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(i) Ce (jai certes n*est pas une distance hors de mesure. Je puis la supposer plus grande et conserver plus de chances encore en ma fiiveur.
Cette formation possède encore une prérogative qui n'est pas sans influence. Supposons que le bataillon ait débandé son troisième rang en tirailleurs, qu'il soit attaqué par la cavalerie, et que la chaîne de tirailleurs, dispersée par les flanqueurs ennemis, n'ait pas eu le temps ni les moyens de se rassembler sous la protection de son bataillon. Si le chef se propose de s'opposer au choc de la cavalerie en formant un carré vide , privé de son troisième rang, le carré n'en aura que deux de profondeur, et ne possédera presque pas de moyens de résistance. Les vices du carré vide se trouvant justement dans le manque de profondeur des faces et dans la difficulté de remplir les brèches que les projectilesennemis y occasionnent, dans le cas présent le vice s'augmentera, les moyens de le repousser deviendront plus difficiles encore, et la formation, en dernier résultat, ne présentera que des dangers et aucune chance de succès. Le carré plein, comme je le propose au lecteur, obvie à tous ces inconvénients; et si même le troisième rang, débandé en tirailleurs, par quelque circonstance malencontreuse, ne parvient pas à rejoindre son bataillon , le carré plein ne possédera pas, il est vrai, toute la profondeur que je lui ai supposée , mais en aura encore assez pour posséder toutes les vertus défensives, celles enfin qui sont indispensables pour pouvoir s'opposer avec avantage au choc impétueux de la cavalerie.
Le chef qui commande la ligne de bataille, au lieu de former une colonne contre la cavalerie, préférera-t-il un carré vide? Il faudra faire faire aux deuxième , troisième , sixième et septième pelotons des mouvements de conversions d'un quart de cercle à droite et à gauche , et faire avancer le premier et le huitième pelotons, auxquels ensuite on fera faire volteface.
Il ne reste encore à cette colonne qu'une troisième vertu à posséder pour que son utilité soit tout à fait évidente; c'est celle de souffrir moins des coups de l'artillerie. Il n'y a pas de doute que plus les colonnes sont serrées, plus les boulets, et surtout les obus leur font de mal. Qu'un coup bien ajusté fasse tomber un
(t) Les grands cercles marquent les places des officiers commandant les pelotons , les points celles des sous-offiders, les petits cercles celles des tambours et
EXAMEN RAISONNÉ
obus dans une colonne serrée et qu'il y crève, la perte serait immense; et comme les perles inutiles d'hommes sont préjudiciables, il faut aviser, autant que possible, aux moyens d'y obvier.
La force de percussion des projectiles diminuant en raison de Tespace qu'ils ont à parcourir, il n'y a pas de doute qu'une colonne ouverte à pleines distances , qu'elle soit exposée à des coups de but en blanc ou de plein fouet , offrira toujours beaucoup moins de prise que la colonne serrée ; que ce soit même un obus, s'il tombe entre deux pelotons, ses éclats occasionnerontcertainementaussimoinsdemal.
Maintenant, ayant résolu les trois propositions en faveur de la colonne formée sur le quatrième et le cinquième pelotons et à distances » nous pouvons poser en dernier résultat, que lorsque les bataillons forment les lignes de bataille, ou seront destinés à couvrir l'artillerie , on formera l'infanterie en colonnes d'attaque et à distances 9 que j'appelle colonnes défensives.
Pour ce qui regarde celles formées sur un peloton et ouvertes , comme chaque combat ne peut être composé que de mouvements offensifs et défensifs , si même les circonstances ou le terrain ne permettent d'employer que de l'infanterie formée dans l'ordre profond, passant de celui-ci à l'ordre mince, dans ces deux cas, on pourra employer avec efficacité les colonnes dont je viens de discuter les propriétés , et que j'ai désignées par colonnes offensives et défensives. J'envisage donc les colonnes formées sur un peloton et ouvertes comme inutiles , et dont il n'est pas même nécessaire de faire mention.
La rapidité de mouvements et la possibilité de porter vers un point, de la possession duquel dépend souvent le gain d'une bataille, une masse respectable de troupes étant, sans contredit, une des grandes causes du gain des batailles, sous le rapport de la formation en colonnes, Tinfanlerie possédera aussi cette prérogative sur les autres armes ; car elle est aussi celle qui se meut avec le plus de facilité, de précision et de rapidité. Abstraction faite des
des musiciens, et le vide sera dans un des bataillons pour les chefs du régiment et du bataillon , et Taidc de camp, et dans les autres, pour les deux derniers. Le porte-enseigne, avec le drapeau, se placera, d'après
grands taillis, des rivières, et en général des endroits où les eaux empêchent à l'homme de se frayer un chemin , il n'y a pas d'obstacles naturels que l'infanterie , formée en colonnes, ne puisse franchir. Les ravins, les bas-fonds, les déûlés, pourvu que leurs débouchés aient la largeur d'un peloton, ou les broussailles, ne sauraient arrêter son mouvement.
Celte facilité avec laquelle une colonne peut se mouvoir dans tous les sens, est encore une de ces vertus qui souvent peut la soustraire même aux boulets de ses ennemis, car ceux-ci n'ayant pas, comme les cartouches à balles, la vertu de pouvoir, raser en largeur une vaste étendue de terrain, l'essentiel sera d'échapper à leur direction. Que des colonnes soient exposées aux boulets des ennemis, le devoir du chef sera de bien examiner la position de l'artillerie des adversaires, en jugeant par la direction des projectiles, et alors rien ne lui sera plus facile que de soustraire ses colonnes» sinon tout à fait, du moins en grande partie, aux feux de ses ennemis, leur faisant pour cela changer de position, et les avançant ou les faisant rétrograder de quelques pas, oa bien en les portant plus à droite ou plus à gauche.
Après avoir énuméré tous les avantages de^ colonnes , je ne veux pas passer sous silence les défauts que cette formation possède, énumération d'autant plus nécessaire à faire que, sans elle, le lecteur pourrait m'accuser» et avec justice, d'avoir accordé à la formation de la colonne un caractère général de perfection qu'elle ne possède pas.
Plus on peut mettre de bras en action , et plus on peut en attendre de résultats satisfaisants. En paralyser une partie et l'offrir dans un état passif, comme proie aux projectiles des ennemis, c'est risquer, sinon de mettre en doute le gain d'une bataille , du moins de parvenir à la victoire au prix de plus grands sacri- Gces. La formation de la colonne, en présentant une masse compacte, dans laquelle la plus grande partie des éléments qui la composent ne peuvent pas faire usage de leurs armes, ravit à Tinfanterie sa plus grande force, celle
le dessin (Ë), en arrière des sous-officlers. J^avertls aussi le lecteur que j*ai pris pour type rorgaoisation du bataillon dans Tarmée russe.
qui la rend redoutable h toutes les armes , ses feux. Que la colonne soit assujettie à un rôle défeDsif,c'esl-à^ire, chargée de former la contiguïté des lignes, ou de couvrir l'artillerie, ou au rôle offensif, celui de s'emparer d'une hauteur, d'un village , ou de faire une brèche dans les lignes ennemies, pour ne pas perdre de la rapidité du mouvement qui seule peut assurer le succès d'une entreprise pareille, loin de s'engager dans des fusillades dont sa formation paralyse les effets, ou les rend presque nuls (i), même sans avoir égard aux pertes sou* vent innombrables auxquelles elle est en butte, elle ne doit, dans des cas pareils, que songer à franchir avec vitesse et dans le plus grand ordre, l'espace qui la sépare de son ennemi.
Sous le rapport de cette perte d'hommes, qui sont les éléments actifs d'où dépend le sort des combats, cette nécessité de les sacrifier, toute absolue qu'elle peut l'être dans beaucoup de cas, n'en est pas moins un désavantage trèsgrand et auquel il est même impossible de remédier, et dans laquelle sa grandeur ne saurait être compensée, que par lès résultats éminents qui s'y rattachent.
Cepei^dant , d'après tout ce que nous avons TU sar le sujet des colonnes , leurs avantages étant infiniment plus nombreux que leurs désavantages, car les cas où elles peuvent être employées avec efficacité sont plus fréquents ^ ceux où cette formation serait au détriment des troupes, elles n'en restent pas moins la base de la formation de l'infanterie dans Tordre de bataille.
Des eolonnes, envisagées comme formation pensive contre la cavalerie, et des cannés.
1^ moment le plus dangereux pour l'infanterie, est certainement celui où elle est attaquée à dos par la cavalerie, car n'ayant aucun moyen de défense, elle succonabe à l'attaque et finit pu* se désorganiser. Pour se soustraire à cet 'ficoovénient, les anciens tacticiens cherchè-
(0 Car ce ne sont tout au plus que les deui preoûers rangs des pelotons de la tête qui peuvent en faire nnge.
(s) Rulow, dans son ouvrage sur la campagne de 1&05. tome H, page i&, l'appelle un corps vide, sans entailles, richement pourvu de tous les avantages et des vices de la phalange, et plus immobile encore, si
rent à lui accorder une formation qui pût la garantir de ces sortes d'attaques, de quelque côté que l'ennemi se portât , et nous vimes naître celle du carré; car pouvant faire usage des feux de tous les côtés, c'était celle qui a paru la plus avantageuse pour arrêter la fougue dangereuse delà cavalerie. Ces carrés étaient vides et n'offraient sur les faces que trois hommes de profondeur.
Mais pour que les carrés puissent remplir les conditions du principe de leur formation, il faut qu'ils possèdent assez de profondeur pour ne pas être rompus, et si les circonstances obligent les masses à un mouvement rétrograde, qu'ils puissent se mouvoir avec facilité, précision, et surtout en conservant leur formation intacte (s). Tant que les assaillants ne s'en tinrent qu'au choc impétueux de la cavalerie abandonnée à sa propre force, les carrés furent envisagés comme obstacle assez puissant pour s'opposer à son choc et y résister de temps à autre. Mais au moment où , pour les battre en brèche, on employa de l'artillerie, dont les effets devançaient l'attaque et préparaient des débouchés aux cavaliers assaillants (s), le carr^ perdit beaucoup de son invincibilité, et l'efficacité de cette formation devint un sujet de discussion.
Sous le rapport de la facilité du mouvement, cette formation présente aussi beaucoup de difficultés , car rien de plus difficile que de mouvoir pendant un certain espace de temps un carré vide, sans que la désorganisation ne s'ensuive, et dont le commencement se manifeste toujours aux angles de la queue.
Pendant la campagne de 1806 , au combat de Halle, livré le 17 octobre, le régiment de Trescow, qui avait cantonné près de Magdebourg, marchait par la rive gauche de la Saale, pour rejoindre le corps du prince Eugène de Wurtemberg, et arriva sous les murs de la ville au moment où les Français s'étaient rendus maîtres des ponts de la Saale. Coupé des siens, sans aucun espoir de jonction , le chef du régiment
on veut le mouvoir sans qu'il s*y forme de brèche. (s) Inconvénient auquel il est même difficile d'obvier, car le carré n'ayant que trois hommes de profondeur , ne peut remplir les brèches que les projectiles y forment , qu'en serrant les faces, ce qni occasionne un flottement très-dangereui à la masse , et dont la cavalerie profite toujours avec dextérité et hardiesse.
EXAMEN RAISONNÉ
résolut de se retirer et forma ses troupes en deux carrés vides. Les Français avancent quelques pièces d'artillerie, et plusieurs obus touchent un des carrés qui cherche , par un mouvement latéral , à se soustraire à la direction des projectiles des adversaires. Ce mouvement, en peu d'instants ,• désorganisa tellement le carré, qu'il se replia en masse informe, entraîna le second dans sa fuite, et parvenu jusqu'à la papeterie située sur l'Ochsenberg , tout le régiment y fut en partie jeté dans la Saale, et en partie fait prisonnier.
Le manque de profondeur des carrés vides, et l'idée de réparer ce défaut par une formation plus profonde , a sans doute été la première indication pour celle des carrés sur six rangs. Mais comme devant un ennemi attentif et hardi, les manœuvres des différentes armes, si Ton en attend des résultats avantageux, doivent porter l'empreinte de la simplicité et s'opérer sans perte de temps, ces carrés sur .six rangs, où on est obligé de doubler les pelotons et faire des mouvements assez compliqués avant d'en achever la formation (i) , ne répondant pas à la vivacité nécessaire des mouvements, on chercha un troisième moyen. La colonne serrée paraissant contenir en elle les deux propriétés, on s'en servit comme formation défensive contre la cavalerie. Le premier essai en fut fait dans les plaines d'Aspern, et les résultats en furent éclatants. Mais malgré les brillants succès qu'on <en recueillit, peu d'armées consentirent à imiter les Impériaux dans cette opiniâtreté de suivre une voie déjà frayée, peut bien avoir pris naissance dans la jalousie du métier. En »pj|rcourant la série des luttes sanglantes qui, .après la bataille d'Aspem, ensanglantèrent le continent, et où l'infanterie s'opposa au choc de la cavalerie , nous parvenons jusqu'au combat de KrasnoY, que j'ai cité plus haut, sans voir revivre cette formation, et dans cette dernière affaire , comme nous l'avons déjà vu , elle maintint encore une fois la grande réputation de son invincibilité.
C'est au héros, dont la gloire rejaillit d'un éclat si brillant après les batailles d'Amberg, de Wurzbourg et d'Aspem , que nous devons
(i) Le lecteur peut trouver des détails sur cette formalion, sur différentes profondeurs de rangs, dans le Journal mUUaire de Berlin^ années 1817 et 1822 ^
cette idée. L'expérience , comme je Tai dit plus haut, qui arrête le choix et fixe l'emploi des principes dont l'utilité devient incontestable, ne laissa aucun doute sur les beaux résultats que cette formation , envisagée comme moyen défensif contre la cavalerie, pouvait produire.
Les avis sur cette formation sont trop partagés, pour que je prenne la liberté de décider cette discussion scientifique ; mais qu'il me soit du moins permis d'y ajouter mon avis.
La cavalerie ne peut vaincre un carré qu'en y faisant une brèche par laquelle elle puisse s'introduire, rompre la contiguïté des faces et prendre les fantassins à dos. Le choc du cavalier ayant été trouvé souvent trop impuissant pour opérer ce résultat, on se servit d'un autre moyen plus efficace pour le produire, et ce fut l'artillerie.
Une dixaine de boulets, dont les coups bien ajustés devancent l'attaque et frappent dans un carré de trois hommes de profondeur, suffisent quelquefois pour y préparer une brèche où la cavalerie peut facilement s'introduire. D'un côté, la possibilité de battre les carrés en brèche, et de l'autre la difficulté d'en remplir les débouchés, me paraissent être déjà des inconvénients assez graves, pour pouvoir envisager cette formation comme moyen imperfectible. La colonne , au contraire , présentant une masse compacte, possède tous les éléments nécessaires , non-seulement pour réparer les maox que l'artillerie occasionne dans un carré vide, mais en conserver encore assez pour s'opposer à rimpétuosiléde la cavalerie. La colonne souffre ordinairement beaucoup plus du feu de l'artillerie qu'un carré vide , j'y consens ; mais le remède suivra de près le mal. Premièrement, nous venons de voir que la grande mobilité d'une colonne la soustrait facilement aux effets des projectiles, et pour cela, elle n'a qu'à faire usage des mouvements latéraux à la direction des trajectoires; secondement, dans un cas pareil à celui que nous considérons , ce n'est pas aux pertes auxquelles on est en butte qu'il faut toujours songer, mais aux moyens de se soutenir jusqu'au moment où le secours ait eu le temps d'arriver, et certainement le carré plein
n«* 43, 46 et 198, et dans l'ouvrage du m^jor Bieberstein , intitulé : die TàkUk kergeleUel au$ der Kreigikomhinaxionslehre, page 39.
DES TROIS ARMES
en possède beaucoup plus que le carré yfïde* Ayant posé plus haut en principe» qu'un carré est vainca lorsque la cavalerie s'y introduit et attaque les fiintassins à dos, il est trèsfacile de se convaincre que la colonne qui forme un carré plein est exempte de ce défaut ; car d'après le dessin que j'ai offert au lecteur, il voit que le seul vide que la colonne possède est occupé par le chef de bataillon et son aide de camp, et, par conséquent, il y a une difficulté absolue de s'y introduire. En un mot , la colonne employée comme moyen défensif contre la cavalerie, tel que je l'ai désigné , est , à mes yeux, semblable à un ouvrage de fortification , dont on ne peut s'emparer qu'au moment où son chef se rend, car la défaite de la colonne , formée d'après mon système, n'est décidée que lorsqu'elle devient touteentière prisonnière, ou bien au moment où le dernier homme est tombé sous le feu de l'artillerie ou le sabre de l'ennemi; mais avant que le canon et la cavalerie parviennent à opérer un ravage pareil, la colonne aura eu tout le temps de recevoir du secours.
Un des points principaux est , tout comme pour le carré vide, de se servir tellement de ses feux, que l'ennemi ne puisse pas tomber sur la colonne au moment où elle est occupée à recharger ses fusils, de posséder, en un mot, des feux consécutifs et non interrompus ; et ce seront des feux de rangs, qui ont le double
(i) C'est h tort que M. le marquis de Chambra y, dans son ouvrage intitulé : de T Infanterie , exagère les diffl- CQhés des feai de rangs, et fondée peu près sur cette liypothèse TeiBcacité de rordonnance de Tinfanterie sur deux rangs , comme elle estfeçue dans Tarmée anglaise, et que tant de défauts réprouvent. < L'expé-
> rience a prouvé, dit-il (page 13), que le feu de deux
> rangs, qui est presque le seul dont on fasse usage de-
> vant Tennemi , est aussi nourri quand Tinfanterie est
> formée sur deux rangs, que quand elle Test sur trois;
> besBCOup de militaires, qui ont fait la guerre d*Es-
> pagne contre les Anglais, prétendent même qu*il Test
> davantage. Cela résulte, ajoute-t-il, de ce que de-
> Tant Fenneroi on ne peut obtenir que le soldat du
> deuxième rang change son arme contre celle du sol- » dat du troisième rang , ainsi qu*il devrait le faire. » Si le marquis de Chambray voyait Tannée russe, il changerait bientôt d*avis , car dans ses régiments le chef de bataillon n*a tout au plus que le temps de commander: couchez en joue — feu, pour trouver le second rang tout prêt k faire feu pour la seconde fois, tenant
avantage d'être consécutifs et subordonnés^aa commandement du chef de la colonne (i)«
Un exemple plus conyainquant encore de TeiBcacité de la formation en colonne employée comme moyen défensif contre une attaque de cavalerie , sera certainement celui où nous verrons que même une fraction de cette colonne , que je viens d'envisager à peu près comme invincible, qui, par conséquent, ne possédait ni les mêmes vertus , ni les mêmes moyens de défense, résista pourtant avec supériorité contre ime attaque de la cavalerie. Nous en trouvons un dans la campagne de 1793.
Le 17. novembre, un corps prusso-saxon, sous le commandement du général comte de Kalkreuth (plus tard devenu maréchal ) , se re» pliait de Saarbriich par Biesingen, Homberg, vers Kaiserslautecn. Résolu de réprimer Taudace des ennemis, qui poursuivaient le corps sans relâdie, le général prit position sur les hauteurs de Biesingen , et plaça le régiment de Grusatz, auquel il ordonna de se déployer en bs^laille, sur la grande route qui mène de Biesingen à Bliescaster. Le combat s'engagea bientôt, et les Français, repoussés sur tous les points, tentèrent de redresser leur défaite en essayant une attaque de cavalerie. Le major Strantz, qui commandait le régiment de Cru»
satz, voyant la cavalerie venir à lui , doubla ses pelotons en mettant les pairs derrière les impairs, et forma ainsi plusieurs petites colonnes
déjà ses fusils du troisième rang après l'échange. Lorsqu'une armée est aussi bien exercée que l'armée russe , il n'y a aucun doute que Vordonnance sur trois rangs est plus eOicace que celle sur deux , car sa force destructive étant justement comprise dans ses feux, il n'y a aucune perte de temps , tandis que sur deux rangs on s'apercevra toujours d'une certaine interruption, ce qut accorde aux troupes assaillantes des moments où eUesn'essuient aucun feu , et pendant lesquels elles marchent par conséquent en sécurité. Une autre preuvenon moins évidente, c'est que le nombre des balles et des feux non interrompus, et que nous ne pouvon» justement recueillir que de l'ordonnance sur trois rangs, étant les vrais moyens pour arrêter le mouvement dea bataillons offensifs, je me trompe peut-être, mais je suis presque persuadé que de deux bataillons, dont l'un sera formé sur deux rangs et Tautre sur trois, dans le même espace de temps le dernier lancera plus de projectiles que le premier, et remplira, par conséquent, avec plus d'efficacité, le but des feux de rang de Vin fanterie.
EXAMEN RAISONNÉ
de deux pelotons de profondear , en ordonnant à ceux de la queue de faire volte-face.
La cavalerie ennemie se précipite sur ces fractions de colonnes , et , malgré les efforts qu'elle fit pour les désorganiser , elle ne parvint pas à en entamer une seule, et après un combat assez opiniâtre, s'enfuit en désordre, en laissant sur le champ de bataille beaucoup de morts et de blessés.
En élevant la colonne comme moyen défensif contre la cavalerie à un degré de perfectibilité plus élevé que le carré vide, le lecteur ne doit pas en conclure que je déprise tout à fait cette dernière formation, au point de Fenvisager comme inutile; non. Mais en supposant que l'ennemi qui se propose d'attaquer de Tinfanterie avec de la cavalerie, emploiera sans doute les moyens les plus efficace» pour parvenir à désorganiser cette infanterie qui , de son côté , cherchera ceux qui la mettront plutôt à même d'y résister, j*affirme qu'il devra se former plutôt en colonnes qu'en carrés (i) ; car la solidité et la sûreté qu'offre chaque formation , sont les vertus primitives que nous devons nous efforcer d'atteindre.
L'expérience , qui accorde toujours à chaque <2hose sa vraie valeur, et dont nous pouvons aisément décider d'après les résultats qui s'en sont suivis, a parlé avec plus de décision en faveur des colonnes que des carrés ; car quoique notre mémoire soit riche en exemples de carrés qui ont résisté au choc de la cavalerie , nous en trouverions un plus grand nombre encore où la cavalerie a écrasé l'infanterie qui s'était assujettie à cette formation ; tandis que tous les cas où , pour résister au choc de la cavalerie , l'infanterie s'est formée en carrés pleins, ont été couronnés d'un succès complet. Les annales des temps modernes nous en offrent même un à la bataille de Waterloo , où une infanterie jeune encore , et loin d'avoir atteint un haut degré de perfection et de solidité, résista avec succès à la cavalerie anglaise. En opposition à cet exemple , jVn citerai un autre qui mérite aussi d'être arraché à l'oubli, où une cavalerie nouvellement formée , dont l'éducation n'avait
(i) D*après les principes et le dessin que j'ai déjà offerts au lecteur.
{i) J*ai vu revenir ce régiment après sa charge, jneoant son bulin qui était composé de 4 à 500
pas même eu le temps d'être perfectionnée, et dont les effets par conséquent étaient loin de pouvoir être efficaces, écrasa cependant un carré wurtembergeois. J'en atteste le résultat brillant , car j'en ai été le témoin oculaire.
A la bataille de Dennevntz, au moment où le corps du général Bulow fut en mesure de prendre part au combat, le général comte de Tauentzien remarquant un certain relâchement dans les mouvements offensifs de l'ennemi, qui traliissait un moment de là faiblesse, crat devoir profiter d'un instant aussi opportun pour le faire charger par sa cavalerie. Le major Bameckow, à la tète de deux escadrons du 3* régiment de la landwehr de la Poméranie, se précipite sur un carré w^urtembergeois, l'enfonce malgré le feu meurtrier avec lequel cette infanterfe le reçut, et le cerne si bien que la moitié de la masse fut faite prisonnière (s).
Quoique les colonnes aient été rarement employées comme moyen défensif contre la cavalerie, cependant puisqu'un succès complet s'en est suivi toutes les fois que cette formation a été employée, cette réussite constante prouve que son efficacité n'est soumise à aucun doute, tandis que l'histoire des guerres modernes nous office une très-grande série de tentatives infructueuses faites par l'infanterie pour s'opposer à la cavalerie, en se formant en carrés vides. Rendant à ceux-ci la justice quMls méritent , mais comptant toutes les exceptions où cette formation a succombé aux charges de la cavalerie, et les mettant en parallèle avecles réuS' sites constantes des colonnes, ne serons-nous pas consciencieusement forcés de préférer les dernières aux premiers?
Ayant maintenant achevé mes considérations sur Tordre profond , je pose en dernier résumé, que les colonnes doivent se partager en offensives et défensives. Les premières formées sur un peloton et serrées, serviront pour les attaques à la baïonnette, et les autres formées sur les deux pelotons du milieu , et qui sont de deux genres , c est-à-dire , serrées et à distances, seront destinées , les premières, pour
prisonniers et d'une aigle. La mort ravit au major Barneckow la douce satisfaction de jouir de son haut fait; frappé de deux balles, il tomba mort aux pieds de ses ennemis.
DES TROIS ARMES
s'opposer au choc de la cavalerie , et les secondes» pour la formation des lignes de bataille.
SECTION lit.