‹ Considérations sur les grandes opérations de la campagne de 1812, en RussieChapitre 79 sur 86 · CAMPAGNE D'HIVER · texte numérisé non relu

CAMPAGNE D'HIVER

Noos allons voir, de nouveau» des événements d'une importance majeure, resserrés dans le plus court espace de temps possible ; nous allons nous convaincre encore, qu'à la fin du dix-huitième siècle , Tart de la guerre était dans son enfance chez certains peuples de TEurope. Il est inutile d'observer que j'en excepte les Français, qui se sont écartés de la vieille routine , pour suivre de nouvelles combinaisons.

Je m'attacherai à prouver qu'ils ont dû leurs succès à l'excellent principe de la base d'opérations, et les Autrichiens leurs revers à l'ignorance de ce principe fondamental.

Je crois utile de rappeler à mes lecteurs quelle était la position respective des deux armées, au moment de la reprise des hostilités.

Un premier armistice les avait fait cesser vers le milieu de l'été; c'était celui conclu, le 15 juillet , à Parsdorf , entre le général Lahorie et le comte de Dietrichstein.

Le général autrichien de Saint-Julien s'était rendu à Paris, où il avait signé des préliminaires de paix. L'Empereur refuse de les ratifier, et se porte en personne à son armée, sur l'Inn.

Le 17 septembre, le général Moreau , de son quartier général de Nymphenbourg, somme Tarchiduc Jean, censé général en chef de l'armée autrichienne, de lui livrer des places de

sûreté, ou sinon lui déclare qu'il va recommencer les hostilités.

Le 20 septembre, l'Empereur cède Ulm, Ingolstadt, Philipsbourg, et retourne à Vienne.

Les généraux Lahorie et Lauer signent, à Hohenlinden , une nouvelle convention , portant prolongation d'armistice de quarante-cinq jours, y compris quinze jours d'avertissement.

La ligne de démarcation fixée par la convention du 15 juillet, est conservée pour base»

sauf quelques modifications » détaillées par l'article suivant :

c Art. IX. L'armée française reviendra, et

> s'arrêtera sur les deux rives de l'Iser; l'armée

> impériale sur les deux rives de l'Inn, cha- 1 cune à une distance de 3,000 toises, soit

> de ces rivières, soit des places fortes sur

> leurs cours : il sera seulement placé une 1 chaîne d'avant-postes sur la ligne de démar-

> cation fixée le 15 juillet. >

Le terme expiré, l'Empereur, contre toute attente, refuse encore d'accepter la paix offerte par le premier consul. Le général Moreau annonce à ses troupes qu'il faut montrer aux ennemis de la France, combien il se sont abusés, s'ils espèreutquela rigueur de la saison pourra les arrêter.

Au lieu de courir droit devant eux comme des ignorants, de passer l'Inn à Passau, et d*entamer, sur le Danube, une opération mal-ha-

HISTOIRE

bile , les Français , à Touyerture de la campagne d^hiver» attaquent Wasserbourg , et chassent les Autrichiens de ce poste.

L'importance de ce mouvement hardi ne peut échapper aux yeux d'un observateur exercé. Par son tieureux résultat, les Français dégagèrent leur flanc, premier but que doit se proposer tout général en ouvrant une campagne, puisque Teffet en est immanquablement de prolonger la base.

Il y avait, dans cette circonstance, un motif de plus : Toccupation de Wasserbourg fraye le chemin de Salzbourg, point qui, à juste titre, fixait toute Tattention du général Bforeau.

L'affaire de Wasserbourg eut lieu le 29 novembre : je n'en donnerai point les détails, parce que je ne m'attache ici qu'au résultat stratégique.

L'armée française , au commencement de la campagne , était habilement partagée en trois corps, chacun de trois divisions : l'aile droite , sous le général Lecourbe, observant le Tyrol; le centre, commandé par Moreau lui-même, sur la rive droite de l'iser en Bavière; et la gauche, sous le général Sainte-Suzanne, s'étendait au delà du Danube, vers la Rednitz. Je ne compte pas ici le corps franco-batave du général Augereau, qui opérait en Franconie.

Que firent , de leur côté, les Impériaux? SuîvirenUils les conseils du général Uoyd, qui prouve que c^est en Tyrol, derrière l'Inn, et aux environs d'Inspruck, que doit se concentrer l'armée autrichienne, pour défendre la capitale contre un ennemi, maître de la Bavière? Nous allons voir qu'ils firent précisément le contraire.

Le général Uoyd conseille de menacer du Tyrol le flanc droit de l'ennemi : les Autrichiens envoyèrent le général Klénan sur le flanc gauche des Français, ce qui ne pouvait mener à rien, car le général Augereau était trop éloigné , pour qu'il fût important de le séparer de la grande armée. Moreau parut peu inquiet de cette diversion , dont les généraux autrichiens se promettaient les plus gands résultats.

Ils avaient commis une bien grande faute , le jour même quMl furent débusqués de Wasserbourg, par les Français. Ils s'étaient concentrés à Massing et à Neumarkt,et, par ce mouvement, s'étaient exposés à être coupés du Tyrol, à la première tentative de l'ennemi.

Le 30 novembre, la grande armée autrichienne marcha de Neumarkt à Ampfing : l'avant-garde rencontra celle des Français, commandée par le général Ney, qui se replia dans la forêt de Haag.

Le général Ney avait une force peu considérable : les généraux autrichiens regardèrent son mouvement rétrograde comme l'effet de leurs savantes dispositions. Il est très-facile de se représenter quelle était alors leur manière de voir, c L'ennemi, disaient-ils, est tourné à sa gauche par le comte de Klénau ; ses derrières sont menacés, il est coupé du Danube et d'Augsbourg. A sa droite, il a le Tyrol , occupé par nos troupes, et, de là , il peut même être pris à dos, tant que, concentré entre l'Inn et Munich, il fera front à notre grande armée. »

Ce raisonnement aurait été spécieux, l**8i les Autrichiens avaient été plus forts dans le Tyrol, ou avaient voulu y donner signe d'existence; 2^ si les Français, par Voccupation de Wasserbourg, n'avaient dâ)ordé les Autrichiens, et menacé leurs oommunicaiions.

Mais, dans l'état réel des choses, il étaitextrèmement inconsidéré de conclure que le général Moreau n'avait plus d'autre parti à prendre que celui de la retraite , et qu'il fallait s'apprêter à le poursuivre vivement.

Le jour suivant ne fit que confirmer bien plus encore les Impériaux dans leur funeste erreur. Leur armée s'avança sur troiscolonnes, pour pousser devant elle cet ennemi que l'on croyait en pleine retraite. Elle rencontra les deux divisions françaises, qui s'étaient retirées la veille dans la forêt de Haag : elles étaient avantageusement postées sur des hauteurs. Il s'engagea une action assez vive , dans laquelle les Français abandonnèrent 3 pièces de canon, que les mauvais chemins ne permirent pas d'emmener. S'ils s'étaient follement obstinés à tenir plus longtemps, ils s'exposaient à se voir envelopper par les Autrichiens, prodigieusement supérieurs en nombre. Cette affaire ent lieu le l*** décembre.

Le S compléta l'illusion des Autrichiens ; ib ne doutèrent plus de la victoire, et coururent à leur ruine.

Le général Moreau fit un mouvement rétio> grade, partie pour rassembler ses divisions, partie pour attirer l'ennemi dans les défilés de

DE lA CAMPAGNE DE 1800.

HohenUnden. Les Impériaux s'avaDcèrent ju&qa*à Haag, oit aTait été le quartier général firançaiâ; les dernières troupes françaises Fé^ vacuèrent à 5 heures du matin , pour se rassembler dans les environs de Hohenlinden, où toute l'armée passa» sous les armes» la nuit du â au 5.

Nous voici parvenus à une journée» que ne doivent jamais perdre de vue les partisans des attaques de front » et de l'enfoncement du centre. i*y trouverai» au contraire» une nouvelle preuve en faveur de mon système des attaques de flanc.

Le 5 décembre» le& généraux autrichiens» enflammés d'une ardeur de poursuite» se remirent en marche pour déloger les Français de la forêt de Hohenlinden» où ils avaient pris poste. Il est peu d'entreprises plus périlleuses» à h guerre» que ceUe de forcer un ennemi nombreux protégé par une forêt: le coup d'œil ne sert» pour ainsi dire» à rien» en pareille circonstance; il faut marcher en aveugles.

Nous ne nous arrêterons pas» dans le récit de cette célèbre bataille de Hohenlinden» aux détails qui se trouvent communs à peu près à toutes les actions générales : nous bornerons notre attention aux traits caractéristiques» qui peuvent servir d'inslmclion et d'exemples.

Le plus marquant est extrait du rapport même de renvoyé anglais» qui résidait auprès de l'archiduc Jean» commandant en chef l'armée de l'Empereur, son frère. Il est dit» dans ce rapport» que la défaite des Impériaux doit être attribuée à ce que les colonnes de flanc restèrent en arrière » pendant que le centre » qui avait commencé l'attaque» était enveloppé par les Français.

Cette circonstance est confirmée par la relation que publièrent les Français eux-mêmes.

Toute personne» versée dans l'histoire militaire des anciens» sera frappée des traits de ressemblance qu'offre cette bataille avec celle de Cannes (i).

De même que les Romains à Cannes » les Autrichiens attaquèrent le centre de la ligne ennemie; et» de même que les, Carthaginois» les

(i) Deui auteurs modernes se sont livrés k de savantes recherches sur la bataille de Cannes. Le premier est Folard : Commentaires sur Polyhe, tom. iv, liv. m, chap. 24. Le second est le colonel Guischard. (âf^moirei mUUaiires, tom. i*% chap. 8), cité souvent par

Français les enveloppèrent de leurs ailes» et les taillèrent en pièces. L'habile manœuvre du général Moreau fut favorisée par la nature du terrain boisé. Il parait avéré que les généraux autrichiens avaient fixé pour point de réunion de leurs colonnes» Hohenlinden même» qu'occupait le quartier général français. Par suite de cette funeste disposition , ces colonnes étaient écrasées à mesure qu'elles se présentaient : les Bavarois» qui arrivèrent les premiers» furent aussi les premières victimes.

Je trouve encore une autre bataille fameuse dans l'antiquité» que Ton peut comparer à celle-ci» autant» du moins» que les combats des anciens peuvent être assimilés à ceux des modernes. Je veux dire la bataille de Trasy* mène» où Annibal défit • si complètement le consul Flaminius» qu'il eut l'art d'attirer dans les gorges étroites formées par le lac et leq montagnes.

Il me semble que si les Autrichiens » renonçant à ce fatal système des attaques de front » eussent détaché leur aile droite dans la partie de Munich » le général Moreau » pour ne point s'exposer à être cerné dans la forêt de Haag et les défilés de Hohenlinden » se serait probablement déterminé à un mouvement rétrograde.

Le comte de Klénau»qui avait passé le Danube» était à portée d'appuyer ce mouvement» en se montrant sur les derrières de l'armée française» dont le firont aurait été inquiété» pendant ce temps» par les escarmouches continuelles que lui aurait livrées le centre.

Après la sanglante bataille de Hohenlinden»

les Impériaux se retirèrent derrière l'inn» dont les bords étaient retranchés. Quoique ayant perdu la rive gauche de cette rivière» il était encore temps pour eux de gagner le Tyrol; de là» il était en leur pouvoir de menacer l'armée française à dos» et» ce qui eût été bien plus efficace» de faire une prompte diversion dans la Suisse.

Mais bientôt» les Français eux-mêmes' passèrent l'Inn ; et ici se présente une nouvelle preuve de ce que j'ai avancé plusieurs fois : savoir» que les retranchements ne servent à

Frédéric le Grand , sous le nom de QwnluS'IcUius, Sa dissertation, k ce sujet, est d^autant plus intéressante à lire, qu'il n'est point parfaitement d*accord

avec Folard.

(Note du Tradueieur. )

HISTOIRE

rien, qu'à s'y faire forcer, enreloppep et battre, quand on a affaire à un ennemi entreprenant et habile. Je parle de nos retranchements actuels; les camps des Romains étaient de yéritables forteresses : Frédéric le Grand en retraça l'image dans celui qu'il prit à Bungelwitz , près Schweidnitz.

On ne peut espérer de défendre longtemps une rivière , lorsqu'on s'établit et se retranche sur le bord même. Si tout courant d'eau est considéré comme un obstacle à la guerre, ce n'est pas qu'où ne puisse le franchir; c'est uniquement parce que la rivière, une fois passée, il est difficile de se maintenir de l'autre côté contre un ennemi actif. La meilleure méthode de défendre une rivière, est donc de tenir l'armée rassemblée a quelque distance du bord, et de tomber vigoureusement sur l'ennemi, dès qu'il a effectué le passage. En vous étendant au loin le long de la rive, votre cordon ne peut manquer d'être coupé sur quelque point, et la confusion s'empare de toute votre ligne.

C'est le 9 décembre qu'eut lieu le passage de rinn. Les Français, fort judicieusement, l'opérèrent à Neupem , au-dessus de Rosenheim, en se rapprochant des frontières du Tyrol , dont, par ce mouvement, l'aile gauche de l'archiduc Jean fut séparée.

Les généraux, qui ne savent que marcher droit devant eux , et qui ignorent les manœuvres de flanc, cet objet capital de la stratégie, auraient toujours dirigé leurs opérations sur la partie de Passau et l'inn inférieure. Mais ce mouvement oblique vers le Tyrol était dicté aux Français par le grand principe de la base. Les anlagonistes de ce système auraient trop craint de découvrir la Bavière, en se portant à droite du côté des montagnes. 11 est cependant assez démontré aujourd'hui, que c'est à cette première tentative sur Salzbourg, que les Français furent redevables de leurs rapides progrès.

Dépostés de l'Inn, les Impériaux allèrent chercher un nouveau refuge derrière la Salza , quoique venant de faire l'expérience du peu de ressource dont est une rivière en pareil cas. On ne sait à quoi attribuer cet attachement presque religieux à la ligne perpendiculaire.

Nous allons voir, néanmoins , quel eût été l'heureux résultat d'une retraite excentrique,

conforme aux règles que je n'ai cessé d'établir; nous allons nous convaincre, de recbef, que les demi-mesures sont les plus désastreuses que l'on puisse, prendre.

J'ai démontré plus haut que la retraite en Tyrol eût été immanquablement le salut de l'armée autrichienne, et du pays qu'elle avait à défendre; mais puisqu'aucun motif n'a pu la déterminer à ce sage parti, il faut examiner s'il ne lui restait pas d'autre voie de se soustraire à sa périlleuse situation.

Il s'en présente une, à la première vue : dès que les Français eurent forcé le passage de rinn, les Autrichiens pouvaient marcher sur leur droite, gagner promptement le Danube, passer ce fleuve à Passau , porter la guerre sur la rive septentrionale , entrer en Franconie , et s'y réunir avec l'armée de Bohême. Le général Augereau était trop faible pour leur résister, et bientôt l'armée française avait à craindre pour ses communications dans la Souabe supérieure. Moreau pouvait se trouver réduit à la guerre défensive, loin d'être en état de former d'entreprise contre les états héréditaires et leur capitale. Il semble que les généraux de l'Empereur n'aient eu de pensée que pour Vienne, et qu'ils aient cru que l'unique moyen de sauver Cette ville, était de ne pas s'écarter du grand chemin qui y mène.

Ils ne tardèrent pas à porter la peine de cette inconcevable opiniâtreté : ils allèrent chercher un abri derrière la Salza ; les Français arrivé* rcnt sur leurs traces, et leur firent éprouver le même sort que sur l'Inn. Au lieu de s'arrêter à chaque pas, et de se faire battre à chaque instant, ne valait-il pas infiniment mieux, après le désastre de llohenlînden , s'éloigner à marches forcées , aller au-devant des secours qui venaient de l'Autriche, et se remettre en état de tenir la campagne? Rien n'est plus capable de semer le découragement et l'effroi dans l'esprit du soldat, de perdre totalement une armée , que de l'exposer ainsi à l'humiliation de ces défaites journalières.

Le rapport que publièrent les Français de ce passage de la Salza , est d'autant plus intéressant à lire , qu'il fait connaître l'art avec lequd ils ont su en toute occasion employer les mouvements de flanc, mouvements auxquels od distingue l'homme de guerre du routinier.

Ce fut la nuit du 13 au 14 décembre , que k

gânéral Decaen arrlTa sur la Salza. Un corps ennemi occupait à Laoffen » sur la rive droite , «ne position dont on ne pouvait espérer de le déloger qu'en la tournant. La Salza est beaucoup plus rapide que le Lech , Tlser et Tlnn ; mais le général Decaen fit choix de quelques habiles nageurs, qui allèrent chercher des barques attachées au rivage opposé. On s'en servit pour le passage de à ou 500 hommes.

Pendant ce temps, on inquiétait Tennemi à Lauffen,par une vive canonnade. Tout à coup, le petit détachement qui avait passé la rivière, tombe avec impétuosité sur son flanc , le culbute , et se maintient intrépidement contre une force supérieure, jusqu'à rétablissement d'un pont de bateaux.

Le gros de Tarmée impériale était posté sous Salzbourg, sur Fune et l'autre rive de la Salza. Le combat s'engagea, le i4, de grand matin, avec l'aile droite, commandée par le général Lecourbe. Les Autrichiens avaient une artillerie très-nombreuse, mais les troupes françaises étaient inébranlables dans leurs positions. Vers deux heures après midi, le général Decaen se vit en état d'attaquer le flanc droit de l'ennemi : il le rompit, et le poussa jusqu'au village de Bergheim , près Salzbourg. Les Autrichiens, craignant que la division Richepanse, qui suivait le général Decaen , ne se portât sur le chemin de Neumarkt et de Lintz, se retirèrent précipitamment dans la /nuit suivante.

Le lendemain , de bonne heure , les Français entrèrent à Salzbourg , poursuivirent l'ennemi, et lui firent un grand nombre de prisonniers sur le chemin de Neumarkt; ils placèrent leurs avant^postes à une lieue de ce bourg. Tous les ponts sur la Salza étaient en leur pouvoir, toutes leurs communications assurées. La grande armée autrichienne se trouvait séparée du corps qui occupait le Tyrol.

Telle est la substance de ce rapport. Mes remarques tombent d'abord sur deux points qui n^auront point frappé le vulgaire des lecteurs. Le premier, c'est qu'il est inconcevable que les Autrichiens aient oublié ou négligé de s'emparer des barques qui se trouvaient sur la rivière; le second , c'est que les Français avaient de hardis nageurs, qui, malgré la rigueur de la saison, se jetèrent dans un courant rapide. Ces nageurs avaient été organisés spécialement : cela prouve qu'en France règne le vé-

ritable esprit militaire ; qu^aucune partie de ce grand art n'est dédaignée ; que l'on y pense , en un mot , que le soldat doit être formé pour la guerre, et non pour des revues et des parades. Ce corps de nageurs, comme tout ce qui est nouveau, donna lieu à bien des railleries en Allemagne ; et dans deux mémorables occasions (le passage du Danube et celui de la Salza), il contribua puissamment à la défaite des railleurs.

Au total , cette opération des Français dans l'archevêché de Salzbourg , repose sur les principes les plus réfléchis , particulièrement sur celui de la base. Par là , ils évitaient une autre opération sur le Danube , qui eût pu devenir dangereuse, et qui, du moins, eût été excessivement pénible : de plus, ils tournaient toutes les positions que l'ennemi aurait pu prendre derrière l'Inn et la Salza, en descendant ces rivières, et se rapprochant du Danube. Il leur était libre de pénétrer dans le cœur de l'Autriche, en couvrant leur ailé droite contre toute tentative du côté du Tyrol : quant à leur gauche, ils n'avaient plus rien à redouter pour elle.

Enivrés par tant de succès, quelques écrivains allèrent jusqu'à dire, dans le temps, que le général Moreau se trouvait dans une position à menacer le flanc droit de l'armée autrichienne en Italie. Cette assertion était dénuée de tout fondement, tant que Moreau avait encore quelque chose à faire en Autriche. Un coup d'œil sur la carte, montre qu'il n'était point aussi près du Tagliamenio que le croyaient les nouvellistes; qu'avant d'y parvenir, il y avait des montagnes à franchir, et qu'une fois arrivé sur ce fleuve, il se serait trouvé sans base.

Frappée de terreur en voyant les Français s'avancer à grands pas vers sa résidence, la cour de Vienne se hâta d'envoyer l'archiduc Charles prendre le commandement de l'armée.

Ce prince y arriva le 1 7 décembre , et ne put prendre d'autre parti que de la conduire derrière l'Eus. Peut-être eût-il été possible encore de gagner le Tyrol, et de manœuvrer les Français en flanc; mais je n'ignore pas que les chemins offraient des difficultés pi*esque insurmontables pour une armée, déjà considérablement afl'aiblie par tant d'écbecs , et découragée par tant de soufirances.

Tout bien considéré, il me semble que c'est

HISTOIRE

plutôt de la Bohétne que Tarchiduc Charles aurait pu entreprendre une diversion eiBcace. Mais avant de traiter ce sujet , il convient de jeter un coup d'oeil sur les opérations du général Âugereau en Franconie.

Ce général s*avança directement et de front; les Impériaux allèrent de même à sa rencontre. Cette longue chaîne de postes sur deux lignes parallèles, produisit des escarmouches continuelles ; mais , du reste , il ne se passa rien qui offre matière à réflexions , sous les rapports de stratégie et de tactique.

Je n'y vois rien de remarquable que Topiniâtre défense du commandant dé Wurzbourg^ défense d'autant plus honorable pour lui, que cette partie de l'art militaire est la moins avancée en Allemagne, tandis que les Français sont depuis longtemps les maîtres de l'Europe, dans tout ce qui tient à la science des fortifications et des sièges.

Je reviens donc à l'archiduc Charles, et, comme je l'ai dit, je trouve qu'il eût agi plus utilement, en restant en Bohème, où il avait déjà rassemblé et organisé une force militaire respectable; qu'en l'a laissant dans l'inactivité, pour courir en Autiiche, où tout était perdu sans ressources.

En effet, avec son armée de Bohème, l'archiduc, se joignant au général Simbschen, tombait sur Augereau avec une telle supériorité de forces, qu'il le forçait infailliblement de regagner le Rhin avec précipitation. Alors , se dirigeant tout à coup sur sa gauche , et faisant front au Danube, le prince se portait sur le flanc gauche de Moreau, et menaçait à la fois ses derrières.

Ce général était trop prudent pour continuer à pousser son centre sur Vienne, avant d'avoir dégagé l'aile menacée, et par cela, il était ar* rèlé dans sa marche victorieuse. Il fallait, de toute nécessité , qu'il fit lùî-mème front au Danube; c*eût été, pour ainsi dire, se réduire à la défensive.

D'un autre côté , il faut convenir que si Farchiduc, en poursuivant le général Augereau, se fût avancé trop près du Rhin , il s'exposait à se voir coupé de la Bohème , d'autant plus que le voisinage de la ligne de démarcation resserrait le terrain dans lequel il devait agir.

Pendant que l'Autriche était accablée en Allemagne par de si cruels revers, l'armée

qu'elle avait en Italie avait recommencé les hostilités par une diversion bien calculée, et qui aurait de plus grands résultats, si elle eût été entreprise avec une force mieux proportionnée à son objet.

Les Français étaient postés derrière laChiesa; le quartier général se trouvait à Brescia.

Les Autrichiens étaient stationnés derrière le Mincio; Peschiera et Mantoue couvraient leur front : fls occupaient Ferrare, et ce fut de cette place qu'ils entreprirent leur diversion sur le flanc droit des Français.

Le comte de Bellegarde , général de l'armée impériale, fit occuper Bondeno sur la rive gauche du Panaro, jeta un corps de trouped au delà du Pô, à Figherolo, et s'empara de Stellata et de San-Biagio.

Le 4 décembre , les Français dirigèrent, contre Bondeno, une attaque qui ne réussitpoiot. Les Autrichiens étendirent alors leurs avantpostes le long du Pô et du Panaro.

Cependant ces mouvements, quoique bien vus en eux-mêmes, étant exécutés par des corps trop faibles, méritent plus le nom do démonstrations que celui de diversions. Pourquoi donc le général Bellegarde les fit-il entreprendre? Vraisemblablement pour distraire l'attention de l'ennemi, lui faire croire que Ton cherchait à porter la guerre au midi du Pô, vers la péninsule de l'Italie , et le détourner par là de songer à attaquer le Mincio de front, ou le Tyrol par le flanc.

Si le général autrichien avait été le maitre d'agir d'après ses idées personnelles, il est à présumer qu'il aurait entrepris en grand ce qu'il ne fit que tenter en détail. Le parti le plus judicieux qui s'offrait à lui, était alors de faire ce que le général Moreau, à mon avis, aurait dû exécuter lui-même dans la campagne de 1 799; c'est-à-dire, établir le théâtre de la guerre sur la rive méridionale du Pô , en prenant pour base la péninsule de l'Italie. Il forçait les Français, par ce. moyen , a faire front vers le sud, et rendait le passage du Mincio presque impraticable pour eux. En s'étendant à l'ouest, il pouvait même les inquiéter sur leurs communications avec Milan, Novarre et Turin.

Les Français, dira-t-on, n'auraient pas manqué d'investir Mantoue et Peschiera, abandonnées à elles-mêmes; ils auraient tenté de couper le général Bellegarde des États héréditaires.

Mak j'ôbsenre qu'ils ne pouvaieDt le faire sans s'étendre coosîdérableaieDt à Test» par conséquent, sans s'exposer à se voir eoopés eux-mêmes de Gènes, du Piémont et de France. On seot combien ils eussent hasardé, en s'engagéant entre le Tyrol et Tannée autrichienne, qui, de droite et de gauche, eussent menacé leurs flancs : preuve nouveUe ajoutée à cent autres , que c'est par des positions obliques, et non de front, que Ton couvre efficacement une contrée que Ton veut défendre.

Les Impériaux occupèrent Rimini et Pesaro sur la mer Adriatique; ils détachèrent des par» tis volants dans le Modénois et la légation de Bologne. Je réitère la remarque faite plus haut : ces partis étaient trop faibles; plus forts, ils pouvaient avoir un excellent résultat, celui de préserver le front d'une attaque directe, en menaçant les flancs de l'ennemi.

Ces expéditions étaient dirigées par le général Schusteck , qui Gt preuve de talents particuliers pour ce que Ton nomme la petiu guerre.

U fit attaquer les places de Final et Cento; elles furent enlevées toutes deux. La garnison de Final s'évada presqu'en totalité à la faveur de la nuit.

L'avant-garde de l'armée autrichienne, postée, sous le général HohenzoUem, au delà du Mincie, c'est-à-dire, sur la rive droite, fut très-prudemment retirée , dès que les Français firent mine de vouloir l'attaquer en forces.

Rien n'est eflectivemenl plus facile à couper, qu'un corps jeté en avant d'une rivière i on occupe son front, pendant qu'on le cerne sur ses deux flancs. De vigoureuses charges de cavalerie, faites au moment où il s'ébranle pour' se retirer, doivent le précipiter dans l'eau , s'il ne se hâte de mettre bas les armes.

Le S5 décembre, les Français jetèrent un pont surleMincio, à Molino : une formidable artillerie protégea le passage de quatre divisions.

Le général Bellegarde prit alors une résolution digne d'éloges. U fit attaquer sur-le-champ le corps qui était passé, et il arriva ce qui arrivera toujours en pareil cas; les Français furent repoussés jusqu'au Mincio : ce fut beaucoup pour eux que de n'être point contraints à le repasser.

Ils envoyèrent un renfort, puis un second ;

mais les Impériaux, se renforçant à proportion, les empêchèrent de s'étendre. Û y eut une affaire des plus chaudes à Pozzolo.

La nuit suivante, à la faveur d'un brouillard qui redoublait l'obscurité , les Français firent une habile manœuvre. Ils efliectuèrent le passage du Mincio dans la partie supérieure à celle où l'on venait de se battre : à Mozzambano.

Pendant ce temps, les corps qui avaient passé à Molrno, revenaient sur la rive droite, remontaient le Mincio, et prenaient poste à Borghetto , où les Autrichiens avaient une tête de pont.

Le général Bellegarde ne fut informé que tard de ce mouvement. U détacha immédiate* ment un corps à Valeggio , en face de la nouvelle position des Français à Borghetto : ce corps était formé de la réserve.

Probablement les Français manœuvrèrent ainsi pour se rapprodier de la partie de leur armée, qui passait à Mozzambano. Mais les Autrichiens, comme ils le dirent eux-mêmes, ayant une tête de pont sur la rive droite, et, conséquemment un pont sur la rivière, il est difficile de concevoir pourquoi ils ne s'en servirent point pour prendre à dos les Français qui les attaquaient, enfin, pour tenter une diversion quelconque.

Il faut rendre justice aux vues qui dirigèrent les Français dans leur passage à Mozzambano.

Ce point, au-dessus de Mantoué, et près du lac de Garda, était Irès-judicieusement choisi. Les Impériaux, tournés sur leur droite, se voyaient menacés de perdre leur communication avec l'Autriche.

Si , au contraire , les Français eussent effectué leiu* passage au-dessous de Mantoue, ils couraient le danger de voir l'aile droite des Autrichiens, passant la rivière sous le feu de cette place, venir les prendre à dos, et les resserrer entre le Mincio et le Pô.

En lisant attentivement le rapport du général Bellegarde sur ces événements, on approfondit sans peine ses mesures et ses motifs.

c L'ennemi, y est-il dit, s'était rendu maitre

> de quelques positions avantageuses ; mais les

> hauteurs environnantes nous demeurant, et » n'ayant rien à craindre pour les retranche- » ments de Salionette , le général Bellegarde

> fit avancer trois divisions, formées de la ré-

AU

HISTOIRE

» serve. Les Français étaient vivement pressés » sur plusieurs points, et spécialement sur leur 1 gauche : mais une colonne ennemie, venant 1 deMozzambanOylelongdela rive gauche du

> MinciOy gravit avec rapidité les hauteurs de » Yalcggio. Ce mouvement força nos troupes à » se replier. Le général Hohenzollem, qui 1 commandait la première ligne , fut contraint

> de retirer son aile gauche , pour couvrir le 1 chemin de Valeggio à Villa-Franca , et con- 1 server la communication avec le corps qui » était restait aux Furone. >

Il est évident que les Autrichiens furent tournés sur leur gauche , et dépostés des bords du Mincio. Il était, en effet, extrêmement important pour eux de ne point se laisser déborder à leur droite, et couper de Vérone, c'est-àdire, de FÂllemagne.Dansce cas, ils pouvaient voir leur droite renversée sur leur gauche , et ils s'exposaient à se faire culbuter dans le Mincio. Ainsi, forcés à se retirer par leur droite, dès que les Français commencèrent à s'étendre de ce côté, ils perdirent leur point d'appui sur la rivière, et tout espoir de la défendre plus longtemps.

Sans vouloir assurément déprécier les talents du général Bellegarde, je ne puis m*empécher d'observer qu'il est difficile de concevoir une ligne plus forte, plus imposante, que celle qu'offre le Mincio, défendu à droite par Peschiera, à gauche par Govemolo, et au centre par Mantoue. Nous avons eu de nombreuses occasions , dans le cours de cet ouvrage , de faire jaillir l'évidence du grand principe , qui veut que , dans toule circonlance , on cherche à tirer de la nature des lieux ou de la position de ses troupes, ce qu'est dans la fortification la courtine flanquée de ses deux bastions. Où peut-on ' trouver ces avantages mieux que dans la ligne dont il s'agit? Peschiera, empochant que la droite de l'armée impériale ne fut coupée et séparée de l'Allemagne; Mantoue, défendant le Mincio en dessus el en dessous ; Govemolo , couvrant l'aile gauche, el mettant toujours à même de porter le théâtre de la guerre au sud du Pô.

Quand je nomme ces trois places, il est inutile de dire que j*entends par là les trois corps stationnés en avant d'elles, corps qui devaient être assez forts par eux-mêmes, non-seulenent pour repousser une attaque , mais encore

pour agir offensivement en cas de besoin.

Nous avons laissé Bellegarde abandonnant le Mincio; son rapport s'exprime ainsi à ce sujet:

c L'approche de la nuit ne permettant plus

> de songer à la reprise de Valeggio, il fallut

> ordonner la retraite. L'armée se replia, dans

> le meilleur ordre, derrière TAdige; elle assit » son camp à San-Martino, près Vérone, à Test

> de l'Adige : les avant-postes furent établis » à Villa-Franca , et le général Rousseau, qui

> occupait Salionette, rétrograda jusqu'à Mon- » tebaldo. »

Je ne vois rien à blâmer dans cette retraite , sinon qu'elle ne se fit pas excentrîquement. Je ne conçois pas pourquoi Timpossibililé de rentrer dans Valeggio nécessita la retraite; ce poste n'était qu*u'n point d'appui sur le Mincio , sans être indispensable pour sa défense.

Mantoue donnait un point d'appui bien plus sûr ; c'est pourquoi j'aurais trouvé une retraite sur cette place, mieux adaptée aux circonstances. On ne saurait m'objectcr que cette retraite était impraticable ou trop périlleuse, car les Français n'avaient laissé que fort peu de monde à Pozzolo, et le passage près de ce lieu restait ouvert à une fbrce majeure. Il faut observer que les Autrichiens, forcés à se replier, n'étaient cependant point dispersés, ni même battus. Tout en se retirant, leur général pouvait déjà méditer des opérations offensives ; autrement, l'on se résout à essuyer des échecs continuels.

J'aurais donc porté l'aile gauche et une partie du centre sur Mantoue , ou les environs : l'aile droite et l'autre partie du centre étaient alors dirigées sur Gastelnovo, entre Peschiera et Vérone.

N'est-il pas évident que de ces mouvements opposés , naissait pour les Français une situation des plus embarrassantes? On leur laissait le centre libre , en apparence ; mais pouvaientils s'y engager pour séparer les deux ailes, au risque de prêter eux-mêmes leurs flancs à l'ennemi? Gette juste appréhension les fixait dans la position qu'ils occupaient. Au premier moovement qu'ils eussent fait pour se porter en avant, vers l'Adige, le corps de Gastelnovo se trouvait en potence sur leur aile gauche , et celui de Maûtoue les prenait à dos.

11 était même très-probable qu'ils se fussent

TUS ooDtraiiHs à rétrograder, le corps posié sous Mantoue pouvant faire uoe pointe rapide, et TCDÎr tomber sur le» derrières de Tarmée Irançaise, qui avait passé le Mincio.

Ce corps autrichien, en prenant poste entre rOglio et le Mincio, à Castiglione, par exemple, se mettait à même d^envelopper et de couper les Français.

Je suppose, cependant, que Taile gauche de rarmée impériale en retraite, étant prévenue par Tennemi, n'ait pu gagner Mantoue à temps : alors, c'était sur Legnago qu'il fallait marcher, afin de menacer le Pô. Si Ton eût jugé un troisième corps nécessaire, po,ur tenir une ligne perpendiculaire à l'ennemi , ce corps se serait dirigé sur Vérone.

C'est ainsi, selon moi, qu'aurait dû être combinée cette retraite excentrique, après laquelle il eût fallu reprendre vivement l'offensive; car, je ne puis trop le répéter, une retraite, pour être parfaite dans son ensemble, doit impliquer un plan d'agression contre les flaucs^de l'ennemi.

Au reste , en consultant Thistoire des guerres modernes, on peut facilement se convaincre qu'après avoir été forcé d'abandonner une rivière en Italie, c'est en vain que l'on tente de défendre celle qui se rencontre derrière. On verra aussi que c'est ordinairement en une seule campagne, que l'on gagne et que l'on perd cette belle contrée.

$ Le prince Eugène en fit deux fois la conquête sur Louis XIY, la première en 1701, la seconde en 4706, rejetant toujours l'ennemi d'une rivière sur l'autre. Les Français éprouvèrent le même sort en 1709.

Cela vient de ce que, dans une guerre défensive , celui qui a>commencé àcéder, adopte presque toujours un rôle passif, et se borne à défendre de front un fleuve ou une ligne retranchée. Rarement voit-on un général, en pareil cas, avoir assez d'audace et de présence d'esprit, pour tenter de reprendre brusquement l'offensive, en manoeuvrant sur les flancs de l'ennemi qui le poursuit Nul capitaine, ancien ou moderne, n'a entendu cette espèce de guerre aussi bien que Sertorius (i).

(i) Q. Sertorius, le plas illastre des généraux da parti de Marius, soutint en Espagne, contre Pompée et Metellus^ des guerres où il déploya les plus rares

Les 29 et 30 décembre, eurent lieu des combats d'avant-postes, dans lesquels les Français furent les agresseurs. Us poussèrent les Autrichiens jusqu'à Vérone. Cette méthode de placer des avant-postes au delà du fleuve que l'on veut défendre, est extrêmement judicieuse. On empêche l'ennemi , autant que possible , de s'approcher du bord; on peut aisément conjecturer à sa force s'il veut tenter le passage , et même où il prétend le faire. Mais quand ces avant-postes sont attaqués, il faut les renforcer progressivement, afin de prolonger le combat sur la rive opposée.

Je ne puis mieux faire connaître les opérations subséquentes, qu'en donnant^ un précis des rapports ofl&ciels. Je suivrai ceux des Français , comme donnant la def de leurs excellentes dispositions.

c Le 1^' janvier 1801 , dit le général Brune,

• nous passâmes FAdige , à Gussolingo. Une » fausse attaque, à un mille de Vérone, trompa » l'ennemi. L'activité et les talents du général 1 Marmont, facilitèrent cette importante opé-

> ration. Le général Delmas s'avança , avec du » canon, sur la petite chaîne de montagnes qui

> sépare la valléedePolisella de celle dePantena. » Ce mouvement contraignit l'ennemi à évacuer

> Vérone. Peschiera est investie, et Mantoue 1 bloquée : Porto-Legnago sera assiégée.

> Le général Rochambeau s'est porté de Lq- 1 dron sur l'Adige par Riva, Torbola et Mari,

• ce qui a forcé le général Bellegarde à aban- » donner la célèbre position de Vérone. Le gé- 1 néral Schmidt a occupé la partie de Rivoli. » Le général Boudet a été détaché sur Rove-

> redo, pour éclairer la marche du général 1 Rochambeau. i

Il est manifeste que voilà une opération le long des montagnes , pour manœuvrer les Impériaux sur leur flanc droit. Cette habile et excellente mesure doit paraître bien étrange aux opiniâtres partisans des masses concentrées et des attaques de front. En voyant les Français opérer au-dessus du lac de Garde, et suivre les montagnes, on ne peut me blâmer d'avoir conseillé, à l'instant même, un mouvement semblable aux Autrichiens, lorsque

talents. Il fat assassiné par Perpenna, l'an 75 avant rère vulgaire.

{Note du Traducteur,)

HISTOIRE

j'examinais leur retraite du Mîncio. Du camp de Caslel-NoYO, que j'indiquais, ils auraient pu tourner le lac de Garde, et, alors, se montrer au dos des Français.

Il est intéressant de voir de quelle manière le général Macdonald, venant du pays des Grisons, appuya les opérations deTarméed^llalie.

c Les troisdiyisionsqu'il commandait, avaient f à passer la chaîne des montagnes qui sépaf rent les vallées de FOglio, de la Trompia et » de la Sobbia. La division du général Rocham- 1 beau s'élait portée à Storo, qu'elle attaqua

> et prit, tandis que le général Macdonald déf tachait la légion italienne à Ragolina. Après f la prise de Storo , le général Rochambeau se f dirigea sur Riva di Garda, et le général ) Lecchi poussa ses patrouilles jusqu'à Pieve di

> Buouo, où l'ennemi s'était retranché. Cet » officier avait ordre d'inquiéter l'ennemi, mais 1 de ne point trop s'engager avant l'arrivée » des divisions Pully et Ney, qui étaient com- ) mandées pour le soutenir. I^es Italiens atta- » quèrent Pieve di Buono , dès qu'ils furent à

> portée, mais ils furent repoussés.

» Cependant l'ennemi abandonna ce poste » le même soir. Poursuivi, il se retira dans la f seconde ligne des retranchements de Sanf Alberto, formée depuis longtemps. Pendant 9 ce mouvement de Taile droite, le général » Baraguey-d'Hilliers, qui commandait la gauf che , s'avança dans l'Engaddin , s'empara de 1 Schulz, et poussa jusqu'à Martinsbruck. Les 1 nombreux retranchemenlsdeCastel-Novo,qui

> défendaient le pont, n'arrêtèrent point nos * troupes, et après une résistance opiniâtre, i les Autrichiens furent enfoncés, en nous lais- ) sant un grand nombre de morts et de blessés.

1 Ces fausses attaques, sur une ligne de monf tagnes de plus de 60 lieues, ont eu le plus f heureux résultat, et nous en projettent de

> plus brillants encore, si l'on peut atteindre

> l'ennemi dans sa retraite.

> Le général Brune , après son passage de 1 l'Adige (ajoute le général Macdonald) , me » manda qu'il dirigeait son aile gauche le long i de cette rivière, vers Trente, tandis que j'a-

> vancerals sur la rive droite. J'espère arriver

> encore à temps à Botzen , pour couper la co-

> lonne du général Stejanicb. Le général Bara- » guey doit être en ce moment à Glurens , et 1 marche sur Botzen par Méran. i

Le rapport des Impériaux confirme celai des Français, à quelques légers détails près.

Il y est dît que, le 4 janvier, à la faveur de la nuit, les Français attaquèrent l'avant-garde des Autrichiens à Colognola, en même temps qu'ils cherchaient à tourner leur aile droite par les montagnes. Cette avant-garde se replia en bon ordre jusqu'à Coldero, où elle repoussa une seconde attaque. La grande armée se mit en marche, et vint camper dans la plaine de Villa-Nova : l'avant-garde, faiblement poursuivie, prit poste entre Soave et Castelletto.

On voit donc que les Impériaux furent délogés de leur position sans combat, et uniquement parce qu'ils laissèrent tourner leur flanc droit. Les Français, pendant cette manœuvre, les amusèrent par une fausse attaque de front. Je demande si les Autrichiens eussent été exposés à cette manœuvre , en se portant euxmêmes sur la chaîne des montagnes : ils en avaient la faculté, puisque le Tyrol et le pays de Trente se trouvaient derrière eux. C'était en même temps le moyen de s'opposer à l'araiée du générai Macdonald, qui débouchait des Grisons : ils pouvaient même déborder l'aile gauche des Français, et pousser un corps jusqu'à Milan , si le général Brune se fut tenu trop longtemps sur l'Adige.

De Vérone, les Impériaux furent repoussés jusqu'à Vicence, et encore par des manœuvres de flanc ; car les actions qui eurent lieu , ne méritent pas d'être détaillées.

Je trouve, dans un rapport du général Oudinot, ce passage, que j'aime à citer aux antagonistes dé mon grand principe des marches et mouvements obliques :

c L'ennemi défend généralement ses posi- » lions avec beaucoup de valeur et d'opinià- » treté ; mais, dès qu'il voit que nous allons le » tourner; il se retire. »

De Vicence, les Français continuèrent à marcher toujours en avant, poussant leurs ennemis devant eux. Ils étaient déjà parvenus au Tagliamento, lorsque l'armistice, conclu tout à coup , vint arrêter leurs progrès , et sauver l'armée impériale d'une ruine totale.

Je récapitule en deux mots l'histoire de celle campagne. L'Empereur perdit l'Italie, parce que ses généraux se laissèrent tourner, au lien de tourner eux-mêmes leurs adversaires.

~L— JL

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