‹ Considérations sur les grandes opérations de la compagne de 1812, en Russie; des M émoires sur les principes de la stratégie; de l'Examen raisonné des propriétés des trois armes; et d'un Mémoire sur l'artillerieChapitre 31 sur 87 · Les points culminants des plateaux hydrographiques · texte numérisé non relu

Les points culminants des plateaux hydrographiques

5. Les poiuts qui forment les embranchements des grandes routes , qui nous livrent des directions multiples pour nos opérations ultérieures, et nous mettent aussi en état de menacer différentes sections de terrain également importantes pour les défenseurs.

Les Villes sont ordinairement les entrepôts de tous les produits de la culture des terres. Elles peuvent être envisagées comme les dépôts des ressources qui alimentent la guerre. La somme des villes parsemées sur la surface du théâtre des opérations doit donc être considérée comme son principe vital. En se rendant maître d*une ville , on acquiert plus de moyens pour alimenter la guerre, et on ravit aux ennemis une partie de ceux dont ils pourraient se servir pour la faire.

Les villes se présentent souvent aussi comme des champs de bataille artificiels, d'un avantage palpable. I>ans ce cas, les fortifications

qui les contournent leur prêtent leur appui. Comme points de défense permanente, ils servent aussi de points de retraite aux armées battues et de lieux sûrs où le rassemblement et l'organisation des débris peuvent se faire sans danger.

Les Fleuves f comme nous avons déjà pu nous en convaincre par leurs propriétés intrinsèques multiples, sont, dans des pays de plaines, des lignes naturelles de défense avantageuses. Se rendre maître du point qui domine une ligne pareille et qui livre un passage sur, c'est faire une conquête importante. On surmonte un grand obstacle et on se met en possession d'une ligne de défense qui peut servir de pivot aux grandes opérations et qui couvre tout le terrain qu'on laisse en arrière.

Les Chaînes de montagnes })euvent être envisagées comme des sections stratégiques de terrain. La tactique en retii*e ses plus grands avantages , en y trouvant un grand nombre de champs de bataille faciles à défendre et difficiles à aborder. Le.s points qui nous eu accordent l'entrée , que nous devons envisager comme le premier terme de la possession de ces sections stratégiques , nous livrent les routes qui nous conduisent par les défilés aux différents champs de bataille , que la main prodigue de la nature y a accumulés, et dont la conquête est décidée par la tactique. ,

Ce rapport intime, ce secours réciproque ,que la stratégie et la tactique s'y prêtent, qui rehaussent les avantages de l'une et de l'autre, constituent quelquefois ces repaires en obstacles insurmontables. La nature y maintient les principes avantageux de sa fondation, la science y acquiert une eflicacité réelle.

L^ Points culminants des plateaux hydrogrO" phiquis nous désignent les pentes des pays où les eaux vont déverser leurs tributs. Ils nous mettent en possession des communications que la nature a tracées , et en servant de point de départ aux armées, ces pentes que suivent les assaillants, sur lesquelles ils restent toujours en possession des points dominants, leur accordent une prépondérance tacliqe non douteuse.

Les Points qui servent de foyers aux grandes routes nous mettent en possession de directions multiples pour nos opérations ultérieures, et nous offrent les moyens de pouvoir menacer différentes sections de terrain également im-

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portantes pour les défenseurs comme pour les assaillants. En se rendant maîtres d'un point pareil, d'où on puisse se porter en masse sur plusieurs directions , on force quelquefois les adversaires, intéressés à opposer de la résistance sur chacune , de disséminer leurs forces et de s'affaiblir sur tous les points.

Avant d'achever cette dissertation, il n*est pas inutile de consacrer quelques lignes à un dernier objet , que nous devons mettre dans la catégorie des objets secondaires, c'est l'objet des opérations stratégiques d'un champ de bataille. Sa possession influant non-seulement sur les modulations d'une affaire générale, mais aussi sur les suites d'une victoire ou d'une défaite, il est indispensable d y fixer son attention. Cet objet est celui qui, du champ de bataille , nous mène vers l'objet secondaire ou principal des opérations des adversaires , par une voie plus courte que celle que les défenseurs ont à parcourir pour l'atteindre. La bataille de Bautzcn nous en offre un exemple bien instructif. Les points de Preititz et de Gleina (Fig. 8) étant plus rapprochés de Reichenbach, point de retraite des alliés, que ne le sont les points de Rreckvitz et de Klein-Jenkovitz, la victoire ne manqua pas de se déclarer en faveur des Français, du moment où ils se rendirent maîtres de ces deux postes.

Un procédé géométrique très-simple peut nous guider dans la recherche de Tobjet stratégique d'un champ de bataille. Si même ce procédé ne nous sert pas d'une manière infaillible dans tous les cas, il nous sera d'une grande utilité dans beaucoup d'autres.

Soient A , B, C , D (Fig. 7 ), les quatre points qui désignent la première ligne de bataille; DE, la ligne de retraite. En joignant les points A, D et E par les lignes AE, AD et DE, nous formerons un triangle auquel je donnerai la dénominationdelrianglestratégiqued'un champ de bataille. Le poste E étant le point de retraite, l'objet stratégique devra donc se trouver sur l'extrémité de la ligne de bataille au point D; car la ligne DE étant plus courte que les lignes BE et AE sera la communication qui mènera au plus grand résultat, et D sera le point stratégique du champ de bataille.

En faisant l'application de ce procédé au terrain, en prenant pour exemple la bataille de Lutzen et la position de l'armée française.

le lecteur se convaincra facilement que Tobjel stratégique du champ de bataille était sur le flanc droit de la position française, au pmnt de Starsiedel. En effet, si les alliés, au lieu de porter leur attention sur le centre et le flanc gauche des adversaires, avaient dirigé leurs efforts contre l'aile droite, ils auraient pu donner une tournure avantageuse à la bataille, en menaçant et en compromettant la ligne de retraite des Français.

Ce procédé géométrique me parait d'autant plus utile, qu'il peut facilement s'appliquer à tous les champs de bataille, et simplifie une recherche essentielle que l'idéologie militaire rendait souvent abstraite.

L'influence que la stratégie a sur les suites d'une bataille étant très-grande, il est toujoun plus avantageux, lorsque les objets stratégique et tactique d'un champ de bataille ne se trouvent pas dans la même direction , de diriger l'attaque primitive plutôt contre le premier que contre le dernier, quand même la possibilité de le conquérir exposerait à de grandes difficultés.

DE l'objet passif PRINCIPAL.

L'objet principal est un point difficile à désigner d'une manière invariable. Le sort de la guerre dépend souvent de l'énergie de caractère du souverain ou de la nation. Les camptgnes de Russie et d*Espagne en sont un tableau dont les teintes . possèdent un caractère non douteux. Tout est relatif à l'égard de la recherche de ce point; je m'abstiendrai même de la soumettre à une désignation invariable.

Néanmoins, les rapprochements des différents éléments, surtout lorsqu'ils sont appuyés par des exemples, forment quelquefois, d'une chose vague dans son principe, un domaine où ks probabilités acquièrent un certain caractère de stabilité. Il en est de même de la recherche de l'objet principal des opérations. La capitale est ordinairement le foyer où, par le contact de la nation entière et des pays limitrophes, se concentrent l'industrie, la civilisation et les richesses nationales et individuelles. Tels sool Paris pour la France , Vienne pour l'Autriclie» Berlin pour la Prusse, etc.

La concentration de tant de trésors forme de la capitale le point le plus cher et plus le

essentiel de la nation, c En s^en emparant , comme Ta dit un auteur célèbre (i), on frappe ao coeur le principe yital » et le résultat d'une conquête pareille devrait être toujours d'un grand avantage pour les vainqueurs» et destructif pour les vaincus. Mais quelle différence de résultat n'avons-nous pas vu dans les campagnes des années 1806, 1809, 1812 et 1814? La Prusse et la Russie continuèrent la guerre , quoique les capitales fussent tombées au pouvoir des ennemis; r Autriche et la France firent la paix , du moment où les objets principaux des opérations furent occupés par les adversaires.

Pour que les circonstances ne nous mettent pas dans la triste obligation de nous soumettre à ces désavantages, on devrait chercher à placerces grands foyers, qui influent souvent d'une manière si vicieuse sur Tissue des guerres, en sens opposé des directions que la stratégie nous indique comme les plus sûres , ou les moins pernicieuses par leur position topographique.

Nous en trouvons un exemple en Russie.

Pétersbourg, foyer principal de l'industrie, de la civilisation et des richesses nationales et in-

(i) Le comte Mathieu Dunas.

dividuelles, adossé à la mer, entraînant les opérations dans des inconvénients très-grands, est loin d*ètre Tobjet principal des opérations stratégiques. Le second, Moscou, par son éloignement des frontières occidentales de l'empire, ne peut servir d'appât qu^aux peuples de l'Asie.

Gomme tous les pays ne sont pas favorisés de même dans remplacement de Tobjet principal des opérations, il faudrait y obvier pap d'autres moyens. Le seul qui reste au pouvoir des nations est d'accorder à la capitale tous les éléments d'une force supérieure , qui puisse résister à celle des armées ennemies et aux ressources de la tactique , et, ce moyen, nous le trouvons dans les fortifications.

Mon avis ne pouvant être que d'un poids médiocre dans une discussion aussi grave, je ne puis mieux faire que de l'appuyer par les assertions énoncées par les maîtres de Fart. Tant de militaires distingués se sont prononcés en foveur des fortifications des capitales, leurs raisonnements sont fondés sur tant de principes stables et profonds, q/ÊÊ^ Je suppose, il ne reste [dus aucun doute sur PeScacité d'une disposa* tion pareille.

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