manelens où i l'on devait manœuvrer, Ces idées étaient les

> seules qin l'occupassent; et une heureuse » revue, où la justese de reiécution avait ré- » pondu à l'idée de la disposition* égabit un

> triomphe à ses yeux. >

Saldem était auteur de ptnsiewrs «uviiges qui , dans le temps, aofoireat une gnnde réputation. Son œuvre |)ostbiiaas intitulée : Vrineipee de TucUquc , fut traduite en firaufais par un certain M. de Pirrii»qui perte l'ouvragt^en France» ou il lit fortune^ Mais ks Frangais ^

trouvera dans 1» premier dm d^epp^pierils très-pi* ^piame, et *na la seeend dmapupd^cs' teat à AiM caractérialiqms»

(4) SaUern avait été K^te^i^it-s^aé^ a« tenrice de Proise, et, pendant k «œ^ dp aqft ans, s'éteit distingué dans ph» d'une he^t. Après celle de Hochkirchen , Frédéric fut il sstieftât de sa eondnite, que, de lieatenaat-eolon^ qa*il avait été » Il Vavanca au gsade de génératmaiei. Saldem moarat è Magdebeurg enl7S5.

EXAMEN RAISONNÉ

celte époque , imilaieurs zélés des Prussiens, ne se boroèreDi pas à n-en adopter que ce qui pouvait leur être ^itile ; la renommée de l'armée prussienne, après la guerre de sept ans, resplendit d'un éclat si himineux, que tout ce qui Tenait de cette nation semblait porter avec soi Tempreinte de la magie; et c'est ainsi que Tédttcation du soldat prussien, mais enrichie d*anexes , servit de base à celle du Français.

Après la guerre de sept ans, dit le général Duhesme (i) , on avait adopté l'exercice prussien , mais comme il nous arrive de porter tout à l'excès, il sembla qu'on ne pouvait faire de bons soldats, qu'autant qu'on aurait fait de tous des espèces de mécaniques, dont la position , le port d'armes, les mouvements, les pas, je dirai plus, la structure, devaient les rendre semblables à des machines sorties du même moule; ainsi on tourmentait les recrues pendant six mois , on leur abîmait souvent la poitrine pour leur apprendre la première position , le pas cadencé et le port d'armes; on tenait chaque matin on pauvre diable pendant deux ou trois heures dans des positions de gène et d'immobilité , faites pour dégoûter l'homme le plus porté au métier des armes.

» Enfin , quelques années avant la révolution, on avait poussé la minutie jusqu'à avoir dass les casernes des horioges à balacier et des échelles géométriques gravées sur les pavés, pour atteindre le plus grand point de perfection dans la régularité et la cadence du pas. La guerre que nous fîmes, quelque temps après, avec des bataillons qui à peine avaient été dégrossis, a bien prouvé l'inutilité de tous ces soins, i Ce n'est pas que, dans plus d'une balaille, l'armée prussienne ne nous ait offert des spectacles étonnants; mais mise en action parle Ifrand Frédéne, pouvait-elle aussi moins faire? Tout réi^ssissait , parce que le génie du roi présidait aux confiais et aux manœuvres qui en étaient les éléments les plus importants , et

(f) Suai kUiorique tur VinfarUerie légère, p. 175.

(t) Toute chose a sa sphère d*aclivité et possède ses élénieat», et c'est en paralyser les bons résultats que d*en éteadre les subdivisions au delà de leurs limites naturelles. En n*occupaot le £iintassin que du maniement des armes et du pas , on est obligé, k cause d*une

que le courage de l'infanterie surmontait tous les obstacle3.

La cavalerie a toujours été , en bonté , supérieure à l'Infanterie ; mais aussi , au sujet de son perfectionnement, l'incomparable Seydlitz avait des idées plus saines et plus exactes, car elles étaient moins minutieuses. Ne perdant pas son temps à s'occuper de Tallure du cheval, comme Saldern le faisait , avec l'augmentation ou la diminution des pas que les soldats de son inspection devaient faire par minute, Seydlitz ^'envisageait la cavalerie que comme troupe guerrière, et non comme ornement des champs d'exercice. Il chercha a rendre ses soldats maîtres absolus de leurs chevaux , car ce talent est la vertu primitive d'un cavalier, et peu à peu, comme nous le dit Berenhorst, c chaque » cavalier prussien parvint à un degré de 1 perfectionnement tellement grand , qu'il • pouvait rivaliser avec les meilleurs écoliers

> d'un manège : sans selle , placé sur une

> simple couverture, il faisait travaiHer son 1 cheval avec élégance et comme dans un carf rousel. > Les plaines de Rosbachetde Zomdorff immortalisèrent ce générât, et ces deux victoires seules sulBraient déjà pour qu'on lui décernât une couronne impérissabîe.

C'est ainsi que nous vîmes des idées dangereuses au vrai principe d^une science (!fe) , et même aux dépens de la santé du soldat , cet élément si cher à l'humanité et si précieux pour la guerre, germer avec impétuosité, même dans l'esprit de ceux auxquels la nature accorda les dons nécessaires pour rectifier toutes les erreurs. A quoi faut-il attribuer une aberration pareille ?

Si l'invention de la poudre a produit des changements très-sensibles dans la tactique des armes, leur perfectionnement adapté aux vrais éléments de la guerre ne nous a pas moins offert de révolution essentielles dans cette partie de l'art militaire. A mesure qu'on développa les forces intrinsèques des trois armes, qu'on les rendit susceptibles de grands résultats, char

perte lr<^ sensible du temps, de négliger les choses vraiment essentielles, c'est-à-dire , l'habitude de marcher avec légèreté, de manœuvrer on grandes masses avec aisance et précision, et de bien tirer. « En retran- » chant des exercices le superflu , dit Montécuculli» on » en apprend mieux le nécessaire. »

DES TK01& ARMES.

Gune d'elle acquit une assurance qui la rendit capable de coups surprenants, et Ton multiplia par là léS ressources dont les chefs purent se servir pour combatre avec plus d*assurance et d'avantage. Les manœuvres en devinrent plus hardies et la défensive moins dangereuse. Cest avec ce perfectionnement des armes, et Fart avec lequel les modernes savent tirer parti des accidents du terrain , qu'on vit aussi tomber en désuétude Tusage des retranchements de campagne , dont autrefois les champs de bataille étaient si souvent parsemés, et dont les dernières guerres ne nous offrent que de rares vestiges (i).

L'essentiel [lour les armes est sans doute de fendre les soldais propres à la guerre , et de leur faire atteindre par là le vrai but de leur institution. Voilà pourquoi il faut les rendre familiers avec les exercices qui font partie de Tart militaire, c'est-à-dire, avec ceux qui peuvent leur être utiles le jour d'un combat, et les habituer à manœuvrer avec précision et vitesse (t). En guerre , les. choses les plus simples étant les seules exécutables , il n'est que trop juste de ne pas occuper Tesprit , presque toujours étroit du soldat, avec des choses qui lui deviennent inutiles, au moment où les circonstances le transportent du champ d'exercice sur celui de bataille. 11 faut , en un mot , qu'à l'instar des Romains , l'effusion du sang soit l'unique différence que l'on remarque entre un diamp de bataille et un champ d'exercice. Les Romains apprenaient à leurs soldats à marcher, à courir , à sauter , à nager (5) , à porter des armes deux fois plus pesantes que celles dont on se servait dans une action réelle (4) , et à n'exécuter que les évolutions qui les familiarisaient avec la guen*e. Tous ces exercices étant basés sur de sages combinaisons avaient rendu

(1) Turenne disait à Condé qui, partant pour la Flandre, lui demandait des conseils : « Faites peu de

> séges et livrex beaucoup de batailles ; quand vous • anrex rendu votre armée supérieure h celle de rennemi « par le nombre et la bonté de vos troupes, ce que vous » avez presque fait à Rocroi , quand vous serez bien

> naître de la campagne, alors les villages vous vau- » dront des places. »

(s) « Car, comme dit très-bien Guibert, presque toute » manonivre étant un moment de crise et de faiblesse

> pour une troupe, parce qu'elle y est désunie, il faut

> qu'elle en sorte le plus tût possible. »

l'armée romaine redoutable au reste du monde. Au contraire, un grand défaut des exercices en petites comme en grandes masses , que les modernes font faire à leurs troupes dans les camps d'instruction , est , à mon avis , d'être trop mécaniques , et plutôt le produit d'une idée matérielle que d'une pensée résultant de la topographie du terrain où l'on exerce, et de la circonstance 011 l'on suppose qu'on peut réellement se trouver devant son ennemi. Mais celte régularité de mouvements qu'on 7 remarque peut flatter l'œil; on mesure le champ d'exercice dans sa longueur et dans sa profondeur, on calcule toutes les distances des objets et du temps qu'il faut pour y parvenir, et, pour que ce calcul soit juste , on choisit de préférence une plaine ouverte et unie; qu'un terrain accidenté qui mettrait facilement en défaut des géomètres un peu bornés ; et le tout quelquefois est ordonné d'après des suppositions qui ne peuvent presque jamais s'appliquer en temps de guerre. Tout ayant été prévu , calculé , et la disposition et les mouvements des troupes étant une fois déterminés, le général même qui commande en chef un exercice pareil, n'y ajoute plus rien du sien , en se conformant aux drconstances, qui , sur un champ de bataille déchiré par des sinuosités , chan-> geni selon les ondulations du terrain , et néces» sitent de nouvelles conceptions. Une leçon apprise par cœur remplit l'esprit du chef et préside aux mouvements de la journée ; et le général et l'officier, dans lesquels la mémoire seule travaille , obligés de se rappeler les instructious que la disposition prescrit, et n'osant pas même changer le mouvement ordonné par un autre, souvent même mieux culcul^ et mieux adapté à la circonstance, ne retirent aucun avantage de ces sortes d'exercice mécani-

(3) C'est un exercice qui n*est pas encore générale^ ment introduit dans-toutes les armées européennes, oisis dont les avantages ne sauraient être contestés. Voye:^ sur ce sujet \g Journal militaire de Berlin, année 1817^ n"' 61 et 62, et rouvragc du baron Lefcbure de Saint- Ildepbont. Paris, 1818.

(à) Scipion Euiilieu ayant cru que ramollissement avait été la vraie cause de la défaite des Romains à Muroance, vendit toutes les bétes de somme de l'armée» et fit porter à chaque soldat du blé pour trente jours» et sept pieux.

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EXAMEN RAISONNE

queSf qai leur deviennent tout à fait inutiles, puisqnMk ne renferment rien dHnstrutif.

Sons le rapport des camps d'instruction qu*oo établit ponr le perfectionnement des troupes , je ne saurais passer sous silence Texemple véritablement digne d'être suivi , que nous offrent les camps de Saint-Omer, de Bruges et de Montreuil , connus sous la dénomination de camp de Boulogne. La campagne de i805 qui les suivit de près , et surtout la bataille d'Auster^ litz, nous démontrent d'une manière évidente toute l'efficacité de ces rassemblements de troupesen grandes masses» lorsque Tidée du chef et l'occupation des soldats tendent vers un but salutaire (i). Si le militaire impartial, en jetant un regard attentif, approfondit les manœuvres de tactique que Bonaparte déploya à la bataille d*AQSteiiitz, il y trouvera des combinaisons nouvelles et sublimes (s), et tout en rendant justice au génie qui les lui a suggérées, il ne doit pas oublier que la masse des troupes, dont il pouvait disposer au camp de Boulogne (s), n'a pas moins participé aux grands résultats de ces manœuvres. Devenu fleiible, propre à se plier à toutes les dispositions et facile à manier , elle lui a offert les moyens de mettre ses idées à exécution, en manœuvrant avec aisance iCt précision. La campagne de i805 a été, et avec justice, désignée comme l'ère de la nou- \velle tactique.

(f) Le lecteur peut contenter sa curiosité à ce sujet »dans le Précis de$ ÉvénefoerUs mUiUUre$ du comte Dumas. Campagne de 1805. Tome ii.

(f) Par exemple, l'emploi des masses pour la formait ion des colonnes d'attaque.

(s) La force de Tannée française , partagée en trois .corps, commandés par les maréchaux Soult, DaYOust et Ney, montait k 114,417 hommes.

(4) « Un nouveau régiment, dit le comte de Saint- » Germain dans ses Mémoires^ ne peut être bon et so- > lide qu'après cinq ou six campagnes. »

(5) N'avons nous pas vu un des peuples les plus aguerris de l'antiquité, les Romains, fuir devant les «éléphants de Pyrrhus et les chariots de guerre d'AntlochusT Ils avaient méconnu ces moyens de défense, et <«tle ignorance abattit leur courage ; mais s'étant familiarisés avec ces nouveaux dangers, ils les bravèrent sans obstacle.

(e) Car le courage du soldat se soutient et même se double par la conviction du bon service de ses armes ; et nous verrons plus tard , en traitant de l'emploi de l'infiuiterie , que les feux des fantassins , et surtout leur multiplicité , forment sa plus grande force. L'armée la

Maïs reierciee le plus eflicace et qui les bons soldats, est toujours la guerre mèmit (4) . Une mémoire enrichie de trente combats rend la force morale de l'homme pfan fenoe^ et, en le familiarisant avec les dangers, foraent les vrais héros (5). Il est vrai que ces eipérien ces sont achetées bien cher. Des flots de sang, le malheur des familles et la ruine des paisibles habitants des campagnes et des villes; mais si un sillon ensanglanté ou la flamme dévorante doivent être les guides les plus sûrs qui novs conduisent au vrai but , si lelle est la loi de la natpre, consolons-nous du moins par cette idée, que le malheur d'une fraction presqu'in^ signifiante de ce tout immense qui eempose la masse humaine peut assurer la sécurité et le bien-être du reste.

Les propriétés de chaque arme n^étant qu'une conséquence immédiate des vertus du soldat,, pour que ces propriétés acquièrent ce degréde bonté qui puisse rendre l'arme capable de remplir son rôle avec dignité, il faut nécessai-^ remen t que les éléments qui la composent soient en rapport direct avec la nature qui lui est dé* volue en partage. Voilà pourquoi il est indiapensable que le fantassin soit léger, adroit,, excellent tireur (e), bon mardieur, habitué à porter sa charge et à supporter les fatigues des marches et des combats (7). Il doit être accoutumé à former les colonnes avec vitesse et prémieux organisée, la plus disciplinée, ne manquerait pas de se démoraliser bientôt pendant la guerre, si le fantassin et le canonnier ne savaient pas bien tirer , et le cavalier bien manier son cheval et son sabre. D'un autre côté , tout le mal que de bons tiniilleurs peuvent faire à leurs ennemis est incalculable. Souvenons-nous de la fameuse bataille de Guastalla , livrée eh 1734 par Tarmée franco-sarde, sous les ordres du roi de Sardaigne, et les maréchaux Broglie et de Coigny contre les Impériaux , commandés par le maréchal de Kcmigseck. Le roi fit incorporer dans chaque compagnie d^infanterie quatre des meilleurs tirailleurs de Tarmée , auxquels. on enjoignit de viser sur les généraux et officiers ennemis. Ces tirailleurs remplirent si bien leur rôle, qu*après quelques heures de combat le commandement de plusieurs divisions autrichiennes Ait dévolu k deslleutenantcolonels, et l'infanterie , privée de la plus grande partie de ses chefs, ftit mise en désordre. Cest en grande partie k la perte des officiers qui commandaient les tronpes impériales, que le roi de 8ardaigne a ût cette victoire.

(7) Pendant la retraite des dix mille, Xénophon faisait danser et sauter ses soldats armés de pied en cap , pour les aguerrir aux fetigues des marches.

ônoB f k déployer avec célérité, et à conserver le serferoent des rangs, d^où provient la compacité des Hiasses pendant lesmoutementsoffenaîft. Hais pour entretenir l'homme dans Thabi- Iode de tons ces exercices, dont la nécessité est reeonniie, il est indispensable, une fois que les troupes sont rassemblées dans les camps d'inslriKtiont d'occuper les troupes, non*seulement avec les exercices de la guerre, mais de les envoyer aussi à une certaine distance de ces flièmea camps, ayant soin de charger le iiainlasm de tout ce qu'il doit porter sur lui en temps ée guerre; de le faire marcher, bivouaquer, et même de temps à autre lui faire ressentir les privations inséparables de la guerre» Le repos ées garnisons engourdit tellement le physique du soldat, qu'après en avoir joui sans inier* niption, il perd toutes les facultés insé|)arables du bon fantassin, et devient lourd, roide et incapable de soutenir les marches (i), et vivant dans Tabondance, il iinit par supporter dilBdteoMnt les privations.

Auguste et Adrien avaient établi une loi à laquelle on avait donné la dénomination de promenade. Plusieurs fois par mois, les troupes devaient marcher à dix heures de distance de leur camp, et revenir de même en serrant Men les rangs et les files, changeant souvent la grandeur et la vitesse du pas, et même fai-« ttnl une partie du chemin ^i courant. La cavalerie était aussi assujettie à ces sortes d'exercioes. Alors on exécutait {dusieurs manœuvres ndlitaires, et on choisissait toujours difiërents terrains. Les troupes campaient la plus grande partie de Tannée, et le service des camps était tout aussi exact et rigide, que si Ton se fût attendu à chaque moment à être surpris par l'ennemi*

Le cavalier, en premier lieu, doit être maître absolu de son cheval, pour que dans le cx)mbat il puisse ne lui accorder qu'une attention secondaire, qui pendant une bataille doit être dirigée vers l'ordre qui doit régner parmi la troupe et l'exécution des volontés de son chef;

(i) Las aociens, au contraire, ont poussé Thabitude da narcher jusqu'à un degré presque extraordinaire. Lonqiie César se porta au secours du camp de Cicéron, dans le pays de Dainaut, il 6t faire k ses troupes à peu frà 50,000 pas , ou près de 17 lieues de France» ne leur ayant donné que trois heures de repos. Selon Elien,

car un mauvais cavalier est un atome Vont aussi inutile pour la cavalerie, qu'un mauvais tireur Test pour l'infanterie. 11 doit aussi exceller dans le maniement du sabre. Une fois que ces deux qualités seront bien approfondies , on apprendra à chaque individu à conduire son che* val perpendiculairement à la ligne du firont de Tescadron , et à conserver aux chevaux toujours la même vitesse dans les différentes allures. C'est le seul moyen de conserver l'alignement des escadrons, et de rendre bonnes les charges en muraille, charges d'où dépendent les succès et les grands résultats de l'action de cette arme.

Un autre point non moins essentiel de l'éducation de la cavalerie, est de lui apprendre à se rallier le plus vite possiUe après la charge ; car quel que soit l'heureux résultat d'un choc, il est impossible que la troupe qui l'a opéré puisse rester aussi réunie qu'elle Ta été avant l'attaque. D'après le principe si juste énoncé par le général Thiébault(i) , c comme céfaii qui i reste en ordre le plus longtemps et celui qui, » après la charge , se remet le premier en ordre , » est sur de la victoire , » il est indispensable que les cheb qui sont à la tête de la cavalerie , pendant son choc , au lieu de s'amuser à poursuivre leurs ennemis avec ces mêmes escadrons qui viennent de charger, s'occupent aussitôt d'un prompt ralliement, pour les remettre en état d'entreprendre de nouveaux chocs.

. L'artillerie n'ayant de propriété efficace que lorsqu'elle fait jouer ses batteries, et les batteries ne pouvant faire feu que tant que les pièces ne sont pas en mouvement, les manoeuvres compliquées pour le canonnier ne devraient être qu'une science secondaire; mais ses exercices principaux doivent tendre à bien manier sa pièce et à bien viser, pour pouvoir bien tirer. Comme l'avantage de l'artillerie ne consiste que dans les effets que les projectiles produisent dans les lignes ennemies , en mettant les hommes hors de combat , ou en démontant les pièces, un artilleur qui ne saura pas viser avec

Tarmée d'Alexandre marcha dans une occasion trois jours de suite, chaque jour 400 stades, qui reviennent à 50,000 pas, ainsi à plus de 15 lieues de France par jour. En arrivant, et sans se reposer, elle attaqua encore Tennemî, et remporta une victoire complète, (i) MaiMul du $ermee des iMU-majort.

EXAMEN RAISONNÉ

rectilude, sera toujours ud individu inutile pour cette arme. Ce n'est pas dans le nombre de coups qu'un canon peut tirer dans une minute que consiste Tefficacité de rartillerie, mais dansVart de savoir atteindre son ennemi. Quelquefois deux ou trois coups sûrs, sont d'une utilité infinement |)lus grande que vingt autres qu'on tire au hasard (i) .

Je crois que, sans faire tort à Partillerie, on peut réduire Texercice de ses manœuvres (abstraction faite de tout ce qui a rapport au tir) aux instructions suivantes :

i^ Qu'elle sache se mouvoir en colonne avec précision et vitesse ;

S^ Qu'elle déploie avec beaucoup de célérité ;

3* Qu'elle sache suivre avec précision le mouvement des troupes auxquelles on rattache, et qu'elle n*entrave pas celui des deux autres âmes;

4® Que , lorsqu'elle est amalgamée avec les ^utres armes, non-seulement elle avance avec précision pour ébranler les ennemis, mais qu'elle sache aussi faire place à l'arme qui la seconde, lorsque le rôle de l'artillerie est fini , et que celui d'une autre arme commence.

Les soldats, à quelque anne qu'ils appartiennent, doivent, en général, être braves; mais pour que cette bravoure réponde à la vertu caractéristique de chacune d'elles , ne devraient-elles pas posséder aussi un trait distinctif? Dans le partage des soldats pour les différentes armes , s'il était possible de reconnaître en eux le trait caractéristique de leur courage il serait indispensable d'incorporer l'homme doué d'un courage froid , dans l'infanterie et l'artillerie, l'exalté dans la cavalerie (%). Le choix des chefs immédials devrait se laire aussi d'après la même combinaison, et

(i) Je prends la liberté de renvoyer le lecteur à la description que le colonel Ravichio de Perelsdorf ( Traité élémentaire d'artillerie, page 187), nous fait des moyens qu'on emploie en Autriche pour apprendre à bien juger des distances à VœW et qu'on appelle marcher aux distances, et pour habituer les artilleurs à des coups

sûrs.

(i) « Sur cent hommes pris au hasard , dit le général ^ » ThiébauU dans son Manuel du service des élats-ma- *jors, il n'y en a en général que vingt -cinq ou trente » qui , maîtres de leurs chevaut , maniant bien leurs » armes, élcclrisés par les circonstances, ayant pris » leur parti sur les Chances de la guerre , et animés de

nous verrions alors les différentes armes répondre plus justement encore au rôle qu*eUes sont appelées à jouer dans les combats.

Mais l'organisation, la bonté et le courage des différentes armes ne suffisent pas encore pour accorder à chacune d'elles le véritable trait de l'invincibilité. Il faut pour cela une autre force motrice et qui n'est pas inhérente à leur nature , mais qui dérive du soutien réciproque de toules les trois. En prenant chacune d'elles isolément et en action , nous nous conr vaincrons facilement que, sur le champ de liataille, le rôle que les différentes armes sont appelées à jouer a des moments très-épineux; mais le remède à ce mal, nous le trouvons justement dans leur soutien réciproque. La corn* binaison de deux armes produit le premier degré d'élévation de cette force notrioe^ capable de se défendre comme djattaqner avec un avantage marquant, tandis que la liaison de l'action des trois, forme cette puissance irrésistible et souvent foudroyante d'où proviennent ces résultats étonnants que nous offrent les chocs opiniâtres et si souvent répétés de deux armées rassemblées sur le même champ de bataille.

C'est aussi dans cette combinaison des armes, ainsi que dans l'adaptation de leur action à la variété du terrain, que nous trouvons les vraies épines de la grande tactique. Tout terrain n'é^ tant pas propre pour le mouvement des trois armes différentes, un des premiers soins du chef qui les engage dans un combat, doit être le choix de celui qui offre à chacune plus de facilité d'action; car, comme l'observe très* judicieusement le général Jomini, ce ne sont pas les masses présentes , mais les masses agissantes qui gagnent les batailles. Cet axiome

> Tardeur des braves , chargent franchement et ne s^a- » musent pas à parer, mais ne sont occupés qu'à frap-

> per; ces hommes sont ceux qui décident les affaires. » Après eui , on trouvera à peu près dans un nombre

> égal une seconde classe d'hommes qni , lorsqu'ils le

> peuvent sans risque, donnent de même quelques coups p de sabre, mais qui, avant tout, cherchent à parer » ceux qni les menacent ; enfin les autres, embarrassés » d*eux et de leurs chevaux , et toujours disposés à la

> retraifc, ne songent qu'à leur snlut, sont è peine en y état de parer quelques coups , et ne guettent que le 9 moment d*échapper à tous les risques que leur fai~ » blesse leur exagère. »

DES TROIS ARMES

étant irrélhigable, gaordoo^-nous bien de jamais paralyser - Taction des différenies armes , en les faisant agir sur un teirain qui soit coih Iraîre à leurs mouvements.

Des principes et réflexions ci-dessus énoucés, nous pouvons tirer les conséquenees générales suivantes :

P Pour que les différentes armes remplis* sent leur devoir avec avantage , il faut que leur perfectionnement soit exempt de fautes et adapté à leur vrai service. Sans lui , une armée n'offrirait qu'un corps dont les membres seraient paralysés, et qui, par conséquent, ne serait pas susceptible du moindre effort qui soit d'une conséquence majeure. Une armée pareille rentrerait bientôt dans le néant, que ses moyens réels lui assignent ;

^ Pour que les résultats auxquels on doit s'attendre de l'emploi des différentes armes, répondent justement à l'idée qui en est le principe, il faut absolument que cet emploi de chacune d'elles se fasse dans la circonstance qui lui est la plus favorable, et que leur soutien réciproque fasse paraître d'un côté leurs forces intrinsèques dans tout leur jour, et soustraie de l'autre les faiblesses de toutes les trois aux coups menaçants des ennemis. Voilà pourquoi la connaissance profonde des propriétés de toutes les trois est indispensable à celui qui est destiné à en manier de grandes masses;

5^ Que le terrain sur lequel on fait combattre les différentes armes, ne paralyse pas leur force inhérente ;

4^ Que leur distribution , sur le champ de bataille , soit en rapport direct avec l'importance du point qu'elles Sont destinées à défendre.

C'est dans ces quatre points que l'on trouve non la source infaillible des victoires , mais du moins des moyens assez efficaces pour se soutenir avec avantage sur un champ de bataille.

Faisons abstraction de l'équilibre qu'on voudrait établir entre les résultats que produit la force motrice de chaque arme et t^eux qui proviennent du courage des troupes , vertu inappréciable, il est vrai , qui est sans doute une des grandes causes des victoires, mais dont les effets ne sauraient jamais se déterminer, car les forces morales ne sont assujetties à aucun calcul, et ne récapitulons qu'une partie des auses matérielles des victoires ou des défaites, qui appartiennent au domaine de l'organisa-

tion et de la tactique des trois armes, et qui ne manquent pas d'avoir une influence majeure sur l'issue des combats, nous nous convaincrons facilement, qu'une fois que les troupes sont rangées en bataille , tes premières ont été en grande partie le fruit de la rigide observation de ces règles , et les autres la conséquence indubitable de leur oubli.

Des conséquences aussi graves doivent dqnc nous servir de raisons péremptoires pour nous porter à accorder à l'éducation des armées une attention particulière , et à rendre propre à la guerre, autant que possible , cette espèce plus ou moins matérielle d'humains dont on fait des soldats, afin de ne pas manquer le but de leur institution.

Mais cependant gardons-nous bien de n'envisager l'éducation du soldat que sous son seul rapport physique, n'oublions pas qu'il n'en reste pas moins homme pour cela, et que les vertus morales sont, sous celte seconde condition, son plus bel ornement. Que son éducation ait donc deux tendances distinctes, dont Tune en fasse un être religieux, honnête, soumis et fidèle à son serment et à ses devoirs, et l'autre un défenseur habile et zélé des intérêts de son souverain et du sol paternel.

La religion épurera ses mœurs , ne le portera qu'à ce qui est bon et honnête, et, eu lui apprenant à aimer ses devoirs, le conduira d'une manière graduelle à connaître, à respecter, à chérir la dignité de son état et à oublier sa première existence, comme habitant d'une paisible chaumière, dont le souvenir entrave si souvent les premiers moments de l'existence militaire , et porte le soldat à une sorte, d'apathie nuisible au développement de ses qualités intellectuelles.

La recrue, passant de l'état de paysan à celui de soldat, entre dans une sphère nouvelle qui lui impose des devoirs à remplir, et dans laquelle ceux qu'elle contracte envers son souverain et sa patrie, doivent remporter sur ceux de père, de fils, de frère et d'ami, et c'est justement son aniour pour la religion, en réveillant en lui celui de ses devoirs, qui opérera cette conversion. Quant au souvenir de ses dieux pénates, encore présents à son esprit comme l'unique sentiment qui, jusqu'à son entrée au service, ait rempli son cœur, cette douleur que l'abandon du toit paternel réveille

EXAMEN RAISONNÉ

en lui y que ce soient ses chefs qui la rendent moins puissante, et que le soldat retrouve en eux ce père du sein duquel on vient de Tarracher, et dans ses camarades ces frères et ces amis qu'il vient de quitter.

Mais en terminant mes réflexions sur l'éducation des sold&ts, je ne puis m'empécher d'ajouter que toutes ces qualités morales et phy-

siques, dont je viens de parler, ne doivent être que des rayons dont nous devons chercher le foyer dans Tesprit et' les vertus de l'officier. Il doit être la lumière qui éclaire, le guide qui conduit, l'exemple qui enflamme, et le soldat n'être sous quelques conditions qu'une copie fidèle d'un modèle digne d'être imité sous tous les rapports.

DES TROIS ARMES

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