INTRODUCTION
En récapitulant les modulations des grandes batailles des guerres modernes , le militaire attentif se convaincra facilement que le moyen le plus fréquent , je dirai même l'unique (i) , que les généraux en chef des armées ont employé pour assurer les victoires, ont été les mouvements de conversion. On débordait un des flancs de Fennemi^et, en menaçant d'intercepter ses communications de retraite et de prendre ses lignes à revers, on le forçait d'abandonner le champ de bataille.
(i) Car, entre cent eiemplcs que je pourrais citer, une exception ne peut pas même être envisagée comme nne modification à la règle , mais plutôt comme l'effet d*on hasard.
(s) Car il ne faut pas confondre une déroute amenée par les mouvements stratégiques, comme celle de léna,
Les mouvements de conversion ont toujours été un moyen de victoire, je n*en disconviens pas; mais on ne me contestera pas non plus que celles qu'on remporte à l'aide d'une opération pareille, n'ont jamais fini par la déroute d'une armée et la perte de son matériel : vicissitudes qui sont, ordinairement, la conséquence d'une défaite complète (s). C'est une preuve •qu'en déboi*dant son ennemi on peut le forcer à évacuer le champ de bataille , mais que rarement on le désorganise au poiot de lui enlever un grand nombre de prisonniers et une partie
avec une désorganisation à laquelle succombe une armée sur le champ de bataille , comme à Austerliti. Si , en . 1806, Napoléon ne s'était pas rendu maître des lignes les plus courtes qui menaient à Berlin , et par conséquent au cœur de la monarchie, jamais les résultats de la journée de léna n'auraient pu être aussi désastreux.
MÉMOIRE
de son matériel (4). Et pourquoi? parce qu'un général en chef qui se voit tourné sur un des flancs, et qui ne possède plus assez de moyens de résister aux intentions hostiles de son ennemi , préfère une retraite prématurée, mais en bon ordre , au désavantage de laisser son adversaire achever un mouvement qui est Tavant-coureur d'une grande défaite.
Cette retraite se fait en bon ordre , à Texception de quelques cas fortuits qui sont peu fréquents (s) 9 parce que toutes les parties de Tordre de bataille étant liées ensemble» se soutiennent réciproquement, et peuvent défendre avec vigueur le terrain qu'elles abandonnent.
Les grandes déroutes, au contraire, sont la conséquence de la rupture du centre (s) ; on en profite pour séparer les troupes des deux ailes, et on prépare à l'armée adverse une défaite qui dégénère en fuite désordonnée, et plus tard en désorganisation complète.
Ces déroutes sont extrêmement rares, par la raison que Tattaque par le centre et la séparation des ailes a toujours été Técueil où ve-. naient se briser les efforts des plus grands capitaines, et la valeur des armées les mieux disciplinées.
Appuyons mon assertion par des exemples; commençons par rechercher, dans les faits que nous livre l'histoire , la différence des résultats matériels qui existe entre les victoires remportées à la suite d'un mouvement de conversion , et celles qui ont été la conséquence de la rupture du centre des lignes de bataille, et finissons par énumérer les grandes diflBcultés qu'engendre ce dernier genre d'attaque.
Cette différence s'étant présentée d'une ma-
(1) A moins qii*on n'ait eu l'impradence de combattre sur un champ de bataille , ayant un fleu?e à dos, et qu^on se soit ravi tous les moyens de foire une retraite bten ordonnée , comme Teiemple que nous oflfre la bataille de Friedland.
(sj L*opiniAtreté de Napoléon à conserver le champ de bataille a été la cause de la déroute de Tannée française à Waterloo. I^suadé , comme il devait Tétre, qu'il était trop faiUe pour résister aux efforts de 50,000 hommes de troupes fraîches, qu'avait amenées Bulow, et qui le tournaient par sa droite, s'il s'était décidé à évacuer la position, jamais les pertes de l'armée française n'auraient pu être aussi grandes.
(3) Je généralise ici le root de centre; mais le lecteur
nière non équivoque aux batailles d'Eckmiibl, de Wagram et d'Âusterlitz, je m'en occupend exclusivement*
À la première, Napoléon ayant abandonné aux maréchaux Bessières et Oudinot la poursuite de l'ennemi au delà de l'Iser, se hâta de revenir, avec le reste de ses troupes, au secours de Davoust, qui venait de s'engager avec Tarchiduc Charles. L'avant -garde de l'année, formée de Wurtembergeois, attaqua les Autrichiens près de Puchhausen , et s'empara de œ poste. Les Français se mettent en ordre de bataille devant ce village, et avancent vers la Laber, dans la direction de Schierli^g. Le maréchal Lannes cherche à gagner du terrain vers sa droite, fait franchir la Laber à 10 régiments de cuirassiers, et s'avance par Schierling dans la plaine d'Eckmiibl.
L'archiduc vit bien qu'il lui serait difficile de résister aux forces réunies des ennemis, et que l'opiniâtreté de conserver le champ de bataille l'entraînerait dans de grands malheurs. Le maréchal Lannes pouvait facilement rejeter l'armée autrichienne sur Àbbach , et la couper» plus tard, de Ratisbonne, en gagnant du terrain et en manœuvrant par sa droite.
Le généralissime ordonne la retraite qui se fait dans la direction de Lœkepoint, et prend position, sur la rive gauche du Pfeterbach, â Falmesing et Weichenloé. Le mouvement rétrograde s'effectua dans le plus grand ordre et sans autre perte qu'en tués et blessés (4).
A la bataille de Wagram, l'archiduc, ayant repoussé les tentatives de Napoléon contre le centre de ses lignes, dirigea toute son attention sur sa gauche , où les troupes françaises s'étaient concentrées pour l'attaquer.
ne doit pas oublier que , sons le rapport de Tordre de bataille, le centre, ainsi que les lignes, a son flanc droit et son flanc gauche et occupe un grand espace de terrain. £n désignant le centre , cela s'entend qu'on ne rédoit pas la question au seul point qui partage les lignes de bataille en deux parties %ales. Sous le rapport mathématique, il occupe juste le tiers de leur développement.
(4) A la suite de cette bataille, Varchiduc ftit oUigé, il est vrai, de livrer à son ennemi ses communications directes avec Vienne , et de chercher à atteindre la capitale par un mouvement de conversion d*une très* grande étendue ; mais en parler ici , ce serait vouloir confondre les choses , et prendre de la stratégie pour de I la tactique.
SUR L'ARTILLERIE
D résista longtemps aux chocs réitérés de ioimais» mais suocombanl à la tnnsième «tUqne da corps de Daroust , il se convainquit que tonte résistance devenait inutile et pernicieuse. L'armée autridiienne ayant été tournée par la gauche , le généralissime fit sa retraite vers le Bisamberg , sans que le moindre d^ ordre s'y manifestât.
ÂÂusterlita, au contraire, Napoléon ayant percé le centre des lignes de bataille, sépara les deux ailes, les battit successivement, et fit essayer aux alliés une perte immense (i). Vingt mille prisonniers et le tiers de Partillerie tombèrent au pouvoir des vainqueurs, et la désorganisation des armées fut telle, que les souverains se hâtèrent, l'un de conclure la paix, Fautre de ramener les débris de ses bataillons en Russie.
Mais, puisque la diSëreifce des résultats matériels est si grande , pourquoi ne préf%re-t-on pas une attaque à l'autre? parce que les mou- ▼ements de conversion réussissent ordinairement, et que les attaques sur le centre échouent presque toujours.
Prenons de nouveau l'histoire pour guide, citons quelques exemples de tentatives contre le centre» suivons bien les mouvements des années combattantes; voyons pourquoi Tune a réussi, tandis que les autres ont échoué , et concluons ce que, à forces 'égales , et lorsque les dispositions de la grande tactique sont exemptes de fautes, on a pu espérer de ce genre d'attaque.
A la bataille d'Austerlitz, Tattaque sur le centre des alliés a réussi complètement. Napoléon s'empara des hauteurs de Pratzen, sépara les deux ailes, obligea Tune à rétrograder, et détruisit à peu près l'autre. C'est une vérité incontestable ; mais recherchons pourquoi ce fait est devenu une vérité.
Les hauteurs de Pratzen formaient le centre des lignes des alliés , c^était la clef du champ de bataille (t) , c'est aussi le point qu'on devait occuper avec la majorité des forces, dans la persuasion qu'aussi longtemps que cette portion
(i) le me tais encore sur les raisons qui ont contri- Iné à la réussite de cette attaque, car le monent d*en parler n'est pas encore venu, le ne ni*occupe nainteaant que de relever la différence des résultats matériels qui existent entre les deux grands genres d*attaque.
de terrain resterait intacte, on pourrait éviter une défaite et prévenir Tabandon de la position. Cette conséquence dérive de la configuration du terrain, principe influent des victoires, et de la supposition qu'on rangerait les troupes dans Perdre le plus analogue aux avantages topographiques, comme cela se pratiqué ordinairement.
Si les hauteurs de Pratzen avaient été bien défendues, et que Napoléon y eût essuyé un échec (s), il aurait, apparemment, tenté un mouvement de conversion en attaquant la droite des alliés, car leur gauche était, par sa position, à l'abri d'une défaite.
Hais par cette même raison que, sous le rapport topographique , la droite était le point le plus faible , la gauche la position la plus forte; et, que, sous le rapport tactique , le centre était la partie la plus importante , les alliés devaient placer la majorité de leurs forces entre Pratzen et Bworoschna , ayant leurs réserves derrière Blasovitz.
Qu'apercevons-nous, au contraire T l'armée alliée fut partagée en six colonnes, dont trois se dirigèrent vers la gauche, entre Fellnitz et le château de Sokolnitz ; tandis que les trois autres furent, en grande partie, engagées sur la droite vers Dworoschna, pendant que la quatrième (comte Koliovn*ath) occupait Pontovitz.
On peut dire que le centre avait été totalement dégarni, caries alliés eurent Fimprudence de croire à une victoire en attaquant par leur gauche. Illusion fatale, qui fut la cause de leur défaite. Aussi, qu'arriva-t-il? Au moment où Soult marcha contre les hauteurs de Pratzen, il n'y trouva presque personne pour les défendre, et s'empara, sans coup-férir et presque sansiierte, delà clef du champ de bataille.
Jamais position de cette importance ne fut vendue à si bon prix.
On tenta plus tard de la reprendre ; mais tous les efforts des troupes alliées sous Kamenskoî, Rottermund et Jurczek furent vains; Soult s'y trouvait déjà avec son infanterie et son canon , et ne céda plus sa conquête.
(s) le crois avoir démontré d'une manière non équivoque, dans mon Cours de tactique (pag. 277 et sui?.), tonte l'importance dés hauteurs de Pratzen.
(s) le doute même qu'il eût tenté cette attaque, si les hauteurs avaient été bien garnies.
MÉMOIRE
Après ce premier succès, les maréchaux Bernadotte et Soult gagnèrent du terrain dans la direction de Blasovitz et Krzenovitz et forcèrent la droite, qui avait trouvé dans les corps de Lannes et de Murât des ennemis formidables, d^abandonner précipitamment sa position entre Dworoschna et Krug.
Le flanc droit du prince Bagration étant assez rapproché des troupes qui combattaient à Blasovitz et Krzenovitz opéra, quoiqu'avec perte, sa retraite sur Krzenovitz; mais il en fut autrement de la gauche. S'étant engagée du côté de FeUnitz, elle se trouva trop avancée pour suivre le mouvement rétrograde du centre, fut coupée, et devint la victime principale des efforts de Tarmée française. Nous ne parlerons pas de son sort déplorable, qui n*est que trop connu.
A la journée d'Aspem, l'archiduc Charles avait resserré le champ de bataille de son ennemi en se rapprochant de la Lobau. Napoléon voulut à peu près , au début de rengagement , se débarrasser d'un voisin aussi importun, en faisant une brèche dans le centre des lignes autrichiennes.
Il fait avancer i2 régiments de cuirassiers, qui déploient entre Aspem et Essling, et qui se jettent à bride abattue sur les corps de Hohenzollem et de Bellegarde. Deux régiments de cavalerie (Rlénau et Yincent)^ appartenant à ces deux corps, sont mis en fuite; mais Tinfanterie fait bonne contenance. Formée en colonne de bataillon, elle résiste aux chocs réitérés de la cavalerie française, et, par des feux bien dirigés, parvient à y faire naître du désordre. I>e trouble 9e propage dans cette masse devenue informe ; Tinfanterie autrichienne en profite , Pattaque à la baïonnette, et parvient à la faire plier. Les régiments Klénau et Vincent, qui s'étaient réorganisés, se mettent à la poursuite des cuirassiers rétrogradants^ augmentent, par leur charge, le désordre qui s'y était manifesté, et finissent par les rejeter sur leur propre infanterie» qu'ils entraînent dans leur fuite.
(1) L'attaque a*t-elle été faite dans cet ordre?, Napoléon a-t-il pu se rendre coupable d'une faute aussi grave? le suis prêt à en douter. Quoi! 8 bataillons déployés en première ligne , soutenus par 15 autres sur les flancs; et c*est avec ce front mince, incapable de ftancbir un espace de 200 toisses , sans flotte-
A la suite de ce saccès, Tarchidoc fit fkire l'assaut d'Aspem , dont le général Yacquant se rendit maître, et où il se mainliptpendant toute la durée de Faction. Nous savons de quelle importance la possession dé ce village a été pour l'heureuse issue de la journée.
A Wagram, Napoléon y fit précéder l'attaque sur le flanc gauche de Tarmée autrichienne par une autre sur le centre. A cet effet, il renforça Masséna par le corps de Macdonald, par la cavalerie de Nansouty et les gardes à cheval, et leur adjoignit 100 pièces de canon.
Lauriston établit sa grande batterie contre les troupes qui défendaient Aderklaa. Le feu devenant très-meurtrier, le prince Lichtenslein fit reculer sa droite en pivotant sur sa gauche, tandis que lés troupes françaises, destinées pour le choc décisif, se mirent en mouvement. Quant à la formation de la masse offensive, je répéterai ici ce que le général Jomini nous en dit dans la Vie politique et militaire de Napoléon (tome ui, page 272).
c Le feu gagnait vivement au delà de Nensiedel ; c'était pour moi le gage de la victoire. Je fais dire aussitôt à Masséna de reprendre l'offensive, et je dispose tout pour frapper le grand coup.
» A la faveur de ces attaques, et du dévoAment de nos canonniers, Eugène a terminé son mouvement. Je forme aussitôt une masse redoutable , dont Macdonald prend la tète : 8 bataillo'ns sont déployés, 15 autres se forment en colonnes serrées sur les deux ailes; derrière eux marcheront Wrède et Serras; la cavalerie légère et les cuirassiers de Nansouty viendront couvrir les flancs; Durelte les secondera à gauche , et Pachtod à droite, entre Aderklaa et Wagram; Marmont et les Saxons soutiendront l'armée d^Italie un peu à droite de Wagram (t). > Quant aux succès de celte tentative, ils onl été nuls , puisque l'attaque a été repoussée.
Je ferai parler ici le généi^al Valenlini , témoin oculaire de ces faits; il nous en a donné la description dans son ouvrage sur la campa-
ment , sans désorganisation et tout, à fait impropire poar le cboc, qu'il se pr<qK)sait de frapper le grand coup! Quelle illusion, ou plutôt quelle errçiir! J'j mieui ne pas y croire, que de couvrir du blâme une disposition de haute tactique de ce graod homme.
SUR L'ARTILLERIE
gne de 1809 (page 900)» et a ea la coroplaisaoce de me raconter ce fait, lors de mon séjour à Berlin en 1852.
c Le maréchal Macdonald s'avança soiis la protection d'un feu meurtrier , contre le flanc droit des grenadiers et la gauche de KoUowrath, avec une colonne d'attaque composée d'infanterie et de cavalerie. Nous avons vu plus haut que les grenadiers étaient formés en une seule ligne. Le prince Lichtenstein vit bien qu'un front si mince ne résisterait pas à la colonne profonde des ennemis, et retira sa droite vers Sîissenbrun. Il échappa ainsi au choc de ses adversaires, et les exposa au feu croisé de son artillerie et de celle du troisième corps d'armée.
1 Les colonnes françaises s'avancèrent cependant jusqu'aux lignes autrichiennes, qu'elles espéraient rompre dans le point de jonction des grenadiers avec les troupes de Kollo wralh; mats elles furent assaillies par un feu meurtrier que les Impériaux ménagèrent jusqu'à la distance de cent pas, et échouèrent ainsi dans leur tentative.
• La cavalerie française ne fut pas plus heureuse dans ses mouvements offensifs; car l'infanterie autrichienne avait appris, à Aspern, Tart de résister à ses atlaquest.
» Après ces échecs, les troupes françaises se replièrent derrière leur artillerie , qui réduisit son action à une simple canonnade. > Un dernier exemple, que je présenterai au lecteur, sera celui de la bataille de Borodino. Il s'offre même dans un sens plus étendu , car l'attaque que Napoléon dirigea contre le centre de position des Russes , a été faite sur tout l'es-
(i) Le généra! Pelet, dans sa relation de la bataille delà Moskoydi{SpeelateuT militaire^ tom.yiii, p. 105), désigne, comme étant notre gauche, remplacement de la division Vorontzof, ce qui n'est pas juste. 11 a oublié apparemment que, depuis le matin, Touczkof occupait Outitsa arec les divisions Konovnitzin et Strogonof, et qu*au moment où Boggohufwudt et Ostermann furent appelés vers la gauche , la droite ne s*étendil pas à plus de 100 toises au delà de Gorki. £a prenant maintenant le compas, et en mesurant les distances sur le plan , il sera aisé de se convaincre qnV nnt le déplacement des corps , le centre était U où se trouvait la division du général PaskévKcb, et plus tard, entre les redâns et la grande redoute.
(a) Actuellement maréchal et prince de Varsovie.
fs) Le prince de Varsovie a bien voulu me comnni-
pace qu'occupait cette partie de Tordre de bataille (i),c'est>à-dire, depuis les redans élevés au sud de Séménovskoïé , défendus par les divisions Vorontzof et Névérofskoî, jusqu'à la grande redoute au nord de ce village, où se trouvait le général Paskévitch (s) avec la S6* division.
Gompans et Desaix attaquèrent les redans ; Friant et Claparède Séménovskoïé; Morand, la grande redoute. Les premiers sont enlevés et repris par les Russes ; le village résiste aux efforts des adversaires; la grande redoute succombe sous Tattaque de Morand. Mais le général Paskévitch, ayant rallié ses troupes, les partage en deux parties, prend, en personne, le commandement de la droite, donne celui de la gauche au colonel Savoïny, se jette sur les deux flancs de la division Morand , qui avait pris position des deux côtés de l'ouvrage, oblige son ennemi à rétrograder, et s*en rend de nouveau maître.
En suivant avec attention les différents mouvements de cette bataille, nous verrons que rengagement le plus opiniâtre, de presque la totalité des forces agissantes des deux armées, a eu lieu sur un espace de 1,000 toises, c'està-dire, depuis le redan gauche jusqu'à la grande redoute; les Russes venant à temps au secours des points pris ou menacés, parvenaient à les reprendre ou à les conserver. Les Français firent de vains efforts pour percer nos lignes, et si même vers la fin de la bataille, ils s'emparèrent de Séménovskoïé, des redans et de la grande redoute, les Russes n'y perdirent que quelques pouces de terrain; mais le gravd malheur, la rupture du centre, a été prévenu (i).
niquer son avis sur Tensemble de Tattaque de Morand : Si les Français , mVt-il dit , avaient commencé par diriger 40 à 50 pièces de canon contre mes régiments , qui ne pouvaient leur en opposer que 13ài5, sUs eussent cherché à nous entamer par leurs projectiles » et que Morand eût fait son attaque à la suite de ce premier succès, il est probable que ma division , qui n'était soutenue par aucune autre troupe , eût succombé sous le poids de ce double effort.
Une partie du centre étant rompu , le vice-roi , qui avait encore dcui divisions (Girard et Broussier), aurait poussé vers Knioskovo, et, soutenu par le corps de Junot , qu^on aurait pu employer dans cette direction , il aurait fini par séparer les ailes. Aussi, y a-t-il du vrai dans ce que nous dit le général Pelet dans la relation déjà mentionnée : c Morand atteint le pied de la re-
MÉMOIRS
Voyons maintenant pourquoi de quatre attaques sur le centre , que je viens de citer, une seule a réussi, tandis que les trois autres ont échoué complètement.
À la bataille d'Austerlitz, elle eut un heureux résultat, parce que les alliés ont tout fait pour être battus. Ils dégarnirent leur centre ; Soult ne trouva aucune résistance sur les hauteurs de Pratzen, puisqu^on n'y avait pas placé de troupes, et parce qu'il n'y a rien de difficile de percer un des points de Tordre de bataille lorsqu'il n'est pas défendu.
A Aspren , Wagram, Borodino, les Français ont trouvé à qui parler, et ont été repoussés chaque fois avec perte.
Après tout ce que je viens de dire des attaques sur le centre , envisagées , i^ sous le rapport des résultats matériels, lorsqu'elles réussissent , et 2^ sous celui des difficultés de les mener à une fin heureuse, je me crois en droit de faire ma conclusion en citant un vieil adage de grande tactique, contre lequel aucun militaire n'élèvera de dou\e. C'est que les attaques sur le centre des lignes de bataille sont les plus avantageuses; mais comme elles sont aussi les plus difficiles, et qu'elles n'ont réussi jusqu'à présent qu'à la suite de quelques fautes impars donnables de l'adversaire , fautes sur lesquelles il serait absurde de baser l'heureuse issue d'une bataille, elles sont tombées en désuétude.
Napoléon les a essayées plusieurs fois , mais ^presque toujours sans succès, et je suis prêt à soutenir qu'un aussi grand général, tout en le faisant , sentait bien ce que ces attaques avaient de périlleux; mais il les entreprenait parce qu'il s'était habitué à ne douter de rien , dès qu'il était soutenu par ses soldats d'Austerlitz, de léna et de Friedland.
Pour.qu'une tentative sur le centre réussisse, c'est trop peu d'avoir parité de force dans les éléments de l'attaque et de la défense , comme les cas d' Aspem et de Wagram ; car, en tombant sur la partie la plus forte de l'ordre de bataille,
> doate. Le général Bonamy, avec le 30* régiment, I escalade le rempart, et se précipite dans Tinténear. Si
> Morand est 80tttenu,8*il peutse maiotenir.la bataille est » complètement perdue pour les Russes. Lear centre est
> percé; les forces de Bagratlon et de Barclay sont sépa- B rées; elles ne pourront peat-étre plus se rejoindre. >
H s'agit maintenant de s*entendre. Morand devait
Fassaillant aura toujours le désavantage. H but, au contraire, une grande prépondérance dans les moyens offensiby et je crois que nous h trouverons :
Dans tes effets terrassatUs de t artillerie, et dans les moyens que nous offre la science de par ralyser Vaetion de Pennemi sans qu'il puiue t^opposer à la nôtre.
Découvrir un moyen de rompre le centre des lignes de bataille de son ennemi sera donc marcher vers le plus grand avantage qu'on puisse remiK>rter^ et faire un changement salutaire au système de la grande tactique moderne.
J'avertis le lecteur qu'il ne s'agit pas ici de règle sans exception , et qu'il ne suffit pas seulement de placer iOO pièces de canon pour faire de suite une trouée dans un centre , parce qu'il y a, comme nous le verrons plus tard, plusieurs conditions indispensables à observer, sans lesquelles l'opération pourrait manquer : les unes sont en rapport avec la position de son ennemi, les autres avec la configuration du champ de bataille, et avec l'efi<et qu'aura pnn duit l'action de l'artillerie.
11 s'ensuit qu'on ne peut pas, à son gré, et dans chaque bataille rangée, rompre le centre des lignes. Il (aul pour cela que les conditions topographiques et militaires dont nous allons nous occuper, soient accomplies.
Mais une fois qu'elles le seront, ce qui certes sera une chose fréquente, il s^agira de trouver dans l'action de l'artillerie et dans celle des autres armes, des moyens suffisants pour mener à fin une opération aussi avantageuse.
Supposant même que ce ne soit qu*an cas exceptionnel, pourvu que nous trouvions de temps à autre des moyens suffisants pour le faire réussir, ce sera toujours un changement important que nous aurons fait au système adopté, qui renie les attaques sur le centre comme engendrant de trop grandes difficultés à surmonter, et comme échouant presque toujours.
être soutenu , soit ; mais quand, et par qui? Le prince de Varsovie a résolu le problème. Le géoéral fhwçaii devait être soutenu avant Tattaque , par 50 pièees de canon , qui auraient entamé les bataillons de la 98* division , et alors la bataille aurait pu prendra une tow^ nure désavantageuse ; cp qui prouve que l'artillerie devait jouer un fêle principal.
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