FROPEIÉTÉS DE ^'INFANTERIE LÉGÈRE
Ayant, dans le commencement de rarticle précédent» posé eu principe que plus une arme élail susceptible de formations utiles produisant de bons effets, plus son efficacité était grande; n'envisageant l'infanberie légère que 8008 le rapport de ses engagements en débandade, la seule enfin qui lui conserve le droit d^ètre désignée alors par le titre d*infanterie légère (i), nous nous convaincrons facilement qneses propriétés sont infiniment moins grandes que celles de Tinfanterie de ligne. D'ailleurs, les formations de ralliement d'une troupe débandée ne présentent ordinairement que des forces tellement insuffisantes, qu'elles ne peuvent même s^opposer qu'à un très-petit nombre de flanqueurs. Mais le service de ce qu'on Borame infanterie légère^ possède d'autres prérogatives dont je vais faire l'énumératîon.
Les mouvements d'un homme isolé étant toujours moins gênés que ceux d'une masse, la bcilité avec laquelle les tirailleurs parviennent aux points qu'on leur désigne d'enlever ou d'occuper , quelles que soient les coupures du terrain qui y conduisent ; cette facilité , disons-nous, lorsqu'il s'agira de combattre sur un terrain montagneux, boisé et déchiré par des accidents difficiles à surmonter, assignera toujours à rinfanterie légère un rôle très*importantà jouer.
La force de l'infanterie, en général, étant le produit de ses feux et du choc , celle de l'infan-
(i) Car, en rengageant en masse, on la met dans la catégorie de rinfanterie de ligne.
(2) Ayant égard à un service aussi compliqué, qui de- Dunde de très-grands efforts et un emploi constant de forces physiques , il est non-seulement nécessaire, mats ntéme indispensable, de jeter un regard attentif sur Thabîllement du tirailleur, qui doit être aussi léger que ooamode. Si pour Tinfanterie de ligne il est permis en qoelque sorte de sacrifier Futile à Tagréable , un babillemeDt lourd et incommode, pour le tirailleur, serait un défaut imminent, car celte sorte d'infanterie manquelait de Ibrces physiques pour remplir le service non interrompu qui lui est imposé. Forcés souvent de charger ieors armes dans des positions de gène, il faut bien
terie légère, envisagée sous le rapport du service de la débandade, perdra beaucoup de son efficacité en comparaison de celle de l'infanterie de ligne; car des deux vertus principales que celle-ci possède, la première n'en a qu*une seule, l'effet de ses feux, qui étant aussi moins collectifs, produisent de même des résultats moins grands. Cependant, si ses effets ne sont pas tels qu'on poisse l'envisager comme arme indépendante, du moins comme arme pi'éparatoire et de sûreté, elle possède de grandes prérogatives. G*est elle qui couvre les retraites, éclaire les mouvements des armées, commence les combats, reconnaît le terrain, assure le repos des autres troupes en patrouillant autour d'elles, et fait le service de flanqueurs, des avant- postes, des postes de replis, des grand'gardes, des patrouilles et des partis.
En un mot, l'infanterie légère est de service tous les jours, et fait le service pendant toute la journée (i).
La formation ordinaire, celle de la débandade, ayant ravi à Tinfanterie légère les avantages du cboc , avantages sur lesquels reposent si souvent les succès des combats, il n'est que trop juste d'attacher une attention particulière aux vertus qui lui sont dévolues en partage, et qui sont la justesse de ses feux, la légèreté de ses mouvements , ainsi que le développement de la conception des individus qui la composent.
Le moyen, pour un homme isolé, de s'approcher sans être découvert, sous la protection d'un arbre, d'un buisson, d'une haie, d'une maison, d'un ravin, d'une lisière , et ainsi abrité de pouvoir, sans courir aucun danger, conserver son coup de fusil jusqu'au moment opportun , et assaillir son ennemi à l'impro-
prendre garde de l'augmenter par rhabillement et le bagage qui leur- est indispensable d'avoir toujours avec eux. Le tirailleur est si souvent dans le cas de s'asseoir, de se coucher, de se mettre à genoux, de grimper et de sauter , que ce serait lui ravir tous les moyens de l'attaque et de la défense que de paralyser ses mouvements en l'assujettissant à un habillement qui ne soit pas conforme à toutes ces positions. Le fantassin léger, abandonné, comme je l'ai dit plus haut, des heures entières à son propre courage, à sa science et à la combinaison de ses idées, perdrait facilement beaucoup de cette confiance que l'homme possède toujours , lorsqu'il peut faire aisément usage de ses armes.
EXAMEN RAISONNÉ
vislc » est un de ses avantages qui » pour Tensemble des combinaisons du gain d'une bataille , ne saurait se priser assez haut.
S^agil-il de conduira une masse dMnfanterie à travers un terrain coupé ou une plaine , des tirailleurs bien exercés, dont Tesprit est riche en moyens et en ex|)édients , lui rendront des services signalés. Devançant les masses qui les suivent et formant un rideau prolecteur, ils paralyseront les feux les plus meurtriers, ceux de Tartillerie, car, cachés deiTière les accidents que la nature et Tart leur offrent, ils lui enlèveront ses hommes de service. C'est eux qui prépareront le moment où le choc doit s'opérer, en produisant une sorte d'hésitation dans l'ennemi, qui naîtra des pertes qu'ils lui feront essuyer en l'attaquant en front, dans le flanc et à dos, sans qu'il puisse facilement s'en défendre (i). Mais tout en faisant sentir aux tirailleurs les avantages qui résultent de leurs feux, lorsque abrités par quelque accident naturel ou de l'art, ils peuvent vaincre leurs en-« nemis sans être vus ni atteints, il faut soigneusement scruter .leur conduite , et chercher à déraciner chaque abus qui pourrait facilement se glisser parmi eux; en un mot, observer rigoureusement que le choix de ses accidents , sous la protection desquels ils se placent , soit fait par une combinaison utile et non par une 'sorte de pusillanimité. Un autre abus dangereux qui se glisse facilement parmi les tirailleurs , c'est celui de la course ; inconvénient très-grave, auquel les chefs doivent chercher à obvier, car un tirailleur, chargé de son fusil et de son bagage, en s'abandonnant à la course, en moins d'une demi-heure se fatigue tellement qu'il devient incapable de soutenir la longueur du combat et pprd sa vertu primitive, la justesse du tir. J'en ai fait moi-même l'expérience dans mon régiment avec plusieurs de mes meilleurs tirailleurs, parmi lesquels était un sousoflleier, tireur habile, que j'ai vu rarement manquer son but à la distance de trois cents pas, qui fit même preuve de son talent en tuant au vol un oiseau avec une balle, et qui manqua au but plusieurs coups de suite à la distance de deux cents pas, après un exercice que je lui fis
(i) Comnie ces succès dépeodeot beaucoup de la configuratioD du terraiu, dont les avantages ne sont pas égauK , les tirailleurs les plus adroits et qui sauront le
faire pendant une demi-heure de temps, à la course. Une tremblement sensible s'était tellement emparé de ses bras, qu'ils furent comme paralysés. Je crois que la vitesse du pas du ti-. railleur ne doit pas excéder cent quarante pas par minute. J'en ai fait l'expérience, et je me suis convaincu que les manœuvres étaient trèsrapides.
Il n'y a qu'un cas où on pourrait permettre aux tirailleurs d'accélérer encore la vitesse de leur mouvement, c'est celui où, pour occuper quelque position avantageuse, ils seraient forcés, pour y réussir, de franchir rapidement l'espace qui les en sépare. Mais aussi, dans un pareil cas, une fois que la position est occupée, il ne serait pas inutile, après un court espace de temps, de relever les tirailleurs dont une mardie trop accélérée aurait rendu les feux incertains, par une chaîne plus fraîche et, par conséquent, plus capable de donner des services efficaces. Cette nouvelle chaîne se formera de la réserve qui, comme nous le verrons plus tard à l'artide de l'action de l'infanterie légère, ne doit, dans aucun cas, s'abandonner à la course, et conservera par conséquent des gens peu fatigués.
Pour peu que l'éducation des tirailleurs soit conforme au vrai principe de leur rôle , l'infanlerie légère possédera un genre de pérogative qu'aucune autre arme ne partage dans un sens aussi étendu avec elle ; c'est que diaque individu est utilisé, chaque arme est mise avec succès en action , et peut rendre des services signalés. Mais tous ces services doivent être réciproques avec l'infanterie de ligne, et pour que celle-ci ne soit pas en butte à de trop grandes pertes dans les mouvements qui ordinairement précèdent le choc, etque le produit des services isolés de l'autre ne reste pas sans effîet, il faut qu'indépendamment de leurs propres réserves elles se soutiennent mutuellement.
Quelle que soit la tâche imposée à Finfanterie de ligne , elle ne doit jamais se dispenser du secours de l'infanterie légère, car c'est i celle-ci qu'est réservé le soin de reconnaître et de balayer le terrain. Elle prévient les surj^ises, dont les dangers ne se bornent pas seulement à une perte d'hommes, mais dont les
mieux les discerner, assureront toujours à leur armée une grande prépondérance sur sa rivale.
DES TROIS ARMES
mites ficheuses enlratnent souvent après elles la désorganisation de Finfanterie de ligne et la perte des points que celle-ci est chargée de défendre.
Qu'un chef, qui conduit ses masses éloignées ï quelque distance de la chaîne de ses troupes légères, rencontre son ennemi; pendant que les tirailleurs escarmouchent avec lui et paralysent ses mouvements offensifs, il a tout le temps de faire une disposition adaptée aux avantagesdu terrain, et, selon que ses accidents le lui permettent, il prononce, sous la protection de ses troupes légères, un mouvement offensif^ on, si les circonstances le lui prescrivent, il reste sur la défensive et manœuvre pour gagner un des flancs de son adversaire.
Mais, d^un autre côté, pour que Tinfanterie légère , arme défensive et à laquelle son ordonnance ordinaire, celle de la débandade, ravit les propriétés du choc, et ne laisse par conséquent qu'une force intrinsèque d'une moindre importance, puisse rendre les services dont je viens de parler, il faut absolument qu'elle soit soutenue par des masses qui la suivent, ne la perdent pas de vue, et qui soient prêtes à prévenir ou à venger les échecs qu elle pourrait facilement essuyer si on l'abandonnait à sa propre défense. Puisque les services de l'infanterie légère ne doivent être envisagés que comme préliminaires et préparatoires, ils seraient souvent insignifiants si les chefs, qui dirigent les mouvements des deux infanteries, ne se bornaient qu'aux combats des tirailleurs; car iln'est pas donné à Tinfanterie légère de former des brèches, que nous envisageons comme les avant-coureurs des pertes des batailles.
Mais, au contraire, les services que les tirailleurs, soutenus par des masses d*infanterie de ligne, peuvent rendre |>endant une bataille , sont souvent incalculables, et nous apercevons le triomphe de cette tactique dans l'armée française à la bataille de Jéna. L'attaque du Floh-berg par des troupes du maréchal Augerean, celle du village de Vierzehn-Heiligen par KK régiment de la division Suchet, du village d'Isserstaedt par la division I>esjardins, etc., sont autant d'exemples qu'on ne saurait trop étudier et prendre pour modèles. A la bataille db Waterloo, nous vîmes aussi l'armée prussienne, commandée par le maréchal Blucher, s^engager sous la protection de ses chaînes de
tirailleurs qui, parcourant de mamelons en mamelons le terrain ondoyant devant Frischermon, nettoyèrent tout l'espace qui les séparait des ennemis, et facilitèrent aux masses d'infanterie qui les suivaient i une certaine distances des chocs impétueux qui contribuèrent avec tant d'eilicacilé aux succès de la journée. La bataille de Lulzcn , au contraire, et les combats sanglants et opiniâtres livrés dans Klein, Grossgœrchen et Rahna, nous offrent un contraste frappant de l'engagement inutile des tirailleurs, s'ils ne sont pas soutenus par des masses d'infanterie, et de la nullité des résultats qui en proviennent. 1
Voilà pourquoi il est indispensable que les chaînes de tirailleurs ne s'éloignent pas trop des masses qui les soutiennent, et que ces der<nières soient toujours à une distance teUe que l'infanterie de ligne soit dans la possibilité d'achever ce que les tirailleurs auront commencé, c Le combat des tirailleurs, dit le général Ruhle f de Lilienstem (Manuel^ t. i^', pag. 525), finit » là où celui des masses compactes commence, t
Tout ce qui regarde l'ordonnance et les évolutions des tirailleurs, doit nécessairement j>osséder plusieurs traits distinctifs et être modifié, 1^ par rapport au teirain ; 2^ par rapport à l'arme contre laquelle ils doivent s'engager. Étant obligés d'adapter leurs mouvements au terrain qu'ils ont à parcourir, et sa configuration présentant ordinairement un champ accidenté ou platj il est indispensable d'assujettir les tirailleurs, dans le premier cas, à une tactique qui se distingue plutôt par ses combinaisons avantageuses que par l'ordre de ses mouvements. C'est le moment de sacrifier l'alignement aux avantages qu'un enclos, des jardins, des haies, des digues, des fossés, un terrain boisé, montagneux, et parsemé de villages et de cabanes isolées que les tirailleurs occupent, peut nous offrir; car ces accidents naturelset de l'art sont justement suffisants pour cacher des hommes isolés, qui ne pouvant être ni vus, ni atteints, désolent leurs ennemis par des coups bien ajustés. Le site de ces différents accidents étant rarement dans un alignement régulier, et leur assiette formant ordinairement un échiquier informe, pourquoi devrions-nous sacrifier les avantages que de pareils abris nous offrent à la seule conviction d'avoir su bien aligner une chaîne?
EXÂMEiN RAISONNE
Maïs pour que tous ces objets ne soient pas, pour les tirailleurs y semblables à une arme qui reste sans effet par rignorance du parti qu'ils peuvent en tirer, il n*e$l pas tout à fait inutile de leur donner du moins les premières notions de la topographie, notions qu'on prendra soin de simplifier assez pour qu'elles ne surpassent pas les limites de leur esprit et de leur compréhension ; car il ne faut pas les laisser sans quelques idées sur la manière d'apprécier les positions et leurs accidents, sous le rapport de leur tactique.
Les circonstances assujeltissent-elles les tirailleurs à parcourir un terrain uni et où il est difficile de soustraireleurs mouvements à laconnaissance de l'ennemi, qui ne cesse sans doute d'épier leurs actions, dans l'intention de punir la moindre inadvertance, le plus petit écart des règles prescrites : que le chef qui les conduit ,' en leur faisant changer de terrain, leur fasse aussi changer de conduite. Dans ce cas, il est nécessaire, même Indispensable, de les assujettir à un alignement qui forme toujours la première gradation de l'ordre et de l'ensemble qui doit régner dans chaque troupe, lorsqu'elle est sous les yeui d'un ennemi attentif et vigilant. Les dispositions des commandants des chaînes en deviennent moins gênées, les manœuvres plus exactes et les résultats plus avantageux.
Pour ce qui regarde la disposition par rapport à la distance qu'on doit établir entre les paires pour la formation des chaînes, cette disposition doit être basée sur l'arme que les tirailleurs devront affronter. Il faut y mettre une différence distincte, selon qu'ils devront s'opposer à. l'infanterie, à la cavalerie, ou être exposés à l'artillerie. Comme leur rôle, dansles trois cas, reste cependant purement défensif, le principal est de les mettre, autant que possible, à l'abri des feux de l'infanterie ou de l'artillerie, et des sabres des flanqueurs ennemis. Tl n'y a pas de doute que, plus une masse d'homipes est serrée, plus elle souffre des balles de fusils et des cartouches à balles ; si nos tirailleurs se trouvent donc exposés à ces projectiles, pour les soustraire à des perles ruineuses et inutiles, il faudra bien segarder de resserrer leurs chainfs ; mais, au contraire, placer les paires dans un éloigne^ ment aussi grand que leur défense réciproque l'exigera. Les circonstances, au contraire, les
ont-ils amenés dans la proximité de la cavalerie, et les exposent -elles au danger d'être attaqués par ses flanqueurs, le principe défenâf a changé, et ce n'est plus que la formation des carrés ou des globes, quoique petits et informes, mais compactes, qui |»euvent les soustraire aax coups de leurs ennemis. Mais ces formations demandent le rassemblement d'un certain nombre d'hommes; et pour que les flanquears, profitant de l'avantage que la vélocité de leurs chevaux leur donne, ne préviennent pas ces réunions, il est indispensable, au n&oment du danger, de resserrer les chaînes, de manière à pouvoir réunir au moins un peloton de la cbaine en masse.
SECTION IV
DES POSITIONS EN GÉNÉRAL, ET DE CELLES DE l'infanterie EN PARTICULIER.
Les positions, en général, doivent être envisagées sous deux rapports différents : i^ soos ' le rapport du terrain, et ^ sous celui de la distribution des troupes pour les défendre.
Mais , d'un côté , la libre circulation de ces troupes dépendant toujours du choix du terrain où on les fait mouvoir, et, de l'autre, les succès des batailles n'étant en grande partie que le résultat de ces mouvements , avant de passer à l'emplacement de l'infanterie, il est bon de jeter un coup d'œil attentif sur les propriétés des positions considérées sous le rapport topographique.
Le rôle de chaque troupe, rangée en bataille, étant relatif et se basant en grande partie sur les forces physiques dont ou peut disposer, je le partagerai en trois classes distinctes ; le rôle défensif, le rôle offensif et le rôle mixte ; c'està-dire, alternativement offensif et défensif. Les positions devant être choisies d'après le rôle que les troupes sont appelées à jouer, je les partagerai aussi en purement offensives » en purement défensives et en mixtes.
Mon idée n'étant pas d'énumércr les motifs différents qui peuvent nous porter à prendre une des trois positions dont je viens de parler, mais de développer leurs avantages à Tégard de remplacement de l'infanterie, je me propose de ne les envisager que sous le rapport de ceux que leurs accidents procurent à la position de cette arme.
DES TROIS ARMES
D*après les misons qui doivent présider au choix de Tune des trois positions ci-dessus mentionnées, il est facile de se convaincre que celui des premières étant décidé par un nombre prépondérant de forces physiques , dont l'équilibre marqué décide toujours en faveur des opérations, le choix du terrain pourra n'être qu'une considération secondaire ; car , lorsque je pais opposer dix hommes contre un , il n'y a pas de doute que l'avantage sera toujours de mon côté. Il ne faudra que savoir les utiliser; et poar pouvoir le faire sans difficulté , les positions qu'on choisit dans ce cas pour champ de bataille , ne doivent posséder qu'une seule vertu, celle de ne pas embarrasser les mouvements des troupes, et, par conséquent, leur site n'eiige à peu près aucune des conditions des deux dernières. N'ayant égard, dans leur choix , qu'à la libre circulation des troupe^, on les trooTc donc sur des terrains ouverts et plats, plutôt qu'accidentés.
i^ positions purement défensives qui présupposent un manque total de forces physiques pour pouvoir se soutenir avec avantage , et dont 00 doit compenser la pénurie par les prérogatives que nous offre Tart ou la nature, doivent être choisies sur des terrains dont le front et les flancs soient défendus, ou par des obstacles naturels insurmontables , ou par des lignes de fortiGcations dont l'attaque oblige les ennemis à mettre en action le surplus des forces qu'ils possèdent par rapport à leurs adversaires. Ces positions se trouvent ordinairement denière des fleuves d'un passage difficile, des défilés faciles à défendre, des marais, des forêts qu'on ne peut pas tourner, ou que l'on ne tourne que par des mouvements de conversion soumis à de grands dangers, et sur un terrain élevé dont le talus escarpé «n rend les approches très-difficiles. Pour ce qui regarde la position de la troisième catégorie , au contraire, les troupes qui les occupent ne doivent pas se borner à une défense exclusive du point qu'elles sont chargées d'occuper; mais chaque j annedoitcherclierplutôt à passer delà défensive à (offensive, et, dans ce cas, il faut nécessairement avancer pour déposter son ennemi. Mais les mouvements de l'infanterie étant très-lents , et demandant par conséquent un long espace de temps pour franchir le terrain que Toccu-^ palion des différents points l'oblige à parcourir^
et pendant lequel on doit la soustraire aux attaques de ses ennemis, il faut placer l'infanterie sur un terrain derrière des accidents qui cachent toutes ses manœuvres, ou sur des sites dont la déclivité , sans lui ravir l'aisance des mouvements, multiplie pour l'ennemi les difficultés de leur abord.
Cependant ces accidents , que j'admets comme avantageux pour les positions mixtes, ne doivent pas être trop multipliés; car, dans un pareil cas, cette multiplication finirait par transformer les approches de ces positions en défilés qui s'opposeraient à la contiguïté des lignes de bataille, pendant leurs mouvements offensifs ou rétrogrades, et, en les rompant, leur ravirait leur première vertu.
Comme les positions des deux dernières catégories exigent des combinaisons multipliées, et par conséquent un examen plus approfondi, ces considérations m'obligent de consacrer à chacune d'elles un article séparé.
Des positions purement défensives.
Si un manque de foi*ces physiques nous force à prendre une position purement défensive, il est tout naturel que nous cherchions à com- I)enser la faiblesse de nos forces par le choix d'un terrain dont les accidents, en protégeant notre front et nos flancs, soient tels, que leur attaque demande des forces quintuples et même plus grandes encore qu'il n'en faut pour leur défense, et qui mettent les flancs à l'abri d'un mouvement de conversion. Ces positions doivent donc être choisies sur un terrain élevé et
dominant toute la plaine occupée par l'ennemi , de manière à ce que notre artillerie puisse en rendre de tous les côtés les approches difficiles ,^ et, s'il est possible, inabordables.
Mais, tout en présentant aux ennemis de grandes difficultés à surmonter , elles doivent offrir aux troupes défensives la facilité de se mouvoir dans tous les sens, pour s'opposer aux attaques des assaillants, et , par conséquent, posséder dans leur circonférence tous les avantages de tactique qu'un champ de bataille peut nous offrir. Telle était la position que le duc de Brunswick avait occupée, le 27 novembre 1795, à Kaiserslautern. Le plateau du Kaiserberg, dont le front était défendu par la Lauter et la ville de Kaiserslautern, que des
EXAMEN RAISONNÉ
fortifications avaient mises hors d'atteinte, formait le centre de la position. Une forte redoute servait de réduit aux troupes du flanc droit ; des parapets y avaient été élevés pour couvrir Tartillerie, et dés épaulemenls pour Tinfanterie. On prépara, au-dessus de la ville, une inondation de la Lauier. Ce plateau, dans son centre comme sur ses deux flancs , était entouré de bas-fonds qui gênaient les mouvements offensifs des troupes ennemies , et qui avaient rendu la position purement défensive. Cependant, pour procurer à ses troupes les moyens de faire aussi des mouvements offensifs, le duc se prépara sur la rive droite de la Lauter un champ de bataille dont le flanc droit , appuyé au village de Moorlaulern, était aussi défendu par une redoute placée sur le Rohrswalderberg. Sur le flanc gauche , il fit construire sur le Galgenberg une autre redoute qui servait de point d'appui aux troupes de l'aile gauche, et facilitait un mouvement offensif sur la route de Homburg. Toute la position , depuis Moorlautera jusqu'au Galgenberg, n'avait à peu près- que quatre kilomètres d'étendue , et favorisait tous les mouvements des réserves placées sur le Kaiserberg vers les deux flancs. Celte position avait encore l'avantage de posséder deux lignes de retraite , par Otter-
(0 Voyeg-en la descripUon dans VHistoire des dernières Campagnes de Gustave-Adolphe en Allemagne, par FrancheYîUe, page SOI.
(t) Le lecteur peut en Toir une description détaillée dans les Mémoires militaires du général Tempelhof.
(3) Ce camp possédait trois lignes de fortifications qui contenaient i08 redoutes et 385 bouchés à feu. Les feui étaient flanquants, tous les débouchés des défilés étaient occupés.
La première ligne, avec ses oscillations, s'étendait depuis Léguas, trayersalt les hauteurs d'Arruda et Monte-Oracia , et s'appuyait vers la droite près d'Aïhandra au Tage , i gauche à Tembouchure du Sizondro à Pontenle-Rol , entre Torrès-Wedras et Mafra. Elle contenait 52 redoutes toutes palissadées et entourées de ravins, et armées de 140 bouches à feu.
La seconde ligne avait 65 redoutes armées de 150 pièces de canon , s'appuyait à droite à Alverca au Tage , et s'étendait au delà des défilés de Buccllas, Cabeça, de Montachique et Mafra.
La troisième ligne avait il redoutes, armées de 95 canons , et s'appuyaît par sa droite au Tage , près de Bellem; par sa gauche, près de Carcaes à la mer, et dans le cas de l'abandon du pays par l'armée alliée, de-
berg sur Mayence , et par Turckheim sur Manheim. Cesl justement à la circonscription de la circonférence du champ de bataille, qui, en présentant aux ennemis de très-grandes difficultés à vaincre, offrait au duc les moyens de pousser ses réserves vers les points attaqués , ce qu'il fil justement sur son flanc droit contre les troupes que Hocbe dirigea contre Moorlautern et la redoute du Robrswalderberg, et plus tard contre la division Taponier, à laquelle le général Hoche enjoignit de s'emparer de la redoute du Galgenberg et de tourner le flanc gauche des ennemis , que le duc fut redevable de la victoire qu'il y remporta.
Les positions défensives se trouvent aussi sur des terrains circonscrits dans une chaîne contiguë de fortificationsde campagne, hérissées de bouches à feu et qui les rend inexpugnables, comme les exemples que nous offrent le camp de Gustave-Adolphe à Numberg (i) , celui de Frédéric le Grand à Bunzelwitz (i) , du duc de Wellington derrière les lignes de Lisbonne (s), des Turcs, en 4810, près de Battin (4) , celui de Drissa, en 1812, etc., etc.
On prend aussi ces sortes de positions sous les murs d'une forteresse, comme celle du général Kray sous les murs d'Ulm , celle de Napoléon sous Mantoue et sous Dresde , et des
vait couvrir l'embarquement qui devait s*efiecluer près du fort Juliao.
Pour augmenter les difficultés de l'assaut, les alliés avaient fait des pro6b très-forts, préparé des inondations et coupé les routes. Les redoutes qui couvraient le chemin de Lisbonne étaient assez éparses , ce qni avait formé des débouchés par où les troupes pouvaient défiler pour se préparer au combat.
(4) D'un côté, il ne fallait pas moins que la ferme décision du général en chef, comte de Kamensky, et dont il a donné dans cette occasion une preuve bien évidente, ainsi que le courage exemplaire des troupes qui composaient son armée; et de l'autre, l'ignorance assez prononcée du séraskier Koschanz-Ali , et des pachas Achmct et Huktar (ce dernier fils du fameux Ali, pacha de Janina), pour procurer aux Busses la possession des trois camps au prix de si peu de sang. Le général en chef, comte de Kamensky , ayant reconnu que les fortifications n'étaient pas fermées , ordonna de les attaquer par les gorges , tandis que les troupes qu'il cornmandait^en personne, et celles du général comte de Kamensky l'aîné, furent dirigées vers le front des fortifications. — Pressé sur plusieurs points, Muklar-Pacha prit le premier la fuite.tandis que le reste des troupes ottomanes, commandées par Achmet-Pacba , mit bas les armes.
DES TROIS ARMES
Riis6«s sous les murs de Sœolensk. Un fleuve d'un cours rapide et possédant des rives escarpées , dont Pennemi voudrait forcer le passage , sans avoir égard aux moyens faciles que son adversaire possède pour en défendre les approches, en nous offrant la possibilité de nous y opposer 9 pourra nous rendre les mêmes services (i). On mettra dans la. même catégorie des sites dont le front est défendu par des taillis hérissés d'abatis, ainsi que par des terrains aquatiques» dont le marécage s'oppose au passage des troupes et les rend par conséquent jDabordables.
Les difficultés» par lesquelles Tart et la nature rendent ces' si tes souvent inexpugnables» contre lesquelles les lois delà tactique deviennent insuffisantes et en font échouer les tentatives, rendenterdinairementces positions plutôt stratégiques que tactiques. Lés attaques en front n^étant pas les seules dont on puisse faire usage pour déposter on ennemi d'une position purement défensive et souvent inattaquable» on emploiera donc un autre moyen moins destructeur et tout aussi avantageux, celui de les tourner par un des flancs; opération qui nous oblige souvent à évacuer la position » pour ne pasdonner de prisesurnotre lignede retraite (a) .
Les reconnaissances étant une fois faites, si la position a été trouvée purement défensive» le premier soin de celui qui veut l'occuper, sera de la soustraire à ses débordements qui paralysent sa force intrinsèque, en cherchant à prévenir chaque mouvement de conversion.
Si cette condition devient impossible , il faut du moins chercher à faire le choix du site de manière à ce que l'ennemi, s'il abandonne Tattaque en front et entreprend un mouvement de conversion , soit obligé de prêter on des flancs des colonnes tournantes, et de les exposer par là à être prise en flanc et à dos; danger assez grand pour lui faire perdre le désir de Tentreprendre.
En général, ces positions ne peuvent être tout à fait bonnes que lorsqu'elles sont à cheval sur la ligne d'opérations naturelles, et que si
(i) Telle était la position du comte de Witt^enstein coiSti, au combat de Tichascbniki derrière l'Oula et la Lonkomélia.
(«) C'est à la suite d'un mouferoeot queTarmée française fit en 1813 , vers Dokchitsy, mouvement qui met-
Tennemi est obligé , pour l'intercepter, de faire un mouvement de conversion d^une grande circonférence et d'un danger effectif, ou sur des sites qui, nous offrant la possibilité de changer de ligne d'opérations, nous exemptent par conséquent des inquiétudes que ces mouvements de conversion occasionnent par rapport à l'intégrité de nos communications. En rabattant le flanc attaqué jusqu'à la nouvelle ligne d'opérations, on se prépare par là une retraite facile et sans danger.
Des positions mixtes.
Tout engagement présuppose deux objets à remplir : i® battre son ennemi et le poursuivre; 2® si l'on est battu, de faire une retraite bien ordonnée. C'est sur ces deux objets qu'on doit baser le choix des positions mixtes.
La règle générale de l'emplacement de l'infanterie, par rapport aux lignes de bataille, est de la poster de manière qu'en perdant le moins de monde , elle défende avec efficacité les postes qu'elle est appelée à garder, et qu'étant parvenue à riposter à son ennemi, elle puisse aussi gagner du terrain en poursuivant son succès. Pour répondre à ces trois objets» il faut que, pour le premier, l'infanterie soit, autant que les accidents du terrain le permettent» à couvert des feux meurtriers de l'ennemi; pour le second , que son emplacement et la disposition de la troupe la mette à même de profiter des avantages des localités ; et , pour ^e troisième , que son mouvement offensif ne soit pas trop gêné par un terrain coupé. Par rapport à l'ennemi, une position, pour être bonne, doit posséder deux traits distinctifs : 1^ offrir sur son front et ses flancs des difficultés marquées pour l'adversaire qui voudrait s'en rendre maître ; ^ s'il se résolvait à la tourner, que cette tentative le mette en danger ou de perdre ses propres communications , ou d'avoir ses colonnes tournantes prises en flanc.
Pour que le choix d'une position mixte, par rapport aux lignes de bataille, soit fait dans
tait Tarmée russe en danger d*étre tournée par sa gauche et d'être coupée de sa ligue d'opération naturelle sur Smolensk , qu*elle se vit obligée d'évacuer le camp deDrissa.
EXAMEN RAISONNE
le sens de la pure tactique, il faut chercher, autant que possible, à choisir des terrains garnis de villages , de bouquets , de haies , d'endos, de jardins , ainsi que de taillis et d'élëva- . tions de moyenne hauteur, ayant soin de garder les villages et les bouquets par des chaînes de tirailleurs qui, à leur tour, devront être soutetenus par des réserves, et de garnir les élévations avec des pièces d'artillerie. En cachant ainsi remplacement des masses d'infanterie derrière ces rideaux naturels, on ravit aux ennemis tous les moyens de les apercevoir, et on leur dérobe par là la connaissance et l'appréciation de leur position, ainsi que tous les moyens de les prendre pour but (i). Obligés, pour les atteindre, de viser plus loin que les accidents qui les cachent , les artilleurs ennemis pourront rarement être sûrs de leurs coups, et la plus grande partie des projectiles viendront frapper devant ou derrière les bataillons. Un autre avantage , non moins grand qui en résultera, sera les gioyens que les masses désignées pour défendre les différents accidents dont nous venons de parler^ posséderont pour tomber à Timproviste sur des assaillants un peu imprévoyants, en proGtant de l'avantage souvent incalculable d'une attaque inopinée.
Les mêmes accidents de la nature , que nous venons d'accepter comme avantageux pour garnir le front d'une position, le seront aussi pour les derrières. Tout en offrant des abris sûrs pour les troupes, comme ces sortes d'accidents nentravent pas leur mouvement, une fois que la i^traite aété décidée, ils offriront aux troupes rétrogradantes des positions avantageuses, et les moyens de marcher avec aisance sans les obliger à se ployer en colonnes profondes , formation qui , sur le champ de bataille , a le double inconvénient de faire perdre du temps, et (le posséder peu de moyens de défense.
Dei poiitiotu de l'infanterie.
Ayant récapitulé les différents avantages qui constituent la force des positions, sous le rapport topographique, revenons maintenant à la
(i) A la bataille de Ligny, Hntention du maréchal Blucber avait été de dérober ses troupes aux regards de ses ennemis, en les plaçant entre les villages de Ugny et de Brie, dans des bas-fonds; mais les hauteurs
distribution de l'infanterie destinée pour gar- i der et défendre les différents accidents de terrain que nous avons acceptés comme avantageux pour former le front des positions, et couvrir les lignes de bataille.
Les villages, qui sont ordinairement garnis de jardins, entourés d'enclos, de haies et de dayonnages, forment de plus ou moins grands défilés où les mouvements des troupes sont souvent trè&-génés. 11 serait donc dangereux de les encombrer de troupes, qui seraient obligées de rester inactives à cause du manque de place pour se déployer et pour manœuvrer. Ces postes offrant aussi, par leurs maisons, beaucoup de moyens faciles de défense, qui demandent peu de bras pour les préserver d'être pris, il serait même dangereux d'y amasser beaucoup de troupes : leur encombrement ne servirait qu'à les exposer aux coups de l'artillerie ennemie, dont on concentre ordinairement les feux sur ces sortes de postes, qui offrent tant de moyens faciles pour les défendre.
Nous en concluons donc que les masses d'infanterie qui sont destinées pour défendre un terrain qui serait parsemé de villages , doivent être plutôt placées derrière ces sortes de postes, ayant soin de les garnir d'une chaîne de tirailleurs qui occupera les maisons, les jardins, les endos et les dayonnages qui se trouveront dans leur cijrconférence. On assignera à cette chaîne de tirailleurs des postes de replis, qui lui serviront aussi de réserve, et la renforceront en casde besoin ; et, si le village possède quelque grande enceinte d'église , un grand verger ou un cimetière, on y placera une autre grande réserve , dont le soin sera de s'opposer aux troupes ennemies qui voudraient pénétrer dans le village. Si c'est un bourg qu'on se pn>pose de défendre, la réserve principale sera placée sur le marché, comme le point où conr vergent ordinairement toutes les routes qui mènent dans le bourg.
Le chef de celte réserve primitive dirigera son attention sur les avenues par lesquelles, apparemment, l'ennemi viendra fondre sur le village , comme étant les passages les plus fade Fleuras, dominant tout le champ de bataille, trahirent l'intention du général en chef prussien, et découvrirent Tarmée aui yeux de ses adversaires.
DES TROIS ARMES
ciles par lesquels od peut pëaéirer en masses compactes. Si, au contraire» le village ne possède pas de ces réduits avantageux pour Tem- {daceniébtde la réserve, il faudra en mettre QDe dans la proximité du poste , qui , en changeant de place , ne devra pas cependant changer de rôle.
Le reste de Finfanterie sera désigné pour secourir les troupes employées pour défendre les villages qui forment le front des positions, etsera postée dans un certain éloignement. Mais comme tous les mouvements précurseurs des allaques de cette infanterie ne doivent se faire que dans la proximité de son ennemi, il est utile de placer Tinfanterie assez près de ces accidents, afin qu'un mouvement un peu long pour atteindre son ennemi , ne lui ravisse pas le moment opportun, et ne la trahisse pas aux yeux de celui-ci, en éveillant par là sa ]ffévoyance.
A la bataille de Liguy, les Prussiens, en occupant les villages de Saint-Amand et de Ligny, dont la possession couvrait le front de leurs lignes de bataille, firent les dispositions suivantes : Le 1*' corps, commandé par le généralZiethen , occupa le village de Saint-Amand avec 3 bataillons et â compagnies de voltigeurs de la 5* brigade. La i*^ brigade fut placée en réserve derrière le village. La 4* brigade occupa le village de Ligny avec 3 bataillons, tandis que 6 bataillons furent placés en réserve. La S® brigade , et le reste de la 3* brigade, ce qui formait un total de 43 bataillons, se déployèrent en deux lignes derrière et cotre les vilhges de Brie et de Ligny. Le 3® corps, commandé par le général Thielemann, formant le flaDc gauche et la première ligne de Tordre de bataille, appuyait son flanc droit au village de Sombreff, que le général fit occuper par un bataillon de voltigeurs. Les troupes de son flanc gauche ayant occupé fortement les villages de Tongrines et Tongrenelle, qui se trouvaient devant son iront, ainsi que toutes les métairies qui étaient le long du ruisseau de Ligny, s'appuyaient à Boley.
(i) La bataille de Ilochslett restera toujours un exemple frappant et terrible du danger d'encombrer les villages de troupes, qui ne peuvent plus ni se mouvoir, ni attaquer , ni même se défendre. Le village de Blindheim sera toujours un monument de Tignorance du maréchal Tallard et de l'insouciance des généraui qui comman-
Pourvu qu^un village possède dans son espace assez de bras pour le défendre contre l'impulsion d'une première attaque, le reste de rinfanterie désignée pour défendre toute retendue du terrain qui Tenvironne, étant postée derrière le village, pourra même et avec plus de facilité, en marchant par les deux flancs du poste, assaillir Tennemi qui entreprendrait une attaque sur un des deux flancs. En un mot, il ne faut faire entrer dans un village que le nombre de troupes nécessaire pour le défendre avec opiniâtreté et avantage, celui pour le moins qui sera suflSsant pour ne pas céder de prime-abord cette conquête à son ennemi (i).
A cette même bataille de Ligny, que je viens de citer, les Français s'étant rendus maîtres de Saint-Amand, cherchèrent à prolonger leur flanc gauche en occupant toutes les allées, les haies et les bas-fonds qui se trouvent du côté de Brie et de la grande route. Ce mouvement ayant donné de Tinquiétude pour le flanc droit des Prussiens, et pour leur liaison avec les troupes hollandaises, le maréchal Blucher enjoignit au général Steinmetz , auquel il donna 6 bataillons, de reprendre Saint-Amand. Les Prussiens abordent le poste avec leur bravoure accoutumée, et parviennent à s'emparer d'une partie du village jusqu'au cimetière, où les Français avaient placé la réserve, qui parvint à arrêter le mouvement ofiensif des Prussiens. Un combat sanglant s'y engagea , pendant lequel le général Vandanmie , qui avait placé la masse primitive de son infanterie derrière le village, arriva au secours des troupes attaquées. Il ordonna au général Girard de tourner le village par la gauche du côté de Wagnele, et un assaut, dirigé de trois côtés, força les Prussiens à l'évacuer tout à fait.
Il est incontestable que , pour ce genre de combat^ les Français ont une grande supénorité sur plusieurs armées européennes, et le talent qu'ils ont toujours déployé, ainsi que les règles dont ils se sont servis pour la défense des villages peuvent, sans contredit, servir d'exemples et de préceptes. Presque tousles militaires expé-
daientà Taile droite. Enfermer 27 bataillons et 12 escadrons de dragons dans un village, tombs déjà dans le ridicule, et nous fait même douter de la bonne foi avec laquelle le maréchal Tallard aurait dû servir la cause de son maître.
iU
rimcnlésen sontd*accord. C'est ainsi que nous les avons vus à la bataille de Leipzig, en 1845, et à celle de Waterloo, en 1815, se soutenir pendant des journées entières, à la première dans le village de Probsteyda , et à la seconde dans Planchenois. N*avons-nous pas vu dans le combat à outrance de ce deiiiier poste, dont la possession était pour les Prussiens d^un intérêt majeur, possession dont on peut dater la déroute de Tarmée française, le général Bulow obligé de soutenir le colonel Hiller par sa réserve, composée de la 14* division, de diriger même sur ce point une brigade qui se trouvait sur sa droite , sans cependant venir à bout de s'en emparer? Les Prussiens furent obligés de renforcer le corps de Bulow par celui du général Pirch; et ce n*est qu'à l'impulsion simultanée de forces aussi puissantes , que les Prussiens ont été i*edevables de cette conquête. Mais quelles sont aussi les règles qui pourraient nous sauver, lorsqu'on est écrasé parle nombre? Si les Français avaient encore eu quel" ques troupes disponibles pour pouvoir secourir leur extrême droite, peutrêtre aurait-on vu un autre résultat.
Les bouquets étant moins susceptibles encore que les villages de contenir des masses d'infanterie, ce sera de même à des chaînes de tirailleurs, à leurs postes de replis et à leurs réserves, que nous en abandonnerons la défense, ayant bien soin de ménager le reste de Cette arme, pour la faire manœuvrer sur un terrain qui lui offrira plus de liberté d'action.
Pour ce qui regarde la position de l'infanterie désignée à la défense des grands taillis, comme sa position dépend beaucoup de la grandeur du bois qu'elle doit défendre, et que c'est selon sa dimension qu'on doit calculer les masses défensives et celles qu'il peut contenir, il serait difficile de décider la manière dont on devrait distribuer l'infanterie pour défendre les boisdedifférentesgrandeurs. Si, au contraire, les circontances forçaient l'infanterie à seposter de manière à avoir iin taillis occupé par l'ennemi devant soi, l'essentiel serait de la placer hors des coups de fusil de la lisière; car les tirailleurs ennemis, cachés derrière les arbres qui leur serviraient d'abri, mettraient l'infanterie à la merci de pertes d'autant plus sensibles, qu'il serait même difficile de leur rendre la pareille.
A l'égard de la position de l'infanterie dési-
gnée pour la défense des élévations dont la plupart sont occupées par Tartillerie, sa placé sera,saascontredit , surles versants des mamelons qu'elle est appelée à défendre, prête à s'ofH poser à chaque mouvement offensif que l'ennemi entreprendrait pour s'emparer de nos pièces, qu'elle doit envisager comme un dépôt sacré confié à son honneur, et dont la perte doit être tout aussi flétrissante pour les règlements, que celle de ses drapeaux. C'est en faisant peser sur les masses désignées à la défense des batteries, et non sur les artil«leurs eux-mêmes , le déshonneur de leur perte , qu'on parviendra plus facilement à accorder à la sphère active de cette arme le dévelopement dont elle est susceptible. L'oi^anisation même de l'artillerie prouve en faveur de cette assertion, car elle possède , il est vrai, assez d'hommes pour servir ses pièces, maùs non pour les défendre.
S'il arrivait quon manquât d'artillerie pour garnir la crête des élévations, ou qu'elle pût être mieux utilisée sur un autre point , alors , au défaut de cette arme, en emploiera des tirailleurs qui occuperont la pente du côté de l'ennemi, tandis que les masses d'infanterie seront postées sur les versants. C'est une disposition dont le duc de Wellington s'est servi avec beaucoup de succès dans ses campagnes d*Espagne.
Mais quelle formation accordera-t-on aux masses d'infanterie postées sur ces versants? C'est un sujet qui ne doit point être exempt de discussion. Si Télévation qu'on occupe est telle, que la cavalerie, à cause de son escarpement, n'ose l'attaquer, je conseillerais alors de placer cotte infanterie postée sur les versants, plutôt déployée en bataille qu^en colonnes , et en voici les raisons : l'ennemi qui entreprendrait de s'emparer de cette élévation étant obligé, par la configuration du terrain, d'employer pour l'attaque, de l'infanterie et non de la cavalerie (car le choc de celle-ci se trouverait alors paralysé le long de la pente pour arriver au sommet), une ligne postée sur le sommet dune élévation aura un très-grand avantage contre de Tinfanlerie qui, pour parvenir jusqu'au choc, serait obligée de gravir un talus plus ou moins escarpé , de ralentir son mouvement, et .perdrait beaucoup par le feu que l'infanterie défensive dirigerait contre elle.
DES TROIS ARMES
Quoique la ligne placée surle versant, obligée de se mouvoir pour atteindre lesommet, éprouvai un certain flollement, la petite distance qu'elle aurait à parcourir permettrait qu'on lui fit entreprendre ce mouvement, sans craindre qu'il lui ravisse sa contiguïté. Le principal sera de posséder aussi à côté un autre bataillon formé en colonne offensive, et qui soit prêt à fondre sur les assaillants, en les prenant en flanc et à dos, si Tinfanlerie offensive, poursuivant son mouvement avec vigueur, se trouvait à portée de tenter un choc à la baïonnette.
Si, au contraire, la déclivité de la pente du mamelon ne paralyse pas les mouvements offensifs de la cavalerie, il est tout simple qu'on place Tinfanterie formée en colonne défensive prèle à se former en colonne contre la cavalerie.
Je ne veux rien ajouter à cet article sur la formation qu'on doit accorder à Finfanterie sur les différents terrains où on la place. Ayant, dans les sections U et III , développé avec détaQ les propriétés des formations des deux infanteries, ainsi que les cas où elles doivent être employées, il serait inutile de s'appesantir encore une fois sur les différentes occasions dans lesquelles on devrait employer lune plutôt que l'autre. C'est au discernement du chef qui commande cette arme, qu'est réservée la tâche de donner à ses masses les formations les plus avantageuses , et qui doivent être le résultat de la position que les bataillons occupent et de Farme qu'ils doivent combattre.
Les bouquets, les élévations, les villages, et, en général, toutes sortes d'habitations, ayant, comme nous le voyons, non-seulement l'avantage d^offrir des défenses faciles et prolongées, mais de servir aussi de rideau à la position et aux manœuvres de l'infanterie postée sous la protection de ces abris, il n'est que trop naturel de profiter de ces avantages, lorsque le site qu'on choisit nous en offre de pareils.
Pour ce qui regarde le terrain qui se trouve i dos des lignes, et qu'une infanterie rétrogradante serait obligé de parcourir, il ne faut pas prendre trop rigidement l'acception d'un pays facile à parcourir, en ne choisissant, pour les derrières d'une position de l'infanterie, qu'un terrain tout à fait uni. Que ce soit seulement un site qui ne présente pas de défilés ou de rivières i franchir ; en un mol , que ce ne soit pas un terrain qui oblige l'infanterie rétrogra-
dante à se ployer en colonnes-manœuvres, formation qui ne présente que des têtes pour défense , et la soumet , par conséquent , à être surprise dans un état qui paralyse ses moyens défensifs. Au contraire, les mêmes accidents de terrain propres à couvrir le front d'une position, seront aussi avantageux pour ses dernières, car tout en offrant beaucoup de moyens de défense, ils faciliteront par là l'écoulement des troupes rétrogradantes sous la protection des arrière -gardes, dont le premier soin sera de profiter des avantages que la configuration du terrain leur offrira, et dont nous venons de faire l'énumération.
Jusqu'à présent nous n'ayons envisagé les positions de l'infanterie que par rapport aux avantages du terrain sur lequel des bataillons isolés, qui ne font qu'une partie de Tordre de bataille, sont postés; discutons maintenant sur sa position, par rapporta l'ordre de bataille en général. *
L'infanterie désignée pour former les lignes de bataille , dont la première vertu est la contiguïté, ne pouvant pas, ainsi que la cavalerie et l'artillerie, être placée partiellement, il serait même difficile de suivre strictement les principes que je viens d'énoncer. La configuralion du terrain que le hasard assigne aux lignes de bataille, ne favorisant pas dans toute son étendue l'emplacement de l'infanterie d'après les principes ci-dessus désignés, les soins du chef seront dirigés à compenser le manque de ressources qu'offre le site , par les avantages des formations dont j'ai dévdoppé les vertus et les emplois dans la section II, où j'ai traité des propriétés de l'infanterie de ligne, ainsi que par le secours que l'artillerie pourra lui offrir. Si aucun accident ne se présente, pour couvrir les lignes de bataille, une for le artillerie, placée sur les élévations qui se trouveraient devant leur front, les couvrira toujours avec avantage, et compensera ainsi les défouts de la nature. C'est ainsi qu'à la bataille de Waterloo, le duc de Wellington, ayant fortement occupé devant les deux flancs et le centre de sa position, les métairies de Haugoumont, de la Haye et de Papelolte, garnit les hauteurs qui se trouvaient enti'^ ces trois postes et devant le front de ses lignes de bataille, par une forte artillerie de gros calibre. L'essentiel est de poster les lignes de bataille à une distance
EXAMEN RAISONNÉ
telle, que les bataillons qai les forment soient en état de soutenir les troupes qui défendent les postes avancés, pour ne pas les mettre à la merci d^un ennemi souvent plus nombreux, qui pourrait profiter d'une position vicieuse qu^on donnerait aux masses principales, en les éloignant de la ligne avancée des accidents naturels. Cest au vice d^une disposition pareille que le maréchal de Yilleroi a dû , en grande partie, sa défaite à la bataille de Ramillies. Voici le jugement que le marquis de Feuquières en porte (i) : c L'ennemi conduisit 1 Tattaque du village de Ramillies, dit-il, 9 différemment de celle de la cavalerie de la » droite. Il y marcha sur quatre ou cinq lignes; 1 mais, en approchant de la tète de ce village, » il connut que notre ligne d*infanterie était » trop éloignée du village pour le protéger de » son feu, et que les flancs du village n'étaient 1 pas garnis de troupes, parce qu'il y en avait
> trop peu.
» Sur cette mauvaise disposition de notre 1 part , il en forma une bonne : il fit avancer » une de ses dernières lignes sur le front de la 1 première; ensuite de quoi, en approchant du 1 village, ce fVont, qui le débordait, s'étendit » en potence sur le flanc du village et le força
> fort aisément, parce qu'il li^y trouva pas de » résistance, dans le temps que les troupes 1 soutenaient l'attaque de la tète. L'of&cier 9 particulier et le soldat, ajoute-t-il, n*étaient » pas capables de redresser par leur seule va- 1 leur une affaire perdue par sa mauvaise dis-
> position; de sorte que le désordre fut bientôt » général par toute la droite , qui abandonna f son champ de bataille et son canon, t
Quant aux mouvements offensifs, que les lignes de bataille sont dans le cas de prononcer, comme dans des cas pareils, on n'occupe que le
(i) Mémoires de M. le marquis de Feuquièrei, lome lY, page 38.
(t) LeiVïieiusdesBuUelini français ontpousséquelquefois leur passion pour l'ostentation, jusqu'à imputer à un militaire aussi profond que Bonaparte les fautes les plus grossières. Tout leur était possible, pourvu que leur citation portât le sceau de Teilraord inaire en fait de mouTements, de positions ou de courage. Nous lisons, par exemple, dans le cinquante-huitième Bulle- Un de la grande armée, daté de Preusch-Eylau, le 9 février 1807: < La garde à pied (il ne faut pas ou- « blier quelle formait ordinairement la réserve prin- « cipale de Varmée) a été toute la journée Tarme au
terrain que l'ennemi nous cède, et que par conséquent, à la suite du mouvement, on n'est pas toujours le maître de les poster de manière à pouvoir profiter de tous ses avantages, c'est alors la disposition des troupes qui doit obvier à la défectuosité du terrain. Une masse imposante d*artillerie, qu'on place devant le front de la première ligne de bataille , en défend les approches; une autre, de cavalerie , qu'on poste avantageusement derrière une des ailes et qu'on parvient à soustraire aux regards des ennemis, paralyse les mouvements offensifs de l'adversaire en' tombant sur la partie attaquante, et en la prenant en flanc ou à dos.
Mais les lignes de bataille demandent parfois des secours souvent répétés, qu'on leur porte en relevant les bataillons battus et désorganisés , ou en prévenant les débordements de leurs flancs, auxquels elles ne sont pas en état de s'opposer par leurs propres forces; elles exigent alors de grandes réserves, que Ton compose ordinairement des troupes les meilleures et les plus éprouvées, dont la position, tant qu'elles sont inactives, doit être derrière les lignes de bataille, hors d'atteinte des coups de l'artillerie ennemie et postées sous la protection de quelque accident du terrain qui les cache tout à fait aux regards de l'ennemi (s). C'est à ces réserves qu'on impose les rôles différents que je viens de citer.
Mais ces réserves envisagées sous le rapport de leurs différents emplois, étant obligées de prêter des secours souvent répétés (s) , et leur rôle étant par conséquent toujours diflScile et épineux, il n'est que trop juste de désigner pour leur composition une masse imposante d'infanterie, composée de vétérans qui, témoins actifs de faits glorieux et de catastrophes dangereuses , savent toujours mieux apprécier
» bras, sous le feu d*une épouvantable mitraille (!!!!)> V sans tirer un coup de fusil, ni faire aucun mouve- » ment. » Je prendrai la liberté de demander quelle position, dans un pareil cas, occupaient donc les lignes de bataille? A-t-on jamais entendu avouer avec pins de naïveté et dans Tunique but de contenter rosleniation, une faute aussi grossière? Et c'est à la couronne du restaurateur de l'art militaire qu'ils attachaient an fleuron aussi ridicule!
(5) Comme Texemple que nous oiTre la bataille de Wagram , et pour lequel je prends la liberté de renvoyer le lecteur aux Réflexions sur le Système df$ Guerres modernes , pages 259 et suivantes.
DES TROIS ARMES
la nécessité des prompts secours , et dont les membres couverts d'honorables stigmates y servent de preuves irrécusables de leur entier dé- Toûment pour le souverain et le pays qu'ils ont l'honneur de servir.
SECTION V
DE l'action de L'iKFAliTERIE El« GÉNÉRAL.
Si l'art de savoir bien choisir une position et de placer ses troupes , est d'une importance majeure pour les combats , celui de les mettre en action est plus utile encore, car les vic^toires ne sont uniquement que le résultat de Faction des différentes armes.
Chaque action porte plus ou moins l'empreinte du caractère du chef qui commande les troupes. Il n'est donc pas tout à fait inutile d^approfondir celui de son ennemi et de calculer, d'après une donnée pareille, les dispositions de la journée. Voir s'il faut le fatiguer par une défense prolongée et tomber à corps perdu vers la fin du combat, ou bien s'il est phs facile de l'étonner par une attaque vive et inattendue , le rompre par des chocs souvent répétés, le poursuivre sans relâche pour hii ravir tous les moyens de rétablir l'ordre de ses troupes et s'emparer des trophées.
L'action de Tinfanterie est composée de deux rôles : l'attaque et la défense qui doivent être basés, le premier , sur la plus haute élévation dn degré de décision des moyens d'agression , et le second , sur la prolongation la plus opiniâtre des moyens de résistance. Ces deux rôles peuvent être envisagés sous dix aspects différents.
1^ Dans les plaines;
^ Sur un terrain coupé et parsemé d'habitations;
3<^ Employés à défendre des fortifications de campagne;
A^ Sous le rapport des engagements contre rinfanterie ;
5<> Contre la cavalerie ;
&^ Contre l'artillerie ;
1^ Des combats en masse ; ' 9^ Des combats en débandade ;
9* Du choc; 10» Des feux.
Chaque engagement , chaque combat , doit être basé sur la rapidité des mouvements, car
c'est le meilleur moyen pour parvenir promptement à son but, et toujours au prix de peu de sang. Mais, si la rapidité doit servir de base aux mouvements, les moyens qu'on emploie pour parvenir au but qu'on se propose d'atteindre, doivent être toujours les plus décisifs. . Les demi-moyens dont la marche ne peut être que tâtonnante et les effets indécis , entraînent après eux deux pertes sensibles; celle d'une plus grande consommation d'hommes , et celle du temps , dont le prodigue emploi , arrêtant souvent le cours' des combinaisons, en rend aussi les résultats moins décisifs et souvent presque nuls.
Jamais cette empreinte de décision , si utile dans les manœuvres de la tactique, et le choix des moyens les plus décisifs , ne se sont développés avec un caractère plus marqué, que dans les campagnes du dix-neuvième siècle; voilà pourquoi les résultats des batailles de Jéna, d'Eckmûlh, de Taroutino , de Culm, de la Katzbach, deDenuewitz, Leipzig, etc., furent si décisifs , et leurs trophées si nombreux.
Nous avons vu, dans les articles précédents, que rinfanterie en général possède trois for^ mations que nous devons envisager comme les seules formations guerrières, qui se soumettent, il est vrai, à de petites modifications, mais qui forment la base de sa tactique. C'est la formation en ligne de bataille, en colonnes et en débandade. Ces formations fondamentales possèdent différentes compositions que nous devons envisager comme des ramifications scientifiques de l'art des combats, et qui consistent dans la combinaison des différentes armes en masses offensives, dont la force , ainsi que la combinaison , doivent être assujetties au terrain et à l'arme que l'on se prépare à combattre.
En appliquant l'action de l'infanterie aux neuf premiers cas différents , dont j'ai donné l'énomération au commencement du chapitre, nous nous convaincrons facilement qu'elle se réduit, pour les formations fondamentales, au juste choix des plus décisives, selon l'ennemi et le poste qu'on se propose d'attaquer, et, pour la composition des masses , à la combinaison . des armes selon le terrain, la force et l'ennemi qu'on se propose de combattre.
L'infanterie, comme l'arme la plus nombreuse, étant aussi celle qui se prête le plus facilement aux différents modes de combats sur
EXAMEN RAISONNÉ
les différents terrains, engage, prépare et gagne .les batailles. Le soins des autres armes est de la suivre dans ces différentes modulations, de la soutenir dans ses engagements et de compléter les victoires. Des travaux aussi difficiles et aussi dangereux rendent, il est vrai, le rôle de cette arme à la fois honorable et très-épineux , mais aussi les maîtres de Part, ayant su proportionner ses moyens d'attaque et de défense, aux obstacles qu'elle doit surmonter, la force intrinsèque qui en est résulté, est en équilibre avec les dangers auxquels elle s'expose.
Ce n'est aussi qu'une juste compensation du rôle qu'elle est appelée à jouer, et un moyen indispensable pour le lui faire soutenir avec dignité, avec aplomb et avec chance de succès.
Oette compensation consiste dans son armepuent, les moyens de vaincre son ennemi à de grandes distances, dans ses formations et les différentes manœuvres auxquelles sa tactique peut être assujettie.
Mes réflexions antécédentes ayant assez approfondi les principes fondamentaux des différents genres de combats de l'infanterie, je crois être arrivé au moment où je puis procéder à l'examen de l'action même de cette arme.
D'après la nature et le genre de combattre des tirailleurs et de l'infanterie de ligne, nous pouvons hardiment partager leur action en deux genres distincts, qui sont : l'action préparatoire et l'action définitive. La première est le fniit de combinaisons topographiques et militaires , et la seconde est enfantée plutôt par un courage aveugle et un dévoûmenl qui est au-dessus de tout calcul. Les éléments de l'action des tirailleurs, qui n'est que défensive, sont donc : finesse , raisonnement, juste appréciation du terrain et coups bien ajustés; pour celle de l'infanterie ile ligne, pour la défensive, une persévérance courageuse et l'emploi efficace de ses formations et de ses feux , et, pour l'offensive, un mouvement décisif qui renverse tout ce qui s'oppose à son passage.
Une différence aussi grande dans les éléments de leur action , mérite bien aussi qu'on consacre à chacune d'ellçs un article séparé.
SECTION Vf.
BE l'action be l'iisfaisterie de ugne.
L'action de l'infanterie de ligne repose sur les combats en masse. La dénomination que
nous avons donnée à son action, et que nous avons appelée action définitive , nous prouve évidemment que le choc y joue un grand rôle, et nous avons vu plus haut qu'il ne peut pas y avoir de choc là où il n'y a pas de compacité.
La multiplication des masses d'infanterie rend le choc moins douteux ; la rapidité des chocs, les résultats plus grands* Les annales des guerres modernes nous offrent, pour l'action de l'infanterie de ligne, beaucoup d'exemples bien convainquants, et je ne puis m*empécber de citer celui que nous a offert l'année prussienne à la journée des 4-16 octobrel8i3. Les dispositions et les mouvements de ce combat sont trop instructifs, pour l'infanterie de ligne, pour ne pas l'offrir à mon lecteur comme un exemple à suivre dans les mouvements offensifs de cette arme.
Nons avons vu, à l'article des propriétés de l'infanterie légère, toutes les pertes inutiles danslesquellesune fusillade inconséquente nous entraine , et les résultats fatals qui en proviennent; je veux donc, par un exemple dont les dispositions étaient diamétralement opposées à celui que nous offre l'attaque des quatre villages à la bataille de Lutzen, soutenir l'axiome sur lequel je viens de baser les grands avantages des mouvements de tactique, et qui consistent dans des opérations décisives, et dont la décision gtl dans la multiplication et la compacité des masses qu'on emploie pour les exécuter.
Un corps français de 20,000 honmies était posté sur une élévation d'une douce dédivité, ayant une artillerie de 60 pièces de eaooo devant le front. Le village de McBckem et l'Elster protégeaient le flanc gauche, et en rendaient les approches très-difficiles. L'aile droite était soutenue par des masses imposantes de troupes de différentes armes.
L'attaque de cette position tomba en partage au général Yorck , dont le corps formait le flanc droit de l'armée de Silésie.
L'avant-garde du corps du général Yorck venait de se rendre maîtresse du village de Mœckem; mais l'ennemi ayant soutenu ses troupes rétrogradantes, parvint à reprendre ce poste et s'y maintint. Le chef du corps prussien enjoignit aussitôt à deux brigades d'infanterie de soutenir son avant-garde, et ordonna au resle de son infanterie de se prolonger vers la gau-
DES TROIS ARMES
cfae, et la dirigeât contre le flanc droit des ennemis. La cavalerie prit position derrière les , masses de Faile droite.
Les deux brigades désignées pour soutenir I Tavant-garde se déployèrent chacune en deux j ligses, et les bataillons formés en colonnes pré- I sentaient ainsi une masse de quatre lignes de profondeur. C'est dans cet ordre que les Prusâeos s'avancent vers leurs ennemis, dont la nombreuse artillerie semait la mort dans leurs rangs, sans cependant interrompre leur marche. Pour couvrir efficacement les pièces contre un ennemi aussi hardi, le général français fit avancer plusieurs bataillons déployés en ba- Uille, dont le feu de file, joint à <;etai de TarliUerie, parvint à désorganiser la première ligne des bataillons assaillants, et les rejeta SBT la seconde. Les troupes battues s^écoulent il travers les bataillons qui s'avancent pour les soutenir, sans en rompre un seul. La seconde ligne des Prassiens parvient à rejeter les ennemis , qui, à leur tour , se soutiennent par une seconde ligne de troupes fraîches. Les Prussiens font avancer leur troisième pour soutenir knr seconde, déjà vacillante, et les ennemis en font autant. Enfin le général Yorck engage ia quatrième , et par conséquent sa dernière rèerve, et ordonne en même temps à la caval^e du flanc droit de soutenir cette quatrième ligne. Ge mouvement fut des plus décisifs : les ennemis, ne pouvant résister à quatre chocs consécutifs, évacuent le champ de bataille, et laissent au pouvoir de leurs adversaires 40 pièces de canon, et une prompte retraite put SMle les soustraire au malheur d'être entièreineat écrasés et forcés de se rendre.
Un autre exemple, quoique bien antérieur à celui que je viens de citer , mais qui a été fait SQSsi dans les principes de la même tactique, est celui que nous offre la fameuse bataille des Pyramides. C'est aussi une attaque en masse des divisions Bon et Menou qui décida la victoire en faveur des Français. Rapportons à cette occasion le récit du général Berthier hiimème (i). c Pendant que les divisions Desaix » et Régnier, dit-il, repoussaient avec suc^ ( ces la cavalerie des mamelouks, les divisions
(i) nelalion des Campagnes du général Bonaparte m Egypte et en Syrie.
(a) Une assertion pareille paraîtra certainement un
> Bon et Menou, soutenues par la division
> Kléber, commandée par le général Dugua, » marchaient au pas de charge sur le village » retranché d'Embabeh. Deux bataillons des
> divisions Bon et Menou , commandés par les
> généraux Raropon et Marmont sont détachés, » avec ordre de tourner le village, et de profi-
> ter d*un fossé profond pour se mettre à cou- » vert de la cavalerie de Pennomi , et lui déro-
> ber leurs mouvements jusqu'au Nil.
> Les divisions, précédées par leurs flani queurs, continuent de s'avancer au pas de
> charge. Les mamelouks attaquent sans succès
> les pelotons de flanqueurs ; ils font jouer et
> démasquent 40 mauvaises pièces d'artillerie, i Les divisions se précipitent alors avec plus 1 d'impétuosité, et ne laissent pas à l'ennemi
> le temps de recharger les canons (s) . Les re- » tranchements sont enlevés à la baïonnette ; le
> champ etle village d'Embabeh sont au pouvoir
> des Français. Quinze cents mamelouks à che- » val, et autant de fellahs, auxquels les généraux
> Marmont et Rampon ont coupé toute retraite
> en tournant Embabeh, et prenant une posi- » tion retranchée derrière un fossé qui joignait i le Nil, font en vain des prodiges de valeur; » aucun d'eux n'échappe à la fureur du soldat;
> ils sont tous passés au fil de l'épée ou noyés » dans leNil. Quarante pièces de canon, 400 diat meaux, les bagages et les vivres de Tennemi » tombent entre les mains des vainqueurs, i
Qu'à ces résultats brillants on ajoute d'un côté les pertes souvent insignifiantes qui en sont la suite , et qu'on récapitule de l'autre ces combats meurtriers oia, par l'emploi de fausses mesures , le dénoùment n'offre que des pertes incalculables d'hommes et peu d'avantages, et où les assaillants passent souvent des journées entières à combattre sans parvenir au but qu'ils se proposent d'atteindre, et on ne sera pas peu étonné que les chefs, à la volonté desquels sont subordonnés toutes les dispositions , choisissent bien souvent, pour parvenir à leur but , les moyens les plus destructeurs et les moins décisifs.
Il est vrai qu'il est indispensable que le terrain favorise ces sortes d'attaques en masse ;
peu exagérée ; au reste , elle ne diminue en aucune manière reff^t de la disposition dont je veux prouver Tefficacité par ce fait.
mais si nous examinons bien ces différents accidents, nous nous convaincrons facilement que la nature, souvent capricieuse dans sa création, ne nous présente pas trè»-fréquemment de ces obstacles insurmontables qui s'opposent tout à fait à la marche d'une masse d'infanterie. Certainement, c'est d'après la multiplicité des accidents et la difficulté de les franchir, qu'on doit calculer la force de la masse qu'on veut mettre en action; mais il faut, je croîs, recevoir pour axiome irréfragable, de ne jamais abandonner les tirailleurs à leur unique impulsion, car leurs combats, si on ne les soutient pas par des masses imposantes d'infanterie de ligne, ne peuvent être envisagés que comme 4emi -mesure. Mais aussi quel taiUis qui, parmi les différents accidents qu'on peut franchir, quoiqu'avec difficulté, est l'accident le plus difficile à surmonter pour l'infanterie, quel taillis ne possède pas de voies propres au passage des colonnes? Ces chemins suffiront pour la marche de quelques colonnes, et, dans ce cas aussi, nous pourrons rester d'accord avec le principe établi.
L'action de l'infanterie de ligne peut se partager en deux genres différents, qui sont:
l'offensif, ou en avançant contre son ennnemi ; et le défensif , qui se subdivise en deux cas : i^ en attendant de pied ferme l'attaque de son adversaire; 2^ en rétrogradant pour occuper en arrière une nouvelle position.
Qu'on se propose d'avancer pour attaquer son adversaire, ou de rétrograder pour occuper une nouvelle position, l'infanterie qui, dans les deux cas, aura à se mouvoir, doit toujours être formée en colonnes. Mais la formation des lignes de bataille doit nécessairement être différente. Dans le premier cas, le mouvement offensif n'étant que le préliminaire du choc, il faut que les masses soient assez rassemblées pour pouvoir se soutenir réciproquement', et, par conséquent, les bataillons rapprochés. Dans le second, comme il s'agit d'une défense, et que, tout en se défendant, on puisse gagner du terrain en arrière , il faut former les lignes en échiquier, pour qu'en rétrogradant l'une à travers de Tautre, tandis que la seconde présente aux ennemis des masses capables de soutenir leur impulsion , la première se replie pour gagner du terrain en arrière.
C'est par des mouvements pareils qu'à la
bataille de Fère-Champenoise, les divisions Pacthod et Amey cherchèrent à se soustraire aux attaques souvent répétées des alliés. Ayant i combattre de la cavalerie, elles se formèrent en carrés , parcoururent tout l'espace de plusieurs kilomètres de distance, depuis Yilleseneux jusque près des marais de Saint^Gond, et seraient même peut-être parvenues à gagner le bourg de Fère-Champenoise , sous la protection duquel il leur aurait été si facile de se reformer, et d'échapper au triste sort qui les attendait, si le général comte de Pahlen, à la tète de 2 régiments de cavalerie, ne fut vena s'établir sur leurs derrières , et ne leur eût coupé cette retraite.
Ce mouvement rétrograde ne doit cependant être employé que lorsqu'on est tout à (ait décidé à abandonner le champ de bataille à son ennemi, et qu'on est, par conséquent, intéressé à gagner en arrière autant de terrain que possible. On cherchera alors à diriger les troupes vers des points d'une défense facile, pour leur donner le temps de reprendre haleine , et leur accorder les moyens de se reformer ; car les mouvements rétrograder ne manquent jamais de porter atteinte à cet ordre, sans lequel aucune troupe ne saurait prolonger sa défense.
Si, au contraire, on était encore en état de balancer les succès de la journée, et qu'on n'entreprit le mouvement rétrograde que pour raUierses troupes, pour ne perdre que le moiiH dre terrain possible, ce mouvement devra s'exécuter par échelons en pivotant sur un des flancs, et en commençant par le flanc opposé à celui sur lequel on voudra pivoter. Tel a été le mouvement rétrograde de l'armée française à la bataille de Marengo. Cette manière de rétrograder a le double avantage de pouvoir reformer très-vile l'ordre de bataille, qui en deviendra un oblique, de pouvoir reprendre facilement l'offensive, en portant vers le flanc avancé la majeure partie des réserves, et de déborder le flanc ennemi, ou, pour le moins, de le rejeter momentanément sur la défensive, en lui donnant de l'inquiétude pour l'aile menacée.
Pour ce qui regarde le cas où l'on veut attendre de pied ferme son ennemi , tout repose sur les différentes formations que l'on accorde aux bataillons qui forment les lignes de bataille, et qui doivent être modifiées d'après l'arme à laquelle on se propose de résister. Les
DES TROrS ARMES.
ÎOI
feux, dans des cas pareils , y jouent un trèsgnad rôle. Les meilleurs, comme nous Tavons déjà TU, sont toujours ceux qui sontsubordoDoés aux commandements des chefs, et qui ne commencent que d'après leur ordre, et, par conséquent, au moment opportun. Ces feux sont ceux de rangs, car n'étant que le prodoit du commandement du chef de bataillon, ils nous soustraient à cette fougue inconsidérée da soldat, qui croit avoir acquitté sa conscience, en ayant fait usage de ses 60 cartouches, sans songer aux résultats nuls qui pro- Tiennent d'une fusillade mal ordonnée.
Si le champ de bataille qu'on veut abandonner présente un site parsemé de nombreux accidents, il esthonqueTinfanterie, soutenue par quelques pièces d'artillerie, se charge de couvrir la retraite des troupes rétrogradantes; car si nous engagions de la cavalerie ou une grande masse d'artillerie, ce serait agir en sens contraire de la tactique des différentes armes, et l'inutilité de leur présence ne serait pas le seul désavantage qui en résulterait; la perte du matériel en deviendrait la suite indubitable. Si la configuration du terrain nous force donc d'abandonner l'infanterie à peu près i son unique force impulsive , c'est le cas où le chef qui la commande doit déployer un talent supérieur.
Si pendant le mouvement rétrograde il se trouve on défilé qu'on doive traverser, il est indispensable d'arrêter une partie de Tinfanlerie à une certaine distance du défilé, lui faire prendre, si toutefois la chose est possible, one position avantageuse et purement défensive (i), et lui accorder par là les moyens d'arrêter l'ennemi lout le temps que le reste des tronpes emploiera pour rompre, se former en colonnes manoeuvres et franchir le défilé. Les villages, les lisières des bois et des bouquets, en un mot, toutes les chicanes du terrain doivent être mises à profit pour retenir les enneoûs, et donner aux troupes rétrogradantes le lemps de s'écoi^ler.
L'écoulement des troupes à travers le défilé, si sa lai^ur le permet, se fera plutôt par les deux flancs. En préparant les troupes pour franchir le défilé, nous trouvant à la merci d'un
(i) Car ces sortes de positions , comme nous Tavons ni à rarticle<fe« PoiUwfu de VlufatUeiHe^ offrent des
ennemi qui possède tant de chances de succès en sa faveur, on a, de cette manière, le double avantage que l'écoulement se fait avec une moindre perte de temps, et que les troupes qui forment les ailes en gagnant le défilé seront protégées, pendant Jeur mouvement, par celles du centre et par cette partie de l'infanterie sous la protection de laquelle la retraite devra s'achever.
Le devoir de celte dernière troupe sera de profiter des différents accidents du terrain que les troupes des flancs viendraient à abandonner, par un mouvement d'extension vers les deux ailes; extension dont la diminution sera grar duelle, et calculée d'après l'écoulement des troupes rétrogradantes et le terrain qu'il sera nécessaire encore d'occuper pour protéger le mouvement de retraite.
Si c'est un taillis qu^on doit franchir, les troupes légères qui seront destinées pour garder la lisière du défilé devront naturellement être renforcées et soutenues par des réserves respectables qui leur offrent les moyens de le défendre, pendant le mouvement rétrograde, en cherchant à ne s'engager à leur tour dans la retraite qu'au moment où les masses primitives auront eu le temps de sortir du défilé et de se déployer.
Pour ce qui regarde les démonstrations offensives de l'infanterie qui forme les lignes de bataille, d'après la distribution des troupes, qu'on dirige toujours vers les points décisifs des champs de bataille, les chocs qui s'ensuivent et les succès si différemment balancés qu'on remporte sur une des ailes ou au centre, les rendent ordinairement partielles. On se trouve rarement dans le cas de pouvoir prononcer, pendant la bataille, un mouvement offensif sur toute la ligne, tandis que l'engagement de Tinfanterie légère, qui la couvre, s'étend mais avec un succès toujours varié. Le mouvent des différentes parties des lignes de bataille doit donc se prononcer partout où les chaînes de tirailleurs, soutenues par leur réserve, sont parvenues à gagner du terrain, pour être à même de soutenir, par un choc définitif, l'action préparatoire de leurs troupes avancées.
Le gain du terrain décidant de celui du com-
moyens très-faciles pour les occuper et s'y maintenir avec peu de troupes.
EXAMEN RAISONNÉ
bal, les lignes de bataille devront suivre, aussi rapidement que possible , les mouvemenl s offensifs des chaînes de tirailleurs, et s'avancer vers les points dont elles se seront rendues maîtresses, ou pour coopérer à leurs travaux, si leurs forces sont insuffisantes pour déposter les ennemis. Une fois que les troupes auront suspendu leur marche, et réparé tous les torts que le flottement d'un mouvement offensif a pu causer, les chefs des lignes chercheront à profiter des avantages du terrain , pour y poster avantageusement leurs troupes, ou obvieront à Tun de ces vices par d'autres dispositions , d'après les principes exposés dans la section IV.
Si rinfanterie est désignée pour attaquer un village, comme il est indispensable quelquefois de parcourir de grands espaces de terrain , sans pouvoir cependant dérober le mouvement offensif aux regards de l'ennemi, afin de rendre les pertes moins grandes, il est indispensable de se servir de deux modes d'attaque, c'est-àdire , le préparatoire et le défensif , et , par conséquent, couvrir les mouvements de Tinfanterie de ligne par des chaînes de tirailleurs. Dans beaucoup de pays, les avenues des villages étant souvent assez larges pour quune colonne puisse y passer, les défenseurs ne craindront pas de les défendre par des pièces de canon, qui auront toujours assez de temps pour se soustraire aux attaques des ennemis, si ceux-ci parvenaient à assaillir le poste.
Supposons donc Tattaque d'un village défendu par de l'infanterie et quelques pièces d'artillerie , et procédons aux dispositions des assaillants.
L'artillerie cherchant toujours à diriger ses feux contre les masses compactes, car ses coups y produisent souvent des résultats fatals, il est tout naturel que les boulets soient dirigés contre les colonnes. Rien de plus facile cependant, pour une colonne d'infanterie, de se mouvoir pendant sa marche dans différentes directions; rien de plus difficile pour TartiUerie que de changer souvent de but: les coups en deviennent si peu justes, que les troupes contre lesquelles on les dirige n'en souffrent que peu, ou point du tout.
Le chef qui commande l'infanterie, après avoir disposé ses chaînes de tirailleurs , et ployé, d'après les principes énoncés dans la seconde
section du second chapitre, son inf;iQterie de ligne en colonnes offensives, prononce son mouvement. Il s'entend de soi-même que le nombre des colonnes offensives sera surbordonné à celui des troupes ennemies désignées poinr défendre le point qu'on attaque ; et si le nombre des masses assaillantes n'excède pas trois, on les fera marcher en une seule ligne; si, au contraire, il le surpasse, on les formera en deux lignes, pour pouvoir faire deux chocs consécutifs, d'après la disposition dont j'ai fait mention au commencement de cette section. La chaînede tirailleurs , avec ses réserves, ouvrira la marche. C'est dans cet ordre de bataille que la troupe prononcera son mouvement.
Tant que les masses assaillantes se trouveront dans un certain éloigneraent du feu de l'artillerie ennemie, et que ses coups ne peuvent être que faibles ou peu justes, leur direction n'a pas d'importance* Le chef de la troupe assaillante reconnaîtra la position de son ennemi, et les dispositions qu'il aura à faire. En approchant de la sphère active des feux de l'artill^ rie, le chef manœuvrera avec ses colonnes par de petits mouvements avec un huitième de tour à droite ou à gauche, selon la direction que les boulets prendront (i), et cherchera, autant que la chose sera possible, de flanquer l'artillerie ennemie. Si les colonnes offensives parviennent à se soustraire pendant quelque temps aux coups meurtriers des boulets ennemis, l'avantage sera déjà important, et la réussite de l'attaque moins douteuse.
Parvenu dans la proximité du point où ie choc doit se faire, que le chef ne consulte qae son courage, et non le danger qu'il doit surmonter, et cherche à pénétrer dans le village, en se servant d'un pas plus accéléré qu'à l'ordinaire. Si , d'après la disposition , l'ordre de bataille possède deux lignes d'infanterie, que la seconde , au moment où la première fait son attaque, ne s'amuse pas à attendre l'issue du combat, mais fasse son possible pour franchir l'espace qui la sépare encore du viUage, et vienne assez près pour rendre le choc plus efficace , s'il a réussi, ou pour le renouveler si le» troupes de la première ligne ont été repoussées.
(0 La facilité avec laquelle les colonnes peuTeol se mouvoir dans tous les sens, ne laisse presque auriin doute sur celle d'opérer ces différents mouvements.
D£S TROIS ARMES
Aa eombat de Dannigkow, livré le S4niar9- 5 avril 1813, la seconde coloDiie» sous le$ ordres du général Borstel, qui avait rétrogradé jusqu'au village de Zepernik, entendant le brait du canon dans la direction de Dannigkow, se mit aussitôt en marche par Wallwitz, Ters le village de Yehlit^. Ce village était occape par Tennemiy et la division du général Berg y postée devant, dirigeait vers ce point UD feu très-pourri d'artillerie. L'ennemi occupait le pont de TEhle et l'avenue du village , avec 4 pièces de canon. Son infanterie, postée derrière Vehlitz, était formée en plusieurs carrés.
Au moment où l'infanterie du général Borstel fut en mesure d'attaquer, les deux généraux convinrent de prononcer leur mouvement offensif sur trois points, et de la manière suivante (i) :
Le 4® bataillon de voltigeurs de la Prusse orientale, ayant en seconde ligne le bataillon des grenadiers de la Poméranie, reçut l'ordre d'attaquer le village par sa gauche.
Le ^ bataillon du régiment de Poméranie , ayant en seconde ligne le i ^^ bataillon du même régiment, fut dirigé vers le flanc droit.
Le 26* régiment de chasseurs russes, soutenu par 3 bataillons de milice de Yologda et d'Olonetz , devaient se porter sur le centre.
Une compagnie de voltigeurs russes fut réunie à une autre de prussiens, est toutes les deux forent désignées pour partager le mouvement offensif des colonnes assaillantes.
Au moment où les colonnes offensives franchirent TEhle , elles furent aussitôt attaquées par une forte masse de cavalerie; elles se formèrent en carrés, et repoussèrent Tennemi , qui fut ensuite battu par les dragons de la Reine et les hussards de Grodno. Cette attaque imprévue avait retardé celle du village de Veblitz; mais enfin les colonnes assaillantes s'avancèrent au pas de charge. Les i*^ et S* bataillons du régiment de Poméranie, ainsi que celui des grenadiers , attaquent le village en front , tan- &que les chasseurs russes le tournent, et, après plusieurs attaques consécutives et simul-
(i) La configuration du terrain offrait apparemment les moyens de Tattaquer sur trois points, ce qui n'est pas toujours possible.
(a) Comme la disposition de rartiUerie n'appartient
tanées, ils parviennent à s'en rendre maîtres, ainsi que d'une pièce de canon et de S caissons de munition.
Si le village a été emporté, les troupes assaillantes doivent revenir momentanément à l'état défensif. Aussitôt le chef fera, pour les troupes légères, les dispositions dont je vais m'occuper dans la section suivante, et ne laissera dans le village, des masses de celles de ligne, que le nombre nécessaire pour pouvoir se défendre avec avantage contre les attaquesdes ennemis, et disposera le reste d'après les principes énoncé dans la section lY, des Postlions de i* Infanterie. Si le nombre des troupes qu'on a employées pour l'attaque ne suffit pas pour la disposition projetée, il sera du devoir du commandant de la partie de l'ordre de bataille où se trouve le point qu'on vient de se disputer, de renforcer ses troupes , et de les mettre en état de se défendre et de résister à ses adversaires (s).
Si l'idée du chef est d'employer l'infanterie pour un mouvement de conversion dont le ré* sultat soit avantageux, sans soumettre les troupes à de trop grandes pertes , on cherchera à occuper préliminairement, sur le flanc oii le débordement doit avoir lieu, et d'une manière peu sensible pour l'ennemi, en commençant, par exemple, par une petite troupe isolée de tirailleurs, tous les avantages du terrain dont le site débordera la ligne de bataille des adversaires, sauf à les soutenir après par des partis plus considérables. Ce n'est que de celte manière qu'on parvient à ne pas faire conbaitre de prime-abord ses intentions à son ennemi.
On se servira aussi de la même disposition , si on est dans le cas de faire précéder le mouvement de conversion par un mouvement ofiensif , opéré en marchant devant soi, et on en recueillera le double avantage, 1® d'accorder plus de latitude aux manœuvres des troupes des ailes; 2^ de pouvoir, sous la protection de ces abris, déborder plus facilement le flanc de Tennemi , en se glissant vers quelque point qui conduise à celui où est son adversaire. De cette manière l'infanterie, tout en occupant despo-
pas à cet article, je m'abstiendrai d'en parler jusqu'au moment où je serai parvenu aui positions et à l'action de cette arme.
EXAMEN RAISONNÉ
siiions. avantageuses, parvient à étendre sa sphère d'activité.
La partie offensive de notre ordre de bataille est-elle parvenue dans la proximité du flanc ennemi, et notre aile se trouve-t-elle appuyée à un village, ou cachée derrière un bouquet?
l'infanterie, dont les mouvements lents exigent tant de précautiops, et qui ne doit entreprendre de conversion que de peu d'étendue et de développement, acquiert alors la facilité de les exécuter par un simple changement de direc-.
tion. En faisant un à-droite ou un à-gauche en bataille , elle Jopère sa manœuvre sous la protection de ces sortes d'abris qui la cachent aux regards de ses adversaires, et que nos troupes légères et nos lignes de bataille occupent, et elle se place perpendiculairement au flanc ennemi que Ton veut déborder.
Quant aux mouvements de Tinfanterie, ils doivent porter Tempreinte d*un courage froid, mais décidé ; car Teffet moral qu'ils produisent sur Tennemi ne peut être ni aussi grand ni aussi impérieux que celui de la cavalerie : ils ^ sont trop lents pour imposer.
Pour donner à Tinfanterie de ligne , qui n'attaque jamais autrement qu'en masse, une contenance plus martiale , on ne devrait jamais l'engager dans des mouvements offensifs qu'au son du tambour. J'en ai fait plusieurs fois l'expérience , et j'ai trouvé que cette musique , toute désagréable qu'elle peut être pour l'ouïe, relevait beaucoup le courage du soldat, lui donnait un certain sang-froid; que son maintien eu devenait visiblement plus tranquille , et son pas plus régulier, avantages qu'on ne saurait priser assez haut dans les différents engagements de cette arme.
Mais l'oubli de ces petits moyens ne doit cependant jamais dispenser l'infanterie de cette résolution , qui doit présider à tous ses mouvements offensifs, et il vaut mieux plutôt ne pas les entreprendre si on ne se croit pas en état de les achever. Nous avons vu dans les articles précédents, que tou tes les non-réussi tes des attaques de rinfanterie, ainsi que les pertes énormes qui s'eosuivaient , ne provenaient ordinairement que du manque de résolution. Voilà pourquoi je [répète ce que j'ai déjà dit plus haut : avant d'engager l'infanterie dans une attaque , il faut calculer si le but que nous nous proposons d'atteindre compense aussi les
grandes pertes auxquelles cette arme est en butt^ dans ses mouvements offensif.
SECTION VII
DE l'action de l'iicfanterie légère.
L'action de l'infanterie légère est tout à fait contraire à celle de l'infanterie de ligne , el repose sur les combats en débandade. Un fantassin adroit et instruit peut à peu près être envisagécomme on homme invulnérable. Leprofit qu'un homme isolé peut tirer de chaqve accident du terrain, dont la nature a été si libérale, et dont il peut profiter dans ses mouvements comme d'un échiquier dont chaque case lot offre un abri et le moyen de se soustraire à la vue de son ennemi , est j'espère suffisant pour qu'un individu qui sait en profiter avec discernement et justesse , tout en coopérant d'après la grandeur de sa tâche au gain d'une bataille^ reste intact. Ces résultats sont difficiles à atteindre, il est vrai ; mais aussi je ne les ai envisagés que sous le rapport de leur possibilité , et non des difficultés qu'ils engendrent.
Cette prérogative, dans toute son étendue, ne peut cependant se rapporter qu'à l'infanterie légère ; car il n'est perfnis qu'au tirailleur, qqi combat isolément, d'aller chercher um iSsti derrière un arbre, une habitation , un clayonnage , dans un ravin, etc. , et parcourir le terrain sur lequel il combat dans des sens divergents. L'infanterie de ligne, à moins que quelque taillis très-épais et d'une grande dimension ne s'oppose à son mouvement , doit toujours rester et agir en masse.
D'après ce petit prélude que je viens de donner par rapport à l'action des tirailleurs, il est aisé de se convaincre que Timpulsion de la force n'étant pas l'accessoire le plus nécessaire qui doive présider à leur action, si les tirailleurs qu'on fait agir contre l'ennemi ne sont ni adroits ni instruits , leura réserves même leur seront d'un faible appui. On pourra, en les débandant, occuper, il est vrai, plus de bras, rendre les feux plus vifs ; mais je ne crois pas qu'en rendant les chaînes plus épaisses, ce soit le bon moyen pour parvenir au vrai résultat Je pose donc en premier principe, pour ce qui regarde l'action des tirailleurs, que tout doit être basé sur leurs qualités, leur savoir, et la
DES TROIS ARMES
justesse du tir, et non sur le grand nombre des mdiyidus.
Si les Français, auxquels nous devons en grande partie le perfectionnement des tirailleurs, nous ont offert, dans les premières campagnes de la révolution, une méthode de cômbaltre opposée à celle dont je viens de parler , il faut en rechercher la cause dans Télat de crise et la pénurie de soldats expérimentés dans lequel la France se trouvait alors. Attaquée de tontes parts , elle avait été obligée de mettre sur pied tous les citoyens en état de porter les armes, qui n'étant pas aguerris ne pouvaient se plier à une tactique qui leur était inconnue, et dont leurs adversaires avaient étudié toutes les finesses. Il fallut songer à en adopter une antre où l'instinct naturel suffît pour mettre les bofflines en action; et nous vîmes paraître sur la scène ces masses informes de tirailleurs, combattant sans tactique et sans discernement, se fiant plutôt au grand nombre, à l'épaisseur de leurs chaînes, et à la vivacité des feux qui en provenaient, se jeter plutôt en masse compacte, mais informe, sur tous les points d'un accès difficile, et devancer quelquefois dans le même ordre les masses du reste de ces légions disciplinées que la France possédait encore.
L'usage de cette tactique désordonnée ne cessa qu'avec les circonstances, et au moment oii , rentré dans un état plus pacifique , le pays pnt employer son temps et ses soins à l'organisation et à rinstruction de ses soldats; car, en 1800 encore, nous vîmes, au combat de Montebello, ces masses informes de tirailleurs précéder d'autres d'infanterie de ligne. C'est dans cet ordre qu'à cette affaire, le général Rivand attaqua les hauteurs de Rivelta. Ce qn'il y a d*étonnant, c'est que cette tactique impropre, dont l'expérience même a désapprouvé l'emploi, et que ses auteurs eux-mêmes ont bannie plus tard, a été la cause de beaucoup de victoires; et soit ignorance de la part des ennemis de la France, ou une bravoure prépondérante des Français, cette méthode a enfanté plusieurs succès que les armées révolutionnaires ont obtenus.
Pour se convaincre cependant, en général, de l'amélioration des troupes et de la tactique, il n'y a qu'à comparer les moyens qu'on employait autrefois, et les résultats qui en provenaient, avec ceux de notre temps, et nous
verrons bientôt le triomphe de celle de nos jours. Si même maintenant nous apercevons quelquefois des écarts , et l'oubli de ces principes décisifs dont j'ai parlé plus haut , on peut hardiment en chercher la cause dans ce sentiment d'invincibilité que les armées modernes nourrissent en elles-mêmes , qui les porte à croire que pour des troupes aussi braves , et dont l'éducation est poussée à un degré aussi élevé de perfection , tous les moyens qu'elles adoptent sont efficaces et les mènent facilement au but qu'elles se proposent d'atteindre. Le courage et les moyens employés par les troupes belligérantes étant égaux, nous avons vu plus d'une fois, dans ces chocs souvent répétés, une grande partie des assaillants s'ensevelir sous les décombres des villages et des enclos, et les victoires appartenir à ceux qui avaient les forces numériques en leur faveur.
La définition de préparatoire , que j'ai donnée à Faction des tirailleurs , et qui ne me paraît pas impropre, prouve évidemment que leur rôle consiste à nettoyer le terrain que les masses qui les suivent devront parcourir pour parvenir à l'action définitive. Tous les coups décisifs doivent donc être réservés à l'infanterie de ligne. Mais comme, dans tout engagement, les résultats sont alternativement avantageux ou funestes, que l'on gagne ou que l'on perde du terrain; pour pouvoir arrêter les moyens de rétrogradation, et renforcer les chaînes de tirailleurs, on leur accorde des réserves indépendantes des lignes de bataille, tandis que le devoir de celles-ci est de protéger les troupes légères en général.
La sphère active du tirailleur est marquée par le caractère de son action. Son service est la première gradation qui nous mène à des choses plus compliquées, et qui n'appartiennent plus à son action , qui , n'étant que préparatoire, doit se restreindre dans la sphère que l'infanterie de ligne peut franchir avec facilité. 11 y a donc dans le service de ces deux infanteries, une réciprocité qui ne doit être jamais interrompue. C'est de la proximité de leur position que doit provenir l'unité de leur action. Si un vain orgueil des tirailleurs les portait à franchir les limites qiie leurs propriétés ont marquées en traits si distincts, ils deviendront les atomes inutiles de celte sphère d'activité, à laquelle ils doivent accorder le
EXAMEN RAISONNÉ
premier souf&e d'existence; et si, par îdsouciance ou un manque de savoir-faire, Tinfanterie de ligne ne surveillait pas leurs travaux avec l'attention requise, et dans un éloignement que la circonstance , le terrain et le temps nécessaire pour franchir Tespace nécessiteront, elle se ravirait volontairement les moyens que les tirailleurs peuvent lui offrir pour parvenir avec facilité au résultat désiré.
L'ordonnance reçue dans Tarmée russe, où la tactique des dilférentes armes a été portée à un très-haut degré de perfectionnement, qui n'a cherché, pendant les temps pacifiques, qu'à réaliser toutes les idées que les tacticiens les plus fameux ont pu concevoir, et qui aurait même désespéré facilement le génie créateur de Frédéric le Grand, accorde encore à ses chaînes de tirailleurs des postes de replis indépendants des réserves primitives , dont les places se trouvent entre la chaîne et sa grande réserve. Composé d*un demi-peloton, chacun de ces postes de replis est justement tout ce qu'il faut pour soutenir ou rallier les chaînes auxquelles il appartient, et pour soustraire les réserves primitives, qui forment déjà des masses assez respectables, à l'inconvénient d'être exposées au feu meurtrier des ennemis : car les postes de replis étant là pour soutenir les tirailleurs, ces réserves peuvent être mises sous la protection de quelque abri où elles ne peuvent être ni vues ni atteintes, sans qu'une disposition pareille soit au détriment des troupes qu'elles sont désignées à soutenir (i).
La chaîne de tirailleurs destinée pour couvrir un bataillon, doit se déployer de deux cents à deux cent cinquante pas, et se trouver ordinairement dans cet éloignement de la ligne de bataille. A cent pas derrière celte chaîne, on placera deux postes de replis de 12 hommes chacun, désignés pour la soutenir, la rallier en cas de nécessité. Leur position sera derrière les deux flancs de la chaîne. A deux cents pas derrière celte chaîne, on placera la réserve primitive, qui est composée de deux pelotons aussi, forts chacun de 4B hommes (s). La
(i) Si le terrain le permet , il s'entend de soi-même que le commandant des tirailleurs désignera pour les postes de replis aussi, les endroits les plus favorables, pour les cacher aux coups des ennemis.
(s) J'avertis le lecteur que c'est Tordre de bataille primitif des tirailleurs dans Tarmée russe, et qu'on le
distance entre les paires sera de six, huit, dix ou douze pas, selon, que les circonstances l'exigeront. C'est dans cet ordre de bataille normal que nos tirailleurs avanceront vers l'ennemi, sauf à le varier selon les circonstances et le terrain qu'on parcourra. L'officier commandatit la chaîne la resserrera, l'élargira et prendra l'ordre oblique. Se trouve-t-il pressé par un ennemi plus puissant, il la renforcera par les postes de replis, formera des globes pour s'opposer à l'attaque des flanqueurs ennemis, et reprendra l'ordre primitif au moment où la cavalerie ennemie sera repoussée.
Si les circonstances nous ont obligés de renforcer la chaîne des tirailleurs par les postes de replis, la réserve primitive devra détacher tout de suite 24 hommes, qu'on formera en deux demi-pelotons, qui iront remplacer les deux postes de replis. La réserve primitive ne conservera plus que 24 hommes, dont on se servira ou pour former encore une fois des postes de replis, ou pour renforcer la chaîne principale, si la nécessité l'exige. Mais comme, dans aucun des cas, les tirailleurs ne doivent rester sans réserve, pour pouvoir redresser le défaut de celui-ci, on fera avancer le peloton de voltigeurs que nous avons vu dans le premier article, dans presque toutes les armées, faire partie de l'organisation des bataillons. Mais ce sera aussi le dernier secours que le corps de bataille accordera à ses tirailleurs, car un trop grand morcellement de celui-ci est toujours dangereux.
Tous les mouvements des tirailleurs demandant un pas plus accéléré que le pas ordinaire des manœuvres , dont le nombre , comme nou^ l'avons vu plus haut, monte à cent quarante pas par minute, cette vicacité de mouvements ne manquera pas à la longue d'exténuer les forces de ceux dispersés dans la chaîne (s). Cependant , pour tirer quelque avantage des propriétés d'une arme quelconque, il faut bien se garder de paralyser les vertus qui en forment les éléments. Dans le service que les tirailleurs peuvent rendre , leurs forces physiques et la
soumet à différentes modifications , d'après les modulations du lerrainqu'on parcourt etl'ennemi qu'on C4>mbat. (s) Pour ce qui regarde les mouvements des postes de replis et des réserves, tant qu'ils ne sont pas oblige de se débander, ils conserveront le pas ordinaire , qui est environ de 100 à 110 pas par minute.
DES TROIS ARMES
justesse de leur tir y jouent un assez grand rd ?, et la seconde vertu étant dépendante de la première (4), il est indispensable de ménager les premières pour ne pas lui ravir les facallés de la seconde. Il n'y a pas de doute qu'un combat longtemps prolongé , exténue les forces physiques, et que trente à quarante con{ys tirés de la même arme , Tencrassent tellement, qu'elle finit par ne produire que des ooups très-rares. Gardons-nous donc de laisser les tirailleurs trop longtemps engagés avec Tennemi; et les relevant dans un certain espace de temps, accordons-leur celui de rétablir leurs forces épuisées, et mettre en ordre leurs armes dérangées.
Le chef aura soin , après un 'certain espace de temps, de relever la chaîne fatiguée par une autre plus fraîche , et notre ordre de bataille normal s'y prête avec beaucoup de facilité. Les deux postes de replis placés à cent pas derrière la chaîne primitive seront débandés par un signal du cornet, et notre ordre de bataille {vésentera deux lignes de tirailleurs et la réserve primitive. La seconde ligne, qui sera désigoée pour relever la première, avancera au pas de charge; et au moment où elle aura devancé la première, celle-ci rétrogradera pour former les deux pelotons de replis, pour lesquels on devra la désigner (i). La même opération sera exécutée pour les retraites, et les deux pelotons de replis devront être débandés au moment où la chaîne prindpale commencera son mouvement rétrograde , pour pouvoir présenter toujours à Tennemi, au moment où la première ligne rétrograde à travers la seconde, des troupes fraîches capables de rejeter l'ennemi , ou soutenir ses attaques.
Mais dans leurs mouvements en avant , comme dans ceux en retraite, le premier soin des tirailleurs sera de profiter de tous les avantages
(1) Car, comme noas ravons déjà vu , les coups d*an homme fatigué ne peuvent jamais être bien justes.
(s) Il s'entend de soi-même que les tirailleurs de la première ligne ne cesseront leurs feux qu'au moment <Hi la seconde les aura dépassés, et celle-ci devra commencer tout de suite les siens, pour ne pas laisser dmten'alle.
(3) Taot il est vrai que le moral eierce souvent un pouvoir impérieux; car pourquoi ne pourrait-on
que le terrain présentera de franchir avec rapidité, mais sans course , les espaces qui leur offriraient trop de désavantages en les découvrant à Tennemi, et de diriger leur attention, plutôt sur des coups bien ajustés que précipités. En un mot, les tirailleurs, adroits lorsqu'il faudra tirer sur leurs ennemis , agiles lorsqu'il s'agira de franchir un espace , et circonspects lorsqu'ils fouilleront le terrain, ne manqueront pas de devenir le fléau de leurs adversaires , et rempliront, de cette manière, la tâche qui leur est réservée dans les combats, celle de nettoyer le terrain pour les masses qui les suivent , et qui sont destinées pour porter les grands coups, ou de tromper les ennemis sur les vraies intentions de leurs adversaires.
S'agit-il de nettoyer un taillis d'une grande dimension, où le courage personnel et le nombre nous mènent le plus facilement au but, le premier devoir des chefs et des officiers débandés dans les chaînes , devra tendre à conserver une sorte d'union entre les paires. Rien de plus facile dans ces sortes de combats , où les tirailleurs ne peuvent s'apercevoir qu'à de courtes distances, que les chaînes se désunissent, et que les lacunes deviennent tellement grandes, que, dans un mouvement offensif, l'ennemi dépasse nos chaînes. L'effet moral que la seule nouvelle d'un ennemi qui se trouve à dos, produit sur les soldats, suffit quelquefois pour mener à un résultat fatal (3). A la bataille de Kliastitzy, en 1812, me trouvant avec le régiment qui avait été envoyé pour nettoyer le bois en face de notre droite, et, parvenu dans l'épaisseur du taillis , j'aperçus plusieurs tirailleurs français qui , s'étant égarés et désorientés, vinrent sur nos derrières, croyant suivre toujours la chaîne à laquelle ils appartenaient, et marchaient l'arme au bras. J'envoyai un sous-officier et plusieurs de mes gens pour les saisir, et ils ne purent revenir de leur
pas se battre tout aussi bien contre un ennemi qui nous attaque à dos , en faisant volte-face ? Qu'il n*y ait en général qu'une réflexion défavorable pour les défenseurs et non un désavantage marqué , qui produise souvent des résultats fatals, et qu'une attaque à dos est souvent au détriment des assaillants, le combat de Dannigkovr, en 1813, et la bataille de Dennevitz, nous Tout démontrés avec assez d'évidence.
EXAMEN RAISONNÉ
étonnemeat en tombant entre les mains de leurs ennemis (i).
Dans tous les cas, dans l'attaque comme dans la défense d'un bois, la lisière est la chose qui doit principalement attirer notre attention.
Sommes-nous sur la défensive , c'est celle du bois que nous voulons défendre; avons-nous, au contraire , échangé la défensive contre l'offensive, ce sera alors celle du bois qui est au dclà^e la plaine où nous sommes intentionnés de déployer (%). Ce n'est qu'en abandonnant à l'ennemi la possession de la lisière qu'on défend, que les chances de succès pour les défenseurs comme pour les assaillants , deviennent égales; mais tant que ces derniers sont encore en rase campagne, ceux qui gardent la lisière et se trouvent cachés sous sa protection , conservent une grande prépondérance, pouvant enlever leurs adversaires, et ne pouvant cependant pas être vus , et rarement atteints.
Les Français, qui sont si experts dans les combats de tirailleurs , et qui savent si bien défendre un village, ne le sont pas autant, à mon avis, lorsqu'il s'agit de garder un bois ou un défilé. A cette même bataille de Kliastitzy, que je viens de citer, au moment où nous fûmes envoyés pour nettoyer le bois où s'appuyait leur gauche, et dont la possession était pour eux d'une importance majeure, puisqu'il conduisait justement vers leur ligne de retraite, et aboutissait à la grande route derrière la ferme de Kliastitzy, où nous pouvions les prévenir et gêner le mouvement rétrograde de leur armée, au lieu d'en occuper la lisière , nous ne rencontrâmes l'ennemi que dans l'épaisseur du taillis. Cette négligence nous offrit les moyens de porter jusque dans le fond du bois, sans y avoir perdu un seul homme , une force capable de contre-balancer celle qui le défendait.
Le lendemain de cette bataille, au moment où la division du général Sazonof reçut un échec momentané, le comte de Wittgenstein étant venu avec le reste de son corps pour soutenir les troupes rétrogradantes et rega-
(i) 11 s'était formé apparemment un intervalle entre le régiment du prince Guillaume de Prusse et le 24* de chasseurs , que le comte de Wittgenstein a?ait aussi dirigé y ers le même bois, et il faut croire que les prisonniers que nous fîmes s*étant désunis dans la chaîne quHls formaient» se glissèrent dans la lacune qui était entre les deux régiments.
gner le terrain que son avant-garde venait de perdre , rangea ses troupes en bataille à l'entrée d'un grand bois. Au moment où notre avant-garde entière eut abandonné le taillis, le chef du corps fit jouer ses batteries »
et ordonna au général KasatschkofTsky, qui commandait la gauche, de prononcer son mouvement offensif. L'ennemi, qui était en possession de la lisière d*où il pouvait toujours nous faire beaucoup dé mal, qui était assez en force pour pouvoir défendre le défilé, et qui se défendit même très-vaillamment dans l'épaisseur du bois, ne riposta à nos troupes à la lisière que tout au plus un quart d'heure. Le bois cependant était coupé en différents sens par une grande quantité de sentiers et de chemins qui favorisaient le mouvement des réserves, et nous en trouvâmes même de trèsfortes, composées de trois armes, que nous expulsâmes des éclaircies. Jamais l'entrée d*un défilé pareil ne fut vendu aussi bon marché.
La tâche la plus difficile pour les tirailleurs est toujours l'attaque des villages, où ils précèdent ordinairement lesmassesde l'infanterie, qui portent les coups décisifs. Ces habitations ne présentent ordinairement autour d'elles, dans un certain espace, que des champs labourés, qui n'offrent, en général, aucune protection aux assaillants, tandis que les défenseurs, cachés derrière les coins et dans les maisons même , ainsi que derrière les clayonnages les plus avancés, possèdent non-seulement l'avantage de pouvoir se couvrir par ces abris ^, mais aussi celui de pouvoir y appuyer leurs armes, et de tirer par conséquent des coups mieux ajustés. La promptitude, et une sorte de décision dans les mouvements, soot donc le seul remède à ce mal ; car, en parcourant la plaine avec célérité, on s'expose à un moindre nombre de coups que si on avançait lentement. Si la position du village permet aux chaînes de le tourner par un des flancs, et si l'ennemi a été assez impnident pour dégarnir justement le côté faible de son poste, il n'y
(i) Si toutefois il s*en trouve une. Dans le cas contraire, les tirailleurs tâcheront de gagner quelques accidents du terrain , qui , en les cachant aux yeux de leurs adversaires, leur offrent aussi* les moyens de se soutenir avec avantage, pour procurer aux troupes qui déboucheront des taillis le temps nécessaire pour se déployer.
DES TROIS ARMES
a aucun doute que c'est parle point vulnérable qu'il faudra Tattaquer; mais une faute aussi grave de la part de l'ennemi n*est pas à présomer, et au défaut de Tartillerie , qui postée sur les flancs des villages défend si efficacement ces sortes de postes, chaque adversaire sera assez intelligent pour garnir les endroits les plus faibles, du moins par une chaîne de tiraiUears et quelques postes de replis; le Umt soutenu par une réserve, si Tassiette des habitations le permet.
Si, par des attaques bien conduites, on parvientà s'emparer d'un poste pareil, il faut que le chef de la troupe change de suite son rôle d'assaillant en celui de défenseur, et ne se laisse pas distraire du but principal par quelques considérations secondaires, afin d'éviter ces scènes sanglantes que nous ofirent toujours les prises et les reprises des villages. Après s*étre rendu maître des habitations, toute l'attention du chef doit préalablement se tourner îers la défense avantageuse du poste dont il vient de s'emparer, et des moyens de s'y maintenir. Pendant qu'il s'occupe à garnir les dayonnages avancés et les maisons, à disposer les postes de replis et les réserves, à leur donner un emplacement avantageux , et procède, en un mot, aux moyens de se soutenir contre ses adversaires, les masses destinées pour soutenir les troupes déjà engagées ont le temps d'arriver dans la proximité du poste qu'il faudra défendre contre les mouvements offensifis des ennemis , et le chef celui de les disposer d'après les avantages des localités et les principes que j'ai exposés dans la section précédente.
Après avoir parlé du service de l'infanterie légère dans les batailles rangées, énumérons loaintenant/ ses obligations dans celui des avant-postes et des patrouilles.
Si le service de l'infanterie légère, aux avant-postes comme dans les patrouilles, est aussi essentiel que le rôle qu'ils sont appelés à jouer dans les batailles, il n'est, sans contredit, ni aussi difficile, ni aussi fatigant, ni aussi dangereux. Leur tâche, dans le premier cas, se borne à la surveillance du camp dont ils forment la chaîne la plus avancée , où ils n'échangent que quelques coups isolés, et où ils sont relevés dans un certain espace de temps par les gens de service aux grand'gardes.
Dans le second , leur rôle se borne à fouiller le terrain dans des directions divergentes, pour assurer la sécurité des troupes qui les détachent.
Le service des avant-postes exige une surveillance à toute épreuve ; et pour être bien maître de la campagne, il f^ut avoir soin de les placer sur des points élevés, d'où ils puissent voir dans le lointain' et donner Paierie aux troupes campées (i) ; mais comme ces sortes de postes ne sont pas seulement des postes de surveillance, mais aussi d'avertissement, il est indispensable, quel que soit à peu près le terrain, d'y amalgamer quelques cavaliers qui puissent donner avec promptitude l'avis nécessaire de l'apparition de l'ennemi. Le devoir des tirailleurs de service aux avant-postes sera de recevoir les premiers coups de leurs adversa'ires , et de chercher à les retenir pendant tout le temps que les grand'gardes et les postes de replis emploieront pour se mettre sous les armes. Soutenus par eux , les tirailleurs tâcheront de profiler de chaque avantage qu'offrira le terrain. Dans tous les cas, l'action de l'infanterie légère est basée, comme nous l'avons vu plus haut, sur le talent de savoir profiter des accidents du terrain; mais jamais autant que lorsqu'elle sera de service aux avant-postes. L'ennemi cherchant toujours à tomber à l'improviste, et à la télé d'une force supérieure à celle qu'on peut lui opposer, pour pouvoir enlever quelques postes avancés et ravir au corps principal tous les moyens d'avertissement, il est indispensable que le manque de force physique soit du moins compensé par le profit qu'on peut tirer des avantages du terrain; et c'est ce que nos tirailleurs devront faire tant qu'ils ne seront pas relevés par d'autrçs troupes que le corps principal enverra à leur secoui*s.
Le service des patrouilles et sans contredit beaucoup plus difficile que celui des avantpostes, par le double but qui en fait la base : la recherche de l'ennemi et l'exploration du terrain. La difficulté de ce service en démentit les apparences. Il est en réalité plus difficile qu'on ne se le représente, et exige de l'officier commandant plusieurs notions topographiques
(i) Sans cependant jamais oser donner une fausse alarme, au risque d^encourir une punition eieroplaire.
EXAMEN RAISONNÉ
et militaires, et des troupes qui le composent, beaucoup de vigilance et d^activité. La bataille de Luzura nous prouve évidemment combien les petites causes, produisent souvent de grands effets, et tous les services qu*une patrouille attentive et vigilante peut rendre. Une patrouille sauva l'armée des deux couronnes du piège que le prince Eugène avait tendu au duc de Vendôme, en reconnaissant Farmée impériale couchée sur le ventre derrière la digue du Zéro. Cette découverte donna Palarme à
(i) lotitolé : Ueber die Anordnung und da$ verhalten der patnmiUen, Sa dissertation sar le service des
toute Tannée du roi d'Espagne , qui courut aux armes qu'elle venait de quitter, pour tendre ses tentes; et le duc de Vendôme parvint tellement à balancer les destins de cette journée, que la victoire resta indécise.
Mais, pour ne pas répéter des principes dont d'autres auteurs ont été jusqu'à découvrir tous les replis, et dont les développements n'ont rien laissé à désirer, je prendrai la liberté de fixer l'attention du lecteur à ce sujet sur l'ouvrage du colonel Rechlin de Meldegg (i).
patrouilles est tèUemeot complète , qa'oD peut dire hardiment qu'elle ne laisse rien k désirer dé pics.
DES TROIS ARMES