AVANT-PROPOS
dans mon Court de tactique (i) sur la nature» les propriétés et remploi de Tartillerie dans les batailles, ce cpie, plus tard, mon expérience me suggérera de nouveau à son sujet. La première édition de ce Cours fut publiée en 1826. Depuis, je fis deux campagnes, celle de Turquie et de Pologne. Je suivis avec attention l'action et les eflTets de cette arme, pour me convaincre si ce que j'en avais dit devait être mon dernier mot, et je m'aperçus que je pouvais en parler encore , en discutant des propriétés que je n'avais pas cru pouvoir lui accorder, et sur lesquelles j'avais gardé un silepce profond.
J'ai vu l'artillerie, au fameux assaut de Varsovie, sortirdu domaine que je lui avais assigné, et je conçus de suite l'idée de communiquer mes observations au monde scientifique. Mais , mon temps ayant été absorbé par le travail de la campagne de Pologne , je dus remettre à des moments plus libres l'ouvrage que j'offre maintenant au public.
Huit années se sont écoulées depuis que mon Cours de tactique parut au jour ; je relus avec attention toutes mes réflexions sur Fartillerie, et je crois pouvoir en ajouter d'assez importantes pour leur consacrer quelques lignes.
Je leur ai voué un intérêt majeur, et le titre de mon Mémoire le prouve. Je vais soulever une des plus importantes questions de la grande tactique moderne , et c'est sans doute une idée bien bardie que de faire subir un changement quelconque au système déjà adopté; mais convaincu comme je l'ai été par les effets surprenants de l'artillerie russe , l'entreprise ne me parait pas impossible.
J'avertis le lecteur que tout ce que je vais lui dire sera basé sur des actes dont j'ai été le
(4) Examen raisonné des propriétés des trois armes ^ Vinfanterie, la cavalerie et V artillerie^ de leur emploi dans les batailles , et de leur rapport entre elles.
témoin oculaire, et que mon point de départ ne sera pas une hypothèse spécieuse, funeste abus de mon imagination. Qu'il ne croie pas, qu'en lui racontant des faits qui sortiront du domaine des choses ordinaires, je veuille lui en imposer pour relever la gloire de Tarmée russe et celle du chef qui l'a commandée ; non. Je me dépouille du rôle de panégyriste, l'intérêt de la science sera mon seul guide , et la vérité mon unique flambeau.
Je suis loin de vouloir retrouver dans des méditations plus profondes, ou dans une imagination plus riche, la raison par laquelle un Russe a pu être plus fécond dans ses recherches scientifiques qu'un oflBcier d'une autre nation, ce serait un amour-propre mal placé, qui ne mériterait que dédain pour salaire. Celte raison, je la retrouve, au contraire, dans des faits matériels, produits des circonstances ; en un mot, dans les dernières guerres auxquelles nous avons assisté, pendant que le reste de l'Europe était en paix. Nous avons pu être témoins de résultats qui ne s'étaient piis reproduits dans les luttes précédentes, et je me plais à dire que si un ofiicier d'une autre nation, méditant sur la science militaire, eût vu avant moi ce dont je ne me suis convaincu que dans l'année 1831, mon Mémoire aurait pu n'être qu'une répétition monotone qui ne mériterait plus d'attirer l'attention des militaires instruits.
Avant de commencer ma dissertation, je dois avertir le lecteur qui connaît mon Cours de tactique, qu'il remarquera , dans ce nouveau travail, plusieurs idées contraires à celles que j'avais énoncées autrefois ; mais la raison en est toute simple : dans mon premier ouvrage, j'avais attribué un rôle à l'artillerie , et j'avais présenté mes réflexions comme conséquence; maintenant je lui accorde, ou plutôt j'en exige une action plus grande et des effets plus décisifs; il est juste que les résultats changent avec le principe.
MEMOIRE
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