‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 12 sur 87 · SUR LES PROPRIÉTÉS DE LA STRATÉGIE, EN RAPPORT AVEC CELLES DU TERRAIN · texte numérisé non relu

SUR LES PROPRIÉTÉS DE LA STRATÉGIE, EN RAPPORT AVEC CELLES DU TERRAIN

La stratégie est la science du général destiné à commander des années, et plusieurs de ses éléments sont la partie purement scientifique de Fart de faire la guerre.

Avant que les armées actives se soient rassemblées sur le terrain qui doit devenir le théâtre de la querelle des belligérants, le militaire parcourra d'un œil avide et attentif cette partie du globe, que Tintérét national, des raisons politiques ou d'ambition auront mis en litige , et où , au moyen des chaînes de montagnes, des fleuves, des plaines, des routes, des places fortes et des armées, la stratégie lui enseignera les dispositions les plus avantageuses pour s'opposer à son ennemi ou le déposter. L*œil attaché sur celte carte, qui lui représente d'une manière Gdèle l'ensemble et plusieurs détails du terrain qu'il étudie, le stratège cherchera à se |>énétrer de tous les avantages et des difficultés que les contours , la grandeur et les formes des terres possèdent.

Les prérogatives réelles de la stratégie sont en grande partie basées sur les propriétés du terrain, que son étal d'immutabilité soumet si facilement à un examen systématique et approfondi. Aussi, avant de procéder au plan général de la guerre, qui doit être le tableau fidèle des propriétés du terrain , d*où jaillit à nos yeux la détermination du but, le principe de nos mouvements et la combinaison des opiérations qui mettent en exécution ce que notre imagination, appuyée par la science, a cru devoir décider, nous commencerons par re-

chercher les ressources passives du terrain, pour pouvoir mettre ensuite en action les éléments mobiles de la guerre.

Le terrain et les armées sont les agents passifs et mobiles dont les avantages et la force ne peuvent être révoqués en doute. Ce ne sont pas de simples hypothèses près desquelles l'esprit fugitif de l'homme aime à se reposer; les ressources inhérentes à leurs natures en caractérisent la réalité. La stratégie est le guide fidèle et sûr qui nous apprend à profiter des propriétés de Tim, et à mettre en action les autres.

La réciprocité entre le terrain et les années doit donc être intime. La stratégie est la science qui établit et consolide cette concordance el fait rejaillir à nos yeux ces traits caractéristiquesde valeur, auxquels se rattachent cesgrands ' bouleversements politiques que ^lliistoife, avide de souvenirs, recueille avec empressement, et que la sévère impartialité de la postérité juge, excuse ou condamne.

Sans nous laisser donc distraire par qudqucs considérations qui seraient d^autant plus nuisibles, qu'elles seraient secondaires « avant de mettre en mouvement nos années, commençons toujours par interroger le terrain, dans les formes duquel nous ne manquerons pas de reconnaître en traits bien marqués tont ce qu'on peut en attendre , et tout ce que les ressources delà science sont en droitd'en exiger.

La stratégie nous indique les roules qu'il faut suivre, les points qu'il faut attaquer; elle

désigne les lignes qni nous servent de point de départ ou d'abri contre un ennemi incfuiétant et dangereux. La nature» prodigue de resaources, nous offre tous ses avantages, la stratégie en décide le choix. Une profonde connaissance du terrain est aussi indispensable pour la stratégie, que celle de la nature, des propriétés et de l'enqildl des armes, Test pour la tactique.

Après Texamen topographique des frontières qui servent de premier terme à l'invasion et à la guerre, dont les sciences géographiques au* ront évalué à leur juste valeur les propriétés, la stratégie y désignera les points les plus avantageux pour le rassemblement des forces mobiles, ainsi que ceux où le passage devra s'effectuer. Après avoir exploité les ressources intrinsèques et les avantages des directions des routes, des fleuves , des chaînes de montagnes; après nous être pénétrés de l'importance que les villes ou les points fortifiés qui nous ouvrent d'autres communications, et par conséquent un abord facile vers d'autres sections de terrain, possèdent dans l'ensemble du cadre, la stratégie prisera à leur juste valeur les points dont la possession, tout en consolidant les parties acquises , offrira les moyens d'en conquérir d'autres. Elle profitera des ressources que la nature ou l'art lui offriront pour indiquer ces lignes que nous nommons stratégiques, dont tes directions transversales et perpendiculaires forment ces échiquiers plus ou moins réguliers où les armées sont appelées à manœuvrer. La , presque chaque case, protégée dans ses contours par quelques points ou des sections de terrain , où la nature et l'art exercent leur puissance, et dont la science ne fait que rehausser la valeur, offrira des sphères où les t armées trouveront des protections suffisantes pour leurs opérations.

Une bataille perdue paralyse, il est vrai, nos mouTements offensifs, en retarde l'exécution , et nous force quelquefois à des retraites désavantageuses ; mais lorsque la guerre se fait d'après les règles de la pure stratégie etque le plan de campagne a été coordonné d'après ses principes, tous ces désavantages se bornent quelquefois à la seule perte du temps.

Les mouvements rétrogrades se feront dans la direction des objets des opérations, dont la liaison JÉilie des lignes de défense, sinon inex-

pugnables , du moins assez fortes pour rassembler sous leur protection les débris de la défaite. On les y constitue en masse capable de suivre de nouveau les directions du plan général, qui doit toujours nous conduire vers les objets qui décident quelquefois du sort de la guerre.

La désignation et l'appréciation des objets des opérations sont donc d'une importance nugeure pour la science de la guerre. Si, d'un c6téy leur possession décide du sort des querelles politiques des peuples, ils sont, de l'autre, les plus fermes appuis des opérations offensives et défensives des armées. Une fausse appréciation des objets des opérations, en nous entraînant par conséquent dans de faux mouvements, suffit pour donner à la guerre une tournure désavantageuse, dont les conséquences sont nuisibles, et d'où résultent quelquefois des maux irréparables.

Ces objets, revendiquant une défense solide, opiniâtre et d'un avantage réel, ne sont pas toujours des points que la science puisse désigner impunément. Elle doit renier tous ceux auxquels la nature ou l'art n'ont pas accordé quelques prérogatives, ou dont la position, dans l'ensemble du cadre , ne protège pas quelques manœuvres dont la nature simulée puisse rapporter un avantage décisif.

Le devoir de la stratégie est donc de désigner d'avance les points qui se qualifient par leur position pour protéger les grandes opérations , afin qne l'art puisse accorder à ceux que la nature n'a pas fovorisés, ces prérogatives sans lesquelles leun avantages seraient trop précaires. Leur fausse appréciation, au contraire, loin de consolider nos mouvements, ne serait qu'un guide faux et perfide dont les indications ne serviraient qu'à nous induire dans de graves erreurs.

C'est en choisissant dans le cadre où les armées devront manœuvrer, les points dont les propriétés sont sûres et réelles que, par sa nature synthétique, la stratégie les désignera pour être les buts généraux des mouvements.

Tous ces objets des opérations possèdent des quaKiés positives, mais passives, la force des années» cet agent indispensable des victoires, leur impriigte des propriétés d'une nature réelle. Le choc des forces mobiles nous donne en résultatscequela stratégie nousoffreen princi

Nous en conclurons donc, que les propriél

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MÉMOIRES SUR LES PRINCIPES

de la science stratégique consistent : à désigner les places de dépôts qui alimentent la guerre , et que nous devons envisager comme la charpente qui étaie ce grand édifice; les combinaisons que nous considérons comme les principes des mouvements des armées; les parties qui servent de subdivisions à la force mobile; les accidents de la nature ou de Tart qui consolident les grandes opérations; les directions que les colonnes devront prendre pour entrer sur le territoire ennemi et en prendre possession; les places qui deviendront le but de sièges réguliers ou de simples observations ; les manœuvres que l'armée devra entreprendre pour tourner les difficultés territoriales, qui se présenteront à une marche en front ou pour gagner un des flancs de son ennemi ; les champs où les armées

belligérantes devront se rassembler pour vider par des combats généraux la cause qw les divise, et enfin, décider sur ces chaniMi de bataille le point stratégique à la possettioii duquel se rattachent ces résultats incakiibbles qui décident, quelquefois, du sort des empires.

Quels dénoûments ' impérieux , quelles dispositions sérieuses, que de combinaisons pro* fondes et mûries, n'engendre pas une sdenoe qui, en décidant du résultat des guerres, rehausse ou abaisse Thonneur national, le bienêtre des peuples, l'équilibre politique des empires et l'énergie de caractère des armées et des nations? Dans l'état de guerre, la stratégie tient la balance entre l'apogée de la gloire et l'abime des vicissitudes.

QUATOIÉME MÉMOIRE-

SVB LES PROPRIÉTÉS DU TERRAIN, ENVISAGÉ COMME RASE DES COMRINAISONS STRATÉGIQUES.

Nous devoDs envisager le terrain comme la base de la stratégie. C'est dans les ressources que la nature nous offre , que la science militaire puise vSes éléments. Les accidents du terrain sont les principes d oîi émanent les combinaisons qui accéièrcnl les mouvements offensifs et qui consolident les opérations défensives.

Pour parvenir aux points que nous voulons occuper, nous choisissons, parmi les routes qui nous y mènent , la voie la plus avantageuse ; pour s'opposer aux intentions hostiles de nos ennemis, nous commençons à nous couvrir par ks difficultés du terrain , qui deviennent nos égides protectrices , tandis que nous profitons des avantages que leur configuration nous offre, pour arrêter les mouvements offensifs de nos adversaires.

Ubomme étranger aux grandes ressources du terrain ne trouve , dans cet amas de fleuves, de lacs, de marais, d'exhaussements, de plaines et d'affaissements, qu'un chaos difforme et dénué de propriétés. Le militaire , au contraire^, qui en a médité les avantages , découvre dans la liaison de ces différentes parties d'une nature si hétérogène, des principes vivifiants , qui donnent à la science , à laquelle ils servent de base, un caractère d'ordre et de stabilité , que son imagination ne tait qu'approfondir et que perfectionner.

La stratégie « aussi bien que la tactique, se partage en deux modes de mouvements :

l<» L'offensif;

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