‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en RussieChapitre 76 sur 86 · DES POSITIONS DE L'ARTILLERIE · texte numérisé non relu

DES POSITIONS DE L'ARTILLERIE

J'ai dit, page 279 (i) : Qu*il fallait considérer les positions de Tartillerio sous trois rap* ports différents 9 qui sont :

!• Le terrain;

2® Les feux ;

3* L'ordre dé bataille.

La thèse que nous débattons n'apporte aucnn changement aux principes du second, à tout ce que j'ai déjà consigné dans mon Cours de Tactique ^ ce qui n'est pas le cas pour le premier et le troisième, auxquelles nous allons consacrer quelques lignes.

Une considération majeure, sur laquelle je vais diriger l'attention du lecteur, c'est de conserver dans toute son intégrité le pré<%pte énoncé , page 276 (i) , qui conseille de ne pas interrompre les feux de Tartillerie lorsqu'elle défend un point^ intéressant, et de rendre la position des batteries, tirées de la réserve, dépendante de celle des lignes. Nous la choisirons d'après le terrain déjà occupé, et l'emplacement des pièces mises en action.

Comme c'est le centre qu'on veut rompre , il sera difficile dé se servir des feux d'enG-

(i) Examen rationné , etc.

(s) Examen raisonné, etc.

lade (s) , et nous trouverons , même dans les croisés, plus de moyens pour parvenir à notre but. Ceux-là résulteront, comme je Tai dit, page 275 (a) , de l'emplacement des pièces en arc concave.

L'action de très-grandes batteries étant la voie la plus sûre pour obtenir la solotioa de mon problème, on admettra peut-être les sinuosités du terrain comme difficulté pour l'emplacement d'une nombreuse artillerie; mais c'est justement l'objection que je n'accepte pas pour excuse , et voici pourquoi :

Les intervalles entre les pièces mises en action sont ordinairement de quinze pas. Mais pour concentrer plus de projectiles vers le même point , nous réduirons cette dislance à dix , et nous allons voir si la nature nous refusera l'espace nécessaire pour placer une grande masse d'artillerie.

Le minimum du rassemblement étant 80 pièces, leur emplacement exigera 316 toises dedéveloppement. Que le militaire expérimenté jetle un regard sur les champs de bataille occupés par les armées du système de guerre

(s) Car ceui-ci ne s'acqulèreot qu'eo gagnant us des flancs.

. (à) Même ouvrage.

SUR L'ARTILLERIE

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moderne, et il avouera que ce serait accuser à tort le terrain en assurant que sur l'espace immense qu'occupe une armée de iOO jusqu'à 120,000 hommes, on ne puisse pas trouver 316 loises eicemptes de sinuosités pour placer 80 pièces.

Je dirai plus : prenons les choses au maximum; faisons le calcul pour une batterie de iOO canons, et nous verrons que 396 toises suffisent pour les mettre en position. Ceci prouve que même le rassemblement d'une masse aussi formidable n'engendre pas de difficulté insurmonlable, et que les champs de bataille , où manœuvrent des armées aussi nombreuses que celles de notre époque , offrent toujours un terrain de 596 toises, favorable pour remplacement de l'arlillerie.

La configuration des champs de bataille peut nous opposer d'autres difficultés bien plus grandes que celle-ci, qui entraveraient l'exécution de notre projet, si nous ne voulions pas choisir avec discernement les points où la hrhche peut être praticable, et si nous voulions baser la réussite de l'opération sur le seul rassemblement de iOD pièces en une batterie. Ces entraves sont : les sinuosités et les difficultés de terrain de la position de l'ennemi , derrière lesquelles il peut s'abriter, ou qui serviraient de point d'appui à ses troupes, comme élévations, villages, enclos d'une certaine hauteur, et bouquet de bois, même d'une petite circonférence. Les raisons en sont toutes simples et très-péremptoires.

Nous ne pouvons compter avoir fait une brèche dans les lignes ennemies qu'au moment où, après avoir refoulé les troupes qui occupent le poste, nous en prenons possession.

Cela posé, il est tout juste que l'action de l'artillerie n'ait qu'un seul but : ce sont les troupes adverses. Â quoi cette action nous mèneraitelle, si nous allions dépenser inconsidérément nos projectiles contre des masses abritées derrière des difficultés de terrain qui leur serviraient d'égide protectrice? On atteint mal son ennemi, lorsqu'on ne le voit pas, et on ne lui fait que peu de tort quand on tire au hasard.

Ces difficultésdu terrain ont encore un autre inconvénient non moins important, c'est celui de rompre la contiguïté des lignes dans leurs mouvements offensifs. Une fois que la brèche est faite, et que les défenseurs sont obligés de

quitter leur position, il est nécessaire de faire avancer une grande masse de toute arme; 4^ pour achever la désorganisation des bataillons rétrogradants ; ^ pour occuper le terrain abandonné. Engager la masse assaillante, dont tous les mouvements doivent être exempts de gêne , dans un terrain difficile qui offre à l'ennemi tant de facilités de se refaire et de se réorganiser, c'est risquer de remettre en question une chose à peu près décidée, et aller au-devant d'un grand engagement dans un moment, et sur un terrain ou l'on arrive en lignes brisées , qui n'offrent par-ci par-là que des fractions peu susceptibles de combattre avec une prépondérance bien décidée. Ces difficultés de terrain seraient même des entraves pernicieuses, vu le mode de combat que je proposerai par la suite.

Nous devons recevoir, pour règle générale, de ne pas établir notre batterie principale de manière à ce que nos projectiles aillent frapper contre des sinuosités de terrain ou des difficultés élevées par la main de l'homme , et qu'ils ne touchent que rarement les troupes qui y sont abritées. Ce serait prendre la meilleure voie pour échouer dans son projet.

Je poserai, au contraire, en principe :

De choiHr pour Remplacement de notre masse d'artillerie un terrain un peu dominant la po^ sition de Cennemi , et qui n'ait devant lui ni village^ ni enclos, ni bouquet de bois.

Il faut que l'adversaire soit à découvert, pour que les artilleurs puissent bien pointer, afin que chaque coup ait un certain résultat.

S'il arrivait qu'une position aussi avantageuse se trouvât entre les terrains occupés par les deux armées combattantes, il faudra l'observer, et ne pas le perdre de vue ; mais il serait imprudent de l'occuper avant le moment de l'action décisive. On risquerait d'éveiller l'attention de son ennemi , et on concentrerait le combat justement sur le point d'où il faut chercher à l'éloigner, pour que sa possession ne soit ni trop difficile ni trop meurtrière.

Un engagement à outrance sur le point choisi pour l'emplacement de l'artillerie serait inévitable, si l'ennemi prenait l'initiative de l'occupation. On ne trouve que rarement de ces points qui répondent aux conditions topographiques et militaires que j'ai énoncées, où la formation d'une brèche peut être entreprise avec espoir de succès; et les terrains où les

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armées viennent yid^ leur cause sont si chicaneuxy qu'ils ne nous en offrent souvent qu'un seul sur un champ de bataille, et quelquefois pas du tout (i). Il faut donc porter quelque sa- 'crifice pour se rendre maître d'un poste doù dépend la décision d'une bataille , et même le sort d'une nation^

Ne nous engageons dans une action de la nature de celle que nous discutons que tant que la position des ennemis et la conGguration du terrain nous en offriront la possibilité et quelque chance de succès. N'oublions pas qu'une opération pareille entraine dans de

(i) Que le lecteur ne confonde pas la difficulté de trouver ub point qui réponde aux conditions topograpliique et militaire, avec la facilité de placer de 80 à iOO pièces de caooo, dont j*ai parlé plus haut, et ne

grands sacrifices » qui se compensent, il est vrai , par les avantages immenses qu'on en retire si elle réussit; mais qui sont, au contraire, des pertes inutiles et préjudiciables, si nous voulons nous jeter à corps perdu et sans réflexion , dans des entreprises périlleuses où la topographie du pays et la posilioi]^ de l'ennemi ne nous laissent aucun espoir de succès.

Ayant énuméré les règles que nous devons observer pour le choix du terrain où nous placerons notre masse d'artillerie , voyons le rôle que nous lui imposerons pour mieux at* teindre le but précité.

m'accuse pas de me contredire dans mes opiniou^. Le premier cas se rapporte h la réussite de Fopération en général; le second, h la seule possibilité de placer SO pièces, ce qui établit une grande diférence.

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